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Louis Veuillot | et l’Angleterre barbare
Après l'Espagnol, entendons un Français, catholique passable, je pense — celui-là même que je citais il y a un instant, Louis Veuillot. Le grand écrivain n’était pas un spécialiste de la politique étrangère, mais quand il y jetait un coup d'oeil, il voyait généralement assez clair; d'autant plus clair qu’il n’envisagcait ces questions, comme toute autre du reste, qu’au point de vue des intérêts de l’Eglise, et aussi des véritables intérêts de la France qu'il ne pouvait concevoir en marge de ceux de l'Eglise -- au contraire de beaucoup de catholiques français d'aujourd'hui, qui font passer les intérêts de la France d’abord, ceux de l'Eglise ensuite, ce qui les à fort bien menés dans le pétrin où l'Angleterre et la Révolution les voulaient voir. Voyons un peu ce que le grand écrivain pensait de l’action civilisatrice de l'Angleterre impériale :
“ L'Espagne et le Portugal, qui, en étendant leur domination “ dans les mers, avaient le désir d’étendre le domaine de Jésus- “ Christ, ont partout fondé et laissé des peuples catholiques. “ Dans l'Amérique et dans l’Inde, et partout où elle s’est éta- “blie, l'Angleterre protestante n’a pas même fait des protes- “tants. Là où elle a trouvé des' sauvages, elle les a tués: des “ catholiques, elle les a persécutés; des infidèles et des idolà- “tres, elle a pactisé avec leurs erreurs, trafiqué avec leurs ‘ ténèbres, elle s’est abaissée jusqu’à honorer leurs supersti- “tions. Le fier Anglais qui ricane dans la basilique du Vati- ” Can, salue une vache dans les rues de Calcutta. .... M. Jour- “ dan lun rédacteur du Siècle] doit naturellement se demander “pourquoi l'Angleterre, nation évangélique, n’a rien fait, ne “fait rien dans l'Inde qui soit en conformité avec l'Evangile ? “Et s’il veut y réfléchir un peu, il verra que c’est tout simple- “ment parce que l'inspiration et l'instrument lui manquent. “ Elle n’a pas de charité, elle n’a pas de sacerdoce:; elle est pro- “testante et plongée dans la matière; voilà tout. Et c’est pour- “ quoi elle perdra les Indes.” 1
Notez que ces lignes étaient écrites au moment de la Grande Mutinerie des Cipayes, quelqnes mois après la guerre rs alors que la France et l'Angleterre étaient encorë alliées.
Voyons maintenant ce que Veuillot pensait du rôle général re et de la besogne de ses affidés, français ou autres.
: be Aucune nation n’aime l'Angleterre, mais dans toutes les . ätions l'Angleterre a des admirateurs et un parti. Les admirateurs, politiques fascinés par la force, ou théoriciens déna-
1 De la Révolution des Indes—article dr se tembr = Mélanges (1ère édition), 2e série, tome "II, pages 205 et 215.
“tionalisés par la vie de ‘abinet, ont peu d'influence sur le “fond de l’opinion.—
Aujourd’hui qu’à ces deux classes “d’admirateurs”, et de serviteurs, il lui faudrait joindre les hommes de finance et les journalistes pres Veuillot mesurerait avec plus d’exactitude le degré d'influence des agents de l'Angleterre, en tout pays. Clemenceau pourrait lui en donner des nouvelles.
—“Le parti en aurait RE 2 car ce parti n’est autre “ que celui de la Révolution... Le lien commun de l'Angleterre “et de la Révolution est leur haine commune contre la monar- “ chie et contre l'Eglise; c’est par là que le gouvernement an- “glais est un gouvernement essentiellement révolutionnaire, “et que le parti révolutionnaire est partout un parti essentiel- “]lement anglais.” 1
L’année suivante, il portait sur l’Angleterre impériale ce jugement plus sévère encore :
“ Quelles que soient les causes de la grandeur de l’Angle- “terre, cette grandeur l’a enflée d’un orgueil qui précipitera “sa chute. L’Anglais se regarde résolûment comme le “ maître du monde, et un maître qui n’a rien à respecter que “lui-même, dans les limites qu’il se fixe lui-même. Il n’est “ pas tenu à la justice, pas même aux égards. Il a une morale “ politique pour lui, il en a une pour les autres. Il fait chez “Jui ce que bon lui semble, il opprime, il fouette, il torture; ‘“ les autres doivent se gouverner comme il l'entend. Ce posses- “ seur d’esclaves, qui tient ses soldats sous le knout et ses tri- “butaires sous le pressoir, prétend s'installer parmi les nations “ comme le protecteur de la liberté et le vengeur de l’humani- “té; mais elles n’auront que lui pour protecteur et pour ven- “ geur. Il veut dévorer la terre, et il interdit aux autres toute “ pensée d’agrandissement, même moral.” 2
C’est, on l’avoucra, un portrait assez bien brossé cet dont l'original est encore fort reconnaissable en Irlande, aux Indes et un peu partout.
