PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE SEIZIÈME
mais son Créateur lui-même; car la grâce de l'homme n'a pas coûté moins cher que la vie d'un Dieu-homme. mortels! savez- vous ce que vous faites quand , par un péché, vous perdez la grâce ? Vous vous moquez de Dieu, de la vie, du sang, de la mort d'un Dieu éternel, et de votre tout-puissant Seigneur. hommes, où est votre intelligence, pour agir ainsi ? Quoi ! vous ne pouvez arriver à estimer, au-dessus de tous les biens temporels, ce bien éternel ! S'il vous semble impossible de parvenir à comprendre le prix de la grâce, fiez -vous au jugement de Jésus votre rédempteur; Jésus a jugé la grâce si précieuse que pour elle il a donné son sang et sa vie : donnez au moins vos plaisirs, et si cela est nécessaire, votre sang et votre vie, pour l'acquérir, la conserver et l'augmenter.
La grâce a plus coûté à Dieu que le monde entier. En un instant il a fait le ciel et la terre. La lumière qui réjouit toute la nature et récrée les mortels, deux mots lui ont suffi pour la produire. Il a formé ainsi dans les cieux les étoiles et les planètes. Les oiseaux, les animaux ne lui ont coûté qu'une parole ; et à l'homme, qui est la plus excellente nature de ce monde inférieur, il a donné la vie et l'âme avec un souffle. Il lui a suffi de vouloir pour que les natures angéliques fussent créées. Non-seulement les choses naturelles, mais encore les miracles n'ont pas coûté davantage à Dieu, comme le fait remarquer saint Jean Chrysostôme '. Jésus a ressuscité Lazare aussi vite qu'il a parlé, et il rendra la vie en un clin d'oeil à tous les morts au jour du jugement. Mais pour rendre à l'homme la grâce perdue, il a fallu qu'il se fît homme. S'étant incarné, il employa plus de trente-trois années à négocier cette affaire; et durant ce temps que n'a-t-il pas fait, que n'a-t-il pas souffert ? Il a
1 In EpUt. ad Ephes., hom. II.
fait tout ce qu'il a pu faire, et il a souffert tout ce qu'ont voulu ses ennemis. Oh ! quelle œuvre que celle de la grâce ! Dieu a fait le ciel et la terre en un instant; mais pour nous donner la grâce, il a employé de longues années. Il n'a eu besoin que de parler pour créer tous les êtres; mais pour la grâce, il lui a fallu travailler beaucoup, agir et souffrir grandement. Dieu en respirant seulement a fait l'homme; mais pour lui rendre la grâce le même Dieu a expiré; pour donner ,1a vie à l'homme il n'a eu besoin que d'un souffle; mais pour lui donner la grâce il a perdu la vie, lui qui est la vie éternelle. Grand Dieu, quelle œuvre ! Quelle laborieuse entreprise ! Qu'est-ce donc que cette grâce qui laisse à une si grande distance toutes les autres choses ? Qu'est-ce donc que cette grâce qui a tant coulé à ^sus- Christ ? Saints anges, quels sentiments vous animent en voyant la grâce si précieuse aux yeux de Dieu et si peu regardée des hommes ? Quoi ! avoir coûté si cher au Fils de Dieu et être si méprisée des enfants d'Adam ! Faut-il qu'on perde en un instant ce que le Fils de Dieu a gagné en tant 'd'années ; qu'on méprise pour un vil plaisir ce qui a coûté à Jésus tant de tourments, de travaux, de sueurs, durant tant d'années ! Lorsque Dieu souffre toute sa vie pour nous obtenir la grâce, nous ne voulons pas même faire un mois de véritable pénitence. Combien d'hommes qui après avoir vécu comme des démons de l'enfer, du matin au soir, se confessent sans douleur, ni repentir, et trois jours après sont comme auparavant, aussi contents d'eux-mêmes et aussi amis du démon ! Oui, quand ce ne serait que par respect pour une chose qui a coûté à Jésus son sang précieux, nous devrions nous approcher des sacrements avec plus de préparation et de soin, nous excitant avant la confession à la pénitence, à la douleur et aux gémissements du cœur. pieux serviteurs de Dieu qui espérez que la divine bonté vous a pardonné vos péchés et rendu le don inestimable de la grâce,