‹ La prison du Mid-LothianChapitre 91 sur 93 · VI. il 4e livraison · texte numérisé non relu

VI. il 4e livraison

sur les différences de nos Églises; mais j'ai été élevé et j'ai reçu l'ordination dans celle dont je suis, ministre aujourd'hui , je suis convaincu de la vérité de ses doctrines, et je mourrai sous les bannières auxquelles j'ai fait serment de fidélité.

— Combien peut vous rapporter votre cure , demanda sir George Staunton , si pourtant la question n'est pas trop indiscrète ?

— Environ 100 liv. sterl., uneannéesur l'autre, indépendamment du champ de blé et du pâturage annexés au presbytère.

— Et vous vous feriez scrupule de l'échanger contre un bénéfice de 1200,liv. sterl. par an, sans alléguer aucune différence bien importante de doctrine entre l'Église d'Angleterre et celle d'Ecosse ?

— Sur ce point , monsieur, j'ai mes opinions particulières. Le culte anglican a certainement son mérite; et il existe, il doit exister des moyens de salut dans les deux Églises: mais chaque homme doit agir selon ses propres lumières. J'espère avoir servi et servir encore, comme je le dois, mon divin Maître, dans cette paroisse des montagnes , et il me conviendrait mal, par un calcul intéressé, d'abandonner dans ce désert le troupeau qui m'est confié; mais, même en envisageant cette affaire sous le point de vue temporel que vous m'avez présenté, sir George, ces 100 liv. sterl. par an nous ont nourris , habilles , ont pourvu à tous nos besoins, à tous nos désirs; la succession de mon beau-père et d'autres circonstances nous ont permis d'acquérir un petit domaine dont le revenu s'élève à environ deux fois autant, et je ne sais en vérité de quelle manière nous l'emploierons. Ainsi , je vous laisse à penser, monsieur, s'il serait sage, n'ayant ni le désir ni l'occasion de dépenser 300 liv. sterl. , d'envier la possession d'une somme quatre fois plus forte.

— Voilà de la philosophie , dit sir George; j'en avais entendu parler, mais je ne l'avais encore rencontrée nulle part.

— C'est du bon sens , répondit Butler, et il s'accorde plus souvent avec la philosophie et la religion que les pédants ou les bigots ne se l'imaginent. »

Sir George changea de conversation et ne revint plus sur ce sujet ; et bien qu'on voyageât dans sa voiture , il prétexta une telle fatigue qu'on fut obligé de se reposer un jour dans une petite ville nommée Mid-Calder , qui forme la première poste en sortant d'Edimbourg, et qu'il fallut une autre journée pour arriver à Glasgow.

Ils arrivèrent à Dumbarton , loù ils avaient résolu de laisser la voiture et de louer une barque qui les descendrait sur le rivage , non loin du presbytère , étant obligés de traverser le lac Gare , et le pays ne permettant pas d'ailleurs de voyager en voiture. Le valet de chambre de sir George , homme de confiance, les accompagna avec un valet de pied , le cocher et les laquais restant avec la voiture. Au moment de mettre à exécution cet arrangement (c'était vers les quatre heures ) , un exprès dépêché par l'agent d'affaires de sir George à Edimbourg, arriva avec un paquet que ce dernier ouvrit et lut avec beaucoup d'attention, et dont le contenu parut l'intéresser et l'émouvoir profondément.

Le messager chargé de ce paquet était parti d'Edimbourg peu de temps après eux ; mais il avait manqué les voyageurs en traversant Mid-Calder de nuit pendant que ceux-ci y reposaient , et était arrivé à Roseneath avant eux. Il en arrivait après avoir attendu plus de vingtquatre heures. Sir George Staunton fit immédiatement une réponse, dont il chargea le messager, qu'il récompensa libéralement, le priant de ne pas s'arrêter pour se reposer, avant de l'avoir remise entre les mains de son agent.

