‹ La prix de la graceChapitre 35 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME

grâce à sa juste valeur. Il est écrit d'eux: « Us s'en allaient remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des outrages pour Jésus-Christ 1 . » Enfin, si nous parvenions à comprendre ce qu'est un acte de vertu , intérieur ou extérieur, est-ce que, pouvant en faire cent, nous nous contenterions d'en faire quatre-vingtdix-neuf, puisqu'il y a un si grand avantage à en faire un de plus? Un seul acte de vertu, ayant la propriété d'augmenter en nous la grâce , est une plus grande chose que la résurrection d'uninort, et que les plus admirables merveilles opérées par Jésus-Christ, notre Rédempteur, en confirmation de sa doctrine. Chaque œuvre de vertu est une merveille au-dessus des plus grands miracles qui peuvent exciter l'admiration des hommes. Saint Euloge a dit: « Nous devons moins admirer les miracles que considérer attentivement si ceux qui les opèrent ont banni les vices de leur vie, et se sont distingués par la pratique des vertus; s'ils sont morts au monde, et s'ils vivent pour Dieu; si, avec cette charité, qui est au-dessus de -tous les autres dons de Dieu, ils foulent aux pieds les attraits, les plaisirs, les douceurs du siècle; s'ils se servent du don des miracles pour s'attirer de l'honneur, ou pour faire glorifier Dieu qui le leur a accordé; si, suivant de tout leur cœur la doctrine du véritable maître, ils se réjouissent, non pas de voir les démons leur obéir, mais de savoir que leurs noms sont écrits dans le ciel: Ces vertus sont plus admirables dans ceux qui font des miracles que les miracles euxmêmes qu'ils font 2 . *

Cette doctrine est confirmée par saint Grégoire, qui enseigne que par les œuvres vertueuses l'Église opère spirituellement ce que, à son berceau, elle opérait corporellement; et il dit : « Les miracles opérés de nos jours sont d'autant plus grands que les miracles corporels, qu'ils sont

1 Act., v, 41.

1 Lib. I. De mat t.

en eux-mêmes plus spirituels; ils sont d'autant plus grands que leur effet est plus considérable , car par eux sont ressuscites non pas des corps, mais des âmes. Les miracles corporels peuvent, à la vérité, démontrer quelquefois la sainteté d'un homme, mais ils ne la font pas. Tandis que les miracles spirituels qui s'opèrent dans l'âme ne prouvent pas que la vertu s'y trouve, mais ils la produisent. Des hommes méchants et pécheurs peuvent être l'objet de miracles corporels, mais les saints et les justes seuls peuvent être favorisés des miracles spirituels. »

Nous devons donc estimer tout acte de vertu, puisque, par cet acte , on mérite la grâee , et Ton fait une œuvre plus merveilleuse que si l'on ressuscitait des morts. Que dis-je? Cet acte de vertu est une œuvre plus grande que les miracles placés au premier degré par saint Thomas; car le Docteur angélique'a mis la résurrection des morts au second degré, et non au premier. La grande merveille d'un corps glorifié, et celle de deux corps qui se pénètrent l'un l'autre, occupent, selon lui, le degré le plus élevé. Mais ces merveilles ne peuvent être comparées avec l'augmentation de la grâce qu'on acquiert par un acte vertueux. Qu'est-ce, en effet, que la parure, la beauté du corps, auprès de la beauté de l'âme? Qu'est-ce qu'un corps glorieux, auprès d'un esprit en grâce avec Dieu et agréable à ses yeux? Qu'est-ce que ce prodige de deux corps qui se pénètrent, auprès de l'union de l'âme avec son Créateur? Voici un homme malade qui a tout le corps contrefait; quelques-uns de ses membres lui manquent, d'autres sont atteints de paralysie. Mais il peut, avec un seul acte d'amour de Dieu, ou une aumône, se procurer une complète santé, recouvrer l'intégrité et la bonne disposition de ses membres, et obtenir en outre pour son corps les quatre dons de gloire. Pensez-vous qu'il négligerait d'acquérir un si grand bien au prix d'une œuvre si Jé^rère et si douce? Et vous ne voudriez pas procurer â

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