MEMOIRE
Concernant le meurtre do capitaine Porleons.
La pièce qu'on va lire, contenant un résumé authentique et Tort intéressant des informations faites par le conseil de la couronne dans l'affaire de Porteous, parait avoir été dressée par le solliciteur général, ('elle place était remplie, en i"37, par Charles Kiskinc, esquire.
Je dois ce document curieux à l'obligeance d'un ami attaché à la magistrature. On v trouvera, à la vérité, peu de lumières sur l'origine ilu tumulte, mais on verra combien était profond un mystère que tant d'investigation n'ont pu éclaircir.
<• Le 7 septembre dernier, quand l'aflreux et malheureux assassinat du capitaine Porteous fut coinini-. l'ai DCal et lesolliciteur de Sa Majesté cl. lient absente de la vill"; le premier se trouvait aux environs d'Tnvernesa; le second i Annandale, non
loin de Carlisle : ni l'un ni l'antre n'axait rien appris de ce complut, et ils étaient loin de se douter qu'aucun désordre dût avoir lieu.
.. Quand le tumulte éclata, les magistrat» et les autres personnes chargées de la police de la ville semblèrent tons avoir perdu la tète; et soit qu'ils
pensassent qu'a cause de la grande teneur qui
avait saisi loua les habitants, une enquête immédiate sérail suns résultat; soit que, s d'une insulte directe i la couronne, ils ne se Bnuriaasenl pas beaucoup de se inêlei de l'affaire, toujours rsl-il qu'ils n'eut. irenl aucune procédure Seulement . peu après . nn eiprès fol envojë au solliciteur île Sa Majesté, lequel le rtudit t
Edimbourg en toute diligence. Mais pendant ce temps-là les plus coupables s'étaieut enfuis, ou au moins s'étaient mis a l'abri, jusqu'à ce qu'ils pussent voir quelles mesures prendrait le gouvernement.
« A son arrivée, le solliciteur trouva la ville dans la consternation. On ne lui fournit aucun renseignement; bien plus, les habitants avaient tellement peur de passer pour en avoir donné, que bien peu osaient lui parler dans les rues. Quoi qu'il en soit, ayant reçu les ordres de Sa Majesté par une lettre du duc de Newcastle, il résolut d'entamer l'aflaire sur-le-champ , malgré l'obscurité profonde qui l'enveloppait, et il commença une information judiciaire. Il n'obtint des magistrats aucun renseignement qui mérite d'être cité; mais il appela témoin sur témoin dans sa propre maison , sans formalité judiciaire; et six mois durant, du matin au soir, il continua ses recherches, ne prenant pas le moindre repos, ue s'occupaut d'aucuue autre affaire.
« Il essaya d'abord d'obtenir des révélations en promettant le secret, de façon que ceux qui auraient dit la vérité ne seraient jamais nommés ; il ne se servit point de clerc, mais écrivit toutes les déclarations de sa propre main, pour encourager les témoins à parler. Malgré toutes ces précautions, pendant quelque temps il n'obtint que des lambeaux de récits qui, lorsqu'on remontait à la source, n'aboutissaient a rien; car ceux qui paraissaient savoir quelque chose tremblaient de crainte qu'on pût croire qu'ils avaient fait connaître quelque coupable.
« Durant le cours de l'instruction, la plupart des habitants de la ville, qui s'étaient prononcés très-chaudement en faveur des auteurs du crime , commencèrent à changer un peu; et quand on vit les gens du roi faire leur devoir avec zèle, la multitude . qui d'abord s'était exprimée très-vivement pour la déleuse des coupables , garda le silence, et dès lors beaucoup des derniers se cachèrent.
