TRADUIT DE FRANCIS PARKMAN
À TT petit Printemps, les chefs du Canada se
réunirent à Montréal Pour arrêter un plan
de défense. Ils redoutai.. ‘* d’abord une invasion ennemie du côté du lac Cha. plain. Bourlamaque, avec trois bataillons, reçut ordre de prendre position à Ticonderoga (Carillon), de S'Y maintenir tant qu'il pourrait, et devant le nombre de se replier sur l'Ile aux Noix, à l'entrée du lac. De la Corne fut envoyé avec un fort détachement se retrancher, à la tête des rapides du St-Laurent, cont 2 tout mouvement hostile du côté du lac Ontar». Tous les hommes valides de Ja colonie, tous Jes Jeunes garçons Capables de porter un fusil, étaient appelés en cam- Pagne. Vaudreuil Envoya une lettre circulaire aux Capitaines de milice de chaque Paroisse avec ordre d'en donner lecture AUX paroissiens. I] Jes exhortait à défendre leur religion, leurs femmes, leurs enfants et leurs biens contre la fureur des hérétiques, déclarant que lui, le Souverneur, ne rendrait jamais le Canada
à aucune condition, et leur ordonnant de joindre l'armée sur le champ, ne laissant en arrière que les vieillards, les malades, les femmes et les enfants. (1) L'évêque lança une lettre pastorale : ‘De tous côtés, Nos Très Chers Frères, l'ennemi fait des préparatifs immenses, ses forces, au moins six fois supérieures aux nôtres, se mettent déjà en mouvement... Jamais nous n'avons été si dépourvus et menacés d'une manière si vive, si universelle, si opiniâtre. C'est véritablement aujourd'hui plus que jamais que nous devons dire que notre unique ressource est le secours puissant du Seigneur. Faites donc, Nos Très Chers Frères, tous vos efforts pour le mériter, cherchez d'abord le royaume de Dieu, et tout vous viendra par surcroît.” (2)
Puis il réprouve leurs péchés, les exhorte au repentir, et ordonne des processions, des messes et des prières.
Grande exaltation et vantardises de Vaudreuil. En mai, il écrit au ministre : ‘Le zèle dont je suis animé pour le service du Roi me fera toujours surmonter les pires obstacles. Je prends les mesures les plus propres à donner à l'ennemi une chaude réception de quelque côté qu'il nous attaque. J'ai en vue la défense de Québec.......J'ai donné ordre aux paroisses d'en bas de mobiliser les habitants en état de porter les armes, et de mettre les femmes, les enfants, le bétail, et même le pain et le grain, en lieu de sûreté. Permettez-moi, Monseigneur, de vous demander d'avoir la bonté d'assurer Sa Majesté qu'à
[1] Mémoires sur le Canada, 1749-1760.
[2] Mandements des évêques de Québec, vol. 2, page 133.
quelque dure extrémité que je sois réduit, mon zèle restera également ardent et infatigable, et que je tenterai l'impossible pour empêcher l'ennemi de faire le moindre progrès de quelque côté que ce soit, ou du moins pour le lui faire payer cher." (1) I écrit ensuite qu'il est informé qu'Amherst, avec une forte armée, va attaquer Ticonderoga ; que Bradstreet, à la tête de 6000 hommes, marchera sur le lac Ontario ; qu'un autre corps de 6000 !ommes viendra par l'Ohio. ‘Quelques progrès qu'ils fassent, dit-il, je suis déterminé à ne rien céder, mais à tenir bon jusqu'à annihilation.”" [1 promet de faire de son mieux pour rester en bons termes avec Montcalm, et termine par un chaleureux éloge de Bigot. (2)
C'est au milieu de ces préparatifs que Bougainville arriva de France avec la nouvelle qu'une grosse flotte était en route pour attaquer Québec. La ville fut surprise et consternée, car les Canadiens s'étaient faits à l'idée que les dangers de la navigation du Saint- Laurent dissuaderaient l'ennemi d'une pareille entreprise. ‘Tout le monde, écrivait-on, fut stupéfait d'une tentative aussi audacieuse.” Peu de jours après, on voyait s'approcher un groupe de vaisseaux ; mais c'étaient des voiles amies. C'était la flotte de l'entrepreneur Cadet, commandée par un officier du nom de Kanon, et chargé d'approvisionnements pour la colonie. Elle mouilla dans le havre, au nombre de dix-huit voiles, et cet irrivage causa une réjouissance générale. L'amiral Durell était arrivé trop tard pour l'intercepter, et n'avait pu capturer que trois mauvais
1] Vaudreuil au ministre, 8 mai 1759.
2] Ibid. 20 [?] mai 1759.
marcheurs restés en arrière. D'autres purent encore lui échapper, et avant le rer juin cinq autres vaisseaux atteignaient le port sains et saufs.
Lorsque la nouvelle apportée par Bougainville parvint à Montréal, les forces Presque entières de la colonie, à l'exception des détachements de Bourlamaque et de La Corne, reçurent l'ordre de se porter à Québec. Montcalm s'empressa de s'y rendre, et Vaudreuil le suivit. Le Souverneur général écrivit au ministre À sa manière habituelle, comme si tout l'espoir du Canada reposait sur lui. Telle fut son activité, dit-il, que, malgré la pression des affaires, il arrivait à Québec une journée et demie après Montcalm, juste à temps pour y apprendre par ses vigies de la côte que les vaisseaux de guerre anglais avaient déjà paru à l'Ile aux Coudres. C'était l’escadre de Durell. ‘Je m'attends à être vivement attaqué, et que l'ennemi va tenter un Suprême effort pour conquérir cette colonie ; mais il n’est ni ruses, ni ressources, ni moyens quelconques que mon zèle ne m'inspirera Pour lui tendre des pièges, et au besoin pour le combattre avec une ardeur, avec une fureur même, Supérieure à ses ambitieux desseins. Les troupes, les Canadiens et les Sauvages n'ignorent pas la résolution que j'en ai prise, et rien ne saurait m’en écarter. Les bourgeois de cette ville ont déjà mis leurs biens et leurs effets en lieux de sûreté. Les vieillards, les infirmes et les enfants se tiennent prêts à quitter la ville. Ma fermeté est généralement applaudie. Elle a pénétré tous les °œurs, chacun dit tout haut: Le Canada, notre terre natale, nos ensevelira sous ses ruines avant que nous ne nous rendions aux Anglais !
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Telle est bien ma détermination, et je m'y tiendrai inviolablement.” Puis il se perd en éloges sur l’entrepreneur Cadet, dont le zèle pour le service du Roi et pour la défense de la colonie triomphera, dit-il, de toute difficulté. Il est nécessaire, ajoute-t-il, que de forts ravitaillements soient envoyés à l'automne, Cadet se chargeant de les distribuer et d'en rendre compte au prix coûtant ; seulement il ne dit pas à quels prix son désintéressé ami les fera payer aux malheureux Canadiens. (1)
Cinq bataillons de France, presque toutes les troupes de la colonie, et les milices de toutes les parties du Canada envahirent Québec, avec un millier ou plus de sauvages qui, à l’appel de Vaudreuil, apportaient leurs couteaux à scalper au service de la défense. Telle fut l'ardeur populaire qu'on vit dans le camp des enfants de 15 ans aux côtés d'octogénaires. Ordre fut donné d'évacuer l'Ile aux Coudres et l'Ile d'Orléans, et l’on s'attroupait sur les sommets de Québec pour guetter d'heure en heure l’arrivée de la flotte. Les jours, les semaines se passèrent, sans qu'elle n’apparût. Dans l'intervalle, Vaudreuil tenait conseil sur conseil pour arrêter le plan de défense. I y eut d'étranges scènes dans ce tohu-bohu d'officiers de tout rang, entassés pêle-mêle dans une salle étroite, s’agitant, criant, jouant du coude, s’interpellant ; en désespoir de cause, Montcalm, prenant chacun en particulier à la sortie du conseil, lui faisait donner son opinion par écrit. (2)
[1] Vaudreuil au ministre, 28 mai 1759.
[2] Journal du siège'de Québec, déposé à la Bibliothèque de Hartwell, en Angleterre. [Printed at Quebec, 1836.]
Il avait lui-même d’abord Proposé de camper sur
(1) ; mais il modifia son plan et, avec le Concours de Vaudreuil, résolut de porter toutes ses forces sur le Saint-Laurent au-dessous de La ville, sa droite reposant sur la rivière Saint-Charles, Ja Sauche sur la rivière Montmorenci. Ce fut là, en effet, que les troupes et les milices furent stationnées à mesure qu’elles arrivèrent, De bonne heure en Juin, on pouvait envisager la position d’un coup d’œi : de la hauteur Nord-Est du Promontoire de Québec.
Tout le long de la ligne courbe que forme la rive du fleuve depuis Ja rivière Saint-Charles jusqu’à la gorge rocheuse du Montmorenci, Sur une distance de sept
[1] Livre d’Ordres, Dispositions Pour s'opposer à Ja Descente, [2] Aujourd’hui, habitation de M, François Parent—Note du traducteur.
Er.
autres traversait l'embouchure de Ja rivière Saint- Charles, qui était de plus gardée par deux vieilles coques armées de canon. Environ un mille plus haut, un pont de bateaux jeté en travers de la rivière servait de principale voie de Communication entre la ville et le camp. Du côté de Beauport, la tête du pont était protégée Par Un ouvrage en terre d’une grande étendue ; la rive du côté de Québec était aussi retranchée, de manière à offrir une seconde ligne de défense pour le cas où celle de Beauport serait forcée.
Dans la ville elle-même, toutes les portes, sauf celle du Palais, qui donnait accès au pont, étaient closes et barricadées. Cent six pièces de canon éta. cnt montées sur les murailles. (1)
Une batterie flottante de douze grosses pièces, nombre de Canonnières, huit brûlots et plusieurs radeaux à feu formaient les défenses du fleuve. Les plus gros vaisseaux marchands de la flotte de Kanon avaient été sacrifiés POt : servir de brûlots ; le reste, avec les frégates d’escorte, avait été envoyé pour plus de sûreté dans le haut du fleuve au-delà du Richelieu, d’où environ ur millier d'hommes d’équipage étaient revenus PC ir faire la manœuvre des batteries et des canonnièies.
