VI. 104e livraison
raient tant de railleries et de quolibets exprimés dans un patois bien plus mauvais que le sien , qu'elle crut de son intérêt de parler le moins possible. Elle prit donc le parti de répondre civilement par une révérence toutes les fois; qu'un passant lui adressait quelques mots d'honnêteté sur la route; et elle choisissait, pour s'arrêter et passer la nuit, les lieux qui lui paraissaient les plus décents et les plus retirés. Elle observa que le peuple anglais, quoique moins poli envers les étrangers qu'on ne l'était ordinairement dans son pays moins fréquenté, n'était pas cependant dépourvu de véritable hospitalité. Elle trouvait généralement un gîte et un repas pour un prix très-modique, que son hôte refusait quelquefois avec une brusque générosité, en disant : «Tu as une longue route à faire , jeune fdle , et je ne prends jamais un sou dans la bourse d'une femme qui voyage ainsi toute seule; garde ton argent : c'est le meilleur ami que tu puisses avoir sur la route. »
Il arrivait aussi quelquefois que l'hôtesse , frappée de la propreté et de l'air décent de la jeune Écossaise, lui procurait une escorte ou la faisait monter sur une charrette qui la voiturait pendant quelques milles, ou qu'elle lui donnait des avis utiles et des recommandations sur les endroits où elle devait s'arrêter.
TsTotre pèlerine resta à York la plus grande partie de la journée, d'abord pour se reposer un peu , et ensuite parce qu'elle avait eu la bonne fortune de trouver un logement dans une auberge tenue par une de ses compatriotes, et aussi pour écrire deux lettres, l'une à son père, l'autre à Butler : opération qui n'était pas sans quelque difficulté , ses habitudes ne l'ayant nullement familiarisée avec le style épistolaire. Voici la teneur de celle qu'elle adressait à son père :
«Mon très-cher Père,
« Ce qui rend le pèlerinage que je
fais en ce jour d'autant plus pénible et
plus douloureux, c'est la triste réflexion
que je l'ai entrepris à votre insu , ce qui,
Dieu le sait, était bien à contre-cœur ; car l'Écriture nous dit que le vœu d'une fille ne pourra la lier sans le consentement de son père ; d'après quoi je puis être regardée comme coupable d'avoir entrepris ce voyage sans votre agrément. Cependant, mon esprit a été trappe de la pensée que j'étais destinée à devenir un instrument de salut pour ma pauvre sœur dans l'extrémité où elle est réduite; autrement , pour tout l'or et les richesses du monde entier, je n'aurais pas voulu faire une telle démarche sans votre aveu et votre approbation. O mon cher père!
si vous désirez que mon voyage soit béni, dites un mot, ou du moins écrivez une ligne de consolation à notre pauvre prisonnière. Si elle a péché, elle a gémi et souffert -, et vous savez mieux que moi qu'il faut que nous pardonnions aux autres, si nous voulons que le pardon que nous demandons nous soit accorde. . . Pardonnez-moi, mon cher père, d'oser vous parler ainsi ; je sais qu'il ne convient pas à une jeune tête de vouloir
- en remontrer à vos cheveux blancs ;
' mais je suis si éloignée de vous que mon cœur s'émeut de tendresse en pen-
• sant à vous tous, ce qui fait que, dans le désir que j'éprouve d'apprendre que vous lui avez pardonne son péché, j'en dis sans doute plus qu'il ne convient.
