‹ La prison du Mid-LothianChapitre 64 sur 93 · LA PRISON PU · texte numérisé non relu

LA PRISON PU

ma vie entre vos mains, et non seulement ma vie, qui, Dieu le sait, ne mérite pas d'être épargnée, mais le repos d'un vénérable vieillard et l'honneur d'une famille considérée. Mon goût pour la mauvaise société était, je puis le dire, d'un genre particulier, et indiquait un naturel qui, s'il n'eût pas été corrompu par des habitudes de désordre, eut pu devenir capable des meilleures choses.

Les folles débauches , la gaieté grossière et la licence effrénée de ceux auxquels je m'associai me charmaient moins que le génie entreprenant, la présence d'esprit dans le danger, la iinesse et l'adresse qu'ils déployaient pour tromper les officiers de la douane, ou autres aventures de ce genre. Avez -vous remarqué ce rectorat, examine sa position et ses alentours? n'est-ce pas une retraite délicieuse? »

Alarmée de ce changement soudain de sujet, Jeanie, répondit affirmativement.

« Eh bien! j'aurais voulu qu'il eût été à dix pieds sous terre avec les terres et les dîmes qui en dépendent. Sans ce maudit rectorat, j'aurais pu suivre, mon penchant , qui m'entraînait vers la profession des armes; et la moitié du courage et de l'intelligence dont j'ai fait preuve parmi les contrebandiers et les maraudeurs aurait suffi pour m'assurer un rang honorable parmi mes compatriotes. Pourquoi n'allai -je pas à l'étranger quand je quittai cette maison?

Pourquoi la quittai -je jamais? Pourquoi...? Mais enfin j'en suis arrivé à ce point où je ne puis songer au passé sans sentir ma raison s'égarer, et à l'avenir sans me livrer au désespoir. »

il s'arrêta un moment, et continua ensuite avec plus de calme : « Les chances d'une vie errante m'amenèrent malheureusement en Ecosse, pour prendre part à des actions plus criminelles que toutes celles dont je m'étais encore mêlé. Ce fut alors que je fis connaissance avec Wilson, homme très-remarquable dans sa classe. Plein de calme, de sang-froid et de résolution, d'un es-

prit ferme et d'une force de corps prodigieuse, il était doué aussi d'une espèce d'éloquence grossière qui l'elevait beaucoup au-dessus de ses compagnons et lui donnait de l'empire sur eux. Jusque là j'avais été audacieux et dissolu ; cependant des éclairs de repentir , de regrets, prouvaient encore que je pouvais un jour revenir à la vertu. Mais, pour le malheur de cet homme et pour le mien, malgré la différence de rang et d'éducation qui existait entre nous, il acquit sur moi une influence extraordinaire , que je ne puis m'expliquer que par la supériorité que son courage froid et réfléchi lui donnait sur ma folle impétuosité. J'étais entraîné d'une manière irrésistible à le suivre dans toutes ses entreprises, où il déployait une adresse, un courage tout à fait rares. Ce fut pendant que je m'abandonnais à des aventures si désespérées, sur les traces d'un chef aussi dangereux, que je fis connaissance avec votre sœur dans ces réunions de jeunes gens qui se tiennent dans les faubourgs , et qu'elle fréquentait à la dérobée. Misérable ! la séduction fut comme l'intermède des crimes affreux dont je ne tardai pas à me rendre coupable ! Cependant je dois vous jurer que ce crime n'était pas prémédité, et ma ferme résolution était de lui offrir la réparation qui dépendait de moi, en l'épousant aussitôt que je pourrais me dégager du genre de vie honteux que je suivais et en prendre un plus convenable à ma naissance. Je me livrais à des rêves romanesques : je voulais feindre de la conduire dans quelque misérable retraite, et puis faire briller tout à coup à ses yeux ce rang et cette fortune qu'elle n'avait jamais pu soupçonner, et que j'allais mettre en sa possession. Un ami, à ma prière, se chargea de faire des démarches auprès de mon père pour en obtenir mon pardon. Cette négociation fut plusieurs fois rompue et renouvelée. Enfin, j'étais sur le point de rentrer en grâce auprès de mon père, quand il apprit mon infamie, qui lui fut peinte encore avec des couleurs exagérées,

dont , hélas ! elle n'avait pas besoin. Je reçus de lui une lettre qui m'arriva je ne sais comment; elle renfermait des billets pour une somme assez forte, et il m'y déclarait qu'il me désavouait à jamais. Je me livrai à toutes les fureurs du désespoir, et, n'étant plus retenu par rien, je me joignis à Wilson dans une entreprise de contrebande qui échoua.

