PREMIÈRE PARTIE. - CHAP. QUATORZIÈME
pas tout l'or de la terre pour éviter aux hommes le malheur d'être privés de Jésus-Christ Dieu et homme ; de Jésus la gloire de l'humanité, l'honneur de notre nature, le chef de notre race , l'illustration de la famille d'Adam , la bonté par excellence ? Quel genre de mort ne préféreriezvous pas subir plutôt que de consentir à laisser enlever aux chrétiens la douceur, le bienfait et l'honneur que leur procure ,1a divine Eucharistie? Mais n'avez-vous pas réfléchi que si vous perdez la grâce, vous perdez tout cela, autant qu'il est en vous ? Malheur à celui qui meurt sans la grâce, car Dieu incarné , Jésus-Christ dans l'Eucharistie ne lui serviront de rien. Défendez donc en vous la grâce au prix de tous les sacrifices. Souffrez mille tourments ; donnez mille vies et tous les biens, tous les honneurs. Vous sacrifieriez tout , dites- vous , pour que le monde ne f.Tt pas privé de Jésus-Christ; donnez donc tout pour que vous ne soyez pas vous-même privé de ce divin Sauveur. Sachez que Jésus-Christ vous manque, quand la grâce vous manque. Vous êtes un même corps avec Jésus-Christ par l'Incarnation et la communion de sa chair et de son sang; n'oubliez pas les obligations que ce motif vous impose. Par la grâce , vous devenez son esprit et son corps vivant. Et la chose la plus salutaire qui vous est donnée dans les sacrements , c'est la grâce , et avec elle l'esprit de Jésu>-Christ ; cette grâce vous fait renaître à la vie divine, ou elle l'alimente et l'accroît eh vous. Quelles pensées divines nous devons avoir ! Comme l'esprit de Dieu doit nous animer ! Quelles saintes œuvres nous devons accomplir , œuvres exemptes de la corruption du vieil homme et de l'alliage des passions terrestres ! Prêtons l'oreille à l'avertissement que nous adresse saint Léon : « Nous étions morts par le péché , mais Dieu nous a rendu la vie en Jésus-Christ, afin que nous soyons en lui une nouvelle créature et un ouvrage tout nouveau. Dépouillons-nous donc du vieil homme et de toutes ses œuvres; et > ouUap&
nous avons obtenu la participation à la génération de Jésus-Christ, renonçons aux désirs de la chair. Reconnaissez, ô chrétien, votre dignité, et associé à la nature divine , prenez garde de dégénérer en retombant , par une conduite indigne , dans votre première corruption. Souvenez-vous de quel chef et de quel corps vous avez l'honneur d'être membre. N'oubliez jamais que vous avez été arraché à la puissance des ténèbres , pour passer à la lumière et au royaume de Dieu. » Saint Léon dit tout cela de la grâce , la grâce qui est la lumière et le royaume de Dieu; la grâce par laquelle nous sommes engendrés en Jésus-Christ à une vie nouvelle , et nous faisons un même corps avec lui ; la grâce qui nous rend participants de la nature divine , nous élevant au-dessus de toute la nature créée ; la grâce par laquelle nous devenons semblables à Dieu et sa vivante image. La pensée de ce que nous possédons par la grâce doit inspirer aux serviteurs de Dieu un saint orgueil et une magnanimité qui leur fasse mépriser les biens du monde et vaincre les tentations du démon, a Si le démon vous fait la guerre , dit saint Grégoire de Nazianze , par quelque désir ou par l'avarice, vous représentant tout à coup et vous mettant devant les yeux tous les royaumes du monde comme étant sa propriété, et s'il vous demande de l'adorer, méprisezrle comme un pauvre, et dites-lui, plein de confiance dans le signe de la croix : Je suis l'image de Dieu, et je n'ai pas été précipité du ciel comme toi par orgueil. Je me suis revêtu de Jésus-Christ ; je me suis transformé en Jésus- Christ; c'est toi qui dois m'adorer 1 . » Ce saint orgueil, ceux qui sont en état de grâce doivent l'avoir, se regardant comme des êtres divins , et considérant tous les biens du monde moins que de la paille et du fumier. La perte de l'univers entier ne doit être rien pour eux : qu'ils craignent donc uniquement de perdre la grâce , et avec
1 Orat. in sanct. Bap.