PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME
apôtre, le vase d'élection destiné à porter son nom sur la terre ? Assurément, la conversion de Paul fut un miracle plus grand et plus utile à l'Église que la résurrection de Lazare ; et ainsi ressusciter un cadavre est une moindre merveille que ressusciter une âme, à moins qu'en rendant la vie au corps on ne la rende en même temps à l'âme, et que Notre-Seigneur, en vivifiant le corps, ne donne à l'âme sa lumière et son amour J . » Saint Augustin confirme cette doctrine, en disant : * Les miracles de notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ émeuvent tous ceux qui en entendent parler et qui les croient ; mais cet effet , ils le produisent d'une façon différente; les uns d'une manière, les autres d'une autre. Il y a des hommes qui admirent les miracles corporels , et ne voient pas d'autres miracles plus grands que ceux-ci renferment. Mais il y en a d'autres qui, entendant parler de ce que Notre-Seigneur a fait pour les corps, comprennent qu'il l'opère encore maintenant pour les âmes, et leur admiration est bien plus grande. Ainsi, qu'aucun chrétien n'en doute : ajourd'hui des morts, sont ressuscites dans l'Église de Dieu. Tous ont des yeux pour voir ressusciter les morts qui reviennent à la vie comme le fils de la veuve de Naïm; mais tous n'en ont pas pour voir ressusciter ceux qui sont morts par le cœur; ceux-là seuls en ont qui sont ressuscites à la vie du cœur. La résurrection de l'âme, qui doit toujours vivre, est un plus grand miracle que la résurrection du corps destiné à mourir de nouveau 2 . » insensibilité des enfants d'Adam, trop peu attentifs à ce qui leur est si souverainement avantageux ! Quoi ! mépriser tant cette merveille de la résurrection de leur âme, et avoir pour leur corps tant de soins qui peuvent tuer et le corps et l'âme, et les damner tous les deux ensemble ! homme inconsidéré ! homme insensé ! Pour ne pas vouloir donner la vie de la grâce à
1 III Dinl.,c. xvii.
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votre âme, vous perdez pour votre âme et pour votre corps la vie de la gloire ! Vous ne méprisez pas la santé de votre corps : ne méprisez pas la résurrection de votre âme, cette merveille des merveilles, et faites ce grand miracle, puisque vous le pouvez. Eh qiîoi ! vous demandez à Dieu des miracles pour qu'il conserve votre corps en santé, et vous ne voulez pas de miracles pour qu'il conserve la vie de votre âme. Voyez lequel des deux vous vaut mieux : avec la vie de l'âme, votre âme et votre corps vivront ; tandis que, avec la vie du corps, votre âme et votre corps peuvent périr.
Cette œuvre merveilleuse de la grâce, non-seulement les pécheurs sont tenus à s'en assurer le bénéfice, mais encore les justes doivent la perfectionner déplus en plus dans leurs âmes. Oh ! si nous arrivions à bien comprendre ce qu'est un acte de vertu ! Avec cet acte, quel qu'il soit, on augmente en soi la grâce, et l'on acquiert un droit à une plus grande gloire. Oui, si nous comprenions bien cela, nous ne cesserions de faire continuellement des actes vertueux, et d'exciter en nous, à chaque moment, de saintes affections, répétant, aussi souvent que nous respirons, des actes d'amour de Dieu, de ferventes prières, et poussant vers le ciel d'ardents soupirs. Oh ! si les hommes savaient ce que c'est que è de dire ces mots : Je vous aime, ô mon Dieu, par-dessus toutes choses ! Oh ! s'ils savaient ce que c'est qu'invoquer le nom de leur Rédempteur , nom sacré qu'on ne peut prononcer comme il faut sans la grâce de TEsprit-Saint, ils ne laisseraient pas s'écouler un seul instant sans envoyer mille fois leur cœur au ciel. Oh ! si nous savions ce que c'est que de secourir le pauvre et d'oublier une injure reçue ! Certainement, notre joie serait au comble toutes les fois que le ciel nous fournirait l'occasion de mériter une plus grande récompense, et nous ne pourrions contenir notre allégresse quand nous rencontrerions de semblables circonstances, à l'exemple des apôtres qui estimaient la