Les gens du pays sont civils ; et de même que les Barbares envers le saint Apôtre, ils m'ont témoigné beaucoup d'humanité: il y a parmi eux, à ce qu'il parait, une espèce de peuple d'élu s, car ils ont aussi des églises sans orgues comme les nôtres, qu'on appelle assemblées , où le ministre prêche sans surplis. Mais le plus grand nombre des habitants est prélat iste, ce qui est une chose bien terrible; et j'ai vu deux de leurs ministres qui suivaient une meute de chasse avec autant de hardiesse et d'ardeur que Roslin ou Driden, le jeune laird de Loup-tbe Dyke, ou tout autre jeune étourdi du Lothian... Spectacle bien affligeant. () mon cher père! puissiez-vous, en vous levant le matin et en vous eouchanl le soir, donner une bénédiction et une place dans
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vos prières a votre fille affectionnée et soumise. « Jeame Deans. »
— «.P. S. J'ai appris d'une honnête femme, la veuve d'un nourrisseur de bestiaux , qu'on a dans le Cumberland un remède pour la maladie des vaches... En voici ia recette : c'est une pinte de bière; mais ce qu'ils appellent une pinte n'est rien en comparaison de nos grandes pintes écossaises , c'est à peine une chopine. Dans cette pinte de bière on fait bouillir du savon et de la corne de cerf, et on fait avaler ce breuvage à l'animal avec une corne. Vous pouvez l'essayer sur la vache d'un an, à tète blancbe. Si cela ne lui fait pas de bien , cela ne lui fera pas de mal. C'était une bonne femme, et elle paraissait bien entendue dans les soins à donner aux bétes à cornes. En arrivant à Londres , mon intention est d'aller voir notre cousine, mistress (ilass, la marchande de tabac a t'enseigne du Chardon , qui a Fhonnéteté de vous envoyer , tous les ans . umboite remplie de tabac. Elle doit être bien connue à Londres, et je ne doute pas de trouver facilement sa demeure. »
Ayant été entraîné à dévoiler celte partie de la correspondance de notre héroïne, nous ferons également part au lecteur de la lettre qu'elle adressa à sou amant.
Moxsni b EUubkh Butler,
« Espérant que ma lettre vous trouvera mieux, celles-ci est pour vous apprendre que je suis arrivée dans cette grande ville sans accident; je ne suis pas fatiguée de marcher ; au contraire, je ne m'en trouve que mieux, .l'ai vu beaucoup de choses dont j'espère vous parler un jour, ainsi que de la grande église île cette ville. Tous les environs sont remplis de moulins qui n'ont ni grandes roues, ni écluses, mais que le vent fait tourner, chose bien étrange a voir. ( n meunier m'a\ait engagée à entrer dans son moulin pour m'en montrer le travail, mais je le refusai, eau je ne sni^ pas venue dans ce pays pour faire connaissance avec des étrangers; je marche
droit mon chemin, et fais une révérence si quelqu'un me parle honnêtement, mais je ne réponds de vive voix qu'aux personnes de mon sexe. Je voudrais bien , monsieur Butler , connaître quelque chose qui vous fit du bien, car il y a dans cette ville d'York plus de médecines qu'il n'en faudrait pour guérir toute l'Ecosse, et sans doute il s'en trouve qui seraient bonnes pour votre maladie. Je voudrais que vous eussiez près de vous une bonne femme , bien prudente et bien attentive, pour vous soigner et vous empêcher de vous fatiguer à lire comme vous faites , ayant déjà assez de lecture à faire pendant la classe des enfants, et pour vous donner du lait chaud le matin. Cela me tranquilliserait sur votre compte. Mon cher monsieur Butler, prenez courage; nous sommes tous entre les mains de celui qui sait mieux que nous-mêmes ce qui nous convient. Je n'ai aucun doute de réussir dans ce qui a déterminé mon voyage. Je n'en puis , je n'en veux pas douter ; car si je n'avais pas cette pleine confiance, comment pourrais-je trouver des paroles pour supplier ces grands personnages quand je me trouverai en leur présence ? Mais avec la conscience de la droiture de ses intentions, et la fermeté du cœur qu'il faut pour les sttivre, on se tire du plus mauvais pas. La chanson dit que le coup de vent le plus fort des trois jours d'emprunt > ne put tuer les trois pauvres petits agneaux... Et si tel est le bon plaisir de Dieu, nous qui sommes séparés dans l'affliction, nous nous rejoindrons peut-être dans la joie même de ce côté du Jourdain. Je ne vous rappelle pas ce que je vous ai dit avant de partir, au sujet de mon pauvre père et de cette infortunée jétihe fille , car je suis bien sure que vous le ferez pour l'amour de la charité
I. Les trois derniers jours de mars, vicu\ Style, sont appelés les Jours d'emprunt , parce qu on a remarqué qu'ils sont ordinairement fort oniinix, et on suppose que mars les a empruntés à ;i\ ril pour prolonger son règne luiliulcul. Les mis dont on parle ici sont rapportés dans la complainte de l'Ecosse, édition de Leyde.
