UN MOT AU LECTEUR
L: Publication de ce volume est le fruit de
réflexions diverses, où le Patriotisme avait naturellement sa large part. J'ai cru me rendre utile à la jeunesse franco-canadienne en lui fournissant l'occasion de lire dans Sa langue quelques chapitres de l'œuvre impérissable de Francis Parkman.
Voici un homme qui n'était ni de notre pays, ni de notre race, et qui a consacré à vrai dire toute sa vie à l'étude de Phistoire du Canada français, dont il s'était épris tout jeune, dès lPécole. Le fruit de ses laborieuses et Passionnantes recherches forme Ja matière de douze forts volumes de luxe, aujourd'hui répandus dans toutes les bibliothèques du continent. Une couple seulement ont été traduits et publiés en France; ici, au Canada, personne n'avait encore tenté ce travail. Les Pages qu'on va lire sont peutêtre un commencement de réparation de cette indifférence.
Francis Parkman, né à Boston en 1823, y est mort en 1893. Dès sa Jeunesse, à Harvard, il se destinait et s’entrainait aux études historiques, et
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s'assignait un champ jusque-là incomplètement ex- Ploré : celui des luttes des deux plus grandes races d'Europe pour la suprématie dans l'Amérique du Nord. Au sortir de l'école, il allait séjourner parmi les indiens du Maine, et plus tard vivre pendant cinq mois de la vie nomade des Dakotas de l'Orégon, Pour s'imprégner de ce que Pierre Loti appelle l'âme des choses, pour s’acclimater au milieu où s'étaient jouées les Parties héroïques qu'il allait raconter. Aussi en le lisant croit-on percevoir le bruissement et les âpres parfums particuliers à la forêt Canadienne, le grondement de nos eaux géantes, le langage mystérieux des bois, pistes empreintes sur la neige ou dans les jonchées de feuilles mortes, cris d'animaux souvent cris de &uerre, signaux bizarres où le Coureur de bois de jadis lisait Comme dans un livre.
Parkman fouilla jes bibliothèques, les archives, des deux continents ; lui protestant, il s'enferma dans iëS monastères pour mieux se rendre compte et se Pénétrer du mysticisme intrépide qui anima les Premiers missionnaires du Canada français ; aussi l’un de ses plus admirables Ouvrages est-il le volume qu'il a consacré aux Jésuites dans l'Amérique du Nord. Son livre sur Lasalle, Marquette et les autres découvreurs de l'Ouest a les allures d’une épopée antique. Enfin, son œuvre, d’une Vaste envergure et profusément documentée, embrasse tout le régime français en Amérique, depuis les exploits des pion-
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niers français, Dominique de Gourgues en Floride, Samuel de Champlain au Canada, jusqu'à la con:piration de Pontiac.
J'y ai choisi quelques-unes des scènes finales de ce qu'on peut appeler avec raison l'époque romantique de l’histoire du Canada. Ce n'est qu'un fragment, formé de quelques chapitres extraits du Montcalm € Wolfe de Parkman. Là se révèle l'art consommé qu'a apporté l'historien dans Ja disposition et le plan de son travail. I] se trouve que ces pages détachées, Prises un peu au hasard, se lisent comme Île roman le mieux mené. Au Premier plan, l'exposition du sujet ; puis la bataille des Plaines d'Abraham amenant la reddition de Québec ; la bataille de Sainte- Foy suivie de Ja reddition du Canada ;s et enfin, Comme épilogue, le Traité de Paris et la fin de la &uërre de Sept Ans, avec leurs lointaines conséquences sur l'avenir du Nouveau Monde.