Enfin ils montèrent dans la barque qu'ils avaient louée et qui les attendait depuis quelque temps. Pendant leur voyage, qui fut lent, parce que les bateliers furent obligés de ramer durant tout le trajet et souvent contre la ma ne, les questions de sir George se dirigè-

SCOTT

rent principalement sur les brigands montagnards qui ravageaient ce pays depuis 1745. Butler lui apprit qu'il j en avait beaucoup parmi eux qui n'étaient pas montagnards, mais des égyptiens vagabonds et des hommes perdus de crimes, qui avaient profité de la confusion amenée par la guerre civile, du mécontentement général des habitants des montagnes , et du désordre de la police, pour exercer leurs pillages axerplus d'audace. Sir George s'informa ensuite de leurs mœurs, de leurs habitudes, et demanda si, au milieu des actes de violence qu'ils commettaient , ils ne donnaient pas quelquefois des marques de générosité, en un mot, s'ils ne possédaient pas les vertus comme les vices des tribus sauvages.

Butler répondit qu'ils montraient bien quelquefois de ces étincelles de générosité qu'on rencontrait encore dans la dernière classe des malfaiteurs, mais que leurs mauvais penchants étaient les principes certains et réguliers de leurs actions , tandis que les bons sentiments qu'ils pouvaient laisser éclater de temps à autren'étaient que l'effet d'une impression passagère sur laquelle il était impossible de compter, et qui était sans doute excitée en eux par le concours de quelques circonstances extraordinaires.

Parmi les renseignements que donna Butler à sir George , dont les questions sur ce sujet paraissaient dictées par un intérêt qui étonnait un peu le ministre, celui-ci vint à prononcer le nom de Donacha-Dhu-Na-Dunaigh , dont le lecteur a déjà entendu parler. Sir George se fit répéter ce nom avec vivacité , et parut éprouver un redoublement de curiosité.

Il fit les questions les plus minutieuses sur cet homme, sur le nombre de ses gens , et même sur les traits des individus qui composaient sa troupe. Butler ne put le satisfaire sur tous ces points. Ce Donacha, dit-il , était en grande terreur parmi le peuple , qui cependant exagérait infiniment ses exploits. Il avait toujours un ou deux hommes avec lui, mais il n'avait jamais aspire à en commander

plus de trois ou quatre à la fois. Enfin , il le connaissait peu , mais assez pour lui ôter toute envie de le connaître davantage.

« Malgré tout cela, dit sir George, j'aimerais à voir cet homme si extraordinaire.

— La vue pourrait en être dangereuse, sir George, à moins que nous ne le vissions subir le châtiment qu'il a mérité, et dans ce cas ce serait un triste spectacle.

— Si chacun subissait le châtiment qu'il mérite, monsieur Butler, qui pourrait s'en croire exempt? Mais ceci est une énigme pour vous. Je m'expliquerai plus clairement quand j'en aurai conféré avec lady Staunton. Ramez ferme , mes enfants , » ajouta-t-il en s'ai! ressant aux bateliers, « nous sommes menacés d'un orage. »

En effet , la pesanteur étouffante de l'air, les immenses colonnes de nuages amoncelées à l'ouest qui , sous les rayons du soleil couchant , étincelaient comme une fournaise ardente; ce repos effrayant dans lequel la nature semble attendre l'éclat du tonnerre , de même que le soldat condamné attend le feu du peloton qui va lui ôter la vie, tout annonçait un orage prochain. De larges gouttes d'eau qui tombaient de temps en temps avaient obligé les voyageurs de se couvrir de leurs manteaux de voyage; mais la pluie ayant cessé, une chaleur accablante, et peu ordinaire en Ecosse au mois de mai , les contraignit de s'en débarrasser. « Il y a quelque chose de solennel dans le délai que cet orage met à éclater, dit sir George. On dirait qu'il suspend son explosion, comme si elle devait accompagner quelque événement important dont le monde va être témoin.

— Hélas! dit Butler, qui sommesnous pour que les lois de la nature retardent leur marche pour se mettre en rapport avec nos actions, nos souffrances éphémères ? Les nuages crèveront lorsqu'ils seront trop chargés du fluide électrique , soit qu'une chèvre tombe en ce moment des rochers d'Arran, ou qu'un

héros expire sur le champ de bataille témoin de sa victoire.

— L'esprit se plaît à penser autrement, dit sir George Staunton, et à s'appesantir sur la destinée humaine, comme sur le point central qui donne le mouvement à la grande machine.

Nous n'aimons pas à penser que nous serons confondus avec les siècles qui nous ont précédés, comme ces larges gouttes de pluie qui , en se joignant à la masse des eaux , y produisent en tombant un léger frémissement et disparaissent ensuite à jamais.

