‹ La prison du Mid-LothianChapitre 28 sur 93 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

l'entretien.

Alors elle étendit sa main blanche comme le lis ; et pour faire rie son mieux : « Reprends, dit-elle à W illiam, ta promesse et tu foi, et que Dieu mette ton ame en repos. ,.

/ ieillt ballade.

« Entrez, » dit au moment où Butler frappa à la porte , la voix douce qu'il avait le plus de plaisir à entendre. Il leva le loquet, et se trouva sous le toit de l'affliction. Jeanie ne put que jeter un regard sur son amant, qu'elle revoyait dans des circonstances si pénibles pour son cœur, et en même temps si humiliantes pour son légitime orgueil. On sait ce qu'il y a do louable aussi bien que de blâmable dans le caractère écossais, mais surtout dans l'intimité des relations de famille. Être né d'honnêtes gens, c'est-à-dire d'une famille sans tache, est un avantage aussi précieux pour le peuple d'Ecosse, que l'esl pour les nobles celui de descendre d'une antique maison. L'estime et le respect accordés à un membre d'une famille de

SCOTT

paysans sont considérés par les siens et par les autre , non seulement comme un juste motif d'orgueil , mais encore comme une garantie de la bonne conduite de tous les autres membres de la famille. Au contraire, une tache comme celle qui venait de souiller un des enfants de Deans, s'étendait à tous ses parents, et Jeanie se sentait humiliée à la fois à ses propres yeux et à ceux de son amant. En vain elle s'efforçait d'étouffer ce sentiment personnel, pour se livrer tout entière aux chagrins que lui causait le malheur de sa sœur: la nature l'emportait, et aux larmes qu'elle répandait sur l'infortune et sur les dangers d'Efûe, se mêlaient des pleurs plus amers sur sa propre humiliation.

Quand Butler entra , le vieux Deans était assis près du feu, tenant à sa main une petite Bible usée , compagne des dangers de sa jeunesse, et que lui avait léguée sur l'échafaud un de ceux qui, en 1686, scellèrent de leur sang leurs principes fanatiques. Le soleil pénétrant derrière le vieillard, au travers d'une étroite fenêtre, éclairait ses cheveux gris et le livre sacré qu'il lisait. Ses tiaits étaient durs et sévères; ils avaient, cependant une expression de gravite et de mépris des choses humaines qui leur donnait un air de dignité stoïque. Il présentait les caractères que Southev attribue aux anciens Scandinaves, quand il les offrait, « fermes a punir et durs à souffrir. » L'ensemble de cette si formait un tableau dans le goût de Rembrandt pour le clair-obscur, mais dont les personnages ne pourraient être dessines que par le pinceau vigoureux et énergique de Michel- \nge.

Deans leva les \ou\ sur Butler et les baissa aussitôt, comme s'il ressentait à sa vue de la surprise et de l'aflliction. Il avait toujours traite avec tant d'arrogance le suant mondain, comme il appelait Butler dans son orgueil, (pie sa présence, dans la honte dont il était couvert, augmentait encore son malheur; c'était le sentiment d'humiliation de ce chef qui dans la vieille ballade s'e-

LA PRISON DU crie , en mourant : « Le comte Percy m'a vu tomber ' ! »

Deans prit sa Bible de la main gauche, de manière à cacher en partie son visage, et tendit la droite à Hutler par derrière, sans se tourner vers lui, comme pour ne pas lui laisser voir l'agitation qu'il éprouvait. Butler saisit cette main qui avait soutenu son enfance orpheline, l'arrosa de ses larmes, et ne put, malgré, tous ses efforts, prononcer que ces mots : « Que Dieu vous soutienne ! que Dieu vous soutienne!

— Il le fera, mon ami,» ditDeans,qui reprit sa fermeté en voyant l'agitation de Butler; « il l'a fait déjà , et le fera encore plus quand il jugera qu'il en est temps. J'ai été trop lier de ce que j'ai enduré pour la bonne cause, Reuben, et maintenant je subis des épreuves qui changeront mon orgueil et ma vanité en honte et en humiliation. Combien je me croyais meilleur que ceux qui couchent sur le duvet, et font bonne chère, quand je suivais sur les rochers et dans les marais le cygne Donald Cameron, et M. Blaekadder, surnommé Guess- Agahv ! combien j'étais lier d'être expose en spectacle aux hommes et aux anges , lorsqu'à l'âge de quinze ans je fus mis au pilori de la Canongate pour la cause du Covenant national! Moi, Reuben , qui ai été si honoré, si glorifie dans ma jeunesse; qui ai rendu témoignage contre l'hérésie du siècle, tous les ans, tous les mois , tous les jours, toutes les minutes ; élevant la m.dn et la voix , mau- . dissant tous les pièges tendus au pays, l'abomination, si funeste a l'Ecosse et a l'Église, de l'union, de la tolérance, et du patronage imposé par la dernière femme de la fatale race des Stuarts, ainsi que la violation du sublime pouvoir des anciens; quand ju publiai mou écrit intitulé : Cri d'un Hibou dans le déserf, qui fut imprimé au haut de la rue de How, et vendu par tous les colporteurs dans la ville et la campagne! Et maintenant... »

i. Eail Percy sees m y fait.

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