‹ La prison du Mid-LothianChapitre 20 sur 93 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

rORTKOUS.

Tout le mal que vous nous enseignez, nous le ferons, et nous serions bien fâchés de ne pas dépasser vos instructions.

SiiAKsretr. e. I.r Mtmhund de fenise.

Le malheureux objet de ce grand tumulte avait été dans la matinée délivré de la crainte de mourir sur l'écbafaud sa joie en était d'autant plus grande qu'il avait eu quelque raison de douter que le gouvernement voulût blesser l'opinion publique en lui accordant une protection si éclatante , après la condamnation solennelle prononcée contre lui par le jury pour un crime si évident.

Délivré de cet état d'airxiété , il avait le cœur plein de joie, et, selon les expressions énergiques de l'Écriture dans une occasion semblable, il pensait que.

sûrement l'amertume de la mort était passée. Mais plusieurs de ses amis, qui avaient observe l'air et la contenance de la multitude quand la nouvelle du sursis fut annoncée, pensaient différemment.

Ils augurèrent de la tranquillité extraordinaire et du silence avec lequel la multitude avait reçu cette nouvelle désagréable, qu'elle nourrissait quelque projet pour une soudaine et violente vengeance. Us engagèrent donc Porteous à demander sans délai aux autorités compétentes d'être transféré au château sous une escorte suffisante , pour y demeurer en sûreté jusqu'à ce que son sort ultérieur fût lixe. Habitue par sa place à faire trembler la populace

raie. L'an dernier, pour rompléler le contraste, une mésange ne s'a\isa-t-cllc pas de balir son nid dois la serrure de la Tolboolh !... L'auteur aurait pu céder a la tentation de laire un sonnet sur ce sujet, si, comme Tonnv l.umpkin *, il eut été en disposition favorable.

Peut-être n'est- il pas inutile de dire que la démolition du Haut nf Mi,l-I.nthian lut signalée par un acte de bienfaisante. 1 ne souscription, ouverte et dirigée par l'honorable migistr.il que j'ai déjà nommé, procura l'élargissement de la plus grande partie des infortuné* débiteurs détenus dans l'ancienne prison, de sorti' q« peu ou point lurent transférés drta la nouvelle.

* Personnage de h Mri>rise d'une nuit, comédie de 1 loldamltb. a. m.

LA PRISON DU de la ville, Porteous ne put imaginer qu'elle eût l'audace de venir attaquer une prison très -forte et très-facile à détendre : il ne tint aucun compte des avis qui auraient pu le sauver, employa même l'après-midi de cette grande journée à traiter quelques-uns de ses amis qui étaient venus le visiter dans la Tolbooih; quelques-uns, par la tolérance du capitaine , avec lequel Porteous était lié d'ancienne date, à cause des rapports que leurs places respectives établissaient entre eux , obtinrent la permission de souper avec lui , quoique ce fût contraire au règlement.

Ce fut donc pendant que ce malbeureux se livrait à la joie que lui inspirait une confiance peu fondée, pendant qu'au milieu des plaisirs du vin et de la bonne chère Il oubliait son crime et ses nombreux péchés; ce fut à ce moment que les premiers cris des insurgés vinrent se mêler aux chants joveux et aux rires de l'imtempérance. Le geôlier tout troublé entre dans la chambre, crie aux convives de se retirer sur-le-champ, et leur raconte à la hâte qu'une populace terrible et déterminée s'est rendue maîtresse des portes de la ville et du corps-degarde. Telle fut la première explication donnée au capitaine et à ses amis, des clameurs effrayantes qu'ils entendaient.

Porteous aurait pu échapper à la rage du peuple , contre laquelle l'autorité ne pouvait le protéger, s'il eût pensé à prendre quelque déguisement et à sortir de la prison avec ses hôtes. Il est probable que le geôlier aurait favorisé son évasion, ou que, au milieu du trouble et du désordre, il ne s'en serait pas aperçu. Mais Porteous et ses amis manquèrent de présence d'esprit pour concevoir et exécuter ce plan. Ceux-ci s'échappèrent à la hâte d'un lieu où leur propre sûreté semblait compromise, et lui, comme frappé de stupeur, attendit dans sa prison le résultat de l'entreprise des insurgés. Au moment où le bruit des instruments avec lesquels ils tentaient d'enfoncer les portes cessa de se faire entendre, Porteous reprit quelque cou-

rage : il espérait que la garnison du château ou la troupe logée dans le faubourg, après avoir pénétré dans la ville, avait dispersé le rassemblement; mais cet espoir dura peu. La lumière étincelante des flammes qui, à travers les barreaux de sa fenêtre, se répandait dans tous les coins de sa chambre , lui fit comprendre que la foule, opiniâtrement déterminée à accomplir son fa^al projet , avait adopté un moyen extrême, mais infaillible.