— A jamais ! tel n'est pas , tel ne peut être notre sort , » dit Butler en levant les yeux au ciel. « La mort est pour nous un changement, non une fin ; c'est le commencement d'une nouvelle existence qui doit répondre aux actions qui ont marqué la première. »

Tandis qu'ils agitaient ces graves sujets auxquels l'approche de la tempête les avait naturellement conduits, leur voyage menaçait de devenir plus long qu'ils n'avaient d'abord imaginé, cardes tourbillons de vent, qui s'élevaient avec une impétuosité soudaine , venaient soulever les eaux et s'opposer aux efforts des rameurs. Et cependant ils n'avaient plus qu'à doubler un petit promontoire afin d'arriver dans un lieu commode de débarquement, à l'embouchure de la petite rivière.

« Ne pourrions-nous pas débarquer de l'autre côté du promontoire, demanda sir George, et y trouver quelque abri ? »

Butler ne connaissait pas d'endroits où l'on pût débarquer, au moins aucun qui offrît un passage commode ou même accessible parmi les rochers qui bordaient le rivage.

« Pensez-y bien, dit sir George Staunton , l'orage va devenir violent.

— Il y a pourtant la baie de Hords- Cove1, » dit le conducteur de la barque; « mais je ne suis pas sûr de pouvoir y aborder, car la baie est remplie d'écueils et de débris de rochers.

du Bandit. >. m.

WALTER SCOTT, dit sir George , et je vous voix quelques paroles sur le goût pour

— Essayez promets une demi-guinée.

Le vieux marinier se mit au gouvernail, et observa que s'ils pouvaient y arriver, ils trouveraient sur le rivage un chemin escarpé qui les conduirait sur les hauteurs d'où ils pourraient ensuite gagner le presbytère en une demi-heure.

« Êtes-vous sûr de votre chemin ? »

lui demanda Butler.

« Peut-être le connaissais-je encore mieux il y a quinze ans, quand Dandie Wilson était dans le détroit avec son lougre. Je me rappelle que Dandie &vait avec lui un jeune fou d'Anglais appelé...

— Si vous causez tant, dit sir George Staunton, la barque ira donner contre l'écueil de Grindstone; dirigez-vous en droite ligne de ce rocher blanchâtre qui est là-bas en face du clocher.

— Par mon Dieu! s'écria le vieux marinier, je crois que Votre Honneur connaît la baie aussi bien que moi. Il faut que ce ne soit pas la première fois que Votre Honneur passe près du Grindstone. »

Tout en parlant ainsi , ils approchèrent déjà petite baie qui , cachée derrière des rochers , et défendue sur tous les points par des bas-fonds et des brisants , ne pouvait être découverte et abordée que par ceux à qui la navigation de ces parages était familière. Une vieille barque en mauvais état était amarrée dans la petite baie , à l'ombre de grands arbres sous lesquels on semblait l'avoir placée pour la cacher.

En apercevant cette barque, Butler dit à son compagnon : « Il vous est impossible de vous imaginer, sir George, la peine que j'aie eue avec mes pauvres paroissiens pour leur démontrer le crime et le danger qui accompagnent le métier de contrebandier; cependant ils en ont continuellement devant les yeux toutes les conséquences. Je ne connais rien qui déprave et corrompe davantage les principes de morale et de piété. »

Sir George s'efforça de dire à demi-

les aventures, naturel à la jeunesse, ajoutant que la plupart sans doute devenaient plus sages en vieillissant.

« Trop rarement, monsieur, répondit Butler , s'ils ont fait sérieusement ce métier, et surtout s'ils se sont trouvés mêlés aux scènes de violence et de sqng, auxquelles il les conduit ; j'ai remarqué que tôt ou tard ils faisaient une mauvaise fin. L'expérience, ainsi que l'Ecriture, nous apprenent, sir George, que la malheur s'attachera aux pas de l'homme violent , et que celui qui a répandu le sang humain ne vivra pas la moitié de ses jours. Mais prenez mon bras pour vous aider à descendre. »

Sir George avait en effet besoin de secours, car il éprouvait une violente agitation en se rappelant dans quelle disposition d'esprit il avait autrefois parcouru ces mêmes lieux, et en leur comparant les sensations avec lesquelles il les revoyait maintenant. Lorsqu'ils débarquèrent , ils entendirent gronder sourdement le tonnerre dans l'éloignement.

« Qu'est-ce que ceci nous présage , monsieur Butler ? dit sir George.