Bientôt je me laissai persuader par la logique de cet homme entreprenant et hardi qu'un vol commis sur la personne d'un officier des douanes du comté de Fife n'était qu'un acte de juste représaille. Jusque là j'avais observé de certaines bornes dans mes désordres, et mes mains étaient restées pures de toute attaque sur la propriété d'autrui ; mais dès lors je ne connus plus aucun frein, et j'éprouvai un plaisir farouche à me déshonorer de plus en plus.

« Le pillage n'était pas mon but : je l'abandonnais à mes camarades, et ne demandais que le poste du danger. Je me rappelle que, pendant que j'étais, le sabre nu, à la porte de la maison où se commettait ce vol, je ne songeai pas un moment à ma propre sûreté : je ne pensais qu'à l'injure supposée que j'avais reçue de ma famille, à ma soif impuissante de vengeance, et à ce qu'éprouverait l'orgueilleuse maison des Willingham en apprenant qu'un de ses descendants, l'héritier futur de ses titres et de ses honneurs, périrait par les mains du bourreau pour avoir volé à un douanier écossais une somme qui n'était que le cinquième de celle que j'avaisdans mon portefeuille. Nousfumes pris : je m'y attendais. >"ous fûmes condamnés : je m'y attendais encore. Mais la mort , envisagée de plus près, s'offrit à moi sous un aspect hideux, et le souvenir de la triste situation de votre sœur me décida à taire un effort pour sauver ma vie. l'oubliais de vous dire que j'avais retrouvé a Edimbourg la femme Mur* dockson el sa Bile. Cette femme avait suivi les camps dans sa jeunesse, el à cette époque, sous prétexte d'un petit commerce, elle avait repris des habitudes

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de rapine qui ne lui étaient que trop familières. Notre première entrevue fut orageuse; mais, grâce à ma libéralité, car je n'épargnai pas l'argent, elle oublia ou feignit d'oublier l'injure faite à sa fdle. La malheureuse fille elle - même sembla à peine reconnaître son séducteur, encore moins conserver la mémoire du tort qu'il lui avait fait. Son esprit est complètement égaré, ce que sa mère attribue quelquefois aux suites d'un accouchement malheureux; mais tout cela était mon ouvrage, et ici une nouvelle pierre était suspendue à mon cou pour m'entraîner dans un abîme de perdition : chaque regard , chaque mot de cette pauvre créature, sa fausse gaieté, ses souvenirs imparfaits, ses allusions à des circonstances qu'elle avait oubliées, tout cela était autant de coups de poignard; que dis -je! il me semblait qu'on me tenaillait avec des pinces brûlantes et qu'on versait du soufre enflammé sur mes blessures.

Mais je retourne aux pensées qui m'occupaient dans ma prison.

« Une des plus cruelles était que votre sœur approchait de son terme. Je connaissais la crainte que son père et vous lui inspiriez. Elle m'avait dit souvent qu'elle aimerait mieux mourir mille fois que de vous dévoiler sa honte. Il fallait pourtant s'occuper de l'époque de son accouchement. Je savais bien que la vieille Murdockson était une infâme sorcière; mais je croyais qu'elle m'aimait , et qu'avec de l'argent je pourrais acheter sa fidélité. Elle avait procuré une lime à Wilson , et à moi une scie. Elle promit volontiers de se charger de l'accouchement d'Eflie, et je savais qu'elle avait les connaissances nécessaires pour lui tenir lieu de tout autre secours. Je lui donnai une partie de l'argent que mon père m'avait envoyé, et il fut convenu qu'elle recevrait Effie chez elle , et qu'elle attendrait lys ordres que je lui donnerais quand j'aurais effectue ma fuite. Je communiquai ce plan a la pauvre Kflie et lui parlai de la vieille sorcière, dans une

lettre ou je cherchais à soutenir le caractère de Macheath ■ après sa condamnation, celui d'un brigand intrépide et déterminé qui conserve son impudence et sa gaieté, et se moque de tout jusqu'au dernier moment. Telle était ma pitoyable ambition ! Cependant j'avais résolu intérieurement , si j'avais le bonr d'échapper à l'echafaud, d'abandonner cette criminelle carrière. Mon projet était d'épouser votre sœur et de passer avec elie aux Indes orientales. Il me restait encore une somme assez considérable , et j'espérais , de façon ou d'autre, trouver le moyen de m'y faire une existence.