L'imminence d'un danger connu tira enlin Porteous de l'état de stupeur et d'abattement où l'avait fait tomher la première surprise : mais comment fuir?

où se cacher? Monter dans la cheminée , au risque d'être suffoqué, fut le seul moyen qui s'offrit à lui. Mais il fut bientôt arrêté par ces barres de fer que , dans les maisons de détention , l'on place ordinairement aux diverses ouvertures par lesquelles pourraient s'échapper les prisonniers. Si elles mirent obstacle à ce qu'il s'élevât plus haut, elles l'aidèrent au moins à se soutenir : il les saisit avec rénergiedésespéréed'unhomniequi croit s'attacher aux dernières espérances de son salut. L'effrayante lumière qui avait illuminé la chambre s'affaiblit graduellement, puis s'évanouit tout à fait; des cris affreux retentirent dans la cour de la prison; bientôt ils se firent entendre dans le petit escalier tournant placé dans une des tourelles , et qui conduisait à l'étage supé ieur. Une acclamation de joie et de triomphe répondit à ces vociférations des insurgés; car les prisonniers, espérant être délivrés au milieu de la confusion générale, les saluaient comme leurs libérateurs; quelques-uns même indiquèrent l'appartement qu'occupait le malheureux Porteous. Les serrures et les verrous furent bientôt brisés , et de l'endroit où il se tenait caché , l'infortuné capitaine entendit ses ennemis fureter dans tous les coins de l'appartement, en proférant des jurements et des malédictions qui ne serviraient, si nous les rapportions , qu'à choquer les oreilles du lecteur, mais qui prouvaient, ce qui d'ailleurs n'était pas douteux,

leurs horribles intentions contre le prisonnier qu'ils cherchaient.

Le lieu où s'était réfugié Porteous devait naturellement exciter les soupçons et les recherches : il y fut bientôt découvert, et on l'en arracha avec une violence qui semblait annoncer le projet de le massacrer sur-le-champ. Plus d'une arme était tournée contre lui , quand un des insurgés, celui dont Butler avait particulièrement remarqué le déguisement féminin , s'interposa d'un ton d'autorité : « Êtes -vous fous? dit-il, ou voulez-vous exécuter un acte de justice comme un crime ou une cruauté? Ce sacrifice, nous l'offrirons sur l'autel, ou il perdrait la moitié de son prix. Cet homme doit mourir là où meurent les assassins ; il doit mourir au gibet. Il périra sur le lieu même où il a fait périr tant d'innocents. »

De bruyants applaudissements accueillirent cette proposition ; et de toutes parts retentirent les cris : « A la potence l'assassin ! Menons-le à Grass-Market.

\' — Que personne ne le touche , continua le même orateur; qu'il fasse sa paix avec le ciel, s'il le peut; nous ne voulons pas tuer son ame avec son corps.

— Quel temps a-t-il donné, pour se préparer à la mort, à tant d'autres qui valaient mieux que lui ? » répondirent différentes voix. « Qu'il soit traité comme il a traité les autres. »

Mais la proposition de celui qui avait parlé le premier s'accordait mieux avec le caractère de ceux à qui il s'adressait, caractère plutôt opiniâtre qu'impétueux, calme quoique féroce ; celui de gens qui voulaient donner à un acte de cruauté et de vengeance une apparence de justice et de modération.

