‹ La prix de la graceChapitre 21 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER

courage pour accomplir toute œuvré de vertu capable d'augmenter la grâce. Aussi , après les paroles que nous avons citées , l'Apôtre ajoute : « Vous devez aussi, de votre part, apporter tout le soin possible pour joindre à votre foi la vertu; à la vertu, la science; à la science, la tempérance; à la tempérance, la patience; à la patience, la piété ; à la piété, l'amour de vos frères ; et à l'amour de vos frères, la charité. » En effet , l'estime de la grâce et des biens immenses qu'elle apporte fera non-seulement mépriser les choses de la terre, mais pratiquer toutes les vertus ; et ainsi l'on aura une chaîne précieuse de vertus entrelacées les unes dans les autres , dont le premier anneau sera l'estime des choses éternelles, et le dernier, la charité, qui est le comble de la perfection. * Celui , dit saint Chrysostôme , qui apprécie et admire la grandeur de la grâce, ce don incomparable de Dieu, sera désormais plus diligent et plus attentif dans le soin de son avancement spirituel et de son salut , et il se sentira plus disposé A la pratique des vertus ! . » Tout ceci se trouve confirmé par ces paroles du saint roi David : a Us ont entrepris de me dépouiller de ma valeur; j'ai couru dans l'ardeur de ma soif 2 . » L'estime qu'il avait pour la grâce la lui faisait appeler sa valeur, parce qu'il ne se glorifiait pas d'autre chose, et que le reste n'avait à ses yeux aucun prix. D'autres lisent : « Ma dignité, ou mon élévation, mon honneur » , parce qu'il n'y a pas de dignité, ni d'honneur, ni de grandeur sur la terre qu'on doive désirer comme la grâce. Le prophète, pénétré d'estime pour ce don divin, avoue que la seule pensée qu'il a eue que ses ennemis pouvaient le lui faire perdre, et le besoin de le mettre en sûreté, l'ont fait courir avec de grandes angoisses et avec une indicible ardeur dans le chemin de la perfection et de toutes les vertus, n'attachant aucun prix à tous les autres

1 Hom. I in Episl. ad Ephet.

a Ps. J.XI, 6.

biens de la terre, et ne faisant pas même cas de son royaume.

Nous trouverons donc un grand profit à étudier les innombrables trésors renfermés dans la grâce, car nous verrons qu'elle mérite d'être estimée au-dessus de tout autre bien, et beaucoup plus que l'univers entier. Ayant pour sa grandeur, sa dignité et ses avantages l'estime voulue, nous mépriserons la boue et le fumier des biens et des richesses de cette vie ; nous fixerons notre cœur dans les célestes et éternels trésors, et nous aimerons notre rédempteur Jésus-Christ qui nous a mérité, par ses travaux et son sang, une chose si précieuse. Il devait nous être si avantageux d'estimer à ce point la grâce que Dieu, pour

en inculquer davantage dans notre âme l'excellence, a voulu qu'il y eût dans la passion de son Fils des excès merveilleux, démonstration infiniment puissante et tou- . jours subsistante de sa valeur. L'apôtre saint Paul, écrivant aux Éphésiens , dit que Dieu « nous a prédestinés par un pur effet de sa volonté, pour nous rendre ses enfants adoptifs par Jésus-Christ, afin que la louange et la gloire en soit donnée à sa grâce ' » . Saint Paul, en appuyant à dessein sur cette pensée : « Afin que la louange et la gloire en soit donnée à sa grâce » , montre la grande estime , l'admiration, la louange et la gloire dont Dieu veut que nous entourions cet inestimable don qu'il a daigné nous faire.

O Dieu éternel, Père des miséricordes et des lumières, d'où descend tout don parfait et toute grâce! daignez éclairer mon intelligence, pour que je puisse parler de ce trésor dont vous avez voulu enrichir les hommes, de ce bienfait incomparable dont vous avez voulu les honorer, les faisant, par votre grâce, participants de votre nature divine, et les élevant au-dessus de l'ordre naturel. O Jésus- Christ, mon Sauveur, je vous en supplie, par ce cœur

* Ephe$., i, 5.

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