« Knfin l'information commençait à donner quelques lumières; mais le solliciteur ne savait comment la continuer. Il voyait bien que le premier mandat d'arrêt qui serait délivré mettrait sur le qui vive toute la bande; et comme il n'avait pu parvenir encore à connaître aucun des principaux auteurs du crime, il ne voulait pas, d'après le peu de preuves qu'il avait en main, commencer l'emploi des mesuies de rigueur; cependant sur la déposition du général Movle, qu'un nommé Kiug, biturher de la Canongate, s'était vanté, en présence de Brigitte Knell , femme d'un soldat, le lendemain de la mort du capitaine Porteous, d'avoir joué un rôle fort actif dans l'insurrection , un mandat d'arrêt fut laucé, et King appréhendé au corps et emprisonné dans la geôle de la Canongate.
« Le solliciteur se trouva alors obligé à faire saisir tous ceux contre lesquels il avait des indices. Par une déclaration signée, William Stirling, apprenti chez .lames Stirling, marchand à Edimbourg, fut signalé comme ayant été dans le N«tber-Bow , après la fermeture des portes, avec
VI • 95e livraison.
MID-LOTHIAJN".
une bâche à la main, comme avant crié le premier houna, et marché à la tète de la populace contre la garde.
« James Bradwood, fils d'un fabricant de chandelles de la ville, fut, par une déclaration signée, représenté comme ayant été à la porte de la prison, et comme ayant donné à la populace , qui le nommait par son nom et lui demandait son avis , des instructions pour mettre le feu à cette porte.
« Une antre déclaration chargea un nommé Stoddart, garçon forgeron, de s'être vanté publiquement, dans une boutique de serrurier, à Leith, d'avoir aidé à briser la porte de la Tolbootb.
« Peter Traill, ouvrier journalier , fut accusé, par une autre déclaration, d'avoir barricadé la porte de Nether-Bow après qu'elle eut été fermée par les insurgés.
« Le solliciteur de Sa Majesté, muni de ces informations, employa secrètement les personnes auxquelles il pouvait davantage se fier, et la vérité est qu'il y en avait bien peu en qui il pût mettre toute sa confiance; mais il fut fidèlement servi par un nommé Webster, soldat aux fusiliers gallois, qui lui avait été recommandé par le lieutenant Alshton. Ce soldat, avec beaucoup d'adresse, découvrit, non sans courir de grands risques, les lieux où les criminels contre lesquels on informait avaient coutume de se retirer, et comment on pourrait s'emparer d'eux. Conséquemment une troupe de la garde de la Caoongate reçut l'ordre de se tenir prête à marcher à une heure dite, quand on lui expédierait un message. Le solliciteur écrivit une lettre et la remit à un des officiers de la ville, avec l'ordre d'accompagner le capitaine Maitlaud : c'était un des capitaines de la ville, promu à ce poste depuis le malheureux événement , et qui deplovait dans cette affaire une activité et un zèle extraordinaires. S'étant saisi de Stirling et de Braidwood, Maitland dépêcha l'officier porteur de la lettre à la troupe postée à la Canongate : elle commença aussitôt sa marche. Pendant que le solliciteur avait à demi interrogé lesdits deux prévenus à Burrw-Roora, où tous les magistrats étaient présents, une troupe de cinquante hommes se rendit dans Parliainent-Close, où ils se rangèrent eu bataille. Ce fut le premier acte qui inspira de la terreur; et à partir de ce moment, l'insolence fit place à l'effroi.
«Stirling et Braidwood furent immédiatement envoyés au château et emprisonnés. Dans la même nuit, Stoddart, le forgeron, fut arrêté et enfermé comme les deux autres au château. Il en fut de même de Traill, l'ouvrier journalier. Tous deux furent minutieusement interrogés et mis au secret le plus sévère.
« Cependant l'instruction se poursuivait, et une déclaration avant été faite qu'un homme bossu, armé d'un fusil, marchait comme l'un des gardes de Porteous quand il lut conduit sur la place du marché, l'auteur de cette déclaration fut chargé de se promener dans les rues pour voir s'il pourrait retrouver cet homme. A la fin il vint dire au solliciteur qu'il l'avait trouvé, qu'il était dans
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telle maison. En conséquence, un mandat d'arrêt l'ut lancé contre lui; il fut saisi et envoyé an château : c'était un nommé Birnic, aide du cocher de ta comtesse de Weemyss,
•• Ensuite une déposition fut faite contre William Mac-I.auchlan, laquais de ladite comtesse, comme avant été un des chefs les plus actifs de l'émeute. Pendant quelque temps il se tint caché, mais cnliri il fut arrêté, et enfermé comme les autres au château.