« iNous fîmos pour nous évader une tentative que l'obstination de "Wilson , qui insista pour passer le premier , fit échouer complètement» Vous avez du entendre parler de la manière intrépide et généreuse avec laquelle il répara 'son erreur en se sacrifiant lui-même pour faciliter ma fuite de l'église de la prison. Le bruit s'en répandit dans toute l'Ecosse. Ce fut une action noble et héroïque;, tout le monde en parla; ceux même qui condamnaient le plus les habitudes criminelles de cet homme courageux louèrent avec enthousiasme le généreux dévouement de son amitié. J'ai bien des vices, mais je ne connais ni l'ingratitude ni la lâcheté. Je ne m'occupai plus que de payer a Wilson le prix de son sacrifice, et la sûreté de votre sœur devint même momentanément à mes yeux une considération secondaire. Rendre la liberté à Wilson était le but de toutes mes pensées, et je ne désespérais pas d'en trouver les moyens.

« Cependant je n'oubliais pas non plus tout à fait Effie. Les limiers de la loi me poursuivaient de si près que je n'avais osé visiter aucun des lieux que je fréquentais autrefois; mais la vieille Murdockson vint me trouver à un rendezvous que je lui avais donné, et m'apprit que votre sœur était heureusement accouchée d'un garçon. Je recomman-

i. lieras d'une pièce anglaise fort connue, intitulée t/ie Begçars Or.era. s. M.

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dai à la vieille de chercher a calmer l'esprit de la pauvre Effie, de la soigner, et de ne la laisser manquer d'aucune des douceurs que l'argent pouvait procurer; ensuite je me retirai clans le comté de Fife , parmi les anciens compagnons de Wilson. Je me cachai dans ces antres où les hommes engagés dans le dangereux métier de contrebandier ont coutume de se réfugier et de déposer les marchandises passées en fraude.

Ceux qui violent les lois divines et humaines peuvent encore exciter l'intérêt quand ils déploient du courage et de la générosité : on nous assura que le peuple d'Edimbourg, vivement touché de la situation de AVilson et du courage qu'il avait montré, soutiendraittoute entreprise hardie qui aurait pour but de l'arracher à la mort , fût-ce même au pied de l'echafaud. Toute désespérée que paraissait cette tentative, en déclarant que je servirais de chef à ceux qui voudraient l'entreprendre, je ne manquai pas de compagnons détermines a me suivre, et je retournai dans le Lothian, prêt a agir quand l'occasion s'en présenterait.

« Je suis certain queje serais parvenu à le soustraire au nœud fatal suspendu sur sa tète, » continua-i-il en paraissant s'animer d'un reste de cette ardeur qui l'avait conduit à de tels exploits. «Mais, parmi d'autres précautions, les magistrats en avaient employé une qui leur avait été suggérée par le misérable Porteous , et qui déconcerta toutes nos mesures : ils avancèrent d'une demi-heure le moment fixé pour l'exécution. Nous avions décidé entre nous que , dans la crainte d'être remarqués par les officiers de justice , nous ne nous mi dans les rues qu'au moment où elle aurait dû avoir lieu; il en résull tout était fini avant que nous eussions commencé une attaque en sa faveur. Elle eut lieu cependant; j'arrivai jusqu'à l'echafaud, et je coupai la corde de mes propres mains. Hélas! il était trop tard! Le criminel mais intrépide et généreux Wilson n'existait plus , et la vengeance

était tout ce qui nous restait ; vengeance que je regardais comme un devoir d'autant plus impérieux de ma part , que AVilson avait sacrifié pour me sauver une liberté et une vie qu'il aurait pu facilement sauver.

— O monsieur, dit Jeanie, ces paroles de l'Écriture ne se présentèrent-elles pas à votre esprit : La vengeance m'appartient, dit le Seigneur , et c'est à moi de l'exercer?

— L'Écriture ! il y avait plus de cinq ans que je n'avais ouvert une Bible.

— Bon Dieu ! s'écria Jeanie , et le fils d'un ministre encore !