Il y avait dans les camps le long de la côte de Beauport environ 14,000 hommes sans compter les Sauvages. Les troupes réglées occupaient le centre ; les milices de Québec et de Trois-Rivières formaient l’aile droite, celles de Montréal l'aile gauche.
[1] C’est le nombre qu'on ÿ trouva après le siège [Knox]. Quelques chroniqueurs français disent qu’il y en av: ‘aucoup plus.
Dans Québec même, il ÿY avait comme garnison de 1000 à 2000 hommes sous les ordres du chevalier de Ramesay. L’effectif total, y compris les Sauvages, était donc de plus de 16,000 hommes, (1), et bien que les Canadiens qui en formaient le gros fussent de peu d'utilité en rase campagne, On pouvait compter sur eux pour bien se battre derrière les retranchements, Contre cette force, postée derrière des travaux de défense, occupant des positions que la nature avait faites presque imprenables, Wolfe amenait moins de 9,000 hommes disponibles pour les opérations deterre. Les hauteurs escarpée :t imposantes qui bordent le fleuve rendaient à peu près inutile le canon des vaisseaux, et les exigences du service naval ne permettaient pas d'employer les marins à terre. Dans deux ou trois cas seulement, pendant le siège, quelques petites escouades débarquèrent pour aider au transport et à la manœuvre des canons ; aussi toute la corvée du combat véritable échut-elle aux troupes seules.
Vaudreuil et Bigot avaient pris leurs quartiers avec l’armée. Le gouverneur général avait délégué le commandement des troupes de terre à Montcalm, que, d’après ses propres termes, il avait autorisé ‘à donner des ordres Partout, provisoirement.” Plus que jamais, leurs relations mutuelles étaient anormales et tendues ; çar, si Vaudreuil, Par son rang officiel, avait droit au commandement suprême, Montcalm, devenu lieutenant général, avait un grade militaire qui le mettait bien au-dessus de lui, et le gouverneur, tout en se désignant lui-même, dans ses dépêches,
l:] V. Appendice A.
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WOLFE A QUÉBEC Il
comme la tête dirigeante de chaque mouvement, avait trop peu de confiance en soi-même Pour ne pas laisser aux mains de son rival la véritable tâche du commandement.
Les jours, les semaines s’écoulaient, et la surexcitation du premier moment faisait place à une nerveuse impatience. Pourquoi les Anglais n’arrivaient-ils pas ?
Beaucoup de Canadiens avaient en tête que le ciel s’interposerait et anéantirait la flotte anglaise, comme il avait fait pour celle de l'amiral Walker un demi-siècle auparavant. I] y eut des processions, des prières, des vœux à cette heureuse intention. Les vivres se faisaient rares. Bigot et Cadet vivaient dans le luxe ; pour leurs tables, on engraissait les poules au blé par milliers, tandis que le peuple était réduit à la ration de deux onces de pain par jour. (1) On rapportait que Durell et ses navires étaient toujours immobiles à l’Ile aux Coudres. Vaudreuil y avait dépêché un parti de Canadiens, qui avaient capturé trois cadets de marine descendus à terre ‘‘pour polissonner ”, suivant l'expression de Montcalm. Ces jeunes gens furent amenés à Québec, où ils accrurent l'anxiété générale en exagérant outre mesure la force numérique des Anglais.
Enfin, la nouvelle se répandit que huit navires anglais avaient jeté l'ancre dans le chenal nord d'Orléans, et le 21 juin on pouvait nettement distinguer la mâture de trois d’entre eux. L'un des brûlots fut consumé dans une vaine tentative d’incendier ces
[1] Mémoires sur le Canada, 1749-1760,
vaisseaux, plusieurs radeaux à feu et une sorte de machine infernale n’eurent pas plus de succès : les malencontreux visiteurs restaient invulnérables sur leurs ancres.
Dans l'intervalle, le gros de la flotte anglaise avançait lentement, piloté par Denis de Vitré, un Canadien de bonne naissance, pris en mer quelque temps auparavant, et maintenant forcé de servir sous peine d’être pendu s'il refusait, (1) Il n'était pas seul, car, lorsque Durell était arrivé à l'endroit où d'ordinaire on prenait les pilotes à bord, il avait hissé un Pavillon français au grand mât, au vif plaisir des Canadiens de la côte, qui crurent qu'une flotte venait à leurs secours et que leur pays était sauvé. Les pilotes lancèrent leurs canots à la mer et se rendirent AUX Vaisseaux, où tous furent faits prisonniers ; alors le pavillon français disparut pour faire place à Ia croix rouge. Les spectateurs du rivage passèrent de la Joie au désespoir, et l’on rapporte qu'un prêtre qui examinait l’escadre avec une lunette d'approche en eut un tel saisissement qu'il tomba mort.
Vers la fin de juin, le gros de la flotte était près de la Montagne du Cap Tourmente. Le passage appelé la Traverse, entre le Cap et l'extrémité inférieure de l'Ile d'Orléans, était réputé l’un des plus dangereux endroits du Saint-Laurent, et à mesure que les vaisseaux Y arrivaient, les pilotes Captifs étaient amenés à bord avec ordre de passer sans accident, SOuS peine de mort.
(L'auteur place ici une anecdote dans laquelle
[1] Mémorial de Jean Denis de Vitré au Très honorable William Pitt.
Ed
un vieux loup de mer, le capitaine Killick, du transport le ‘ Goodwill,” joue le beau rôle, refusant obstinément les services du pilote français, malgré les ordres de l'officier commandant, et dirigeant lui-même son vaisseau à travers les zigzags du chenal, qu'il trouvait bien moins hasardeux que la Tamise, le tout au grand ébahissement du pilote, qui ne pouvait comprendre qu’on pût se passer de ses services dans un pareil endroit.)
Vaudreuil fut blâmé pour n'avoir pas planté du canon sur un certain plateau au flanc de la montagne du Cap Tourmente, d'où les canonniers, hors d'atteinte eux-mêmes, eussent pu foudroyer chaque vaisseau au passage par un feu plongeant. En tout cas, la flotte entière passa saine et sauve ; le 26, elle était toute mouillée au large de la rive sud de l’Ile d'Orléans, à quelques milles de Québec. ‘Ici, écrit Knox, de toutes parts nous avons l'agréable spectacle d'un pays délicieux ; moulins à vent, moulins hydrauliques, églises, chapelles, métairies substantielles, toutes construites en pierre, couvertes, les unes en bois, les autres en chaume. Partout la terre paraît en très bon état de culture ; avec ma lunette, je puis discerner qu’elle est ensemencée en lin, blé, orge, pois, etc., et que les champs sont enclos de palissades en bois. Aujourd’hui, il fait une chaleur agréable. Parfois de légères brumes flottent sur les hauteurs, mais sur le fleuve l’atmosphère e:t d’une clarté limpide. À 1 tournant du fleuve, lorsque nous étions à la voile, nous eûmes le spectacle passager d’une merveilleuse curiosité naturelle, qu’on appelle le Sault de Montmorenci.”
et prit possession d’une Maison de ferme voisine, où il demeura jusqu’au jour; s'étant alors mis à Ja recherche de l'ennemi, il s’aperçut qu’il avait passé Je fleuve à la côte nord. Toute l'armée descendit alors à terre et fut alignée sur Je rivage. Comme elle y stationna quelque temps, Knox et Plusieurs autres officiers allèrent visiter l'église voisine, celle de Saint- Laurent, où ils trouvèrent une lettre du curé de la Paroisse, adressée “aux dignes officiers de l’armée
venus plustôt, car ils auraient goûté aux asperges et aux radis de son jardin, malheureusement montés à graine maintenant. L'épitre se terminait par force
Marque de “cette politesse obséquieuse si particulière aux Français.” L'armée se mit €n mOuvement vers l'Ouest, et Campa. Wolfe, avec son ingénieur en chef le Major Mackellar, et une escorte d’infanterie légère, S’avança jusqu’à la pointe extrême de l'Ile.
PU ENIE T À.
églises, palais, couvents et hôpitaux, avec les arbres verts du jardin du Sémiuaire, les flèches de la Cathédrale, des Ursulines, des Récollets et des Jésuites. Au-delà, s'élevait la cime du Can Diamant, bordée de palissades et surmontée d’une 1 doute avec parapet. Partout fronçaient des batteries de canon, celles du Château, du Clergé, de l'Hôpital sur la hauteur: les batteries du Roi, du Dauphin et de la Reine en bas sur la grève, où les habitations et entrepôts de la basse-ville s’adossaient au rocher.
Bien en vue, s’étendait la ligne du camp de Montcalm, depuis la rivière Saint-Charles, sous les murs de la ville, jusqu’au précipice de la cataracte de Montmorenci. De la cataracte à la rivière de Beauport, le front était à l'abri d'ouvrages en terre alignés tout le long de la cime abrupte du côteau ; de la rivière de Beauport à la rivière Saint-Charles, il était protégé par de larges battures de vase que pouvait balayer le feu des redoutes, des tranchées, d’une batterie flottante et de la ville elle-même. Le Cap Diamant lui cachait la vue de ce qu’il y avait au-dessus de la ville ; Mais si Wolfe avait pu voir au delà du promontoire, c'eût été de quoi le décourager davantage. Là, sur une distance de plusieurs milles, le Saint-Laurent est emmuraillé entre deux côtes escarpées, souvent inaccessibles, et toujours si difficiles à aborder que quelques pelotons sur les sommets pouvaient y tenir une armée en échec; puis, au Cap Rouge, à environ huit milles de là, le plateau élevé était coupé par un cours d’eau formant une ligne de défense tout aussi forte que celle du Montmorenci. La nature avait fait de Québec
une forteresse, Bougainville disait, après un examen attentif des lieux: Avec quelques retranchements, faciles à établir en peu de temps, et défendus par trois OU quatre mille hommes, je crois que la ville serait en sûreté. Je ne crois pas que les Anglais tentent rien contre elle ; ils peuvent Cependant en avoir la folle
défensive jusqu’à ce que les ressources de l'ennemi fussent épuisées, ou que l'approche de l'hiver les forçât à déguerpir. Sauf pour une raison, la théorie était bonne et Presque assurée du succès, Amherst, avec des forces Supérieures À celle de Wolfe, avançait sur Ticonderoga, S'il s’en EmMparait et pénétrait dans Ja colonie, Montcalm se verrait obligé d’affaiblir son
descendue à terre, un violent coup de vent s'abattit sur le Saint-Laurent, bousculant les navires les uns sur les autres, en jeta plusieurs à la côte, et mit en pièces plusieurs des bateaux plats qui avaient servi au débarquement. “De ma vie je n'avais vu pareil désarroi naval,” écrivait un officier à l’un de ses amis à Boston. Par bonheur, l'ouragan S’apaisa aussi soudainement qu’il était venu. Vaudreuil, voyant cet espoir de délivrance s’évanouir, et la flotte anglaise non anéantie par la tempête, résolut d’éprouver la vertu de ses brûlots. “J'ai bien peur, dit Montcalm, que ces machines, qui nous ont coûté un million, ne servent pas à grand’chose.” C'est ce qu’il fallait voir. Vaudreuil en donna le commandement en chef à un officier naval nommé De Louche, et le soir du 28, après de longues Consultations et un vif débat entre leurs capitaines respectifs, les brûlots partirent de conserve à 10 heures. C'était une nuit sans lune, très noire. En moins d'une heure, ils étaient à l'entrée du chenal nord. De Louche était parti avec enthousiasme ; mais à l'approche du danger, le cœur lui Mmanqua, et il mit le feu à son bateau une demi-heure trop tôt, les autres suivant son exemple. (1)
Les Anglais avaient un poste avancé à la pointe de l’Ile d'Orléans ; vers onze heures, les sentinelles discernèrent dans les ténèbres les ombres fantastiques des vaisseaux qui s’'approchaient. Comme elles regardaient, des langues de feu Parurent sortir de la mystérieuse flotte ; les flammes jaillirent comme
[1] Foligny, journal mémoratif, Vaudreuil au ministre, 5 octobre 1759. Journal du Siège [Bibliothèque de Hartwel!.]
