‹ La prison du Mid-LothianChapitre 79 sur 93 · DN NOUVEAU PERSONNAGE · texte numérisé non relu

DN NOUVEAU PERSONNAGE

0 toi qui es mon amour, ma vie, dit-il; toi à qui je puis donner un titre encore plus cher, le plus donx que nous ait accordé la nature, viens, ma femme; quitte pour moi tes parents tt lu maison de ton père. Non père est maintenant le tien ; tu n'auras plus désormais d'autre maison que la mienne. Looa*.

L'entrevue de Jeanie et de Butler, dans des circonstances qui promettaient de couronner un attachement éprouvé depuis si long-temps, fut plus touchante par la sincérité de leur affection que par la vivacité de leurs transports. Davie Deans , qui dans sa pratique s'éloignait quelquefois de sa théorie, les consterna d'abord en leur rapportant l'opinion de différents prédicateurs et champions persécutés de sa cause , dans son jeune temps, qui regardaient le mariage, tout honorable qu'il était d'ail leurs d'après les lois de l'Écriture, comme un état dans lequel les jeunes gens, et surtout les jeunes ministres, devaient craindre de s'engager témérairement, leur désir désordonné de prendre une femme et d'obtenir des bénéfices les ayant souvent conduits à une lâche complaisance pour les erreurs du temps, et do là à l'apostasie. Il essaya aussi de leur faire comprendre qu'un mariage trop précipite avait cause la perte de plus d'un sage professeur de la foi; que la femme incrédule n'avait que trop souvent justifié les prédictions de l'Écriture en pervertissant son mari :

que quand le fameux Donald Cargill. pendant sa retraite à Leewood, dans le LanarUshire , dans les temps de persécution, avait , a force d'importunites, consenti à marier Robert Marshall de Starry Shaw, il s'était exprime ainsi : « Qui peut porter Kobert a épouser cette fan-

LA PRISON DU me Le principe du mal qui est en elle a détruit le bien qui était en lui , ses jours de prospérité sont passés. » Davie ajoutait qu'il avait été lui-même témoin de l'accomplissement de cette triste prophétie, car Robert Marshall, s'étant rendu coupable de criminelles complaisances envers les ennemis de la foi , retourna chez lui, alla entendre les sermons des curés, se laissa aller à d'autres erreurs, et depuis ne fut jamais tenu en grande estime. Et il avait remarqué, en effet, que les grands soutiens de l'étendard de la foi, Cargill, Peden, Cameron et Renwick, se plaisaient moins à consaci er les nœuds du mariage qu'à toute autre œuvre de leur saint ministère; et, quoiqu'ils ne voulussent ni dissuader les parties, ni leur refuser leur office, ils regardaient ceux qui les sommaient de solenniser une union entre eux , comme donnant la preuve de l'indifférence la plus coupable aux malheurs du temps. Cependant, quoique le mariage eût été un piège pour beaucoup de gens, Davie était d'opinion, et il l'avait prouvé dans la pratique, que c'était un état fort honorable , surtout quand on vivait dans un temps où l'on ne courait pas le risque d'être pendu ou banni pour ses opinions, et lorsqu'on avait une fortune suffisante pour se soutenir, soi et ceux qui pouvaient venir après soi. « En conséquence, » concluait-il un peu brusquement en s'adressant à Jeanie et à Butler, qui, le visage enflammé et non sans inquiétude, avaient écouté ces arguments prolongés pour et contre le saint état du mariage , « je vous abandonnerai à vos propres réflexions. »

Comme, dans la conversation qu'ils eurent ensemble à la suite de cette conférence , Jeanie et Butler s'occupèrent de leurs espérances futures et de leurs sentiments actuels, cette conversation , tout intéressante qu'elle fut pour eux , le serait vraisemblablement tres-peu pour le lecteur ; nous la passerons sous silence, et nous nous contenterons de rapporter ce qui concerne la fuite d'Effie, Butler ayant communiqué à Jeanie sur ce sujet

plusieurs détails qu'elle n'avait pu obtenir de son père.