Cet homme quitta pour un instant le prisonnier, qu'il remit à une garde choisie, lui recommandant de lui laisser donner son argent et ses effets à qui bon lui semblerait. Un prisonnier pour dettes reçut ce dépôt (le la main tremblante :1e lii victime, à laquelle <>n permit encore de faire quelques courtes dispositions ayant sa mort prochaine. Les udeurs et

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tousceuxqui voulurent sortirde la prison furent alors libres de le faire : non que leur délivrance fût entrée dans le plan des insurgés , mais elle était une conséquence nécessaire de ce qu'ils avaient brisé les portes de la prison. Ils se joignirent donc à la populace avec des cris de joie sauvage , ou disparurent par des rues étroites et sombres, pour trouver dans les repaires du vice et de l'infamie un nouvel abri contre les poursuites de la justice. Deux ou trois prisonniers pour dettes, qui probablement ne voyaient pas grand avantage à recouvrer leur liberté, un homme d'environ cinquante ans et une jeune fille de dix-huit, furent les seuls qui restèrent dans la prison : ils s'étaient réunis dans la salle commune. Un de leurs précédents compagnons d'infortune, s'adressant a l'homme de cinquante ans du ton d'une ancienne connaissance, l'engageait à fuir :

« Sauve-toi, Ratclilïe, le chemin est ouvert.

— Cela se peut, Willie,» répondit Ratcliffe d'un ton calme; « mais il m'est venu dans la tête de quitter le commerce, et de me faire honnête homme.

— Reste donc, et fais -toi pendre comme un sot, vieux diable, » répondit l'autre, et il descendit rapidement les escaliers de la prison.

L'homme déguisé en femme , que nous avons signalé comme un des plus actifs parmi les factieux, s'approcha au même instant de la jeune fille. « Fuyez , Effie , fuyez ! » lui dit-il à l'oreille et avec précipitation ; elle tourna vers lui un œil où la crainte, la tendresse, le reproche réunis le disputaient à la surprise et à la stupeur. «Fuyez, Effie; fuyez, au nom de tout ce qui vous est cher !

répéta-t-il encore. Elletourna de nouveau les \ eux sur lui , mais elle était hors d'état de lui répondre. Un grand bruit se fit entendre, et l'on appela a plusieurs reprises Madge \\ ildliredti bas de l'escalier.

o J'y vais ! j'y vais ! » dit celui qui répondait a ce nom; et, renouvelant ses instances: Effie, pour l'amour de Dieu, pour l'amour devons, pour l'amour de

LA PRISON DU moi, fuyez; » et il se précipita hors de la chambre.

La jeune fille le suivit des yeux un moment , puis elle murmura d'une voix faible : « Mieux vaut perdre la vie , puisque l'honneur est perdu; » et, appuyant sa tête sur sa main , elle demeura , en apparence au moins , aussi insensible qu'une statue au tumulte qui avait lieu autour d'elle.

Ce tumulte passa bientôt du dedans au dehors de la prison. La populace avait fait descendre sa victime, et attendait les ordres de son chef pour la conduire au lieu ordinaire des exécutions, qui avait été choisi pour devenir le théâtre de sa mort : c'était pour cela que ses camarades avaient appelé Madge Wildfire avec des cris d'impatience.

«Je vous promets 500 livres,» lui dit le malheureux Porteous en lui serrant la main; «500 livres sterling, si vous me sauvez la vie.

— Cinq cents livres pesant d'or monnoyé ne vous sauveraient pas! Souvenezvous de Wilson, » répondit-il à demivoix et en pressant la main de sa victime avec un geste convulsif.

Ils restèrent une minute dans un profond silence, et Wildfire, d'un ton plus calme, ajouta : « Faites votre paix avec le ciel. Où est le ministre? »

Butler, qu'on avait retenu à quelques pas de la Tolbooth tandis qu'on cherchait Porteous, fut amené pâle, tremblant et interdit. On lui ordonna de marcher à côté du prisonnier , et de le préparer à la mort qu'il allait subir. Il supplia les factieux de considérer ce qu'ils faisaient : « Vous n'êtes, leur ditil, ni juges, ni jurés; vous ne pouvez, sans violer les lois de Dieu et des hommes, disposer de la vie d'une créature humaine, quelque digne qu'elle soit de la mort. Si c'est un assassinat, même de la part d'un magistrat légal , de faire exécuter un criminel autrement que dans la place, dans le temps et de la manière prescrite par la sentence du juge, comment qualiiiera-t-on ce que vous allez faire , vous qui n'avez d'autre

titre que votre propre volonté ? Au nom de celui qui est tout miséricordieux , faites miséricorde à cet infortuné; ne trempez pas vos mains dans son sang, et ne commettez pas le crime que vous voulez venger.