des éclairs jusqu'au haut des mâts et des voiles, et alors éclatèrent comme des volcans. Tout cela était imprégné de poix, de Soudron, de toutes sortes de matières inflammables, plein de pièces d'artifice, de bombes, de grenades, de vieux canons, Pierriers, mousquets chargés jusqu'à la &ueule : l'effet fut horripilant,
Les troupes de la Pointe, terrifiées de cette éruption soudaine, du tintamarre des explosions, et de la grêle de projectiles qui s’abattait sur les arbres, Perdirent la tête et Prirent la fuite, Les dragons de feu sifaient et grondaient, lançaient des trombes enflammées, voMissaient d'épais nuages de fumée noire Chargée de bitume et de lueurs infernales, iluminant au loin la ville, les tentes du camp de Montcalm et Jes longues lignes rouges de l'armée anglaise, qui s'était rangée en bataille dans la crainte que les Français ne Profitassent de Ja confusion pour traverser le fleuve et tenter une attaque, Knox Parle du sectacte “omme ‘du plus grandiose feu d'artifice qu'on pût imaginer.” Tout de même, les brûlots ne firent d'autre mal que de brûler vifs l’un de leurs Capitaines, avec six ou sept de leurs matelots qui n'avaient pu S'esquiver dans leurs canots. Quelquesuns des vaisseaux en feu allèrent à la côte avant d'atteindre ]a flotte ; les autres furent pris Par d'intrépides marins anglais qui s’en approchèrent en canots, y jetèrent le £grappin et les touèrent du côté de terre jusqu'à ce qu'ils s'échouassent €n tournoyant. Là, après avoir épuisé leur rage pendan un temps, les brûlots S'amortirent en Un tranquille incendie qui dura jusqu'au lever du jour. Vaudreuil était monté
dans le clocher de l'église de Beauport pour mieux jouir de son œuvre ; après quoi, il rentra à Québec, très déconfit.
Wolfe brûlait de se mesurer avec l'ennemi ; mais il comptait sans la sagacité de celui-ci. Des hauteurs de Beauport, du promontoirs: de Québec, ou du sommet du Cap Diamant, Montcalm pouvait lire sur le fleuve et sur les rives comme sur ure Carte, et guetter les moindres mouvements des envahisseurs. Il était plein d'espérance, peut-être de confiance, et pendant un mois ou plus il écrivait quotidiennement à Bourlamaque à Ticonderoga sur un ton enjoué, souvent léger, entremêlant ses ordres et instructions de plaisanteries et de menues nouvelles. Cependant sa vigilance était incessante : ‘Nous Passons toutes les nuits en bivouac, ou sinon dormons tout habillés, Peut-être en faites-vous autant, mon cher Bourlamaque.” (1)
Des deux commandants, Vaudreuil était le plus confiant, il ne cessait de proclamer que tout irait bien. Lui aussi correspondait avec Bourlamaque, à qui il confiait son opinion, fondée sur des dires de déserteurs, que Wolfe n'avait aucune chance de succès à moins que les Américains ne vinssent à son aide. Et cela lui paraissait impossible ; il exprimait le vif désir de voir les Anglais l'attaquer, ‘‘ de sorte que nous puissions nous en débarrasser d'un seul coup” (2). Il était plein de courage, sauf à l'approche immédiate du danger, et ne perdait pied qu’au mo-
[1] Montcalr: à Bourlamaque, 27 juin 1759. J'ai toutes ces lettres sous les yeux, [2] Vaudreuu à Bourlamaque, 8 juillet 1759.
D en
ment critique. Wolfe, tenu en échec sur tous les autres points, avait Ja ressource d'un Mouvement Stratégique. C'était de s'emparer des hauteurs de Ja Pointe de Lévis, en face de la ville : ce qui, avec son OCCupation de l'Ile d'Orléans, lui Per ñettait de Commander le Bassin de Québec. I] PC avait de là Canonner la place à travers le Saint-Laureut, Qu on cet endroit est large de moins d’un mille, Le mouvement fut commencé dans l'après-midi du 29 ; grelot-
en bateau à Ja rive sud, à Beaumont, suivie du reste le lendemain matin. Les « rangers” eurent quelques fSCarmouches avec un Parti de Canadiens qu'ils répoussèrent ; les réguliers Purent ensuite débarquer ans “Opposition, Sur l'ordre de Moncton, une proclamation, signée de Wolfe, fut Placardée à la Porte de l'église, Elle demandait Péremptoirement aux Canadiens de rester neutres, Jeur Promettant, en ce cas, l'entière Protection de leurs biens et de leur religion, les menaçant au Contraire, s'ils S'avisaient de résister aux envahisseurs, de la destruction de leurs propriétés et de leurs moissons, et de la Spoliation de leurs églises. Dès que les troupes furent hors de vue, les habitants enlevèrent l'écriteau et l'allèrent porter à Vaudreuil.
environnantes. Dans la Matinée, les soldats étaient en train de se retrancher, lorsqu'ils furent salués
les nent le Ja son
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d'une vive fusillade partant de la lisière du bois. L'attaque venait d'un parti de Sauvages, que les ‘‘rangers” eurent bientôt mis en fuit: ; imitant leur férocité, ils en scalpèrent neuf. Wolfe arriva au camp le lendemain ; il se rendit avec son escorte jusqu'aux hauteurs vis-à-vis de Québec, en fit l'examen à l’aide d'une lunette, et choisit une bonne position pour bombarder la place. On amena des canons et des mortiers, on fit des fascines et des gabions, on éleva des retranchements et planta des batteries. Knox, qui y vint des quartiers-généraux, dit qu'il eut ‘‘de cet endroit la plus belle vue de la ville de Québec, objectif superbe pour notre artillerie, surtout la Basse-Ville.” Mais à quoi bon ce désir de bombardement de la part de Wolfe? Les fortifications étatent très peu exposées à son feu; brûler des maisons, des couvents et des églises n’avancerait guère ses affaires. Ses canin: de la Pointe de Lévis pouvait détruire la ville, m:is non la prendre ; tout de même, il y avait un cert. ia effet moral à jeter le découragement chez les F rançÇais, et du même coup
à relever le courage de ses propres soldats en leur
donnant au moins l'illusion qu'ils accomplissaient quelque chose.
Le canon de Québec faisait pleuvoir une grêle de boulets et de bombes sur ses ouvriers, mais ceuxci n'en persistaient pas moins, et les Français voyaient les fatales batteries bientôt achevées. Les citoyens, alarmés de cette perspective de destruction, supplièrent le gouverneur de leur permettre de iraverser le fleuve pour déloger les agresseurs. Il finit Par y consentir. Un parti de douze à quinze cents
hommes fut formé de civiliens armés, avec des Canadiens tirés du Camp, quelques Sauvages, quelques élèves du Séminaire, et une centaine de volontaires pris dans les troupes réglées. Dumas, officier
fût encore à trois milles de 1à. Les écoliers du Séminaire firent feu Sur quelques-uns des leurs, qu'ils Prirent pour des Anglais; cette mésaventure se répéta deux et même trois fois. La Panique devint si générale, que Dumas fut incapable de Ja maîtriser. Tous tournèrent les talons, régagnèrent les Canots, culbutant les uns Sur les autres en dévalant de la hauteur, et rentrèrent à Québec à Six heures du matin, dépités et confus. (1)
Le pressentiment des malheureux citoyens n'était que trop fondé. Les batteries anglaises se mirent à l'œuvre, et les familles dûrent émigrer dans les Campagnes par mesure de sûreté, En une seule
incendiées Par l'explosion des obus ; la trombe de fer et de feu s’abattait de plus en plus impitoyablement
[1] Evénements de la Guerre en Canada [Soc. Hist. de Québec, 1861]. Mémoires sur le Canada, 1749-60. Vaudreuil au Ministre, 5 octobre 1750. L'Abeille, ii No. 14 (publication du Séminaire de Québec]. Journal du siège de Québec [Bibliothèque de Hartwel]]. Panet, Journal du Siège. Foligny, Journal mémoratif, Memoirs of the Siege of Quebec, by Johu Johnson, commis et sergent-quartier-maître du 58e régiment,
Wolfe ne se contenta pas de la détresse de l'ennemi. Avec une ardeur et une audace que nul obstacle ne ralentissait, il cherchait le moyen de frapper un coup décisif. Ce n'était rien de mettre Québec en ruines s’il ne pouvait défaire l'armée qui la défendait. Risquer une descente en bateaux et attaquer Montcalm de front dans la vase des battures de Beauport ou par les hauteurs de la rive adjacente, l'entreprise était au-dessus de sa cémérité, si grande qu'elle fût. Opérer un débarquement au pied de la cataracte de Montmorenci, traverser le gué un peu plus haut, prendre l'armée française de flanc ou par derrière, était peut-être chose possible ; il n'eut pas plus tôt établi ses positions à la Pointe de Lévis et au bout de l'Ile d'Orléans, qu'il décida de tenter l'aventure.