« Ce furent là tous les accusés qui lurent détenus dans ce lieu.
« Il v eut d'autres personnes emprisonnées dans la Tolhooth d'Kdimbourg, et quelques-unes contre qui des mandats lurent décernés , mais qu'on ne put arrêter : leurs noms, leur degré de culpabilité, reparaîtront dans la suite de ce Mémoire.
« Les amis de Stirling adressèrent une pétition nu comte d'islay, lord président de la haute cour de justice, portant que Stirling était attaqué, au moment de son arrestation, d'un flux de sang qui mettait sa vie en danger; qu'il suffisait d'interroger les témoins dont on donnait les noms , pour être convaincu qu'il n'avait pas pris la moindre part à l'insurrection.
« Cette pétition fut renvoyée par Sa Seigneurie au solliciteur de Sa Majesté, qui interrogea lestémoins. De leurs dépositions il apparut que le prévenu, qui n'avait pas plus de dix-huit ans, se trouvait cette nuit-là en compagnie d'une demidouzaine de camarades, à une taverne, dans l'enclos de Stephen-Law's, où ils demeurèrent jusqu'à ce que le bruit parvint dans la maison , que la populace avait forcé les portes de la ville et désarme la garde. Là-dessus la compagnie sortit, et Stirling avec un de ses compagnons se rendit à la maison de son maître. Dans le cours de l'instruction subséquente, il y eut un témoin qui déclara sous le serment ( car le solliciteur avait reconnu indispensable de faire prêter serment à ceux qu'il interrogeait ) qu'il avait rencontré Stirling dans f allée où demeurait son maître, et qu'il se dirigeait vers la maison de ce dernier. On autre témoin , compagnon d'apprentissage de Stirling , déclara qu'après que la multitude eut désarmé la garde, il était rentré à la maison et y avait trouvé Stirling, qui était rentré avant lui; que leur maître ferma la porte, et les retint tous deux auprès de lui jusqu'après minuit. Prenant en considération ces témoignages, et remarquant qu'il n'était chargé que par la déposition d'une seule personne , laquelle ne paraissait pas digne d'une très-grande confiance; que sa vie était en danger par son séjour dans la prison, le lord président, sur le mandat duquel il avait été mis en arrestation, lui accorda la liberté sous Caution.
•• Les anus de Braidwood présentèrent une pétition semblable; mais comme il n'était pas inculpé par un seul témoin, il ne lut pas élargi, quoique les témoins assignés par lui déposassent eu sa laveur, disant qu'il ne paraissait pas avoir eu connaissance des projets des séditieux avant l'exécution de ces projets. Lu d'entre eux déclara même qu'il t'était trouvé avec lui a la porte de l.i TolboOtfa , et réluta une déposition d'après laquelle Braid-
wood aurait donné le conseil de brûler les por'.cs. Néanmoins il demeura en prison.
■• Huant à Traill, l'ouvrier journalier, il est accuse par le même témoin qui déposa contre Stirling; mais c'est un témoignage absolument isolé. Pour dire la vérité sur cet homme, il parait le plus ingénu de tous ceux que le solliciteur ait interrogés; il a indiqué un témoin qui découvrit un des principaux auteurs du crime , lequel prit la fuite au moment où on allait mettre à exécution le mandat d'arrêt lance contre eux. Il nie formellement avoir fermé la porte : on pense que Traill doit être mis en liberté sous caution.
« Quant à Birnie, il n'est accusé que par un témoin qui ne l'avait jamais vu auparavant et qui ne savait pas même son nom. Quoique la bonne foi de ce témoin ne puisse être mise en doute, il est possible qu'il se soit mépris. Parmi plus de deux cents témoins interrogés, pas un n'a confirmé son dire : d'ailleurs c'est une tres-insignifiante créature.
