PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE PREMIER
rons-nous pas en voyant un homme perdre par le péché plus que s'il perdait le monde entier?
Non, il n'y a pas de cœur pour sentir, ni d'yeux pour pleurer, ni de langue pour déplorer l'affreux malheur des hommes qui perdent tant pour si peu de chose. Et ils n'en éprouvent pas, hélas! la moindre douleur! Oh! qu'ils payeront cher ce dédain pour une chose si estimable, et ce mépris d'un bien si digne d'être désiré ! Et quelle ne sera pas la confusion dont ils seront couverts à cause de cela ! Dieu a puni dans son peuple l'ombre de ce crime par un grand et terrible châtiment. Parce que Israël n'a pas fait de cas de la terre promise, c'est-à-dire du pays de Chanaan , David dit que le Seigneur a levé son bras sur lui; qu'il l'a abattu au sein du désert, où un très-grand nombre d'hommes trouvèrent la mort ; qu'il a humilié ses descendants au milieu des nations barbares qui les retinrent en captivité durant de longues années, et qu'il les a dispersés dans des pays étrangers où ils ont souffert de grands maux. Ces châtiments arrivèrent longtemps après la faute dont ils s'étaient rendus coupables en méprisant les biens que Dieu leur avait promis comme étant très-dignes de leurs désirs et de leur estime. Si donc le Seigneur a puni de la sorte le peu de cas que fit son peuple d'une terre qui méritait d'être désirée, comment ne châtiera- t-il pas le mépris du ciel qui est uniquement digne des aspirations de nos cœurs? Si Dieu a voulu qu'on estimât à ce point l'ombre de la grâce, comment voudra-t-ii qu'oa estime la grâce elle-même?
Voyons la raison pour laquelle nous attachons si peu de prix à un tel trésor. Nous apprécions si peu la grâce et les biens éternels qu'elle renferme, parce que les t\io&ç& &fc\&. terre produisez^ trop d'impression sur nos s*,tlv, watafc
cœur en subit le charme, se laisse tromper, et arrive à faire tant de fond sur les biens du monde si méprisables pourtant, et absolument indignes de notre estime, que pour eux il ne craint pas de perdre les biens de la grâce. Une véritable peste infecte nos sens, empoisonne nos cœurs; un enchantement fatal tient nos esprits dans une sorte de folie. Le remède le plus efficace à ce mal est la considération de la grandeur de la grâce, et la méditation attentive de ses excellences et de ses splendeurs qui surpassent toutes les grandeurs et toutes les gloires de la terre. C'est ainsi qu'on parviendra à mépriser les biens d'ici-bas, et à estimer ceux du ciel. Ainsi 1 on cessera de désirer les choses périssables de cette vie à la pensée qu'on peut en posséder d'éternelles; et par le contre-poids des biens surnaturels on touchera du doigt l'erreur dans laquelle on est tombé en estimant trop les choses sensibles. L'estime de biens plus grands fait mépriser des biens de moindre valeur; ainsi, celui qui estimera les biens spirituels et éternels méprisera tous les biens temporels et périssables, grands et petits. Notre cœur est comme l'aiguille de la balance qui s'incline du côté le plus lourd; plus on charge un plateau, plus on allège l'autre.
Pénétré de cette vérité, l'apôtre saint Pierre, pour nous exhorter au mépris de ce monde, nous propose l'estime de la grâce. Voici ses admirables paroles : * Il nous a communiqué les grandes et précieuses grâces qu'il avait promises, pour vous rendre par ces grâces participants de la nature divine, si vous fuyez la corruption de la concupiscence qui règne dans le siècle par le dérèglement des » passions ! . »
Pour guérir les désirs corrompus des biens de ce monde, il nous dit de porter nos yeux sur les biens de la grâce qu'il appelle « très-grands et précieux ». Nous devons puiser dans cette pensée une noble ardeur et un grand
» Il S. Pierre, i, 4.