Le 8, plusieurs frégates et une galiotte à bombes prirent position en face du camp du chevalier de Lévis qui, avec sa division de milices canadiennes, occupait les hauteurs juste au-dessus de la chute. Pendant toute la journée, il eut à subir le feu de leurs bombes et de leurs canons, sans grand effet cependant, vu sa position élevée. Sur le soir, les troupes de la Pointe d'Orléans sortirent du camp. Le major Hardy resta pour garder ce poste, avec un détachement de marins, tandis que le reste s'embarquait de nuit dans les canots de la flotte. C'étaient les brigades de Townshend et de Murray, consistant en cinq bataillons, avec un corps de grenadiers, d'infanterie légère et de ‘‘rangers”, en tout 3,000 hommes. [ls atterrirent avant le lever du jour vis-à-vis la paroisse de l'Ange-Gardien, à quelque distance de la cataracte. Le seul obstacle qu'ils rencontrèrent fut
une troupe de Canadiens et de Sauvages, qu'ils mirent en déroute au prix de quelques Pertes ; puis ils escaladèrent a hauteur, Sagnèrent le plateau qui la Surmonte et commencèrent à s'y retrancher. Une Compagnie de ‘‘rangers,”" soutenue de détachements de réguliers, fut dépêchée dans le bois voisin pour
le Montmorenci, Pour livrer Passage aux Anglais. Lévis affirma qu'il n'y en avait Pas, qu'il avait lui. même étudié le cours d’eau jusqu'à sa Source ; sur quoi, un Canadien qui se trouvait JA chuchota à l'oreille de l'aide-de-camp : Le général se trompe, il y a un gué.” Johnstone répéta le Propos à Lévis, qui n'en voulut rien croire, et le Canadien fut si décontenancé qu’il n’osa pas soutenir SOn affirmation. Johnstone, le Prenant à part, lui dit d'aller chercher
Suite envoyé en et endroit, avec ordre de s’y retrancher, et Repentigny, lieutenant de Lévis, tut aposté à quelque distance de Jà avec onze cents Canadiens.
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Quatre cents Sauvages traversèrent le gué sous les ordres du partisan Langlade, reconnurent le détachement de Wolfe, se cachèrent et envoyèrent leur chef dire à Repentigny qu'il y avait un corps d'Anglais dans le bois, qu’il pouvait anéantir s’il S'y portait sur-le-champ avec ses Canadiens. Repentigny envoya demander des ordres à Lévis, qui luimême envoya prendre les ordres de Vaudreuil, dont les quartiers étaient À trois ou quatre milles de là. Vaudreuil fit réponse qu'il ne fallait rien risquer, qu'il viendrait lui-même se rendre compte en personne. Il était environ 2 heures quand il arriva ; dans l'intervalle, les Sauvages, devenus impatients, étaient sortis de leurs cachettes, avaient tiré sur les ‘‘rangers” et les avaient refoulés avec grandes pertes sur le corps de réguliers, qui avait tenu bon et avait fini par repousser les assaillants.
Les Sauvages repassèrent le gué avec trente-six chevelures. Si Repentigny avait avancé, et que Levis eût suivi avec son principai corps d'armée, les conséquences eussent pu être sérieuses pour les Anglais ; car, ainsi que le dit Johnstone, ‘‘un Canadien vaut dix soldats disciptinés dans les bois, de même qu’un soldat en plaine vaut dix Canadiens.”
Vaudreuil convoqua un conseil de guerre. Il s’agissait de savoir si l’on devait tenter un effort pour déloger les forces principales de Wolfe. Cette fois, Montcalm et le gouverneur furent du même avis ; l’un et l’autre crurent inopportun d’attaquer avec des miliciens un corps de troupes réglées dont la force numérique et la position étaient imparfaitement
Connues. Bigot Opina pour l'assaut, I] eut le dessous et Wolfe put se fortifier en Paix. (1)
Le fait d'occuper les hauteurs de Montmorenci EXposait celui-ci à des risques sérieux. L'aile gauche de son armée à la Pointe de Lévis était à six milles de Son aile droite à la Chute, et Je détachement du
Pouvait être pris Par Surprise avant de recevoir du Secours des autres ; Hardy Surtout, avec sa petite troupe, était en 8rand danger d’être mis en pièces.
Anglais de la Pointe de Lévis, Vaudreuil ne voulait plus entendre Parler d'aucun COUP: d'essai de ce £genre. Wolfe fut bientôt Parfaitement retranché ; mais il lui était plus facile de se défendre que d'atteindre l'ennemi. On prête à Montcalm Ja réponse Suivante lorsqu'on lui Parla d'attaquer Wolfe : “Qu'il s'amuse où il est. Si nous l'en chassions, il chercherait une autre Position d’où il Pourrait nous faire du mal.” Son dernier mouvement, Cependant, avait
la première fois. Ajoutons que Île feu des batteries à travers le torrent de Montmorenci fatiguait singulièrement l'aile Sauche de l'armée française,
[1] Ce qui P'écède ressort d’une Confrontation de la relation assez Contradictoire de Johnstone, du journal tenu à l'armée, et du journal de Panet avec celui de la Bibliothèque Hartwell. Celui-ci dit que Lévis franchit la rivière Montmorenci. E:. ce cas, il n’accomplit rien. Ne pas confondre cette affaire avec celle qui eut lieu le 26.
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La position des forces hostiles en cet endroit était intéressante. Elles étaient séparées l'une de l'autre par le vaste gouffre qui donne sur le Saint- Laurent, un amphithéâtre de vertigineux précipices, dont la crète était couverte de forêt, avec quelques bouleaux et conifères disséminés sur leurs sombres flancs. C'est dans cet abime que le Montmorenci s'élance à pic dans un bond gigantesque de 250 pieds, formant une colonne blanche comme du lait, nimbée de poussière d'eau, d’écume, de brouillards et d’arcen-ciels, s'épandant ensuite en larges et minces nappes sur un fond de roc et de gravier, pour se perdre enfin nonchalamment dans le Saint-Laurent. D'une rive à l'autre du golfe, on était à portée de mousquet et les sentinelles ennemies se défiaient mutuellement à travers la grondante cataracte. Le Capitaine Knox, venu un jour de la Pointe de Lévis pour recevoir les ordres de Wolfe, voulut profiter d'une heure de loisir pour contempler cette merveille de la nature. ‘Je faillis payer cher ma curiosité, dit.il t car, pendant que je m’attardais sur la hauteur, m'entendant rappeler en arrière par l’une de nc: sentinelles, je jetai un regard aux alentours, et aperçus un Français qui rampait sous l'extrémité ‘1 retranchement du côté du fleuve avec s 1 ‘usil braqué sur moi. Je retraitai aussi vite que je pus et allai remercier la sentinelle qui m'avait prévenu du danger ; j'appris alors que le Français avait à deux reprises amorcé son arme, et que je m'étais esquivé juste au moment où l’étincelle jaillissait pour la seconde fois.” Un autre officier, moins heureux, avait eu la jambe brisée par un coup de feu Farti de la rive opposée.
Les jours s'écoulaient, mais les envahisseurs n'avançaient PAS à grand'chose. Des drapeaux blancs PasSaient souvent ‘lun camp à l'autre. “Vous Pouvez démolir Ja ville, disait l’un de ces parlementaires, mais vous n'y pénétrerez jamais.” A quoi Wolfe répondit : - "J'aurai Québec quand je devrais tenir ici jusqu'à la fin de novembre.” Fartois Ja chaleur était intense, Parfois aussi les averses d'été inondaient Jes tentes. Le long du fleuve, de Mont- Morenci à la Pointe de Lévis, c'étaient d'interminables duels d'artillerie entre les canonnières et frégates et ls batteries de la rive. Des bandes de Sauvages infestaient les confins du Camp, tuant les sentinelles et les patrouilles. Les ‘“‘rangers” les Pourchassaient dans les bois ; vives SCarmouches, pertes et gains de chevelures. Les troupes réglées prenaient parfois Part à ces batailles sous bois ; il arriva une fois que l'ordre du Jour portait que ‘‘le général avait ordonné de servir deux Moutons et du rhum à la compagnie
Sauvages.” Ceux-ci se Plaignaient de ce que les An- £glais enssent appris à se battre et à ne plus se masser
dont ils Portaient la livrée. L'un d’eux fut Capturé le 18. I] était NY, Couvert de peinture rouge et bleue, et portait au Sommet de la tête Ja traditionnelle Parure de plumes multicolores, Lui et ses compagnons se servaient du Couteau à scalper comme les Sauvages eux-mêmes, et les ‘‘rangers” de Ja Nouvelle
Had BF
Angleterre ne leur en cédaient &uère sous ce rapport, Jusqu'à ce qu'un ordre vint de Wolfe, interdisant la barbare pratique du Scalp ‘sauf lorsqu'on aura affaire à des Sauvages ou à des Canadiens déguisés comme tels.”
Une partie de la flotte s'était avancée dans la rade au-delà de la Pointe d'Orléans, et là, par les chaudes nuits d'été, officiers et soldats suivaient du regard l'éclair et la foudre des canons qui se répondaient des hauteurs de Montmorenci et de Lévis, ainsi que la rouge trajectoire décrite en l'air par les bombes. Souvent les ténèbres s'illuminaient des lueurs d'incendie détruisant les habitations de Québec, allumées par des obus incendiaires. La haute et la basse-ville avaient été désertées par les résidents, dont les uns s'étaient retirés à Ja Campagne, d’autres dans le faubourg Saint-Roch : les religieuses des Ursulines et de l'hôpital avaient abandonné leurs monastères pour se mettre hors de la portée des canons. La ville était la proie des voleurs, qui Pillaient les maisons désertes jusqu'à ce que vint des quartiers généraux l’ordre de pendre quiconque serait pris en flagrant délit. Les Français ayant reçu la nouvelle d'un assaut sur Niagara et de la marche de l'armée d'Amherst sur Ticonderoga, les Canadiens se mirent à déserter de plus en plus. lIjs étaient dégoûtés de l'attitude Passive où persistaient Vaudreuil et Montcalm ; habitués aux marches forcées, aux hardis coups de main et aux non moins rapides retours dans leurs foyers, ils se lassaient de ces longues semaines d'inaction. Une Patrouille anglaise
S'empara d'un de ces hommes pendant qu'il s'amusait à pêcher à la ligne.