— Intonuit Isevum x. Si c'est un présage , c'en est un favorable , » dit Butler en souriant.

Les rameurs avaient ordre de se diriger le plus vite qu'ils pourraient vers le lieu ordinaire de débarquement. Les deux beaux-frères , suivis du domestique , s'enfoncèrent , par un sentier sombre et raboteux , dans un bois épais de noisetiers qui devait les conduire près du presbytère, où ils étaient impatiemment attendus.

Les deux sœurs avaient vainement attendu leurs maris pendant toute la journée de la veille, qui était le jour fixe pour leur retour d'après la lettre de sir George. Le temps que les voyageurs s'étaient arrêtés à Calder pour se reposer, avait occasioné ce retard, et les habitants du presbytère commençaient même à douter qu'ils arrivassent

i. Il a tonné à gauche, a. m.

ce jour-là. Cet espoir de délai était pour lady Staunton une espèce de sursis, car elle redoutait le coup qu'allait 'porter à l'orgueil de son mari la vue d'une bellesœur à laquelle sa fatale et honteuse histoire n'était que trop connue. Elle savait que , quelle que fût la contrainte qu'il imposerait en public à ses sensations, elle était destinée à être le témoin secret de la violence avec laquelle il s'y abandonnait seulement devant elle, et à le voir se consumer par les remords qui détruisaient sa santé aussi bien que son repos et l'égalité de son caractère , et le rendaient à la fois un objet de terreur et de compassion. Elle ne cessa donc de recommander à Jeanie de ne témoigner par aucun signe qu'elle le reconnaissait , mais de le recevoir comme quelqu'un qui lui était absolument étranger; et Jeanie s'empressa de lui promettre qu'elle se conformerait à ses désirs.

Jeanie elle-même ne pouvait se défendre d'un mouvement d'agitation en songeant à tout ce que cette entrevue aurait d'embarrassant; mais sa conscience était sans reproche, d'ailleurs elle était occupée d'une foule de soins domestiques d'un genre peu ordinaire , ce qui , outre l'impatience qu'elle avait de revoir Butler après une absence de si longue durée , lui faisait désirer vivement que les voyageurs arrivassent le plus tôt possible. Et d'ailleurs, pourquoi déguiserai-je la vérité ? de temps en temps , il lui venait à l'esprit que son dîner de cérémonie avait déjà été retardé de deux jours , et qu'il y avait bien peu de plats , sur lesquels elle avait exercé tout son savoir-faire en cuisine, qui pussent décemment reparaître le troisième jour : alors, que ferait-elle du reste ? Mais elle fut tirée de peine sur ce dernier point , par l'arrivée imprévue du capitaine à la tête d'une demi-douzaine d'hommes vigoureux , habillés et armés à la mode des montagnards.

« Je vous souhaite le bonjour , lady Staunton ; j'espère que j'ai le plaisir de vous voir en bonne santé. Eh! bonjour, ma bonne mistress Butler, je vous prie-

rai de faire donner'des vivres , de l'aie et de l'eau-de-vie à ma troupe ; car nous courons depuis le point du jour les marais et les montagnes, et sans résultat encore, malédiction! »

En parlant ainsi , il s'assit , repoussa en arrière sa perruque, s'essuyant le front d'un air d'importance , et se mit tout à fait à son aise , malgré l'air d'étonnement au moyen duquel lady Staunton essayait de lui faire poliment comprendre qu'il prenait une liberté un peu trop grande.

« C'est une espèce de consolation quand on a une commission désagréable, » dit le capitaine en s'adressant à lady Staunton d'un air galant , « que ce soit pour rendre service à une belle dame ; puisque servir le mari est servir aussi la femme , comme mistress Butler le sait très-bien.

— Réellement , monsieur , dit lady Staunton , puisque c'est à moi que vous semblez adresser ce compliment , je ne puis deviner de quelle manière sir George ou moi avons pu déterminer votre excursion de ce matin.

— De par le diable ! voilà qui est trop cruel, milady r comme si ce n'était pas en vertu d'un mandat spécial qui ,m'a été expédié par l'honorable agent d'affaires de Sa Grâce à Edimbourg , que j'ai été chargé de chercher et d'appréhender ce Donacha-Dhu-Na-Dunaigh, et de l'amener en ma présence et celle de sir George Staunton pour que justice lui soit faite , c'est-à-dire pour qu'il soit envoyé à la potence , comme il l'a assurément bien mérité en effrayant Votre Seigneurie , et pour d'autres actes de moindre importance.

