‹ La prix de la graceChapitre 115 sur 221 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Comment avec la grâce le juste non-seulement participe à la nature divine, mais encore possède la personne de l'Esprit-Saint qui habite en lui.

Considérons maintenant d'une manière plus particulière a grandeur de la grâce, d'après ses effets et les excellentes circonstances qui suffiraient pour lui donner le plus haut »rix, si déjà elle n'avait pas une valeur incomparable. Bien [es choses sont estimées, non pour ce qu'elles sont en Iles-mêmes, mais pour les effets qu'elles causent et occaionnent ; et à ce point de vue , la grâce , fût-elle moins [ue la boue que nous foulons aux pieds , serait encore la hose la plus précieuse du monde , à cause des admirables ffets qu'elle produit et des circonstances qui l'accompanent. Mais si l'on se rappelle , d'un côté , qu'elle est , en Ile-même, précieuse au-dessus de tout ce qu'il y a de lus précieux, et meilleure que la création tout entière, et ue, de l'autre, elle est la cause d'effets incomparables, on omprend que le plus ambitieux des hommes, malgré extravagante insatiabilité de ses désirs, doit être forcé de onvenir que tout est illusion, folie, dès qu'on cesse d'esimer la grâce plus que tous les biens de la terre enemble.

Ces effets de la grâce sont nombreux et admirables. La race donne la vie à l'âme; elle la pare d'une beauté

surhumaine, elle la fait enfant de Dieu ; elle la réconcilie avec lui , la rétablit dans sa véritable amitié ; elle l'enrichit de la charité , la remplit de vertus surnaturelles, l'orne des dons du Saint-Esprit, rend ses œuvres méritoires de la vie éternelle, lui donne le droit à la gloire et là comble d'autres admirables dons qu'elle apporte avec elle. Il me sera impossible d'exposer toutes ces choses avec le développement que leur grandeur mériterait ; mais je toucherai les principales.

Je commence tout de suite par une merveille capitale et d'une excellence sans nom , merveille qui suffirait , à elle seule, pour donner à la grâce le plus grand prix , si la grâce ne renfermait pas une infinité d'autres biens. Voici en quoi elle consiste. La grâce introduit dans J'âmc, d'une manière admirable et singulière, la troisième personne de la sainte Trinité, l'Esprit divin, et ainsi avec elle les trois personnes adorables viennent habiter dans l'homme. De cette façon, les justes participent à Dieu , non-seulement par la grâce répandue en eux , mais encore d'une autre manière beaucoup plus excellente , par la substance même de la nature divine , en tant que la personne même de l'Esprit- Saint entre et habite dans l'âme , se plaisant à y demeurer par une présence particulière. Des théologiens 1 prétendent, pour cette raison, que le juste participe de deux manières à la nature divine : l'une accidentelle en raison de la grâce, l'autre substantielle en raison de Dieu lui-même , et de la nature divine que le Saint-Esprit a en lui.

Et parce que ce bien de la grâce est si ineffable et si divin, je m'arrêterai quelques instants à confirmer la doctrine qui en établit la réalité , et je montrerai comment la personne même du Saint-Esprit est donnée au juste avec la grâce. Et ce ne sera pas une médiocre consolation pour les âmes pieuses de considérer, d'étudier, de -goûter ce bien incomparable, écoutant sur ce sujet l'enseignement des

1 V. Corn, in II Pet., c. i. — Lesbius, De perfect. div.

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