“IT nous fit l'effet, dit Knox, d'un vieux rusé Compère ; il déclara avoir soixante-dix ans. Quand nous l’eûmes copieusement traité au vin de Porto, sa langue commença à se délier, et, voyant que nous nous amusions des récits hyperboliques qu’il nous faisait, il finit Par avouer que l'affaire était bien finie d’un côté où de l’autre, que tous ses camarades étaient mécontents et disposés à se rendre, ou à se disperser et à rester neutres sans les objurgations de leurs prêtres et la crainte d’être maltraités par les Sauvages, qui ne cessaient de les menacer, Le 19 juillet, un déserteur Tapporta de nouveau que la Crainte des Sauvages était la seule chose qui retint les Canadiens au camp.”
La proclamation de Wolfe, d’abord stérile, commençait à faire effet. Un grand nombre de prisonniers Canadiens, capturés Je 25, lui déclarèrent que leurs Compatriotes accepteraient volontiers ses offres sans la menace des Commandants de lancer les Sauvases Sur eux à la première défection. Ces Prisonniers ajoutèrent que “depuis plusieurs jours ils vivaient dans la mortelle crainte de voir une bande de quatre cents barbares Saccager leur village et leurs habitations. (1) Ces menaces n’eurent pas tout l'effet qu’on en attendait. Un chroniqueur français du temps écrit: “De jour en jour, les Canadiens trahissaient leur dégoût, et désertaient en toute occasion, en dépit des moyens qu'on prenait pour les 0: PANNES De
peuple était intimidé, voyant toute notre armée concentrée sur un point, et gardant la défensive ; tandis que les Anglais, bien que beaucoup plus faibles en nombre, divisaient leurs forces, et variaient les entreprises audacieuses sans rencontrer de résistance.” (1)
Le 18, les Anglais accomplirent un exploit qui promettait d'importants résultats. Les commandants français avaient toujours cru que pas un vaisseau ennemi ne pourrait passer sous les batteries de Québec ; cependant, vers onze heures de nuit ce soirlà, favorisés par le vent, et couverts par une furieuse cannonnade de la Pointe de Lévis, le “Sutherland,” avec une frégate et plusieurs petits vaisseaux, cinglèrent sains et saufs et remontèrent le fleuve jusqu’au-dessus de la ville, Une fois là, ils attaquèrent sur le champ et détruisirent un brûlot et quelques autres embarcations qui se trouvaient dans leurs eaux. Pour la première fois, Montcalm dût affaiblir son armée de Beauport en dépêchant six cents hommes sous les ordres de Dumas, pour défendre les points accessibles de la côte escarpée qui sépare Québec du Cap-Rouge. Le lendemain, un autre détachement de plusieurs centaines d'hommes fut envoyé dans la même direction lorsqu'il fut connu que les Anglais avaient ‘‘portagé” une flottille de bateaux à travers la Pointe de Lévis, les avaient lancés à l’eau au-dessus de la ville, et avaient expédié des troupes pour s’y embarquer. Les Opérations du siège entraient dans une nouvelle phase, et le danger se montrait sur un point que les Français avaient jusque-là négligé. Par
[1] Journal du Siège [Bibliothèque de Hertwell],
contre, Wolfe s'était rendu plus vulnérable que jamais.
Son armée se trouvait divisée, non plus en trois tronçons, mais en quatre, chacun si isolé du reste que, dans le cas d’une surprise, chaque corps se trouvait réduit à se défendre tout seul. Si Montcalm ne saisit pas l’occasion, ce fut apparemment faute de confiance dans ses milices.
Les forces au-dessus de la ville ne restèrent pas les bras croisés, Le soir du 20, le colonel Carleton, avec six cents hommes, fit dix-huit milles à la rame dans le haut du fleuve, et débarqua à la Pointe-aux- Trembles, sur la rive nord, où quelques familles de Québec s'étaient réfugiées. Wolfe avait appris par des prisonniers qu’on y trouverait non seulement des approvisionnements en grande quantité, mais aussi des lettres et des Papiers qui l’éclaireraient sur les plans des Français. Carleton et ses hommes repoussèrent une bande de Sauvages qui faisaient feu sur eux, et passèrent la journée tranquillement autour de l’église paroissiale: mais ils y trouvèrent peu de papiers, et encore moins d’approvisionnements. Sur le soir, ils en repartirent, emmenant avec eux près d’une centaine de femmes, d'enfants et de vieillards, et u’eurent pas plutôt disparu que les Sauvages revinrent piller les maisons abandonnées par leurs infortunés alliés. On traita les prisonniers avec la plus grande bonté. Les femmes en particulier furent invitées à souper avec Wolfe, qui plaisanta avec elles sur la prudente tactique des généraux français, disant : “Je leur ai pourtant donné d'excellentes chances de m'attaquer; ce qui m'étonne, c’est qu’ils n’en aient
que
trois que, vait aisit ince
pas ton, ime uxde par des ssi les
Ur
pas profité.” (1) Le lendemain, les prisonniers furent tous renvoyés à Québec sous la protection du drapeau blanc.
Jusque-là, Wolfe s'était abstenu de mettre à exécution les menaces qu’il avait fait afficher le mois précédent sur l'église de Beaumont. Il lança une nouvelle proclamation, dans laquelle il était dit que, puisque les Canadiens s'étaient montrés indignes des offres qu’il leur avait faites, il avait en conséquence donné à ses troupes légères l’ordre de ravager leur Pays et de les emmener prisonniers à son camp. Les miliciens canadiens appartenant au voisinage de Québec se virent dans un terrible dilemme : menacés d'un côté par Montcalm, de l’autre par Wolfe, Ils avaient à choisir entre déserter et rentrer dans leurs foyers, Lu -ester autour de leurs drapeaux. Dans un cas, leurs ‘saisons seraient mises à feu par les Sauvages de l'armée française, dans l’autre par l’infanterie légère des Anglais.
Wolfe s'empressa de donner des ordres à l'avenant de sa dernière proclamation ; il Prescrivait cependant que les églises ne seraient pas profanées et qu'on ne ferait pas de mal aux femmes ni aux enfants, Voici Comment Knox décrit les Premiers effets de ces mesures sévères : “Cet après-midi, l'infanterie légère du major Dalling a amené au Camp deux cent cinquante prisonniers des deux sexes, parmi lesquels se trouvait un prêtre d'apparence très respectable et une Auarantaine d'hommes en état de Porter les armes. Il y avait un nombre à peu près égal de gros bétail,
[1] Journal tenu à l'Armée que commandait feu M. Montcalm.
avec une soixantaine de moutons et d’agneaux et quelques chevaux. Le brigadier Monckton reçut dans sa tente le révérend abbé et quelques autres personnages fashionables, et fit servir des rafraîchissements à tous les autres captifs ; ce noble exemple fut suivi par les soldats, qui s’attroupèrent courtoisement autour de ces malheureuses gens, partageant avec eux leurs provisions, leur rhum et leur tabac. Dans la soirée, on les embarqua dans les vaisseaux en rade.” Le même, deux jours plus tard : ‘Le détachement du colonel Fraser est rentré ce matin, nous apportant une nouvelle représentation des tragédies qui sont les conséquences de la guerre, amenant avec lui une multitude de malheureuses familles captives, avec une partie de leurs effets et près de troix cents animaux, bêtes à cornes, moutons, porcs et chevaux.”
Le lendemain soir, l'excellent chroniqueur voyait son attention attirée d'autre façon. Vaudreuil tentait de nouveau d’incendier la flotte anglaise. ‘Tard hier soir, écrit Knox en date du 28, l'ennemi nous envoya un formidable radeau à feu, composé d'une remorque de goélettes, chaloupes et ‘‘cajeux” enchaînés ensemble. Il n'avait pas moins de cent brasses de longueur et était couvert de grenades, de vieux pierriers, de canons, de mousquets et de pistolets chargés jusqu’à la gueule, avec force autres engins de destruction et matières inflammables. C'était apparemment leur dernier effort contre notre flotte ; heureusement il échoua, comme les précédents, car nos vaillants marins, avec leur adresse habituelle, y mirent les grappins avant que le tout eût franchi le tiers du Bassin, et le remorquèrent sans
Sue
accident au rivage, où ils l'échouèrent en criant, tout le temps: Alls well ! Je ne puis passer sous silence le mot typique d'un de ces intrépides gaillards à ses camarades dans cette occasion ; je le cite à cause de sa rudesse: ‘Dieu me damne, Jack, avais-tu Jamais hâlé l'enfer ?”?
D'après une relation française, cette machine infernale consistait en soixante-dix radeaux, bateaux et goélettes. Si elle Manqua son coup, ce ne fut pas la faute de ceux qui la conduisaient ; sous les ordres d'un brave Canadien, du nom de Courval, ils se comportèrent avec un énergique sang-froid. Ce qui sauva la flotte, ce fut uniquement la bravoure des matelots, qui se jetèrent en masse dans leurs canots pour barrer le chemin à la conflagration mouvante.
On était alors à la fin de juillet. Plus de la moitié de l'été était passé, et Québec paraissait plus que jamais hors des atteintes de Wolfe. Les maisons étaient en ruines, et les paroisses du voisinage avaient été incendiées et ravagées ; mais son rempart vivant, l’armée de Montcalm, était toujours là, patiente et défiante, sur la rive de Beauport, tandis qu'au delà de la ville chaque point de la falaise où seul un chat sauvage aurait pu grimper était gardé à vue ; Dumas, avec un millier d'hommes, occupait les hauteurs imprenables du Cap-Rouge. Montcalm persistait à ne rien faire de ce que Son ennemi aurait voulu qu'il fit. Comme il n'acceptait pas le combat comme Wolfe le lui offrait, celui-ci résolut de porter la guerre
chez lui, en allant l’attaquer de front.
