‹ La prise de la BastilleChapitre 47 sur 73 · M'IT DU \ AOUT · texte numérisé non relu

M'IT DU \ AOUT

de ne rappeler en rien l'Iioure agitée de sa naissance, de no pas porter le signe de la tempôle?

La première parole est dite trois jours avant le 14 juillet et la prise de la Bastille; la dernière, quelques jours avant que le peuple amène le Roi à Paris (6 octobre)... Sublime apparition du droit entre l'orage et l'orage.

Nulles circonstances ne furent plus terribles, nulle discussion plus majestueuse, plus grave, dans rémotion même. La crise prêtait des arguments spécieux aux deux partis.

(( Prenez garde, disait l'un, vous enseignez à rhomme son droit, lorsqu'il le sent trop bien luimême; vous le transportez sur une haute montagne, vous lui montrez son empire sans limites... Qu'adviendra-t-il, lorsque, descendu, il se verra arrêté par les lois spéciales que vous allez faire, lorsqu'il va rencontrer des bornes à chaque pas?» (Discours de Malouet.)

Il y avait plus d'une réponse, mais certainement la plus forte était dans la situation. On était en pleine crise, dans un combat douteux encore. On ne pouvait trouver une trop haute montagne pour y planter le drapeau... Il fallait, s'il était possible, le placer si haut, ce drapeau, que la terre entière le vît, que sa flamme tricolore ralliatles nations. Reconnu pour le drapeau commun de l'humanité, il devenait invincible.

Il y a encore des gensqui pensent que cette grande discussion agita, arma le peuple, qu'elle lui mit la torche à la main, qu'elle fit la guerre et l'incendie. La première difficulté à cela, c'est que les violences commencèrent avant la discussion. Les paysans

n'eurent pas besoin de cette métaphysique pour se mettre en mouvement. Même après, elle influa peu. Ce qui arma les campagnes, ce fut, nous l'avons dit, la nécessité de repousser le pillage, ce fut la contagion des villes qui prenaient les armes, ce fut plus que toutes choses l'ivresse et Texaltation de la prise de la Bastille.

La grandeur de ce spectacle, la variété de ces accidents terribles, a troublé la vue de l'histoire. Elle a mêlé et confondu trois faits distincts et même opposés qui se passaient en même temps :

1° Les courses des vagabonds, des affamés, qui coupaient les blés la nuit, rasaient la terre, comme des sauterelles. Ces bandes, quand elles étaient fortes, forçaient les maisons isolées, les fermes, les châteaux même.

2" Le paysan, pour repousser ces bandes, eut besoin d'armes, les demanda, les exigea des châteaux. Armé et maître, il détruisit les chartes où il voyait un instrument d'oppression. Malheur au seigneur haï! On ne s'en prenait pas seulement à ses parchemins, mais à sa personne même.

.S' Les villes, dont l'armement avait entraîné celui des campagnes, furent contraintes de les réprimer. Les gardes nationales, qui alors n'avaient rien d'aristocratique, puisqu'elles comprenaient tout le monde, marchèrent pour rétablir l'ordre; elles allèrent secourir ces châteaux qu'elles détestaient. Elles ramenaient souvent à la ville les paysans prisonniers, mais on les relâchait bientôt ^

1. Tout ceci est fort embrouillé par les hisloriens, selon leurs passions. J'ai consulté les vieillards, spécialement mes illustres et vénérables amis, MM. Béranger et de Lamennais.

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