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chrétienne, qui est bien plus puissant que les prières de celle qui est votre servante pour vous obéir. »
Cette lettre avait aussi un post-scripium.
« Mon cher Reuben , si vous pensez que j'aurais dû vous écrire plus longuement ou vous dire des choses plus tendres, imaginez-vous que j'ai écrit tout ce que vous auriez désiré , car vous ne pouvez douter que je n'aie pour vous tous les sentiments que vous pouvez me souhaiter. Vous trouverez peut-être que je suis devenue bien prodigue, car je porte des bas blancs et des souliers tous les jours ; mais c'est ici la coutume des personnes honnêtes , et chaque pays a sa mode. Au reste, si des temps plus heureux revenaient jamais pour nous, vous ririez bien de voir ma figure toute ronde, enterrée sous une bonne-gracr qui est aussi large que tout le milieu de l'église de Libberton. Mais cela garantit bien du soleil , et empêche les gens malhonnêtes de vous dévisager comme si vous aviez quelque chose d'extraordinaire. Je vous écrirai ce qui se sera passé avec le duc d'Argyle quand je serai à Londres. Adressez-moi quelques lignes, pour m'apprendre comment vous êtes, chez mistress Marguerite Glass , marchande de tabac à l'enseigne du Chardon 'a Londres, lesquelles, m'assurant de votre santé, tranquilliseront beaucoup mon esprit... Excusez l'écriture , la mauvaise orthographe , car j'ai une très-mauvaise plume. »
L'orthographe de cette épître aurait pu , aux yeux d'un Anglais, demander une meilleure excuse que celle que la lettre exprimait, quoiqu'un certain laird montagnard se soit aussi excusé de la sienne sur une mauvaise plume. Cependant je dirai , à l'honneur de notre héroïne , que, grâce aux soins de Butler, Jeanie Deans avait une écriture et une orthographe bien supérieures à celles de la moitié des femmes de qualité de l'Kcosse à cette époque, dont le style i3.
étrange et les fautes de langue formaient le plus frappant contraste avec le bon sens que leurs lettres indiquaient généralement.
Au surplus Jeanie, dans ces deux épîtres, avait peut-être exprimé plus d'espérance , de courage et de sérénitéqu'elle n'en avait intérieurement. Mais c'était dans l'intention bien louable de soulager son père et son amant des craintes qui pouvaient les agiter en pensant à elle, sentant bien qu'elles devaient ajouter sensiblement à tous leurs autres cbagrins.
« S'ils me croient tranquille et en bonne santé, avec l'espoir de réussir, se disait en elle-même la pauvre pèlerine , mon père en sera mieux disposé pour Eflie, et Butler se soignera davantage... car je suis bien sûre qu'ils s'occupent plus de moi que je ne fais moi-même...»
En conséquence, elle cacheta ses lettres avec soin et les mit à la poste de sa propre main , après avoir plusieurs fois demandé quand elles arriveraient à Edimbourg. Ce devoir rempli , elle accepta avec plaisir l'offre pressante que lui fit son hôtesse de dîner avec elle, et de ne repartir que le lendemain matin.
L'hôtesse, comme nous l'avons déjà dit, était sa compatriote; et l'empressement avec lequel les Écossais se recherchent et s'aident de toute l'étendue de leurs moyens , qui nous est souvent reproché comme un préjugé étroit, me semble au contraire provenir du patriotisme le plus naturel et le plus honorable; car les habitudes morales et les principes d'un peuple sont une espèce de garantie pour les mœurs de chaque individu qui lui appartient : cette opinion, si elle était mal fondée, serait détruite par l'expérience. D'ailleurs , si l'on considère cette partialité nationale comme un nouveau lien qui attache l'homme à l'homme et dispose celui qui en a les moyens à rendre à ses compatriotes les services dont ils peuvent avoir besoin, nous pensons qu'il doit aussi être considère comme un motif de générosité plus actif et plus puissant que cette bienveillance générale dont tous les hommes sont
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indistinctement l'objet et qui sert souvent de prétexte pour n'en secourir aucun.