Jeanie apprit donc qu'après l'arrivée de sa grâce , Effie était revenue dans la maison de son père , à Saint-Léonard , où elle était restée trois jours ; que les entrevues qui avaient eu lieu entre Davie et son enfant égaré, avant que celleci eût quitté la prison , avaient été extrêmement touchantes; mais Butler ne pouvait s'empêcher de croire que lorsque le père avait été une fois rassuré sur la crainte de perdre sa fille d'une manière si «errible, il avait employé avec plie une sévérité capable de remplir d'amertume et d'exaspérer un esprit naturellement irritable et impatient , et qui l'était devenu doublement par le sentiment secret de sa faute qui l'exposait à une rigueur dont elle n'avait pas le droit de se plaindre.

La troisième nuit de son séjour à Saint-Léonard , Effie en disparut sans laisser aucun indice de la route qu'elle avait prise. Butler , cependant , voulut aller à sa recherche , et avec beaucoup de peine parvint à retrouver ses traces et à les suivre jusqu'à une petite baie formée par un petit ruisseau qui va se joindre à la mer , entre Musselburgh et Edimbourg. Cet endroit , où l'on a depuis construit un petit port, et qui est aujourd'hui entouré d'habitations et de maisons de campagne, s'appelle maintenant Porto-Bello. A cette époque il était environné d'une plaine nue et inculte , couverte de broussailles , et la baie n'était fréquentée que par quelques bateaux de pêcheurs , et de temps à autre quelque lougre contrebandier. On avait vu un bâtiment de ce genre dans la rade, à l'époque de la fuite d'Effie , et Butler s'assura que le soir du jour ou la fugitive avait disparu, une barque était partie du rivage et avait conduit une femme à bord du lougre. Comme le bâtiment avait mis à la voile immédiatement, et n'avait rien déchargé de sa cargaison, il n'était guère possible de douter qu'il ne fût monté par des complices du fameux Robertson , qui n'étaient venus

WALTER SCOTT

dans ce détroit que dans le but d'enlever sa maîtresse.

Ceci fut éclairci par une lettre que Butler lui-même reçut bientôt après par la poste, et qui était signée E. D. , mais sans aucune indication du jour ou du lieu d'où elle avait été écrite. L'écriture et l'orthographe en étaient très-mau vaises , le mal de mer ayant encore augmenté la difficulté qu'Eflie avait à écrire. Dans cette lettre, comme dans tout ce que faisait et disait cette malheureuse fille , il y avait de quoi louer et de quoi blâmer. Elle y disait qu'elle ne'pouvait souffrir la pensée que son père et sa soeur se condamnassent pour elle à l'exil, et partageassent sa honte ; que , si son fardeau était pesant, c'était elle qui l'avait ainsi voulu, et que par conséquent, c'était à elle seule à le porter; qu'elle ne pouvait désormais leur être d'aucune consolation ni en recevoir d'eux , puisque chaque parole, chaque regard de son père lui rappelait sa faute, et la jetait dans un état qui tenait de la folie ; qu'elle avait pensé perdre la raison pendant les trois jours qu'elle avait passés à Saint- Léonard ; que les intentions de son père étaient bonnes sans doute, mais qu'il ne comprenait pas le mal affreux qu'il lui faisait en lui reprochant sans cesse ses péchés. Si Jeanie eût été au logis , tout aurait pu se mieux passer; Jeanie était comme ces anges du ciel qui pleurent sur les pécheurs plutôt que de compter leurs erreurs. Mais elle ne devait plus revoir Jeanie, et c'était de tous ses chagrins passés et à venir celui qui jetait le plus d'amertume dans son cœur. Elle prierait le ciel à genoux nuit et jour pour Jeanie, tant à cause de tout ce qu'elle avait fait pour elle que de tout ce qu'elle avait refusé de faire; car elle sentait bien que de tous ses tourments le plus grand dans ce moment eût été qu'une si vertueuse créature se fût rendue coupable d'une faute pour la sauver. Elle priait son père de donner à Jeanie tout le bien qui lui revenait du côté de sa mèl e ; elle avait passé un acte par lequel elle lui abandonnait ses droits , et qui

