PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE SEIZIÈME
appréciez grandement ce trésor, gardez-le et efforcez-vous de l'accroître, pleins d'estime pour la vie de Jésus-Christ qui est son prix, et vivant comme le Seigneur veut voir vivre ceux qu'il a lavés dans son sang, et rendus immaculés, purs et saints. Ne l'oublions pas : si Dieu a tant fait pour nous donner sa grâce quand nous étions ses ennemis, que ne fera-t-il pas après l'avoir donnée à une âme et lui avoir rendu son amitié? Le Père éternel nous a livré son Fils, et l'a livré pour qu'il souffrit. Estimons cet honneur et cette faveur qu'il nous a accordée, et croyons que celui qui a tant fait pour nous donner sa grâce fera encore autant après nous l'avoir donnée, si cela est nécessaire. Méditons souvent ces mots de saint Jean Chrysostôme : c II est sans doute bien admirable que Dieu vous ait livré son Fils ; mais il est plus admirable encore qu'il l'ait livré pour être sacrifié sur la croix à cause de nous. Voilà un grand excès de charité divine; car celui qu'il aimait uniquement, le Père l'a livré pour se réconcilier avec ceux qu'il avait en horreur. Voyez quel cas il a fait de nous et combien il a daigné nous honorer; car si, lorsque nous étions ses ennemis et nous le haïssions, il a livré pour nous son Fils bien-aimé, que ne fera-t-il pas à l'avenir quand nous aurons été réconciliés avec lui par sa grâce 1 ? » Or si Dieu doit faire, après nous avoir donné la grâce, plus qu'il n'a fait pour nous la donner, regardons-nous comme doublement obligés à ce Seigneur pour ce qu'il a fait et pour ce qu'il fera; et non-seulement faisons beaucoup pour recevoir sa grâce, mais après l'avoir reçue faisons davantage encore pour nous en assurer la possession, pour la conserver et la perfectionner en nous, nous sanctifiant, nous spiritualisant, nous divinisant chaquejour davantage, comme il le désire.
1 Hom. I, in Epist. ad Ephes.
Une chose va nous montrer encore combien la grâce est précieuse aux yeux de Dieu. Pour la faire acquérir aux prédestinés , le Seigneur laisse bouleverser le monde ; il permet les guerres sanglantes , les famines , les pestes sur toute la terre , les péchés publics même , afin d'aider la négociation de cette grande affaire de la grâce. Pertes de biens , atteintes portées à l'honneur , souffrances causées par une foule de maladies, morts subites, la sagesse divine coordonne miséricordieusement toutes ces choses en vue de la grâce, pour le salut des prédestinés. Afin de donner la grâce à un de ses élus et la lui conserver, Dieu retournera le monde et renversera tout ; il ira jusqu'à souffrir , selon la pen>ée de Tertullien, le discrédit de sa providence. Pour donner la grâce à un pauvre homme , il fera mourir les rois et les princes. Dieu considère son intervention par la grâce comme son acte par excellence, et il est tout entier à cette affaire. Il sacrifierait la nature, plutôt que de laisser perdre la grâce. Apprenons de lui à estimer notre salut et à acquérir sa grâce. Perdons le monde entier s'il le faut, mais ne perdons pas la grâce; perdons Thonneur, mais ne perdons pas la grâce; perdons tous les biens de la terre , mais ne perdons pas la grâce ; perdons la santé , la vie ; perdons le ciel et la terre , mais ne perdons pas la grâce. Laissons toutes les nations s'anéantir , plutôt que de perdre la grâce , et souffrons que tout nous manque , excepté la grâce ; car si nous avons seulement la grâce, nous avons tout.
Jésus-Christ, notre rédempteur, non content de nous porter par ses œuvres à faire le plus grand cas de la grâce qu'il nous a méritée par ses sueurs et son sang , et qu'il a rendue estimable au-dessus de tout, l'a grandement recommandée à notre estime par sa doctrine et ses paroles. II Ta