Mistress Bickerton, maîtresse de l'auberge du Lever -des -Sept- Étoiles dans Castle-Gate à York, partageait les sentiments de ses compatriotes , ce qui fit qu'elle témoigna tant d'obligeance à Jeanie (et il faut dire aussi qu'elle était née dans le comté voisin du Mid- Lothian, dont était Jeanie), et lui exprima un intérêt si maternel et tant d'inquiétude pour le reste de son voyage, que Jeanie , quoique d'un caractère réservé et prudent , crut pouvoir lui communiquer toute son histoire.
Mistress Bickerton leva les yeux et les mains au ciel à ce récit , et témoigna beaucoup d'étonnement et de compassion, mais elle lui donna aussi de trèsbons avis.
Elle désira savoir ce qui composait les finances de Jeanie; et celle-ci lui ayant montré sa bourse qui, par ce qu'elle avait laissé à Libberton et par les fiais nécessaires de la route, se trouvait réduite à 15 livres sterling. « Ceci, dit-elle, suffit et au-delà, pourvu que vous puissiez, sans accident, la porter à Londres.
— Sans accident ! dit Jeanie : je ré ponds bien de l'y porter sans qu'il j manque rien que ce que j'en aurai ôté pour les dépenses nécessaires.
— Et les voleurs donc, mon enfant?
car vous êtes venue dans un pays plus civilisé, c'est-à-dire plus corrompu que le vôtre; et comment échapperez -vous aux dangers de la route ? c'est ce que je ne sais pas et ce qui me fait trembler pour vous. Si vous pouviez attendre ici, huit jours, le départ de nos chariots, je vous recommanderais à Joe Broadwheel.
qui vous conduirait saine et sauve au Cygne-à-deux-Tétes...Y\ je vous conseillerais de ne pas vous fâcher s'il voulait vous dire quelques douceurs en chemin ( continua mistress Bickerton, en mêlant souvent à son anglais son dialecte national ), car c'est un garçon laborieux et utile, et qui a la meilleureréputation possible sur la route; les
Anglais ne font pas de mauvais maris, témoin mon pauvre homme , Moïse Bickerton, qui est dans le cimetière. »
Jeanie se hâta de dire qu'il lui était impossible d'attendre le départ de Joe Broadwheel , n'étant nullement flattée de la perspective de devenir l'objet de ses attentions pendant le voyage.
« Eh bien , mon enfant , reprit la bonne hôtesse , il faut faire comme tu l'entendras : chacun serre sa ceinture à son gré. Mais suis mon conseil et cache ton or dans ton corset , n'en laissant dehors qu'une pièce ou deux et quelque monnaie , en cas qu'on vienne à t'attaquer; car, à une journée d'ici, on est exposé à faire d'aussi mauvaises rencontres que sur les montagnes de Doun dans le Perthshire. Puis, ma fille, il ne faut pas aller dans les rues de Londres , regardant de tous côtés et demandant à tous ceux que tu rencontreras, mistress Glass à l'enseigne du Chardon... Ma. foi! on se moquerait de toi et l'on te rirait au nez... Mais va-t'en trouver cet honnête homme (en même temps elle mit une adresse dans la main de Jeanie); il connaît presque tous les gens respectables qui sont établis à Londres, et il aura bientôt trouvé ta parente.
Jeanie prit l'adresse en la remerciant sincèrement, mais un peu alarmée au sujet des voleurs de grand chemin. Se ressouvenant alors du papier que lui avait donné Batcliffe, elle raconta avec brièveté comment et dans quelles circonstances il le lui avait remis, et s'empressa de le montrer à mistress Bickerton.
La maîtresse des Sept-Étoiles ne tira pas une sonnette, car ce n'était pas la mode du temps, mais se servit d'un sifflet d'argent qui était pendu à son côté, et une servante fort propre entra dans la chambre.
« Dites à Dick Ostler de venir ici , » dit mistress Bickerton.
Dick parut sur-le-champ : c'était une espèce d'animal estropié, boiteux et défiguré , aux yeux louches , et dont la figure grotesque avait une expression d'intelligence et de ruse.
