‹ La prise de la BastilleChapitre 66 sur 73 · LE PEUPLE RAMÈNE LE ROI A PARIS, 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE RAMÈNE LE ROI A PARIS, 6 OCTOBRE

Suite du 5 octobre. Le premier sang versé. Les femmes gagnent le régiment de Flandre. Lultc des gardes du corps et des gardas nationaux de Versailles. Le Roi ne peut plus partir. EtTroi dfc la Cour. Les femmes passent la nuit dans la salle de l'Assemblée Lafaycltc forcé de marcher sur Versailles. 6 Octobre. Le château assailli. Danger de la Reine. Les gardes du corps sauves par les ex-gardes françaises. Hésitation de rAssemblce. Conduite du duc d'Orléans. Le Roi mené à Paris.

Un milicien de Paris, qu'une troupe de femmes avait, pris, malgré lui, pour chef, et qui, exalté par la route, s'était trouvé à Versailles plus ardent que tous les autres, se hasarda à passer derrière les gardes du corps; là, voyant la grille fermée, il aboyait après le factionnaire placé au dedans et le menaçait de sa baïonnette. Un lieutenant des gardes et deux autres tirent le sabre, se mettent au galop, commencent à lui donner la chasse. L'homme fuit à toutes jambes, veut gagner une baraque, heurte un tonneau, tombe, toujours criant au secours. Le cavalier l'atteignait, quand les gardes nationaux de Yersailles ne purent plus se contenir; l'un d'eux, un marchand de vin, sort des rangs, le couche en joue, le tire et l'arrête net; il avait cassé le bras qui tenait le sabre levé.

LE PKUl'LE UAMÈNi: LE IlOI (G OCTOBRE 1780). 403

D'Rslaing, le cominandant de cette g;^vde nationale, élait au château; croyant toujours qu'il [)arlaitavecleHoi. Lecointre, le lieutenant-colonel, restait sur la place, demandait des ordres à la municipalité, qui n'en donnait pas. Il craignait avec raison que celte foule .-ilVamée ne se mît à courir la ville, ne se nourrît elle-même. Il alla les trouver, demanda ce qu'il fallait de vivres, sollicita la municipalité, n'en tira fju'un peu de riz qui n'était rien pour tant de monde. Aloi's il fit chercher partout, et, par sa louable diligence, soulagea un peu le peuple.

En môme temps, il s'adressait au régiment de Flandre, demandait aux officiers, aux soldats, s'ils tireraient. Ceux-ci étaient déjà pressés par une influence bien autrement puissante. Des femmes s'étaient jetées parmi eux et les priaient de ne pas faire de mal au peuple. L'une d'elles apparut alors, que nous reverrons souvent, qui ne semble pas avoir marché dans la boue avec les autres, mais qui vint plus tard, sans doute, et tout d'abord se jeta au travers des soldats. C'était la jolie mademoiselle Théroigne de Méricourt, une Liégeoise, vive et emportée, comme tant de femmes de Liège qui firent les révolutions du xv° siècle^ et combattirent vaillamment contre Charles le Téméraire. Piquante, originale, étrange, avec son chapeau d'amazone et sa redingote rouge, le sabre au côté, parlant à la fois, pêle-mêle, avec éloquence pourtant, le français et le liégeois... On riait, mais on cédait... Impétueuse, charmante, terrible, Thé-

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