« Quant à de Mac-Laucblan , il est gravement inculpé d'avoir pendant quelque Temps fait le sergent ou le commandant d'une troupe qui occupa l'extrémité supérieure des Luckenboths, du côté nord de la rue , pour barrer le passage vers la Tolhooth à tous ceux qui n'étaient pas de leurs amis; et par un autre témoin, d'avoir été à la porte de la Tolhooth avec une torche à la main pendant qu'on la brûlait afin de pouvoir l'enfoncer; d'avoir mari he avec la multitude, une pique à la main , jusqu'à la pierre du gibet à Grass-Market , et d'avoir enfoncé sa hallebarde dans le trou qui sert à dresser la potence; ensuite d'avoir accompagné les révoltés quand le capitaine Porteous lut conduit au poteau du teinturier : les présomptions paraissaient donc très-fortes contre lui.
<• Pour conclure, eu ce qui concerne les prisonniers du château, on pense qu'il v a preuve très-forte contre Mac-Lauehlan , qu'il y a aussi preuve contre Braidwood; mais comme tout consiste en paroles qu'on prétend que ce dernier prononça étant à la porte de la Tolhooth; que c'est un pauvre garçon très-insignifiant ; qu'au trouverait bien des gens disposés de grand cœur à déposer en sa laveur, il est douteux pour le moins qu'un jury consente à le condamner.
<< Passons à ceux qui sont détenus dans la Tolbooth d'Kdimbourg. John Crawford , qui a été pendant quelque temps employé à sonner les cloches à la nouvelle église d'Edimbourg, étant avec un soldat, et la conversation étant tombée par hasard sur le capitaine Porteous et sur sa tin tragique, Crawford, qui parait avoir la tète légère, dit qu'il connaissait des gens plus coupables que ceux qui étaient en prison. Sur l'information de ce fait, il lut saisi et interrogé. Il lut reconnu qu'au commencement dé l'émeute, comme il descend;.1! du clocher, le peuple lui en arracha les ciels; qu'ensuite il alla durant la nuit
en divers quartiers. Il dénonça plusieurs personnes comme les avant reconnues; îles mandats furent expédiés en conséquence; m us toutes ces personnes s'étaient cachées ou enfuies, \ucunc preme ne s'éleva contre lui. Au contraire, il pa-
rut qu'il avait été trouver les magistral à la taverne des Clercs, et leur avait raconté ce qu'il avait vu dans les mes. En conséquence, après l'avoir retenu long-temps en prisou, l'avocat et le solliciteur de Sa Majesté ordonnèrent sa mise en liberté.
« 11 y avait aussi un nommé James Wilson, incarcère dans la Tolhooth sur la déclaration d'un témoin, qui disait l'avoir vu dans les rues avec un fusil. Ou t'y retint quelque temps; on cherchait quelque autre témoin qui confirmât cette déposition ou apprit quelque chose sur le rôle que Wilson avait joué dans cette fatale tragédie; mais on lie recueillit aucune preuve contre lui; et comme il lut attaqué d'une violente maladie, un mandat signé de l'avocat et du solliciteur de Sa Majesté le fil remettre en liberté après avoir fourni suffisante caution.
« En ce qui concerne King, l'instruction faite, il fut établi, d'une manière incontestable, qu'il était dans la loge, au [Setber-Bow, avec Lindsay, le garçon de cabaret, et autres gens qui ne se mêlèrent aucunement de l'insurrection. Mais quand tout fut fini, il se rendit du coté du corps-degarde, et ayant rencontré Saudie le Turc et sa femme, qui s'étaient échappés de la prison, ils retournèrent chez lui, à l'Abbaye. 11 est assez probable qu'ayant bu un coup il imagina de se vanter d'un crime auquel il n'est pas possible qu'il ait pris part. En conséquence on l'engagea a donner caution, après quoi il serait mis en liberté. Mais il est étranger et d'une réputation un peu équivoque; on croit qu'il lui sera bien difficile de trouver une caution. Par ces différents motifs, on pense qu'il faut l'élargir sans qu'il ait fourni caution. En prison il est à la charge du gouvernement, n'étant pas en état de pourvoir luimême à ses besoins.