C'était un Projet désespéré, Car, après avoir laissé assez de troupes pour garder Ja Pointe de
Lévis et les hauteurs de Montmorenci, il restait moins de 5,000 hommes Pour tenter l'assaut d’une position supérieurement forte, où Montcalm pouvait à une heure d’avis rassembler un nombre de combattants deux fois plus considérable. Mais Wolfe avait une confiance illimitée dans Ja discipline et la valeur de ses soldats, et professait un profond dédain pour la milice qui formait le gros de la force ennemie.
Nous avons déjà vu qu'aux abords du Montmorenci, le Saint-Laurent est bordé d'escarpements d'une grande hauteur et extrêmement abrupts. A un mille de la gorge de cette cataracte, une batture large d'un huitième de mille, à marée haute, sépare le pied des collines du fleuve : le flot en se retirant y laisse à découvert un fond de boue d'une largeur de près d'un demi-mille. Sur la lisière de cet'e grève, les Français avaient élevé une redoute montée de canons, et à un quart de mille plus près de la chute, il y avait sur la rive d’autres Ouvrages de même nature. Du fleuve, Wolfe n'avait Pu voir que ces redoutes étaient commandées par la mousqueterie des retranchements pratiqués le long du côteau au-dessus. Retranchements ainsi construits que par leurs feux [croisés ils balayaient le versant entier de la colline, tout en verdure et très escarpé. Wolfe espérait qu’en le voyant attaquer l’une des redoutes, les Français descendraient la défendre et qu'il s’en suivrait un engagement général ; sinon, qu'il aurait du moins la chance de reconnaître les hauteurs, et d'y trouver un point susceptible d’être pris d’assaut avec quelque espoir de succès.
Au pied de la gorge du Montmorenci, la rivière
offrait un gué franchissable pendant plusieurs heures, à marée basse ; les troupes du camp anglais tout près de là pouvaient donc le franchir et se joindre à leurs camarades venus en canots de la Pointe de Lévis et de l'Ile d'Orléans. Le matin du 31 juillet, la marée étant alors à son apogée, les F rançais virent le ‘‘Centurion,”’ vaisseau de 64 canons, mouiller au large du Montmorenci, et ouvrir le feu sur les redoutes. Alors deux transports armés, chacun de 14 canons, s'approchèrent le plus près possible de la première redoute, sur laquelle ils tirèrent, s'échouant avec le jusant, qui dans l'après-midi les laissa complètement à sec dans la vase. En même temps, une batterie de plus de quarante fortes pièces, plantée sur la cime avancée du promontoire de l’autre côté du Montmorenci, ouvrait une canonnade furieuse sur le flanc des retranchements français, sans trop leur faire de mal du reste, car ces travaux étaient protégés par des épaulements qui amortissaient les boulets. Les Canadiens, qui, avaient charge de cette partie des lignes, conservèrent leurs positions avec une fermeté remarquable.
Vers onze heures, une flotte d'embarcations pleines de soldats, venus surtout de la Pointe de Lévis, apparut sur le fleuve et vint longer la rive à l'ouest de l'église paroissiale de Beauport, faisant mine d’y atterrir. Montcalm, très perplexe, se demandait si l'attaque réelle viendrait de ce côté, ou par l'embouchure du Montmorenci. D'heure en heure, les bateaux allaient et venaient, comme pour déjouer ses plans et cacher le véritable dessein de l'ennemi ; mais il se fut bientôt convaincu que le camp de Lévis
téichontiteitte té 1: à
à Montmorenci était le point menacé, et vers deux heures il s’y rendit à Cheval, salué Je long des lignes Par des cris de “Vive notre général l’ Avec sa Sagacité habituelle, Lévis avait déjà fait ses préparatifs de défense. Ses Canadiens furent renforcés par les bataillons de Béarn, Guienne et Royal-Roussillon,
toute la force de l'armée sé Concentrant entre les rivières Beauport et Montmorenci, où, d’après un chroniqueur français, près de douz+ mille hommes se trouvèrent réunis vers Ja fin de l'après-midi.
À 5 heures et demie, la marée était complètement basse ; ce fut le moment critique. Les batteries de l’autre côté du Montmorenci, celles plus lointaines de la Pointe de Lévis, le canon du ‘“Centurion’” et ceux des deux transports échoués, tous reprirent le feu avec une énergie redoublée. Les batteries françaises ripostèrent, et au milieu de cette étourdissante musique, les canots anglais descendirent leurs troupes Sur la plage boueuse que l’eau, en se retirant, avait laissée à sec sur une vaste étendue. A Ja même heure, On pouvait voir une colonne de 2,000 hommes
Les premières troupes qui sautèrent hors des Sanots sur la grève furent treize compagnies de Srenadiers et un détachement du “Royal American.” Elles s’avancèrent au pas de course; à queique distance en arrière, venait Ja brigade de Monckton, composée du 15e ou régiment d’Ambherst, et du 78e ou Highlanders de Fraser. La journée avait été
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jusque-là belle et chaude ; mais le ciel était peu à peu devenu noir de nuages, et de grosses gouttes d’eau commençaient à tomber, avant-coureurs d’un orage d'été.
Avec la plus grande précipitation, sans attendre les ordres, sans attendre non plus d’être rejoints par la brigade de Monckton, les grenadiers qui battaient la marche s'étaient élancés au pas redoublé vers la redoute au pied de la côte. Les Français l'abandonnèrent, mais à peine les assaillants s’en étaient-ils rendus maîtres que sur les hauteurs voisines des milliers de mousquets faisaient feu, vomissant sur eux une grêle de balles. Non déconcertés, ils s’élancèrent de nouveau en avant, réservant leur feu et cherchant à escalader l'escarpement, tandis qu'aux cris retentissants de ‘‘Vive le Roi !” les troupiers et Canadiens leur servaient d'en haut une trombe de balles de mousquets et de plomb de chasse ; tués et blessés roulaient pêle-mêle sur ie flanc du côteau. A l'instant même, les nuages crevèrent et la pluie tomba par torrents. ‘Nous ne pouvions voir plus loin qu'à mi-côte,”” dit le chevalier Johnstone, qui se trouvait sur ce point de la ligne. De part et d'autre, la munition était trempée, et le gazon du flanc de la colline était devenu si glissant qu'il n'était guère possible de s'y tenir debout. Les Anglais disent que cet orage sauva les Français ; ceux-ci disent avec non moins de raison que ce fut le salut des Anglais.
Les grenadiers déroutés retraitèrent jusqu’à la redoute. Wolfe comprit que toute persistance était inutile, et ordonna la retraite. La pluie cessa, et des bandes de Sauvages dévalèrent du côteau pour
Scalper ceux qui étaient tombés. Quelques-uns coururent au lieutenant Peyton, du Royal American, qu’une balle de Mousquet avait couché Par terre, Avec son fusil à deux Coups, il abattit deux de ses aSsaillants ; un sergent des Highlanders, le prenant dans ses bras, le traîna sur une distance d'un demimille dans Ja boue de la batture, et Je déposa dans
soldat du bataillon de Guienne QUI, saisissant l'enragé Sauvage, Le tint en respect jusqu'à l'arrivée de plu-
Les grenadiers et le Royal American, qui avaient Supporté le gros du feu, avaient aussi subi Presque toute Ja Perte, qui était énorme, eu égard à leur nombre. Knox la Porte à 443 tués, blessés et
manquants à l'appel, y Compris un colonel, huit capitaines, vingt-un lieutenants et trois enseignes.
Vaudreuil, au comble de la joie, écrivit un récit de l'affaire à Bourlamaque. ‘Je n'ai plus d'inquiétude pour Québec, dit-il. Je Puis vous assurer que M. Wolfe ne fera aucun progrès. Ilest heureux pour lui que sa circonspection l'ait sauvé des suites de cette folle entreprise ; il s'en retire avec une perte d'environ cinq cents de ses meilleurs soldats. Des déserteurs disent qu’il recommencera dans quelques jours. C'est ce que nous voulons ; il trouvera À qui parler."
OLFE se montra profondément mortifié W du désastre de Montmorenci ; le lendemain, dans un ordre général, il répri-
rmes les grenadiers pour leur précipitation : “De tels mouvements impétueux, Contraires à toute règle et à toute discipline militaire,
détruisent l'ordre, mettent les Commandants dans
Berniers, croyait la campagne terminée du Coup, et à notre gloire.”
même avant
De son côté, Wolfe avait tout lieu de s Au début, avant d'avoir vu Québec et
» il avait conçu le projet de commencer les opérations en prenant Position sur les Plaines d'Abraham, et d'y faire le siège de la ville ; mais il s'était bientôt aperçu que les Plaines d'Abraham n'étaient Pas plus à sa portée que Québec même. Ses seules chances désormais
dépendaient de la Composition de l'armée de Montcalm. 11 professait du respect pour le général français dont les troupes réglées lui paraissaient dignes du fer britannique, mais en même temps le plus profond dédain pour les milices, dont il comptait bien ne faire qu'une bouchée si seulement il pouvait les rencontrer en rase campagne. Mais Montcalm n'avait lui non plus nulle confiance en elles ; aussi persistait-il à refuser la rencontre que Wolfe appelait de tous ses vœux.
Wolfe était donc forcément amené à conclure que ses chances étaient bien faibles. On dit que, désespérant de rien faire de décisif, il eut un instant l'idée de fortifier l'Ile-aux-Coudres, et d'y laisser une partie de ses troupes pendant qu'il irait en Angleterre Préparer une autre expédition pour le printemps Suivant. Pour affaiblir davantage l'ennemi et toujours en vue de sa future conquête, il adopta au même moment des mesures qu'on voudrait pouvoir effacer par respect pour sa mémoire ; bien que la férocité fût loin d'être dans sa nature, quand il entreprenait quelque chose, il y apportait une telle intensité de volonté que, pour en venir à bout, il n'épargnait pas plus les autres qu'il ne se ménageait lui-même. Vers le milieu d'août, il lança une troisième proclamation aux Canadiens, déclarant que, puisqu'ils repoussaient ses offres de Protection, ‘‘et l'en avaient si ingratement payé en pratiquant des actes de dernière barbarie sur ses troupes en toute occasion, il ne pouvait plus, en justice pour lui-même et pour Son armée, s'empêcher de les châtier comme ils le méritaient.” I] faisait allusion aux mutilations et aux
Chemin. Partout où on leur résista, fermes et villages furent incendiés ; les églises furent généralement épargnées. Saint- Paul,en bas de Québec, fut mis à sao et réduit en cendres, et les établissements Sur la rive d'en face partiellement détruits. Les Paroisses de l'Ange-Gardien, de Château-Richer et de Saint-Joachim furent dévastées Par le fer et le feu. Toutes les nuits, la garnison de Québec pouvait voir des lueurs d'incendies aussi loin que la montagne du Cap Tourmente. Près de Saint-Joachim, il y eutune terrible eSCarmouche, suivie d'atrocités révoltantes. Le capitaine Alexander Montgomery, du 43e régiment, qui commandait le détachement, et qu'on a très
Richard Montgomery, fit fusiller ses prisonniers séance tenante, malgré les Protestations indignées de ses Propres officiers. (1) Robineau de Portneuf, curé de Saint-Joachim, se mit à la tête d'une trentaine de ses Paroissiens ; ils se barricadèrent dans une spacieuse maison de Pierre dans Ja paroisse Voisine, Château-Richer, où ils tinrent les Anglais à distance pendant un certain temps. Le curé et ses
[1] Fraser, Journal. Fraser était officier sous Montgomery, dont il parle avec mépris.
