‹ La prix de la graceChapitre 2 sur 221 · CHER MONSIEUR LE CURE · texte numérisé non relu

CHER MONSIEUR LE CURE

J'avais demandé au H. P. Bouchot, dout le clergé de Blois apprécie depuis longtemps la profonde science, un rapport sur le livre du P. Eusèbe Niereuiberg, le Prix de la grâce, que vous avez eu la bonne pensée de traduire de l'espagnol.

Voici la lettre que le docte professeur de notre grand séminaire m'a adressée sur cet ouvrage, à la suite d'un long et sérieux examen. Il ne pouvait rien dire de plus pour mettre en lumière le mérite de l'auteur et celui de son habile traducteur.

« Monseigneur,

« J'ai lu avec beaucoup d'attention, d'après l'ordre de Votre

■ Grandeur, le livre du P. Eusèbe Nieremberg , le Prix de la

• grâce, traduit par M. l'abbé Gaveau. C'est, au point de vue « de la doctrine, une œuvre magistrale, renfermant toute une

• haute théologie sur un sujet très-ardu, mais aussi plein d'in- « térét pour nous. C'est également et surtout une œuvre de « sainteté. Le but de l'auteur est d'implanter dans les cœurs et

• d'y enraciner fortement par la mûre considération de son

■ prix inestimable le germe de la vie surnaturelle. Il ne s'arrête

• pas là : il veut encore assurer à la grâce sanctifiante tout le « développement dont elle est susceptible, et lui faire porter

tous ses fruits. Pour atteindre ce résultat, il concentre sur son objet toutes les lumières que peuvent lui fournir les Écritures sacrées, les saints Pères et les docteurs scolastiques. Quoi de plus propre à recommander un livre spirituel, quand on sait d'ailleurs que l'auteur fut non-seulement un mattre éminent, mais un véritable saint, dont la vie a pleinement réalisé l'idéal proposé au lecteur? Du reste, il est ■ visible qu'on n'écrit pas ainsi sur une semblable matière sans avoir pratiquement précédé son disciple sur le terrrain où on veut l'établir. On peut appliquer au P. Nieremberg ce que l'Église dit de saint Bonaventure : Lectoremdocendomovet. Disons toutefois qu'on se tromperait en cherchant dans ce livre une dévotion sentimentale. Sa valeur est principalement dans le nerf de la foi à laquelle rien ne résiste. L'étude large et austère qu'on y fait du dogme de la grâce est en effet de nature à donner aux âmes une mâle vigueur, et à les déterminer aux plus généreux sacrifices. %

« En se chargeant de faire passer dans notre langue une œuvre si pleine, si forte, mais de tout point si éloignée, de nous, M. l'abbé Gaveau s'était imposé une tâche difficile; ces sortes d'élucubrations à la manière ancienne ne se traduisent pas couramment. Il lui a fallu remonter aux sources, contrôler les conclusions doctrinales, se rendre compte des faits allégués; il lui a fallu surtout peser patiemment les termes, tant par respect pour la pensée précise de l'auteur, que pour ne pas s'exposer à outrer la doctrine ou la diminuer sur des points d'une délicatesse extrême. L'infatigable écrivain n'a rien négligé pour la correction de son travail ; sa plume, qui « pourtant est loin d'être novice, a dû souvent hésiter, et vrai- « ment on lui en saura gré : pour s'être fait attendre , le service « rendu n'en sera que meilleur.

« Le livre, sans analogue dans nos bibliothèques ascétiques, « était en quelque sorte classique dans la catholique Espagne, « et particulièrement dans ses monastères. N'est-il pas à espérer « qu'il trouvera actuellement chez nous, malgré l'anémie rao- « raie dont la contagion s'étend de plus en plus, des lecteurs « d'un tempérament plus robuste, et capables de suivre un « maître de la grande école?

« C'est ce ferme espoir qui a soutenu le traducteur, et qui

• rengage aujourd'hui, Monseigneur, a solliciter votre bien-,

• veillant suffrage.

« J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, • Monseigneur,

• de Votre Grandeur « le très-humble et très-obéissant serviteur,

« N. BOUCHOT, s. J. ft

Après un tel éloge il ne me reste plus, Monsieur le curé, qu'à vous féliciter de votre zèle, et à vous remercier du service que vous rendez aux âmes. Je fais des vœux pour que le Prix de la grâce trouve place dans toutes les bibliothèques chrétiennes, et particulièrement dans celles des presbytères et des communautés religieuses. Je prie Notre-Seigneur de vous rendre en grâces et en bénédictions ce que vous faites pour sa gloire.

Recevez, mon cher monsieur le curé, l'assurance de mon très-affectueux dévouement.

t CHARLES, évéque de Blois.

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