— En m'effrayant ! dit lady Staunton, que voulez-vous dire? Je n'ai jamais écrit un mot à sir George de l'alarme que j'ai eue à la cascade.

— Alors , il faut qu'il l'ait su d'une autre manière; car qui pourrait lui inspirer un désir assez vif de voir ce vaurien , pour me faire battre les bois et les marais du pays à sa recherche , lorsque tout ce que je puis espérer d'en attra-

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per , est quelque balle dans la cervelle.

Mais est-il bien possible que ce soit à cause de sir George que vous ayez entrepris d'arrêter cet homme ?

— Sur mon Dieu ! ce n'est pas pour autre chose que pour faire plaisir à Son Honneur', car Donacha aurait pu aller tranquillement son chemin sans que je l'eusse inquiété, tant qu'il aurait respecté les limites des propriétés du duc. Mais je trouve très-bien qu'on le prenne et qu'on le pende , s'il s'agit de faire plaisir à un honorable ami du duc. Ainsi donc, l'exprès m'est arrivéhier soir, ftj'ai fait avertir une dizaine de bons garçons auxquels j'ai fait prendre leurs jupons, et je suis parti avant le lever du soleil.

— Je suis étonnée que vous leur ayez l'ait prendre ce costume, capitaine, dit mistress Butler , vous savez qu'il y a un actedu parlement qui défend de le porter.

— Bon , bon ! ne vous inquiétez pas de cela , mistress Butler ; la loi n'a encore que trois ans, elle est un peu jeune pour être arrivée jusqu'à nous , et d'ailleurs comment diable auraient-ils fait pour gravir les rochers avec ces maudites culottes ? J'ai mal au cœur, rien que de les voir. Mais , quoi qu'il en soit , je crois bien connaître le gîte où se cache Donacha , et certes j'ai été à l'endroit où il a passé la dernière nuit, car j'ai vu les feuilles sur lesquelles les drôles avaient couché et les cendres de leur feu , à telle enseigne qu'il y avait encore un tison allumé; mais il faut qu'ils aient eu avis par quelqu'un de l'île de ce qui se passait, car j'ai eu beau chercher dans tous les trous et toutes les tanières , comme si j'avais été à la poursuite d'un daim , du diable si j'ai pu apercevoir le pan de son habit ; malédiction !

— Il aura sans doute traversé le détroit pour aller àLowal, » dit Davie; et Reuben, qui était sorti ce matin-là de bonne heure pour abattre des noix, ajouta « qu'il avait vu une barque qui se dirigeait vers la baie de Hords-Cove , » endroit bien connu des enfants , quoique leur père, plus sédentaire, n'en soupçonnât pas même l'existence.

— De par Dieu! dit Duncan, je ne resterai ici que le temps nécessaire pour boire ce verre d'eau-de-vie et d'eau , car il est fort possible qu'il soit dans les bois. Donacha n'est pas un sot, et peutêtre pense-t-il qu'il vaut mieux rester au coin de la cheminée que de s'en éloigner quand elle fume. Il ne s'est pas imaginé que personne le chercherait si près. Je prie milady d'excuser mon brusque départ : je reviendrai incessamment et je vous ramènerai Donacha mort ou vif, ce qui, je suppose, vous plaira également. J'espère bien passer une soirée agréable avec Votre Seigneurie, et prendre ma revanche au trictrac avec M. Butler : je rattraperai les quatre sous qu'il m'a gagnés. Je pense qu'il sera sans doute bientôt de retour , autrement il sera mouillé, car la pluie s'apprête à tomber avec abondance. »

En parlant ainsi , après bien des saluts et des excuses de quitter sitôt ces dames, excuses qu'elles agréèrent trèsvolontiers, et après des assurances réitérées d'un prompt retour , assurances de la sincérité desquelles mistress Butler ne faisait pas le moindre doute, tant qu'elle aurait de bonne eau-de-vie à son service, Duncan quitta le presbytère, rassembla ses gens, et se mit à battre le bois épais qui était entre le petit vallon et la baie de Hords-Cove. Davie, qui était le favori du caprtaine à cause de sa hardiesse et de son courage, saisit l'occasion de s'échapper pour accompagner le grand homme dans ses recherches.

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