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votre conscience, votre cœur en sera
plus léger Résistez au diable, et il
vous fuira; surtout souvenez - vous , comme le dit mon digne père , qu'il n'y a pas de diable si dangereux que la fragilité de nos propres pensées.
— Et cela est vrai , mon enfant , » dit Magde en se levant tout d'un coup; « mais je prendrai une route dans laquelle le diable n'osera pas me suivre, et c'est une route que vous aimerez
bien, allez D'ailleurs je vais m'atta-
cher à votre bras , de peur qu'Apollyon ne vienne m'arrêter dans le sentier , comme il le fit dans le Voyage du Pèlerin. »
A ces mots elle se leva, et, prenant Jeanie par le bras , elle se mit à marcher à grands pas , et bientôt , à la grande joie de sa compagne , elle entra dans un sentier bien battu , dont elle semblait connaître parfaitement les détours. Jeanie essaya de la remettre sur la voie des confidences , mais cette fantaisie lui avait passé. Dans le fait, l'esprit de cette pauvre insensée ressemblait à un amas de feuilles sèches qui peuvent rester quelques moments tranquilles , mais que le moindre souffle vient agiter et mettre en mouvement.
Elle n'avait maintenant dans sa tête que l'allégorie de John Bunyan » , et cette idée en ayant chassé tout le reste , elle se mit à discourir avec une grande volubilité.
« Avez-vous jamais lu le T'oyage du Pèlerin ? Vous serez Christiana , vous , et moi je serai la vierge Mercy, car vous savez que Mercy était plus belle et plus attrayante que sa compagne ; et si j'avais ici mon petit chien , il serait Great- Heart, leur guide, qui était si hardi, comme vous savez, qu'il aboyait à un individu vingt fois plus gros que lui ; et c'est même ce qui a causé sa mort ; car un jour qu'on m'entraînait au corps-degarde, il a mordu au talon le caporal Mac-Alpine, et le caporal Mac-Alpine a tué le fidèle animal avec sa pique
a. Auteur dd Fbj/Vgt du Prlrrin dont il est ii i qnntîon, \. m.
LA PRISON DL Que le diable l'emporte avec sa fourche!
— Fi donc ! Madge , vous ne devriez pas parler ainsi.
— C'est vrai , » dit Madge en secouant la tête ; « mais alors il ne faut pas que je pense à mon pauvre petit chien Snap , lorsque je le vis mourant dans l'égout. Et cependant tout est pour le mieux, car le pauvre animal , quand il était vivant , souffrait du froid et de la faim , et la tombe est un lieu de repos pour tout le monde , de repos pour mon chien , pour mon pauvre enfant et pour moi aussi.
— Votre enfant ? » dit Jeanie qui crut qu'en suivant cette idée , dans le cas où elle serait fondée sur quelque chose de réel , elle ne pouvait manquer de ramener sa compagne à un état plus calme et plus raisonnable.
Elle se trompait toutefois , car Madge rougit, et répondit avec quelque irritation : « Oui , mon enfant , sans doute mon enfant; pourquoi n'aurais-je pas eu un enfant , et ne l'aurais-je pas perdu aussi, comme votre sœur, le Lis de Saint- Léonard ? »
Cette réponse causa quelque alarme à Jeanie, et désirant calmer l'irritation à laquelle elle avait involontairement donné lieu , elle lui dit : « Je suis bien fâchée de votre malheur, et...
— Fâchée ! et de quoi seriez-vous fâchée? L'enfant était un bonheur pour moi, c'est-à-dire, il l'eût été sans ma mère. Mais ma mère est une femme étrange, voyez-vous; il y avait un vieux qui avait une bonne pièce de terre et beaucoup d'argent , mais c'était tout le portrait du vieux M. Feeble-Mind ou de M. Ready-to-Halt , que Great-Heart délivre d'entre les mains du géant Slaygood , au moment où il le dépouillait et où il allait Pécorcher ; car Slaygood était de l'espèce des mangeurs de chair humaine ; et Great-Heart a tué aussi le géant Despair1 Cependant, quoi
i. Voici le seus des noms employés par Madge : Feeble-Mind, esprit faible; Ready-to-Halt, prêt à s'arrêter; Great-Heart, grand cœur; Slajgood , mort aux bons; Despair, désespoir, a. m.
MID-LOTHIArs. 213
qu'en dise le livre, je crois que le géant Despair est ressuscité ; car je le sens souvent me ronger le cœur.