« Dick Ostler, » dit mistress Bickerton d'un ton d'autorité qui montrait qu'elle était du comté d'York, du moins par ■' adoption...» tu connais bien des choses j et bien des gens sur la route ?
—Hé, hé ! maîtresse, » répondit Dick avec un mouvement d'épaule qui pouvait exprimer le repentir, ou indiquer qu'il avait la connaissance qu'on lui supposait. « Hé , hé ! j'ai connu quelque petitechose de mon temps, maîtresse...»
Il prit un air malin et se mit à rire , puis redevint sérieux, et soupira comme quelqu'un qui était préparé à prendre la chose du côté qu'on voudrait.
« Sais-tu ce que ce morceau de papier signifie? » dit mistress Bickerton en lui présentant la sauvegarde que Ratcliffe avait donnée à Jeanie Deans.
En regardant le papier, Dick cligna un œil, élargit son énorme bouche de l'une à l'autre oreille comme un canal de navigation, se gratta la tête bien fort, et dit : <•■ Si je connais cela ? Ma foi , j'en pourrais bien connaître quelque chose, si ce n'était pas pour lui faire du tort , maîtresse.
— Pas le moins du monde, dit mistress Bickerton ; seulement il t'en reviendra un verre d'eau-de-vie si tu veux parler.
—Eh bien donc, » dit Dick en tirant d'une main la ceinture de sa culotte et poussant un pied en avant pour achever l'arrangement de cette partie essentielle de son habillement, « je puis assurer que la passe sera bien connue sur la route , si c'est là ce qu'on veut savoir...
— Mais quelle espèce d'homme étaitce? » dit mistress Bickerton en jetant un coup d'œil d'intelligence à Jeanie, comme toute fière d'avoir un garçon qui en sût si long.
«Que sais-je, moi? Jimthe-Rat était encore le coq du nord il y a un an, lui et l'Écossais Wilson, surnommé Handi.e Dandie... Mais il y a quelque temps qu'il est absent du pays, à ce qu'il paraît... Malgré cela, il n'y a pas un gentleman des grandes routes, d'ici à Stamford, qui ne respecte la passe de Jim. »
Sans lui faire d'autres questions, l'hôtesse remplit à Dick Ostler un verre (le genièvre; il inclina là tête et 1rs épaules, tirant en arrière le pied qu"il avait avancé, avala d'un seul trait l'alcali, pour se servir d'un terme savant, et se retira dans son écurie.
« Je te conseille , Jeanie, si tu fais de mauvaises rencontres sur la route , de leuï montrer ce morceau de papier, car je t'assure qu'il te sera utile. »
[ n joli souper termina la soirée. L'Écossaise transplantée, je veux dire mistress Bickerton, mangea de bon appétit de deux ou trois plats fort épicés , but une pinte d'ale et un verre de verjus un peu roide, tout en racontant à Jeanie l'histoire de la goutte, et s'étonnant qu'elle eût pu gagner une maladie que ses ancêtres , fermiers à Lammermoor depuis plusieurs générations, n'avaient jamais connue. Jeanie ne se soucia pas d'offenser son obligeante hôtesse en lui disant son opinion sur l'origine probable de cette maladie ; mais elle songea aux marmites des Égyptiens , et malgré toutes les instances qui lui furent faites, se contenta de souper avec des légumes accompagnés d'un verre d'eau.
Mistress Bickerton ne voulut pas entendre parler de paiement d'écot, et lui donna des recommandations pour son ( orrespondant de Londres et pour quelques aubergistes qu'elle connaissait sur la route et qui avaient pour elle une grande considération. Elle ne manqua pas de lui rappeler les précautions qu'elle avait à prendre pour cacher son argent; et comme la jeune fille devait partir le lendemain de très-bonne heure, elle prit congé d'elle amicalement, lui taisant donner sa parole qu'elle viendrait la voir à son retour en Ecosse et lui raconter comment elle aurait fait, et de quelle manière les choses se seraient passées, avec les plus petits détails, ce qui est le
summum bonwa \ i ur une commère.
Jeanie s'y engagea formellement.
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