— Il est naturel que vous parliez ainsi ; cependant ne m'interrompez pas, et laissez -moi finir ma déplorable histoire. Ce monstre de Porteous , qui continua de fairetirer sur le peuple longtemps après que cela eut cesse d'être nécessaire, devint l'objet de la haine publique pour avoir outrepasse son devoir, et de la mienne, pour l'avoir trop bien rempli : nous résolûmes , c'est-à-dire moi et les amis les plus déterminés de "Wilson , d'en tirer vengeance. Mais la prudence était nécessaire. Il me sembla que j'avais été remarque par un des officiers ; c'est pourquoi je n'osai rentrer dans Edimbourg, et j'errai dans ses enviions. A la linjemerendis, au péril de ma vie, au lieu où j'espérais trouver mon épouse future et mon fils. Ils n'y étaient plus. La vieille Murdockson me dit qu'aussitôt qu'Effie avait appris le mauvais succès de l'entreprise formée en faveur de Wilson , elle avait été saisie par une fièvre chaude; et qu'un jour qu'elle avait été obligée de soi tir pour une affaire indispensable et de la laisser seule, Eflie avait profité de cette occasion pour s'échapper : die n'en avait pas entendu parler depuis, .le l'accablai de reproches, qu'elle écouta avec le calme le plus imperturbable, le sang-froid le plus irritant : car, toute violente et toute féroce qu'elle soit, elle a ce privilège de savoir, dans certaines occasions, se rendre complètement maltresse d'ellemême, et conserver l'impassibilité la

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plus absolue. Je la menaçai de la justice; elle me répondit que j'avais plus lieu qu'elle-même de la redouter. Elle n'avait pas tort, et que pouvais-je lui repondre? Je lui parlai de vengeance; elle me répliqua à peu près dans les mêmes termes, que s'il était question d'injures reçues c'était moi qui devais craindre la sienne. Elle avait encore raison , et je fus réduit au silence. Je la quittai rempli d'indignation , et je Us prendre des informations par un de mes camarades dans les environs de Saint-Léonard au sujet de votre sœur ; mais avant de recevoir sa réponse, un des limiers de la police, ayant découvert mes traces , m'obligea de quitter les environs d'Edimbourg et de me cacher dans une retraite plus éloignée. Un émissaire fidèle et discret vint enfin m'y apporter deux nouvelles, dont la première me causa une satisfaction qui fut bientôt oubliée dans la consternation que l'autre me causa : c'était la condamnation de Porteous et l'arrestation de votre sœur, fondée sur une accusation criminelle.

« Je me risquai une seconde fois chez la femme Murdockson , et lui reprochai encore sa trahison envers la malheureuse Eflie et son enfant , quoique je ne pusse découvrir quel intérêt l'a\ait fait agir , si ce n'est celui de s'approprier la totalité de l'argent que j'avais placé entre ses mains. Le récit que vous m'avez fait jette sur cette action une horrible clarté, et me montre un autre motif, non moins poissant, quoique plus caché, le désir de consommer sa vengeance sur le séducteur de sa fille, sur l'homme qui a cause la perte de son honneur et de sa raison. Juste ciel! pourquoi, au lieu de la vengeance dont elle lit choix, ne me livra-t-elle pas au supplice ?

— Mais quelle explication vous donna cette misérable femme au sujet d'Effîc et de son enfant?» demanda Jeanie, qui, pendant ce long et pénible récit.

avail conservé assez de présence d'esprit et de jugement pour diriger toute son

LA PRISON DU attention sur les points qui pouvaient servir à jeter du jour sur les malheurs de sa soeur.

« Elle ne voulut m'en donner aucune, dit Staunton. Eile dit que la mère s'était enfuie avec son enfant dans ses bras ; qu'elle n'avait jamais revu ni l'un ni l'autre; qu'Efiie avait bien pu jeter son enfant dans le North-Loch ou dans quelque autre endroit; qu'elle n'en savait rien , mais que cela était assez probable.

— Et qui vous fit penser qu'elle ne vous disait pas la fatale vérité? » demanda Jeanie en tremblant.

« C'est que dans cette seconde visite je vis Madge, et qu'à ses discours je compris que l'enfant avait été enlevé ou mis à mort pendant la maladie de la mère ; mais il règne dans ses paroles tant d'incertitude et de vague, qu'il me fut impossible d'en obtenir aucun autre détail, ni même aucun fait positif. Seulement l'esprit infernal de sa mère me porta à redouter tout ce qu'il y avait de plus sinistre.

— Cette dernière circonstance s'accorde avec la déclaration faite par ma pauvre sœur, dit Jeanie. Mais continuez votre narration , monsieur.

— Ce dont je suis certain , dit Staunton, c'est qu'Eflie, avec l'usage de sa raison et sa pleine connaissance, n'était pas capable de faire le moindre mal à la dernière des créatures humaines.