« Voilà tout ce qui concerne les personnes en état d'arrestation. Mais des mandats d'arrêt ont été décernés contre bien d'autres, lesquelles ont pris la fuite; notamment co;:tre un William YVhitc, ouvrier boulanger, qui, d'après les dépositions , paraît avoir été de l'émeute, avoir marché dans les rues en battant du tambour, depuis Westl'ort jusqu'en INether-Bow ; avoir attaqué la garde; en un mot être l'un des principaux chefs de l'insurrection.
« On apprit qu'il se cachait à Falkirk , son pays natal; des instructions furent en conséquence envoyées au shérif du comté , et un ordre de Son Excellence le général Wade aux officiers commandant à Stirling et à Lintlithgow, pour qu'ils prêtassent main forte au shérif. On fit tous les efforts imaginables pour l'arrêter : il parait qu'il ne s'échappa qu'à grand'peine d'une maison où il s'était caché. Par malheur, ceux qui le cherchaient ne le connaissaient point; et à vrai dire, il n'eût pas été prudent de confier à quelque ami d'un tel misérable le secret du mandai d'arrêt qu'il s'agissait de mettre à exécution.
« Il y eut aussi de très-fortes présomptions contre Bobert Taylor, travaillant chez William et Charles Thompson, fabricants de perruques, qui avait été vu à la tète de la foule, comme un de ses offi-
ciers. Il fut reconnu par des gardes de la ville, au puits dans le haut de Forrester's-W ind, où il s'était arrêté : on le désignait sous le nom de capitaine; il avait ensuite marché devant le capitaine Portcous, descendant la rue de Bow , sa hache de Lochabcr à la main ; et d'après la description que l'on donnait de celui qui tenait la corde à laquelle fut pendu le capitaine, on crut que c'était Tavlor. Il est très-probable que le témoin qui déposa contre Stirling avait pris Tavlor pour ce dernier, la stature et l'âge de l'un et de l'autre ( autant qu'on en peut juger sur la description ) étant parfaitement semblables.
« On se donna des peines infinies, et toujours inutilement, pour s'emparer de ce Taylor, et des mandats d'arrêt furent expédiés dans le pays où il était né; mais il parait qu'il s'était embarqué pour la Hollande, où il est, dit-on, maintenant.
« On eut aussi de très -fortes preuves que Thomas Burns avait été l'un des chefs les plus actifs de l'émeute, depuis le commencement jusqu'à la fin. Il se cacha pendant quelque temps parmi les gens de sa profession. Lu complot lut assez habilement préparé pour s'emparer de sa personne, sous le prétexte d'un message arrivé d'Irlande, de la part de son père. 11 vint en effet à un cabaret borgne, à Grass-Market; et une troupe de soldats, apostée à cet effet, fut avertie de venir avec le soldat Webster, le chef de toute cette entreprise. Mais Burns échappa par une fenêtre de derrière, et se cacha dans une des maisons qui sont «ntassées sur cette place : si bien qu'il fut impossible de ic retrouver. On dit maintenant qu'il s'est retiré en Irlande, chez sou père, qui demeure dans ce pays.
« 11 y avait aussi des preuves contre Bobert Anderson , journalier et domestique chez Colin Alison, et contre Thomas Lumen et James Maxwell, tous deux domestiques dudit Colin Alison, qui paraissent fortement impliqués dans l'affaire. Anderson est un de ceux qui passèrent la corde autour du cou du capitaine Porteous. Linnen parait aussi avoir joué un grand rôle; et Maxwel (circonstance remarquable) était venu (les preuves ne manquent pas sur ce point), le vendredi précédent, dans une boutique, et avait engagé les ouvriers et les apprentis à se trouver le mardi d'après dans Parliament-Close, pour aider à pendre le capitaine Porteous. Ces trois hommes avaient disparu dès le commencement; et, bien que des mandats fussent expédiés, malgré tous les efforts imaginables pour les saisir, on ne put y réussir.