Compagnons furent enfin attirés dans une embuscade, où ils furent cernés et massacrés ; des rangers déguisés en Sauvages les scalpèrent du premier au dernier. (1)
La plupart des écrivains français de l'époque mentionnent ces atrocités sans beaucoup de commentaires, mais Vaudreuil les dénonce énergiquement. [Il était cependant lui-même responsable de crimes incomparablement pires et en bien plus grand nombre, ayant lancé ses Sauvages, À peau rouge ou blanche, sur une frontière de six cents milles, avec pleine liberté de dévaster, de brîler et de tuer. L'ordre de Woïfe disait : ‘‘Les femmes:et les enfants seront traités avec humanité ; s'il est iit violence à une femme, le coupable sera puni de mort.” Cet ordre fut généralement respecté. A ! nique exception de Montgomery, les Anglais nc donnèrent la mort qu'aux hommes armés faisant acte de résistance ou d'attaque ; les partis de guerre de Vaudreuil, eux, n'épargnaient ni l’âge ni le sexe.
Montcalm laissa brûler les villages et resta passivement retranché dans son camp de Beauport. Il ne voulait pas mettre tout le Canada en péril pour sauver quelques centaines de fermes. Wolfe paraissait donc aussi loin que jamais dela bataille qu'il désirait. Jusque-là ses assauts avaient été surtout tentés au-dessous de la ville; comme ils avaient échoué, il remania ses plans et reprit sur une plus grande échelle les mouvements qu'il avait commencés en juillet au-dessus de la ville. A chaque vent
[1] Knox, ïi. 32. L’incident est rapporté dans la plupart des chroniques du temps.
favorable, des vaisseaux et des transports Passaient Sous les batteries de Québec, à la faveur d'un feu nourri du côté de Ja Pointe de Lévis : la manœuvre réussissait généralement, et les Vais:.aux, plus ou moins avariés, atteignaient le haut du fleuve. Une
flottille de bateaux plats y fut aussi envoyée, et douze cents soldats s'y rendiren
quer, sous les ordres du brigadi L'amiral Holmes pri
ce côté.
Pour faire face à 1
a Situation, Bougainville fut dépêché du
Camp de Beauport avec quinze cents € ardue, épuisante, que la
hommes. Ce fut une tâch
Vaudreuil comprit alors l'erreur qu'il avait commise en envoyant les frégates françaises dans le haut du fleuve, hors de la zône périlleuse, et en en détachant les équipages pour le service des batteries de Québec. Les vaisseaux restés sur les lieux eussent pu s'emparer de ceux de l'ennemi en détail, au fur et à mesure qu'ils passaient devant la ville. On tenta de réparer cette bévue. Les marins furent renvoyés à leurs bords, pour attaquer l'escadre de Holmes. Il était trop tard. Holmes était déjà trop fort pour eux, et on les rappela. ‘Tout de mème, les dificultés auxquelles les Anglais avaient à faire face paraissaient encore insurmontables. La dysenterie et la fièvre éclatèrent dans leur camp, réduisant notablement l'effectif disponible, et comme la saison avançait, tout leur disait d'agir promptement, sous peine de n’aboutir à rien du tout.
D'autre part, la détresse des F rançais s’aggravait de jour en jour. Leur armée était à la petite ration. Les opérations des Anglais à l’ouest de la ville jetaient le découragement duns le camp de Beauport, car les troupes de même que les Canadiens craignaient de se voir couper les vivres, lesquelles étaient entièrement tirées du district de Trois-Rivières et de Montréal. Le danger était grand dans tous les cas, car, lorsq":2 les vivres étaient convoyées de nuit par eau, elles couraient risque d’être interceptées, et d’un autre côté il était très difficile de les transporter par terre, à cause de la rareté des chevaux et bêtes de somme. La discipline se relâchait, le désordre et le pillage se généralisaient, et les Canadiens désertaient si vite que vers la fin d'août il en partait une couple
fut dépêché sur la scène du danger ; son départ affaiblit déplorablement Québec. Vers Je même temps, la Basse-Ville fut de nouveau mise en feu par
de la ville, ainsi que de religieuses Ursulines et de l’Hôtel-Dieu qui s’y étaient réfugiés. ’évêque
ces malheureux.
Vers la fin d'août, l'horizon s’éclaircit de nouveau. On apprit qu’Amherst ne marchait pas sur Montréal, et Bourlamaque mandait que sa Position à l’Ile-aux- Noix était imprenable, Le 27, un déserteur de l’armée de Wolfe apportait l'assurance que l'ennemi déses-
DEEE pile its nactrtiitétfé
Dans l'intervalle, un gros nuage vint assombrir l’armée anglaise. Depuis le commencement du siège, Wolfe s’était multiplié, allant sans cesse d’un camp à l’autre, aiguillonnant le zèle des troupes, observant tout, voyant à tout; mais depuis peu ce grand jeune homme pâle et maigre n'avait plus reparu ; le bruit se répandit que le général était dangereusement malade. La vérité est qu’il avait été repris d’une attaque de la maladie qui le minait depuis un certain temps ; la fièvre s'était mise de la partie, Ses quartiers étaient dans une maison d’habitant, au camp de Montmorenci ; là, dans une chambre de l'étage supérieur, il restait inerte sur son lit, et rien ne ressemblait moins à un héros que cet homme aux traits singuliers et si peu guerriers, convulsés par la souffrance physique. Mais, de même que l'aiguille aimantée frissonne, mais cherche toujours le pôle, ainsi, à travers les tortures, les langueurs et les ardeurs de la fièvre, la pensée de Wolfe ne perdait pas de vue son idée fixe, la prise de Québec. Sa maladie, qui avait commencé avant le 20 août, avait si bien perdu de son intensité le 25 que Knox écrivait dans son journal à cette dernière date : ‘“Son Excellence le général Wolfe est en bonne voie de guérison, à l'exprimable joie de toute l’armée.” Le 29, il était en état d'écrire ou de dicter la lettre suivante aux trois brigadiers Monckton, Townshend et Murray : “Afin que le service ne souffre point de l’indisposition du général, il prie le: brigadiers de se réunir et de se concerter pour le bien et l'avantage de tous, et de délibérer sur la meilleure méthode à adopter pour attaquer l'ennemi.” La lettre proposait trois plans, tous audacieux jusqu'à la témérité. Le
rement caressé deux autres Projets, dont l'un Cconsistait à escalader les hauteurs à Saint-Michel, à une lieue environ en amont de Québec ; mais il avait rejeté l'idée dès qu'il eût appris que les Français étaient en force Pour le recevoir. L'autre plan con- Sistait à prendre Ja Basse-Ville d'assaut ; il avait aussi abandonné celui-là, Parceque la Haute-Ville, qui commandait Ja Position, n’en resterait pas moins inaccessible,
Pour prendre position sur la rive nord au-dessus de la ville, de manière à placer l'armée entre Montcalm et sa base de ravitaillement et à Je forcer ainsi à se battre ou à se rendre. La Proposition ressemblait au projet d'attaque Par les hauteurs de Saint-Michel, Elle était désespérée en aPParence, mais il en était de même de toutes les autres, et si Par bonheur Je succès la COuronnait, on en tirerait beaucoup plus de
Renan sq nr anne man ne
APR ae à
profit que d'aucun autre coup de main en bas de la ville. Wolfe l'accepta d'emblée.
Non qu'il y vit beaucoup à espérer. I1 savait que toutes les chances étaient contre lui. Les déceptions passées, les noires perspectives d'avenir, l'épuisement physique causé par la maladie ; des tracas et des fatigues, suivant l'expression de Burke, ‘au-dessus des forces d'un organisme délicat et d’un corps trop débile pour l'âme robuste et intrépide qu'il contenait”: tout cela le plongeait par moments dans de profonds marasmes. Ses intimes lui entendaient dire qu’il ne voulait pas s’en retourner défait, ‘‘s'exposant par là à la censure et aux récriminations d'une ignare populace.” Dans d'autres moments, il se reprochait de sacrifier oe qui restait de son armée décimée dans une vaine obstination contre des impossibilités trop manifestes. Mais, une fois son plan finalement arrêté, il n’en voulut plus démordre. Sa seule crainte était de ne pas pouvoir commander ses troupes en personne. ‘‘Je sais parfaitement bien que vous ne pouvez me guérir, disait-il à son médecin ÿ mais mettez-moi seulement sur pied pour quelques jours, que je ne souffre pas trop, et que je sois en état de vaquer à mes devoirs : c'est tout ce que je demande.”
