‹ La prise de la BastilleChapitre 55 sur 73 · Mémoires de Bailly, passim · texte numérisé non relu

Mémoires de Bailly, passim

Il n'est pas invraisemblable que la Cour, qui avait de grandes sommes placées chez lui, les retira brusquement pour solder une foule d'officiers qu'elle appelait à Versailles, peut-être pour emporter à Metz; elle ne pouvait sans argent commencer la guerre civile.

C'était déjà une guerre contre Paris, et la pire peut-être, que de le retenir dans une telle paix. Plus de travail, et la faim !

(( Je voyais, dit Bailly, de bons marchands, des merciers, des orfèvres, qui sollicitaient pour être admis parmi les mendiants qu'on occupait à Montmartre à remuer de la terre. Qu'on juge de ce que je souffrais. » 11 ne souffrait pas assez. On le voit, dans ses Mémoires mêmes, trop occupé de petites vanités, des questions de préséance, de savoir par quelle forme honorifique commencera le sermon de la bénédiction des drapeaux, etc.

Et l'Assemblée nationale ne souffrait pas assez non plus des souffrances du peuple. Autrement elle eût moins traîné dans l'éternel débat de sa scolastique politique. Elle eût compris qu'elle devait hâter le mouvement des réformes, écarter tous les obstacles, abréger ce mortel passage où la France restait entre l'ordre ancien et l'ordre nouveau. Tout le monde voyait la question, l'Assemblée ne la voyait pas. Avec des intentions généralement bonnes et de grandes lumières, elle semblait peu sentir la situation. Retardée par les résistances royalistes, aris- j locratiques, qu'elle portait dans son sein, elle l'était, encore par les habitudes de barreau ou d'académie, que conservaient ses plus illustres membres, gens de lettres ou avocats.

Il fallait d'abord, à tout prix, sans parlage et sans relard, insister et obtenir la sanction des décrets du 4 août, enterrer le monde féodal ; il fallait de ces décrets p^énéraux déduire des lois politiques, et les lois administratives qui détermineraient l'application des premières, — c'est-cà-dire organiser, armer la Révolution, lui donner la forme et la force, en faire un être vivant. Gomme tel, elle devenait moins dangereuse qu'en la laissant flottante, débordée, vague et terrible, comme un élément, comme l'inondation, l'incendie.

11 fallait se hâter surtout. Ge fut pour Paris un coup de foudre, quand on y sut que l'Assemblée s'occupait seulement de savoir si elle reconnaîtrait au Roi le droit absolu d'empêcher (veto absolu), ou le droit d'ajourner, suspendre, deux ans, quatre ans ou six ans... Quatre ans, six ans, bon Dieu! pour des gens qui ne savaient pas s'ils vivraient le lendemain.

Loin d'avancer, l'Assemblée visiblement reculait. Elle fit deux choix rétrogrades et tristement signilicatifs. Elle nomma président l'évêque de Langres, La Luzerne, partisan du veto, puis Mounier, cette fois encore, un partisan du veto.

On s'est moqué de la chaleur que le peuple mit dans cette question. Plusieurs, dit-on, croyaient que le veto était une personne, ou un impôt ^ — Il n'y a de risible en ceci que les moqueurs. Oui, le veto valait un impôt, s'il empêchait les réformes, la diminution de l'impôt. Oui, le veto était éminemment personnel; un homme disait : J'empêche, sans raison, tout était dit.

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