PREMIÈRE PARTIE, ■— CHAP. QUATORZIÈME
effroyable aberration de l'intelligence humaine ! L'Apôtre dit : Recherchez ce qui est dans le ciel où Jésus- Christ est assis à la droite de Dieu. Après de tels excès et de pareilles marques de la bonté du Créateur envers nous, comment se fait-il que des hommes se donnent tant de peines pour acquérir des richesses ou des biens temporels, étant consumés misérablement et rongés par leurs propres affections ? Tout ce qui dans notre corps est superflu et inutile, nous avons soin de le retrancher. A quoi bon, en effet, conserver ce qui ne peut servir, ce qui est mort ou gâté, et ce qui corrompt et perd le reste du corps? Ne concevons pas une vaine présomption à la pensée que nous avons fait partie du corps de Jésus-Christ; car si notre corps naturel est soumis à une opération dans le cas dont nous venons de parler, quelles rigueurs n'aurat-on pas à souffrir dans les choses qui sont du domaine de la volonté, si Ton ne tient une bonne résolution une fois prise ? Quand le corps ne peut manger, quand les conduits sont fermés, il meurt; que les canaux intérieurs s'obstruent, sa vie est en grand danger. La même chose nous arrive quand nous fermons les oreilles à la voix de l'Esprit-Saint. Nous périssons quand nous ne voulons pas recevoir de nourriture spirituelle; alors une foule d'infirmités, comme autant d'humeurs corrompues, nous étouffent et nous font mourir. »
Telles sont les paroles saisissantes dont se sert saint Jean Chrysostôme, afin de nous apprendre ce à quoi nous sommes obligés en raison de ces participations divines. Nous devons nous trouver grandement honorés d'être un même corps avec Jésus-Christ ; nous devons faire nos actions trèssaintement , souffrir avec la plus grande patience , vivre d'une manière plus qu'angélique , et craindre, si nous n'agissons pas ainsi, d'être coupés comme membres inutiles et gâtés. Or, si nous sommes obligés à tout cela par le seul motif que Jésus-Christ fait de nous un même corps a\^V\\>^^wv
ne serons-nous pas obligés par le motif que Jésus-Christ fait un même esprit et une même âme avec nous? Si nous lui devons tant pour avoir pris une fois notre nature seulement individuelle, que ne lui devrons-nous pas pour nous avoir faits participants de sa nature divine, nous et tous ceux qui le veulent? Nous devons beaucoup pour le mystère de l'Incarnation , beaucoup pour la communion de son corps et de son sang ; mais s'il ne nous avait pas mérité la grâce pour cela, et s'il ne nous l'avait pas appliquée dans ce but , quel profit pourrions-nous tirer de ces immenses bienfaits? Après que Jésus-Christ s'est incarné pour vous , vous pouviez vous damner ; après avoir touché sa chair elle-même et son sang, vous pouviez périr , si vous n'aviez pas sa grâce ; et vous n'aurez de sûreté qu'en la recouvrant. Voyez si ce bienfait est peu de chose. Par l'Incarnation immédiatement nous ne participons de Dieu qu'en tant qu'un des hommes est Dieu. Ceci est loin de nous ; mais la grâce est en nous, et par elle nous ne sommes pas seulement les proches et les frères d'un Dieu, mais nous participons même à la nature divine. Sans doute, Dieu devenu homme comme nous, Dieu devenu une nourriture pour nous, c'est une grande chose; mais cela n'est que pour nous donner sa grâce. Pour la grâce et en la grâce, nous lui devons donc tout. Comme nous devons estimer cette intime participation de la divinité , puisque pour nous la communiquer Dieu a voulu participer à notre humanité , quand il s'est incarné ; il se l'est assimilée et nous l'a donnée â participer dans son sacrement. Nous devons donc à Dieu dans la grâce et son Incarnation et ses sacrements.
ni
Je vous le demande : ne sacrifieriez-vous pas votre vie , ne souffririez- vous pas mille tourments , ne donner iez-vous