Wolfe avait écrit une dépêche à Pitt, dans laquelle l'amiral Saunders trouvait qu'on faisait une part trop large à la flotte dans le désastre de Montmorenci. L’amiral lui avait envoyé à ce sujet une lettre, que le major Barré avait cachée au malade tant que la fièvre ne l’eut pas quitté, Wolfe y répondit par une longue épitre, trahissant Je combat de
découragement et de ferme résolution qui se livrait
GEST pee ES msger
en lui. Tout en admettant la justesse des représentations de Saunders, il ajoutait : “Laissons de côté cette partie de ma lettre à M. Pitt à laquelle vous Prenez exception. J'ai Conscience de mes erreurs dans cette Campagne, je vois clairement où j'ai
la tête d’un homme qui est fatalement ruiné, cela ne tire guère à conséquence. Aussi assumé-je sur mes Propres épaules tout le blâme de cette malheureuse journée ; et je m'attends à en Porter les conséquences.” Puis, revenant à Son nouveau plan d'attaque audessus de Québec, il ajoutait tristement : ‘Mon misérable état de santé m'empêche de me charger moi-même de l'affaire, dont Ja nature est trop désespérée Pour que je donne à d'autres l'ordre de l’exécuter.” I] n'en indique pas moins la direction à suivre : ‘‘I] faudra Passer autant de petits vaisseaux que possible au-delà de Ja ville, avec assez de vivres POur nourrir environ 5,000 hommes pendant six semaines ; C’est toute Ja force que j'entends prendre avec moi. J'espère que mes lettres seront prêtes demain, et que j'aurai la force de conduire ces hommes quelque part où nous rencontrerons l'ennemi.”
Le jour suivant, le dernier d’août, il pouvait quitter la maison Pour la première fois. C'est ce même jour qu’il écrit sa dernière lettre à sa mère : ‘Le fait de vous écrire, disait-il, vous Prouvera que je n'ai d'autre mal que celui de la défaite et du désappointement. L'ennemi ne risque rien au dehors, et de mon côté je ne puis en Conscience exposer toute mon armée. Mon antagoniste s’est Sagement confiné
derrière des retranchements inabordables, de sorte qu'il m'est impossible d'arriver À lui sans faire couler des torrents de sang, peut-être sans grand résultat. Le marquis de Montcalm est à Ja tète d’un grand nombre de mauvais combattants, tandis que je suis à la tête d'un petit nombre de bons soldats, qui ne demanderaient pas mieux que de se mesurer avec lui : mais le rusé gaillard évite l'action, tant il doute de la valeur de son armée. 1] faut être du métier pour se rendre compte des désavantages et des difficultés de notre tâche, résultat de la singulière force naturelle du pays.”
Le 2 septembre, un navire partait pour l'Angleterre avec sa dernière dépêche à Pitt, qui débutait en ces termes : ‘‘Les obstacles auxquels nous avons eu à faire face dans les opérations de cette campagne sont beaucoup plus grands que nous n'avions raison d'attendre ou que nous ne pouvions le prévoir ; non Pas tant par la force numérique de l'ennemi (encore qu'elle soit supérieure à la nôtre) que de la force naturelle du pays, sur laquelle le marquis de Montcalm semble sagement se fier.
‘Lorsque j'eu appris que des secours de toute espèce avaient été jetés dans Québec, que cinq bataillons de troupes réyrlées, renforcés des meilleurs habitants du pays, de quelques-unes des troupes de la colonie, de tous les Canadiens en état de porter les armes, Sans compter plusieurs nations de Sauvages, étaient entrés en campagne et avaient pris une position des plus avantageuses, je ne pouvais plus espérer réduire la place. J'ai tout de même recherché l’occasion d'attaquer cette armée, sachant bien
qu'avec mes troupes j'étais en et espérant qu'une victoire Puis, après une n de la campagne :
encore dans un tel
de, et suis que j'ai prié les
d'avis qu'ayant maintenant u-dessus de la ville plus de ements, on devrait tenter, en
Cette situ ensemble de difficult
és que j'avoue Presque m'y Grande-Bre.
LME
de la nation, en quoi je suis sûr d’être bien secondé par l'amiral et par les généraux, heureux si nos efforts en ce pays peuvent contribuer au succès des armes de Sa Majesté dans d'autres parties de l'Amérique."
Peu de jours après, il écrivait au comte de Holdernesse : ‘ Le marquis de Montcalm a un nombreux corps d'hommes armés (je ne puis appeler cela une armée), et peut-être la plus forte place du monde. Notre flotte bloque le fleuve en amont et en aval de la ville, sans pouvoir cependant seconder d'aucune manière un assaut sur l'armée canadienne. Nous sommes ici en ce moment (au large du Cap Rouge), avec environ 3,600 hommes, guettant le moment d'attaquer à l'heure et à l'endroit où nous pourrons le plus facilement arriver à eux. Je suis assez remis pour m'occuper des affaires ; mais ma constitution n'en est pas moins ruinée de fond en comble, sans la consolation d’avoir Pu rendre quelque service notable à l'Etat, sans même l'espoir de pouvoir le faire.” I1 venait justement d'apprendre, par une lettre d'Amherst, apportée par l'enseigne Hutchins, qu'il ne devait attendre aucun secours de ce côté.
Peut-être était-il aussi près du désespoir que pouvait l'être une nature aussi fortement trempée que la sienne. Dans cet état d'âme et de corps, c'était un héros, moins la flamme et l'enthousiasme de l'héroïsme. Il ne caressait plus d'illusions, mais voyait venir, sans sourciller, l'heure fatale. Il semble qu'à partir de ce moment rien ne le surexcita plus. La langueur causée par la maladie, les apparences
Ommandait feu M. Le Ma la bataille des officiers an
56 LES PLAINES D'ABRAHAM décourageantes de l'entre la partie qui allait se jou Sa torpeur. Tou idées fixes :
Prise, la grandeur même de éT, tout cela put concourir à te Son énergie était absorbée par deux Soutenir jusqu'au bout ses forces chancelantes, Sonsommer quelque fait d'armes désespéré. Tout audacieux qu’il fût, on ne Saurait dire que Son plan fût téméraire, si l'on accepte sur ce point le témoignage de deux écrivains bien renseignés du côté français. (Ces autorités rapportent que le 10 Septembre les Commandants de la marine anglaise tinrent conseil Sur le vaisseau amiral, et qu'il y fut résolu que, vu Ja Saison avancée,
Québec sans Plus de retard. Ijs Woife all
ut ce qui pouvait Sur quoi, conclut Ja chronique, érs consentirent à attendre le résultat de ce dernier effort. (1)
Ainsi que Wolfe en avait informé Pitt, son [1] Ce récit est fait par le chevali quelque variante Par l’aute
Bigot rapporte qu'après £glais lui dirent que Wol
armée était fort affaiblie. Depuis fin juin, ses pertes en tués et blessés dépassaient 850 hommes, y compris deux colonels, deux majors, dix-neuf capitaines et trente-quatre subalternes ; à quoi il fallait ajouter un plus grand nombre encore, invalidés par la maladie.
L’escadre de l'amiral Saunders au-dessus de Québec s'élevait alors à vingt-deux vaisseaux de tout tonnage. L'un des derniers venus était un minuscule schooner, armée de pierriers, qu'on avait plaisamment baptisé “Terror of France.” Il avait passé devant la ville en plein jour, à la barbe des Français qui, furieux d'une telle impertinence, avaient tiré sur lui de toutes leurs batteries ; il n'eut pas cependant le moindre mal, et alla s'embosser près du vaisseau amiral qu'il salua triomphalement du feu de ses pierriers.
Le premier pas de Wolfe vers l'exécution de son plan fut l’évacuation du camp de Montmorenci, opération délicate qui se fit le 3 septembre. Montcalm dépêcha un gros détachement pour tomber sur l'arrière-garde anglaise en retraite. Monckton, qui vit le mouvement de la Pointe de Lévis, embarqua deux bataillons dans les chaloupes de la flotte et fit mine de tenter une descente à Beauport.
Montcalm ramena ses troupes pour repousser cette attaque, qui n'était qu'une feinte, et les Anglais purent quitter Montmorenci sans être inquiétés et gagner, les uns la Pointe d'Orléans, les autres la Pointe de Lévis. Le soir du 4, une flotte de bateaux plats passa au-dessus de la ville avec des bagages et des vivres. Le 5, Murray, avec 4 bataillons, longeait la rivière Etchemin, qu'il traversa à gué sous le feu
n plus confiant. ‘La
des Construits, le départ
uement à bord des vaisseaux
la ville, Les allées et venues de ces vaisseaux, l’enlè ’
grosses pièces d'artillerie des batteries de la Pointe de Lévis: tout cela, étant noée, concourait à faire prévoir
quelques-uns des jà partis Pour le bas du fleuve.
Jour nous laPPortaient que c'était dans leur armée.” Le Ier septembre, il] écrivait à Bourlamaque : “Tout fait voir des Anglais est tombé à l’eau.”
Sa vigilance ne demeura PaS moins incessante.
e même pour Montcalm ; lui aussi, dérobait un moment pour écri SéS Quartiers dans Ja maison de rivière Beauport : a * troupes sont sous Ja tente tout habillé les alertes ; Je suis botté ;
es, prêtes pour mes chevaux sellés.
LEQ PLAINES D'ABRAHAE 59
Comme à l'ordinaire, du reste. Je voudrais vous voir ici, car je ne puis être partout, bien que je me multiplis ; je ne me suis pas déshabillé depuis le 23 juin.” Le 11 septembre, il adresse sa dernière lettre à Bourlamaque, probablement les dernières lignes qu'ait tracées sa plume : ‘‘Je suis accablé d'ouvrage, et comme vous je perdrais souvent patience, si je ne me souvenais que l'Europe me paie pour me contenir. Rien de nouveau depuis ma dernière. Je donne à l'ennemi un mois de plus, ou même moins, à rester ici.” Encore plus confiant, Vaudreuil leur donnait à peine la semaine. (1)
Dans l'intervalle, on ne négligeait aucune précaution. Les forces sous les ordres de Bougainville au-dessus de Québec étaient portées à 3,000 hommes. Il avait ordre de surveiller la rive jusqu’à Jacques- Cartier, et de suivre avec le gros de son corps d'armée les moindres mouvements de l'escadre de Holmes. Il y avait peu à craindre pour les hauteurs dans le voisinage de la ville; elles passaient pour inaccessibles. (2)
Montcalm lui-même les croyait absolument sûres ; peu de temps auparavant, il avait exprimé cette opinion. ‘‘Nous ne pouvons supposer, écrivait-il à Vaudreuil, que l'ennemi ait des ailes” ; puis, désignant l'endroit même où Wolfe devait bientôt débarquer : ‘‘Je vous assure qu'une centaine d'hommes postés là arrêterait toute leur armée.” (3) Il
[1] Vaudreuil au ministre, s octobre 1759.
[2] Journal du siège [Bibl. de Hartwell]. Journal tenu à l'Armée, etc. Vaudreuil au ministre, 5 octobre 1759.
{3] Pontbriand, jugement impartial.
avait raison