« Un nommé Waldie, domestique chez George Campbell, s'est aussi caché, ainsi qne beaucoup d'autres encore. On a appris qu'un grand nombre d'entre eux s'étaient embarqués pour les Plantations. L'information ayant été donnée qu'un navire allait sortir du port de Glasgow , qui devait transporter plusieurs de ces misérables au-delà des mers, des agents furent envoyés, avec les ordres nécessaires, pour découvrir ledit bâtiment et saisir tous les prévenus qui s'y trouveraient.
« De semblables précautions furent prises au sujet de bâtiments qui devaient partir de Leith ; mais, soit que les passagers eussent eu l'éveil,
WALTER SCOTT
«oit que l'information ne fnt pas cxacle , tout cela n'aboutit à aucun résultat.
<■ D'après ce résumé de l'enquête, il n'y a pas de preuve suffisante , sinon roulre Mac-Lauchlan. Il y a preuve aussi contre liraidwnnd, mais preuve moins forte. L'avocat de Sa Majesté, depuis sud retour à la ville, s'est joint au solliciteur, et a fait de son mieux pour éclaircir cette affaire; mais jusqu'ici on voit que l'on n'a pas obtenu de grands résultats. Ces deux magistrats sont résolus à tenir ouverts les yeux et les oreilles, et à faire de leur mieux, mais ils remontent pour ainsi dire le courant, et l'on peut dire qu'ils n'ont jusqu'à cette heure rien négligé et se sont soumis à toutes les fatigues pour répondre aux ordres à eux donnés d'eclaircir celte affaire. »
l'émeute porteous.
Dans les précédents chapitres, les particularités du tumulte et de la conspiration appelée émeute Porteous ont été rapportées avec toute l'exactitude que l'auteur a pu mettre a les recueillir. Rien n'égala l'ordre, la régularité, la résolution déterminée qui présidèrent a la conception et à l'exécution de cet acte de violence, sinon le secret qui fut observé touchant les principaux acteurs.
Quoique l'action lut accomplie à la lueur des torches, en présence d'une grande multitude, parmi laquelle quelques personnes au moins devaient connaître les meurtriers du capitaine , cependant on ne découvrit jamais rien sur ceux qui l'avaient assassiné.
Deux personnes seulemcûi i ni mises en jugement pour un crime que le gouvernement était si jaloux de découvrir et de puuir. William Macl.aiiehlan, valet de pied chez la comtesse de Weemyss, qui est nommé dans le rapport du solliciteur général, et contre lequel s'élevaient de fortes présomptions, lut traduit en justice, dans le mois de mars 1737, comme prévenu d'avoir pris part au tumulte, armé d'une hache de Loch aber; mais cet homme ( qui se montra toujours une créature Ires-bornée ) prouva qu'il était dans 110 tel étal d'ivresse, pendant cette scène de tumuite, qu'il lui était impossible ni de donner un avis, ni de prêter assistance, ou même de discerner ce que lui ou la multitude faisaient. Il prouva aussi qu'il avait élé entraîné de force au milieu de la foule insurgée; qu'il y avait été retenu par deux boulangers qui lui mirent une hache de Lochabcr entre les mains. I.e jury pensa sagement que ce pauvre diable ne méritait aucune peine, et le déclara non coupable. Va semblable verdict fut reiulii en faveur de Thomas l.inning, dont il est fait mention dans le rapport du solliciteur général, et qui fut mis en jugement en [7IS. Ko un mol, ni alors, ni long-temps après , rieu ne fut découvert relativement a l'organisation de l'émeute Porteous.