Mais que pouvais-je faire pour sa défense? rien. Toutes mes pensées se tournèrent donc vers les moyens de la sauver. J'étais dans la cruelle nécessité de dissimuler mes sentiments vis-à-vis de l'infâme Murdockson : ma vie était dans ses mains. C'était peu de chose , et le dernier soin qui m'occupât; mais de cette vie dépendait celle de votre sœur, et cette considération me donna la force de me contraindre. Je parlai doucement à cette misérable; je parus me lier à elle, et je dois avouer que, en ce qui ne concernait que moi , elle me donna des preuves d'une fidélité extraordinaire. J'étais incertain sur les mesures que j'adop-

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ferais pour sauver votre^ sœur, lorsque la fureur générale qu'excita parmi le peuple le sursis accordé à Porteous me suggéra l'audacieux projet de forcer les portes de la prison pour arracher votre sœur à la barbarie d'une loi sanguinaire, et de livrer à un châtiment mérité le misérable qui avait tourmenté l'infortuné Wilson jusqu'à l'heure de la mort, comme les sauvages et féroces Indiens se plaisent à torturer leurs prisonniers^ Je me jetai au milieu de la multitude au moment de la fermentation. Mon exemple fut suivi par quelques autres camarades de "Wilson , qui , comme moi , avides de vengeance , avaient été trompés dans l'espoir de rassasier leurs yeux de l'exécution de Porteous. Tout fut organisé, et je fus choisi pour leur chef Je n'ai éprouvé, je n'éprouve en ce moment aucun repentir de ce que nous projetâmes et réussîmes à exécuter dans cette occasion.

— Oh ! que Dieu vous pardonne, monsieur , et vous ramène à de meilleurs sentiments ! s'écria Jeanie.

— Amen , répliqua Staunton , si ces sentiments sont criminels. Mais, je dois le dire, quoique disposé à seconder cette entreprise , j'aurais désiré qu'ils eussent choisi un autre chef, car je prévoyais que les devoirs qui în'allaient être imposés pendant cette mémorable nuit ne me laisseraient pas la liberté de m'occuper d'Effie. Je chargeai donc un ami fidèle de la conduire en lieu de sûreté aussitôt que le fatal cortège aurait quitté la prison. Mais aucune des prières , aucun des moyens de persuasion que me permit la confusion du moment , ou qu'employa plus à loisir mon camarade après que la populace se fut éloignée, ne purent décider cette infortunée à abandonner la prison. Cet ami me rapporta que tous les arguments avaient été inutiles auprès de cette victime obstinée à sa perte, et qu'il avait été obligé de la quitter afin de pourvoir à sa propre sûreté. Tel fut le compte qu'il me rendit ; mais peut-être ne mit-il pas

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dans ses efforts pour la convaincre la persévérance et la chaleur que j'aurais employées moi-même.

— Effie eut raison de rester , dit Jeanie, et je ne l'en aime que mieux.

— Comment pouvez-vous parler ainsi?

dit Staunton.

— Vous ne comprendriez pas mes motifs, quand je vous les expliquerais, » dit Jeanie avec calme; « ceux qui ont soif du sang de leurs ennemis n'ont pas de goût pour les pures sources de la vie éternelle.

— Mes espérances, dit Staunton, furent doi.c ainsi trompées une seconde fois. Je m'occupai ensuite de la faire acquitter de cette accusation par votre moyen. Vous ne pouvez avoir oublié dans quel lieu et de quelle manière je m'y pris pour vous convaincre. Je ne puis blâmer votre refus, depuis que je vois qu'il était fondé sur vos principes et ne provenait pas d'une indifférence coupable à l'égard de votre sœur. Quant à moi , j'étais fou de désespoir ; je ne savais plus de quel côté me tourner; 1ous mes efforts étaient impuissants.

Dans cette situation, et poursuivi de Ions cotes , je songeai à recourir à ma famille et à son influence. J'abandonnai l'Ecosse; j'arrivai chez mon père; le changement de mes traits , la violence de mes remords obtinrent de lui ce pardon qu'un père a toujours de la peine à refuser , même au fils qui le mérite le moins. Et depuis j'ai attendu ici , dans des angoisses d'esprit qu'un criminel pourrait envier, l'issue du jugement de voire sœur.

— Sans prendre aucune mesure pour la sauve)- ? dit Jeanie.

— J'espérais jusqu'à la fin que son affaire se terminerait plus favorablement, et il n'y a que deux joins que la futaie nouvelle m'est parvenue. Ma resolution fut bientôt prise. Je montai mon meilleur cheval dans l'intention de me rendre à Londres en toute hâte, el la d'obtenir de sir Robert Walpole la vie de votre sieur , en lui livrant dans la personne de PhéritwrdesWillingham

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