‹ La prison du Mid-LothianChapitre 53 sur 93 · COMMENCEMENT DU VOYAGE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DU VOYAGE

Ma terre natale , adieu '.

Lord Bi>ok.

Au temps actuel le voyage d'Edimbourg à Londres est la chose du monde la plus simple et la plus facile, et le voyageur le plus inexpérimenté et entièrement livré à lui-même peut le faire sans courir le moindre danger et avec la plus grande diligence. De nombreuses voitures à différents prix, et autant de paquebots, vont et reviennent continuellement par terre et par mer sur la route des deux capitales, de manière que les ge..s les plus indolents et les plus timides peuvent en fort peu de temps achever ce voyage. Mais il n'en était pas ainsi en 1737 : il y avait alors si peu de communications entre Londres et Edimbourg, que des contemporains de cette époque se rappellent que, dans ut»** occasion, la malle de la première de ces villes arriva au bureau général des postes d'Kcosse avec une seule lettre. La manière ordinaire de voyager éta t de prendre des chevaux de poste, le voyageur en ayant un pour lui-même et son guide un autre; on les changeait de relais en relais. De cette manière ceux qui étaient en état de supporter la fatigue pouvaient accomplir ce voyage en très -peu de temps. Se faire briser les os par ces chevaux de louage, qu'on renouvelait à toutes les postes, était un luxe réservé

i. A force «le rcchcrelie*, je mm« parvenu à découvrir, el je piiin assurer à mes lecteur», que le iiciiii de ce pnvran élail Saiiuders Hroadfoot, et que son ernre de commerce ètail la rente en gros du lait île beurre. Spnndera Broadfoal aurait pour équivalent chez nous Alcxandie au pied largt.

LA PRISON DU aux riches. Les pauvres étaient obligés d'avoir recours aux moyens t!e transport que fournit la nature.

Avec un cœur plein de courage et une constitution capable de supporter la fatigue, Jeanie Deans, faisant ses vingt milles par jour et quelquefois plus, traversa la partie méridionale de l'Ecosse, et s'avança jusqu'à Durham.

Jusque là elle s'était trouvée au milieu de ses compatriotes, et ses pieds nus non plus que son plaid .n'avaient attiré leur attention, leurs yeux étant trop habitués à ce costume pour le remarquer; mais, à mesure qu'elle avança, elle s'aperçut que ces deux particularités de sa toilette l'exposaient à des sarcasmes et à des railleries auxquels elle aurait échappé si elle eût été vêtue autrement ; et, quoique au fond de son cœur elle trouvât qu'il n'y avait guère de charité et d'hospitalité à se moquer ainsi d'une étrangère à cause de sa mise, elle eut le bon sens de changer les' parties de son habillement qui lui avaient attiré de malignes observations. Elle renferma soigneusement son plaid dans son petit paquet , et se conforma à l'habitude coûteuse et superflue des Anglais de porter des bas et des souliers toute la journée. Elle avoua dans la suite qu'outre le regret d'user sa chaussure, elle fut long-temps sans pouvoir marcher aussi commodément avec des souliers : heureusement elle était quelquefois soulagée par un peu de gazon sur le bord de la route. Elle suppléa à son plaid , qui lui couvrait la tête comme un voile , par un grand chapeau de paille semblable à ceux que portent en Angleterre les filles qui travaillent aux champs , et qu'elle appelait vne bonne-grace. « Mais je me sentis toute honteuse, dit-elle, lorsque je me vis une bonne-grace sur la tête, moi simple fdle, comme si j'étais une femme mariée. »

Après ces changements, elle n'avait pas grand'chose, disait -elle, qui put la distinguer quand elle ne parlait pas ; mais son accent et son langage lui atti-

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