— Trêve de tous ces sermons : vous n'êtes pas ici dans votre chaire, répondit un des factieux.

— Si vous nous ennuyez encore avec votre bavardage, ajouta un autre, nous sommes gens à vous pendre à côté de lui.

— Paix! silence! dit Wildfire. Ce brave homme n'a point de mauvaises intentions; il obéit à sa conscience, et je l'en estime, davantage. »

S'adressant ensuite à Butler : « Monsieur, nous vous avons écouté patiemment ; mais je vous assure que vous feriez aussi bien de vous adresser aux verrous et aux murailles de la Tolbooth que d'essayer de changer nos résolutions : le sang demande le sang. Nous nous sommes juré avec les plus terribles serments que Porteous périrait de la mort qu'il a si bien méritée. En conséquence n'intercédez pas davantage en sa faveur, mais préparez-le à mourir aussi bien que le permet le peu d'instants qu'il lui reste à vivre. »

Après que l'on eut tiré le malheureux Porteous de la cheminée, on lui avait permis de mettre sa robe de chambre et ses pantoufles, car il avait ôté son habit et ses souliers pour y grimper plus facilement : dans ce costume, il fut élevé sur les mains de deux conjurés, entrelacées l'une avec l'autre, de manière à former ce qu'on appelle en Ecosse le coussin du roi. Butler fut placé à côté de lui, et on lui enoignit à plusieurs reprises de s'acquitter de son devoir, le plus pénible qui puisse être imposé à un ecclésiastique digne de ce nom , et que les singulières et horribles circonstances qui l'accompagnaient rendaient doublement douloureux. Porteous adressa encore quelques supplications à ses bourreaux ; mais voyant qu'elles restaient sans succès , son édu-

cation militaire et la fermeté naturelle de son caractère se réunirent pour soutenir on courane.

■ Ètes-vous prépare pour ce redoutable moment? » lui dit Butler d'une voix tremblante; « tournez-vous vers celui aux yeux duquel le temps et l'espace ne sont rien, pour qui quelques minutes sont autant qu'une longue vie, et une longue vie pas davantage que quelques minute-.

— Je crois savoir ce que vous voulez dire, » répondit Porteous d'un air indifférant. « J'ai mené la vie d'un soldat. S'ils m'assassinent sans me donner un instant pour me reconnaître, que mes péchés et mon sang retombent sur leurs tètes ! »

— Wildfire reprit alors d'une voix sombre : Qui est-ce qui" à cette même place, repondit à Vilson quand il se plaignait de ne pouvoir prier à cause des douleurs insupportables que lui causaient ses fers; qui est-ce qui lui répondit : Tes souffrances ne dureront pas long-temps? Je vous dis qu'on vous traite avec moins de cruauté que vous n'avez traité les autres ; si donc, vous ne pouvez profiter des exhortations de ce brave homme , n'accusez pas ceux qui sont plus humains que vous ne l'avez été vous-même. »

En ce moment le cortège se mit en marche d'un pas lent et solennel, à la lueur d'un grand nombre de torches et de flambeaux : car les acteurs de cette tragédie, loin de vouloir s'envelopper des ombres du mystère, semblaient au contraire rechercher la publicité. Les principaux chefs formaient un groupe autour du prisonnier,, dont les traits pâles, mais intrépides, se distinguaient aisément a la lueur des torches, car sa tète s'élevait de beaucoup au-dessus de la foule qui se pressait a ses cites. Ceux qui partaient des épées, des mousquets, • les Inches, marchaient a droite et à gauche, formant deux lunes entre lesquelles s'avançait le cortège. Les fenêtres ci, n'eut garnies de citoyens dont le sommeil avait etc interrompu par ce

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tumulte extraordinaire : quelques-uns leur adressèrent a voix basse des paroles d'encouragement; mais le plus grand nombre étaient si effrayés d'une action si étrange et si audacieuse, qu'ils la regardaient avec une sorte d'étonnement stupide. Aucun ne dit un mot, ne lit un geste de desapprobation.

