‹ La prison du Mid-LothianChapitre 60 sur 93 · A LA MÉMOIRE DE DONALD ML'RDOCKSON · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE DONALD ML'RDOCKSON

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«C'est très -bien lu, Jeanie, c'est précisément cela , » dit Madge dont la eolère venait de se changer en mélancolie; et d'un pas qui, à la grande satisfaction de Jeanie , était grave et lent, elle conduisit sa compagne vers la porte de l'église.

C'était une de ces vieilles églises gothiques qu'on trouve fréquemment en Angleterre, et qui de tous les édifices consacrés au culte dans le monde chrétien sont peut-être les mieux entretenus, les plus décents et même les plus vénérables. Cependant, malgré la gravité majestueuse de l'extérieur, Jeanie était trop fidèle aux lois de l'Église presbytérienne pour entrer dans un endroit consacré au culte anglican, et, dans toute autre occasion, il lui aurait semble voir la figure respectable de son père lui défendant de la main d'entrer, et prononçant ces paroles solennelles :

« Garde-toi, mon enfant, d'écouter des instructions qui t'apprendront à oublier la vraie doctrine... » Mais, dans l'état d'agitation et d'alarme où elle se trouvait, elle cherchait un asile dans ce lieu prohibé, de même que l'animal poursuivi par le chasseur se réfugie quelquefois dans les habitations des hommes ou dans d'autres endroits également contraires à sa nature et à ses habitudes. Les sons profanes de l'orgue et de deux ou trois flûtes qui l'accompagnaient ne purent même l'empêcher de suivre sa compagne dans l'intérieur de l'église.

Madge n'en eut pas plus tôt touché le seuil que, s'apercevant qu'elle était l'objet de l'attention de tous les spectateurs , elle se livra de nouveau à toutes les extravagances qu'une teinte fugitive de mélancolie avait momentanément interrompues. Elle sembla nager plutôt que marcher, parcourant le centre de l'église tout en traînant après elle Jeanie, qu'elle ne cessait de tenir par la main. Celle-ci aurait bien voulu entrer dans le banc le plus voisin de la porte, et laisser Madge s'en aller à sa manière prendre place dans les premiers rangs ; mais elle sentit que cela lui serait impossible sans opposer une résistance qu'elle ne crut pas pouvoir se permettre dans un tel lieu. Elle se laissa donc conduire tout le long de l'église par sa grotesque compagne qui , les yeux à demi fermés, le sourire sur les lèvres, et avec des gestes affectés qui répondaient à l'allure qu'elle avait prise et aux airs qu'elle se donnait en marchant, paraissait excessivement flattée de l'effet qu'un tel spectacle produisait sur toute la congrégation. Prenant d'ailleurs l'étonnement de l'assemblée pour de l'admiration , elle l'en remerciait en distribuant des révérences à droite et à gauche , et des signes de tête à ceux en qui elle croyait reconnaître d'anciennes connaissances. La bizarrerie de ce spectacle était encore augmentée pour les assistants par le contraste que présentait sa compagne qui, tout échevelée, les yeux

baissés vers la terre et les joues rouges de honte, était traînée en triomphe après elle, pour ainsi dire.

Mais heureusement Madge fut arrêtée subitement pendant qu'elle s'agitait ainsi , par un regard que le ministre jeta sur elle, et qui exprimait à la fois la compassion et la gravité. Elle se hâta d'entrer dans un banc qui se trouvait près d'elle, et y entraîna Jeanie. Allongeant un coup de pied à cette dernière, comme pour l'avertir sans doute de suivre son exemple, elle pencha sa tête sur ses mains pendant l'espace d'une minute. Jeanie, entièrement étrangère à cette attitude de dévotion mentale, n'essaya pas de l'imiter, mais regarda autour d'elle d'un air égaré que ses voisins, la jugeant d'après la compagnie où elle était, attribuèrent assez naturellement à la folie. Tous ceux qui se trouvaient dans le voisinage de ce couple extraordinaire, s'en éloignèrent autant que le leur permirent les limites de leurs propres bancs ; mais un vieillard ne s'étant pas éloigné assez lestement de Madge , elle lui arracha son livre et y chercha les prières du jour. Elle se mit ensuite à tourner les feuillets avec les gestes ies plus emphatiques et les plus ridicules , montra à Jeanie de quelle manière les passages devaient être lus pendant le service , répondant en même temps aux prières d'une voix qui se faisait entendre par-dessus toutes celles de la congrégation.