— Eh bien! et le vieux dont vous parliez?» demanda Jeanie; car elle avait un pénible intérêt à pénétrer la vérité de l'histoire de Madge, à laquelle elle ne pouvait s'empêcher de soupçonner un rapport secret avec celle de sa sœur. Elle désirait aussi , si c'était possible , engager sa compagne dans quelque récit qui lui fît baisser la voix , car elle tremblait à chaque instant que le ton élevé dont elle parlait ne dirigeât sa mère ou les voleurs de ce côté , dans le cas où on les chercherait.
« Eh bien ! le vieux ? » dit Madge en répétant ses paroles; «j'aurais voulu que vous l'eussiez vu marcher une jambe d'un côté , une jambe de l'autre, comme si chacune eût appartenu à une personne différente. C'est Gentil George qui le contrefaisait joliment! mon Diiti, comme, je riais quand je voyais George marcher comme lui. Il me semble que je riais de meilleur cœur que je ne fais à présent, quoique peut-être pas tout à fait si haut.
— Et qui était Gentil George ? » dit Jeanie en cherchant à la ramener à son histoire.
« Oh! il s'appelait Geordie Robertson, vous savez , quand il était à Edimbourg; mais ce n'est pas là son vrai nom , il s'appelle... Mais qu'avez-vous besoin de le savoir ? » dit-elle en paraissant revenir à elle soudainement. « Qui vous a donné le droit de demander le nom des gens ? Avez-vous envie que je vous enfonce mon couteau entre les côtes , comme dit ma mère ? »
Comme elle prononça ces paroles d'un ton et avec un geste menaçant , Jeanie se hâta de protester qu'elle lui avait fait cette question tout à fait par hasard et sans aucun dessein , et Madge AVildfire, un peu radoucie , continua ainsi :
« Ne demandez jamais le nom des gens, Jeanie, cela n'est pas honnête.
J'ai vu une demi-douzaine de personnes chez ma mère , et pas une d'elles ne s'appelait par son nom ; et Duddie Ra.»
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ton dit que c'est la chose la plus malhonnête du monde , parce que les baillis sont toujours à vous faire des questions embarrassantes pour savoir si vous avez vu tel ou tel ; et lorsque vous ne savez pas leur nom, voyez-vous, vous n'êtes pas obligée de le dire. »
« A quelle étrange école cette pauvre fille a-t-elle été élevée, pensa Jeanie, |>our qu'on y prît de semblables précautions contre les poursuites de la justice! Que dirait mon père, ou Reuben , si je leur apprenais qu'il existe dans le monde dé tels êtres ! Et comment oser abuser à ce point de la simplicité de cette pauvre insensée. Oh ! si j'ai le bonheur de me retrouver un jour au milieu des miens , je bénirai Dieu, tant que je respirerai, de m'avoir placée parmi ceux qui vivent dans sa crainte et à l'ombre de son aile. »
Elle fut interrompue par le rire insensé de Madge, qui regardait une pie sautiller sur le chemin.
«Voyez, dit-elle, voilà justement de quelle manière mon vieil amoureux allait sautillant, pas si légèrement pourtant, car il n'avait pas d'ailes pour aider ses vieilles jambes; eh bien! malgré tout cela, je l'aurais épousé, Jeanie, sans quoi ma mère m'aurait tuée. Mais vint ensuite l'histoire de mon pauvre enfant, et ma mère eut peur qu'il n'entendit ses cris, de sorte qu'elle alla l'enterrer sous ce monceau de gazon que vous avez vu la-bas . au pied du peuplier, et je crois qu'elle a enterré avec lui tout ce que j'avais de raison, car depuis je n'ai plus été la même. Et voyez un peu , Jeanie, après que ma mère se fut donné tant de peine, le vieux .lohny Drottle me tourna le dos et ne voulut plus me regarder. Mais je ne m'en sou cie guère , car depuis j'ai toujours mené jowuse vie, et jamais un beau monsieur ne me regarde qu'il ne Bemble prêt à tomber a la renverse d'amour (tour moi. J'en ai vu mettre leur main dans leur poche et me donner jusqu'à dix bous à la fois, seulement pour avoir le plaisir de me regarder. »
SCOTT
Ces paroles firent pénétrer à Jeanie une partie de l'histoire de Madge. Elle avait été courtisée par un amant opulent, dont sa mère avait encouragé les espérances malgré sa vieillesse et sa difformité. Quelque libertin l'avait séduite, et pour cacher sa honte et détruire l'obstacle qui venait s'opposer au mariage avantageux qu'elle avait projeté, sa mère n'avait pas hésité à détruire le fruit de cette intrigue. Il était très-naturel de penser que ces événements avaient complètement bouleversé un esprit faible , frivole, et livré à toutes les chimères de la vanité. Telle était en effet, à peu de chose près, l'histoire de la folie de la pauvre Madge.