Les factieux , de leur côté , conservaient cet air d'assurance et de resolution qu'ils avaient montré depuis le commencement de l'émeute. L'homme qu'ils conduisaient à la mort ayant perdu une de ses pantoufles , ils la cherchèrent et la lui remirent au pied avec le plus grand sang-froid '. Au moment où ils descendaient la rue de Bow pour se rendre au lieu fatal où ils avaient résolu d'accomplir le sacrifice, quelqu'un dit qu'il fallait se pourvoir sur-le-champ d'une corde. Aussitôt on força la boutique d'un cordier, on y choisit un morceau de corde propre à porter le poids d'un homme, et le lendemain le marchand trouva sur son comptoir une guinée qui avait été laissée pour paiement : tant les auteurs de cette entreprise audacieuse tenaient à montrer qu'ils ne voulaient ni faire le moindre tort, ni enfreindre en rien les lois, si ce n'est en ce qui concernait la personne de Porteous!

Conduisant, ou plutôt portant avec eux l'objet de leur vengeance, ils arrivèrent enfin à la place ordinaire des exécutions, théâtre du crime de Porteous, et choisi pour devenir celui de son supplice : plusieurs des factieux , ou pour dire mieux, des conspirateurs., tachèrent de soulever la pierre qui bouchait le trou dans lequel on enfonçait le gibet chaque fois qu'on rélevait pour sa fatale destination; d'autres cherchaient a construire une potence temporaire, le lieu où l'on enfermait celle qui servait aux exécutions étant trop bien

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l'ordre qui présidai! a cette singulière iuMrrec* lion, n élé attesté |iar une dame qui, trtiuhléi

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fermé pour qu'on parvînt à le forcer sans une grande pe;te de temps. Butler essaya de profiter du retard occasioné par ces circonstances pour détourner le peuple de son horrible projet : « Pour l'amour de Dieu, s'écriu-t-il , souvenezvous que c'est l'image de votre Créateur que vous allez détruire dans cet infortuné. Tout criminel qu'il est, et le fut-il cent fois plus encore, il a part à toutes les promesses de l'Écriture. Vous ne pouvez le faire mourir dans l'impénitence sans rayer son nom du livre de vie : ne détruisez pas du même coup son aine et son corps, donnez-lui le temps de se préparer.

— Quel temps a-t-il donné à ceux qu'il a assassinés à cet endroit même? » répondit une voix farouche. « Les lois divines et humaines veulent qu'il périsse.

— Mais , » reprit Butler, qui oubliait à quel danger sa généreuse intercession l'exposait, « mes amis, qui vous a constitués ses juges?

— Nous ne sommes pas ses juges , « répliqua la même voix ; « il a été jugé et condamné par ses juges légitimes.

Nous sommes ceux que le ciel et notre légitime colère ont suscités pour exécuter le jugement, lorsqu'un gouvernement corrompu se fait le protecteur d'un meurtrier.

— Je ne le suis pas! s'écria l'infortuné Porteous ; j'ai agi pour ma légitime défense, dans l'exercice légal de mes fonctions.

— Finissez-en, » s'écria-t-on de toute port. « Pourquoi perdre le temps à dresser une potence? Cette poutre de teinturier est assez bonne pour l'homicide.»

Le sort du malheureux capitaine était irrévocable ; aucun remords n'arrêta ses bourreaux; Butler, emporté loin de lui par la foule, échappa au spectacle de sa cruelle agonie. Échappant a ceux qui l'avaient jusque là retenu comme prisonnier, il s'enfuit de ce lieu fatal, sans s'inquiéter dans quelle direction il portait ses pas. Une bruyante acclamation lui apprit avec

quelle joie féroce les ennemis de Porteous assouvissaient leur vengeance.

Avant d'entrer dans la rue basse appelée Cowgate, Butler jeta derrière lui un regard d'effroi, et à la lueur rougeatre et incertaine des torches, il distingua une (igure qui se débattait et s'agitait comme suspendue au-dessus de la tête de la multitude : des forcenés la frappaient avec leurs haches de Lochaber et leurs piques. Cette vue redoubla son horreur et précipita sa fuite.