L imagination du peuple d'Edimbourg fut longtemps iiiilec, et sa curiosité tenue en éveil par
le mystère répandu sur cette conspiration extraordinaire. On disait généralement de certaines personnes natives d'Edimbourg , qui , après avoir quitte la ville dans leur jeunesse-, y étaient reve-
nues avec une fortune amassée dans les pays étrangers, que dans l'origine elles s'étaient enfuies à cause de leur complicité dans l'affaire Porteous. Mais peu de confiance doit être accordée à ces accusations , comme étant le plus souvent contredites par les dates, et jamais appuyées sur autre chose que des bruits vagues, bruils qu'il faut attribuer uniquement au penchant qui porte le vulgaire à imputer les succès des hommes heureux à une cause peu honorable. La mystérieuse histoire de l'émeute Porteous est demeurée jusqu'à ce jour inexplicable; et celle émeute a toujours élé citée comme un acte de violence secret, audacieux, prémédité, qui caractérise d'une manière frappante le peuple écossais.
Cependant l'auteur a nourri pendant longtemps l'espérance de pouvoir jeter quelque lumière sur cette mystérieuse aventure. Un vieillard, qui mourut il y a vingt ans, a I âge avancé de quatre-vingt-treize ans, avait fait, disait-on, à l'ecclésiastique qui l'assistait dans ses derniers moments, des révélations concernant l'émeute Porteous. Ce vieillard avait été charpentier de son métier, et employé en cette qualité dans une famille honorable et opulente. Sa réputation dans tout le cours de sa vie et parmi ses voisins fut toujours excellente, et jamais on n'éleva contre lui le moindre soupçon. Voici ce qu'il déclara dans sa confession , « qu'il était un des douze jeunes gens du village de Pathead dont l'animnsité contre Porteous, à cause de l'exécution de Wilson, était si violente, qu'ils résolurent de se venger sur lui de leurs propres mains plutôt que de laisser !e capitaine impuni. Cette résolution arrêtée , ils traversèrent le Kortli à différents endroits, se réunirent dans le faubourg de Portsburgh, où leur nombre attira bientôt la loule autour d'eux. » L'esprit public était dans un tel état d'irritation , qu'il ne fallait qu'une étincelle pour produire une explosion, et cette étincelle jaillit de la réunion de cette bande peu nombreuse, mais déterminée. L'apparence d'ordre et de préméditation qui distingua l'insurrection dès son origine, d'après le récit du vieillard, é'.ait non le résultat d'un plan arrête d'avance, mais dans le caractère de ceux qui la dirigeaient. Ce récit sert à expliquer coinmeut jusqu'à présent on n'a rien découvert sui la cause du tumulte, parce que ce tumulte, tout considérable qu'il fut, ne provenait, toujours au dire du vieillard, que d'une cause obscure et en apparence fort petite.
Mais j'ai été desappointé en recevant le témoignage sur lequel repose celte histoire. Le propriétaire actuel de la Ici me ou mourut le vieillard ( un de mes amis particuliers ) se chargea d'interroger le lils du défunt sur ce sujet. Celui-ci
exerce li même profession que son père et occupe la place de charpentier dans la même liinillc. Il a
reconnu que le départ de son père pour les
ii.n v étrangers, dans le temps du tumulte de
Porteous, avait élé généralement attribue à la
part qu'il avait prise dans celle sfTaire; mais il a ajouté que, d'après ce qui était < ss connaissance,
h' vieillard n'avait jamais lail de révélation la-.les- SUS; qu'au contraire il avait nie constamment qu'il
eût été présent au meurtre du capitaine. En conséquence , mon ami s'adressa à la personne de qui il avait peu auparavant entendu raconter l'histoire de la confession; mais cette personne, soit par respect pour la mémoire d'un ancien ami, soit qu'elle en eût elle-même perdu le souvenir , avait oublié qu'on lui eût jamais fait une telle révélation. Mon officieux correspondant, qui est uo chasseur de renards, m'écrivit donc qu'il avait complètement perdu la piste; et tout ce qu'on peut dire sur cette tradition , c'est que bien certainement elle exista jadis, et qu'elle était crue généralement.