Malgré la honte et la contrariété que Jeanie éprouvait en se voyant ainsi exposée aux regards dans un lieu de dévotion , elle chercha toutefois à recueillir son courage et à chercher un protecteur auquel elle s'adresserait aussitôt que le service serait terminé. Sa première pensée se porta sur le ministre ; et elle fut d'autant plus confirmée dans cette résolution , que c'était un homme d'un certain âge , d'un extérieur imposant et respectable : il avait lu les prières avec un calme et une gravité qui avaient rappelé à l'ordre quelques jeunes membres de la congrégation , dont les extrava-

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gances de Madge avaient distrait l'attention. Ce fut donc le ministre que Jeanie résolut d'aborder quand le service serait tterminé.

Il est vrai qu'elle était un peu choquée «le son surplis dont elle avait entendu parler si souvent, mais qu'elle n'avait encore vu sur la personne d'aucun prédicateur. Elle ne comprenait rien non plus aux changements de posture observés dans différentes parties du service; elle en était d'autant plus embarrassée , que Madge, a qui ces changements paraissaient parfaitement familiers, saisissait cette occasion d'exercer sur elle son autorité , ne cessant de la faire lever ou tomber à genoux avec une activité infatigable, que Jeanie jugeait propre à attirer encore davantage l'attention sur elles. Mais, malgré ses préjugés, elle prit , dans cette extrémité , la prudente résolution d'imiter d'aussi près que possible sa compagne. Le prophète, pensait-elle, avait permis à Naman le Syrien de s'incliner même dans la maison de Beinmon. « Et sans doute, se dit-elle, si j'adore en ce moment le Dieu de mes pères dans ma propre langue , quoique les formes auxquelles je me soumets me soient étrangères, le Seigneur me le pardonnera. »

; Elle se confirma dans cette pensée , et s'éloignant de Madge autant que le banc le lui permit, elle chercha à témoigner, par l'attention grave et soutenue qu'elle donnait à tout ce qui se passait, qu'elle partageait le recueillement général. Sa persécutrice ne l'aurait pas laissée si long-temps tranquille, mais elle avait cédé à la fatigue , et s'était endormie dans l'autre coin du banc.

Jeanie, quoique ses pensées se détournassent de temps en temps en dépit d'elle pour se fixer sur sa situation, s'efforça cependant de donner toute son attention a un discours plein de sens , de logique et d'énergie sur les doctrines pratiques du christianisme, qu'elle ne put s'empêcher d'arjprouver , quoiqu'il fût écrit et lu d'un bout à l'autre par le mi-

nistre, qui le prononça d'un ton et avec des gestes bien différents de M. Storinheaven , le prédicateur favori de son père. L'attention sérieuse et calme de Jeanie n'échappa pas au digne ecclésiastique. L'entrée de Madge "VVildfire lui avait fait craindre quelque scène scandaleuse ; et, pour la prévenir autant que possible, il tournait souvent les yeux vers cette partie de l'église où elle et Jeanie étaient placées ; et il ne tarda pas à s'apercevoir que, quoique le désordre de sa coiffure et l'embarras de sa situation eussent donné aux traits de cette dernière un air de trouble et d'égarement, elle était cependant dans un état d'esprit bien différent de celui de sa compagne. Quand il eut termine les prières , il remarqua qu'elle regardait autour d'elle d'un air triste, et la vit s'approcher de deux ou trois hommes des plus respectables de la congrégation comme pour leur parler, et puis se reculer d'un air timide, en s'apercevant qu'ils semblaient vouloir l'éviter. Le ministre, en homme bienfaisant, en véritable pasteur chrétien , résolut d'approfondir cette affaire.

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