La rue que suivait Butler aboutit à l'une des portes occidentales de la viile. Arrivé à cette porte, il fut contraint de s'arrêter, car elle était encore fermée. Il attendit environ une heure, se promenant de long en large dans une agitation d'esprit inexprimable. Enfin, se décidant à appeler, il attira l'attention des gardiens, encore mal remis de leur épouvante, mais libres maintenant de reprendre l'exercice de leurs fonctions; il les pria de lui ouvrir le guichet; et comme ils hésitaient, il leur dit son nom et sa profession.

« C'est un prédicateur, répliqua un

d'eux ; je l'ai entendu prêcher à Haddo.

— Il a fait cette nuit un assez beau

sermon, reprit l'autre; mais moins on

en parlera, mieux cela vaudra. »

Ouvrant donc le guichet, iis laissèrent passer Butler, qui se hâta de porter son horreur et son effroi loin des murs d'Edimbourg. Il eut d'abord la pensée de se rendre immédiatement chez lui; mais d'autres craintes et d'autres inquiétudes, excitées par les nouvelles qu'il avait apprises dans celte remarquable journée, l'engagèrent a s'arrêter n<,n loin de la ville jusqu'au point du jour.

Il se tint à l'écart, et vit passer plusieurs groupes a côté de lui : l'air mystérieux de leur conversation, l'heure avancée de la nuit, la précipitation avec laquelle ils s'éloignaient, lui lirent conjecturer qu'ils avaient pris part aux funestes événements qui venaient de se passer.

Il est certain que la soudaine et complète dispersion des insurges, sitôt que

leur vengeance fut satisfaite, n'est pas un des traits les moins remarquables de cette singulière insurrection. En général, quel que soit le but d'une émeute populaire, ce but une fois atteint, la multitude ne manque çuere de se porter à d'autres excès. Il n'en fut point ainsi dans cette occasion : les factieux semblèrent complètement satisfaits de la vengeance qu'ils s'étaient procurée avec tant de résolution et d'activité. Une fois assurés que leur victime avait rendu le dernier soupir, ils se dispersèrent dans toutes les directions, abandonnant les armes qu'ils n'avaient prises que pour exécuter leur projet. Quand le jour parut il ne restait pas la moindre trace des événements de la nuit, si ce n'est le corps du malheureux Porteous encore suspendu à la poutre fatale , et les armes de différentes espèces enlevées dans le corps-de-garde de la ville , que les factieux dispersèrent eà et là dans les rues sitôt qu'elles leur devinrent inutiles.

Les magistrats reprirent leur autorité, mais en tremblant, car l'expérience venait de leur apprendre combien elle était fragile. Faire entrer des troupes dans la ville, commencer sur les événements de la nuit précédente une enquête sévère, telles furent les premières marques du retour de leur énergie. Mais ces événements avaient été dirigés d'après un plan si bien combiné pour assurer le secret et le salut des conspirateurs, que rien, ou à peu près rien, ne fut découvert touchant les auteurs ou acteurs principaux d'une entreprise si hardie. Un exprès fut dépêché pour en porter la nouvelle à Londres, où elle excit;i autant d'indignation que de surprise dans le conseil de régence, et particulièrement chez la reine Caroline, qui regardait son autorité comme exposée au mépris par le sucées de celte singulière conspiration. Pendant quelque temps on ne parla que des mesures de vengeance qui allaient être prises, non seulement contre les meurtriers du capitaine lorsqu'ils seraiert découverts,

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mais même contre les magistrats qui n'avaient pas reprimé l'émeute, et contre la ville qui en avait été le théâtre. Une tradition populaire, qui subsiste encore aujourd'hui , rapporte que Sa Majesté, entraînée par son mécontentement, dit au célèbre John, duc d'Argyle, que plutôt que de laisser impuni un pareil outrage, elle ferait de l'Ecosse une plaine pour la chasse. « En ce cas, madame, » répondit ce fier seigneur en la saluant avec respect, «je vais prendre congé de Votre Majesté, et retourner chez moi préparer mes chiens. »

On comprit le sens de cette réplique, et comme la plus grande partie de la noblesse écossaise était animée du même esprit national, Sa Majesté crut devoir écouter la voix de la prudence. On proposa et l'on adopta des mesures moins violentes, dont quelques unes seront dans la suite le sujet de nos remarques.

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