se trouvait dans les mains de M. Novit. La fortune était la chose à laquelle elle pensait le moins dans ce moment; d'ailleurs il était probable qu'elle n'en aurait jamais besoin. Elle espérait que l'augmentation de sa dot pourrait faciliter l'établissement de sa soeur; et après s'être ainsi exprimée, elle offrait à Butler ses bons souhaits en retour de l'intérêt qu'il lui avait témoigné. Quant à elle, disait-elle , son sort ne pouvait être que triste; mais comme elle l'avait voulu ainsi, elle ne demandait pas qu'on la plaignît. Cependant, pour la satisfaction de ses parents , elle désirait qu'ils sussent qu'elle n'allait pas vivre d'une manière criminelle ; que celui qui avait été l'auteur de tous ses maux était disposé à les réparer, autant qu'il était en son pouvoir , et que , sous certains rapports , sa situation serait plus heureuse qu'elle ne l'avait mérité. Mais elle priait sa famille de se contenter de cette assurance, et de s'épargner la peine de prendre aucun renseignement sur elle à l'avenir. Cette lettre n'apporta qu'une faible consolation à Davie et à Butler; car quelle perspective leur présentait l'union de cette jeune infortunée avec un homme perdu d'honneur comme l'était Robertson ( car ils devinaient bien que c'était de lui qu'elle voulait parler dans la dernière phrase de sa lettre)? Que pouvait-on en attendre, sinon qu'elle deviendrait à l'avenir la complice et la victime de ses crimes? Jeanie, qui connaissait le caractère et le rang véritables de George Staunton , envisagea la situation de sa sœur d'une manière différente, et ne perdit pas tout espoir.

Elle augura bien de l'empressement qu'il avait mis à réclamer les droits qu'il avait sur Lflie , et elle se flatta qu'il en avait déjà fait sa femme. Dans ce cas , il ne paraissait pas probable qu'avec ses espérances de fortune et d'après le rang de sa famille il s'abandonnât de nouveau au genre de vie aventureux et criminel qu'il avait suivi , d'autant plus que son existence dépendait d'un secret qu'il ne pouvait garder qu'es changeant

LA PRISON DU entièrement de conduite , et surtout en évitant tous ceux qui auraient pu reconnaître dans l'héritier des Willingham l'audacieux, le criminel, le proscrit Robertson.

Elle jugea que probablement, après leur mariage, ils passeraient à l'étranger pendant quelques années , et ne reparaîtraient en Angleterre que lorsque l'affaire Porteous serait complètement oubliée. Jeanie pouvait donc concevoir sur le sort futur de sa sœur une espérance que Butler et son père n'étaient pas dans le cas de partager ; car elle ne'se croyait pas le droit de leur faire part du soulagement qu'elle éprouvait en songeant que sa sœur serait à l'abri du besoin et qu'il était peu probable qu'elle fût entraînée de nouveau dans la carrière du crime. Elle n'aurait pu leur donner cette satisfaction sans dévoiler ce qu'il était si essentiel au repos futur d'Effie de tenir caché, c'est-à-dire que George Staunton et George Robertson étaient une seule et même personne. Après tout, il était affreux de penser que sa sœur se fût 'unie à un homme condamné à mort pour vol à main armée , et exposé à être mis en jugement comme assassin, quels que fussent sa naissance et le degré "de repentir qu'il pouvait éprouver.

Il lui était en outre pénible de songer que ce terrible secret qu'elle se trouvait posséder ne permettrait jamais à la pauvre Effie de la revoir, autant par un sentiment de fierté que dans l'intérêt de la sûreté de son mari. Après avoir lu et relu la lettre et les derniers adieux de sa sœur , elle soulagea son cœur oppressé en versant un torrent de larmes que Butler s'efforça en vain d'arrêter par les plus tendres soins. Il fallut bien pourtant qu'elle s'essuyât les yeux et cherchât à se remettre , car son père , qui pensait avoir laissé aux amants assez de temps pour s'entretenir , revenait du château, accompagné du capitaine Knockdunder , ou , comme ses amis l'appelaient par abréviation, DuncanRnock, titre que quelques exploits de jeunesse justifiaient.

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