“ Possédant de grands capitaux, en exploitant de plus con-
“ sidérables que la nécessité et plus eñcore l’astuce obligent de “Jui confier, l'Angleterre marche, bénéficiant partout du plus “ gigantesque des négoces, d’un négoce qui enlace le monde : “elle moissonne la fleur des biens de la terre; s'empare en “tous lieux, sans concurrence possible, des matières premiè- “res, les livre à prix réduits à son industrie qui les transfor- = me, les reprend alors, les exporte et au besoin les impose 5 dans toutes les contrées, S Inquictant peu qu'ils y répandent la démoralisation et la mort. On s’éionnait dans le monde
1 Même volume, pages 188-9.
2 De l’Angleterre—article du 23 mars 1858—Mélanges, 2e série, vol. IV. pages 131-2.
“ païen des duretés de la première Rome, qui broyait et dévo- “rait l'humanité. Quel proconsul dévora Jamais sa province “comme l'Angleterre a dévoré l’Inde ? Où Rome a-t-elle fait “son chemin sur plus de cadavres, maintenu sa domination “ par plus de tortures, gouverné dans un sentiment d’égoïsme “ plus sauvage, assigné à sa puissance un but plus dégradant “ pour elle-même et Pour ses sujets ?... Mais cette audace fait s ha gloire et la force de l’An leterre; c’est à ce prix qu'elle est “le centre des plus grands intéréts, qu'elle occupe toutes les “intelligences, qu'elle ouvre carrière à loutes les activités, “qu'elle caresse toutes les concupiscences et satisfait tous les “orgueils.” —
Voilà, je pense, qui embrasse et définit assez nettement toutes les voies par où l'impérialisme britannique a fait passer
les diverses Catégories de Canadiens.enrôlés à son service de- Puis vingt ans.
—"Alh ! cette situation est fatale, et l'humanité se ve “ou sera vengée ! Dût la bête dévorante engloutir le n
“admiration avec laquelle il contemple le triomphe du mal : “ dût l'Angleterre ne rencontrer aucun obstacle, dût-elle broyer “et avaler toute sa proie, elle ne la digèrera pas. Pour avoir “ refusé le Christ, Rome a été foulée aux pieds. Qu’arrivera-t-il “ du peuple qui, couvert du nom chrétien, le déshonore parmi “les infidèles et, ayant reçu le Christ, fait des oeuvres qui le “ répudient ?” 1
C’est ainsi qu’en l'an de grâce 1858, sous le rè Napoléon II, allié de Palmerston, et sous le ré sure en permanence, entre la gucrre de Crimé de Chine, — où la France, comme dans la Gra les marrons du feu pour l’Angleterre, — Je pr cistes français appréciait la politique anglaise ct le rôle mondial de la nation “amie et alliée.” Evidemment, ce fier catholique, et ce Français fier, ne jugeait pas que l'alliance et l’état de guerre l'obligeaient à trahir la vérité, non plus qu’à subordonner les droits de l'Eglise et les intérêts de la France aux appétits, déjà formidables, de l'Angleterre impériale et païenne.
Que pensait Veuillot de l’Angleterre, protectrice sions catholiques ?
gne du tyran gime de la cene et l’expédition nde Guerre, tira emier des publi-
des mis-
“Il y a dans l'Europe une nation orgueille “ rée de l'Eglise depuis trois siècles, et depui “ennemie. Durant trois siècles, cette “ quée à s’isoler de l’apostolat catholique et à lui fe
rmer autant “qu’elle l’a pu les routes du monde. Tout à cou
P, elle a vu
1 L'Europe en Asie—article du 29 avril 1858— Mélanges, vol. IV, pages 164-5.
2e série,
“ l’apostolat catholique surgir de son propre sein, et nous som- “ mes les témoins de cette merveille, et depuis trente ans l’An- “ gleterre a transporté sur ses vaisseaux plus de missionnaires “ catholiques qu’elle n’en a jadis égorgé. Néanmoins, l'Angle- “terre est toujours l'ennemie de l'Église, le grand artisan des “complots ourdis contre Rome. Elle creuse et mine le ter- “rain autour de la Papauté; ne pouvant la renverser, elle veut “l'enfermer dans une enceinte de précipices; mais quand “même elle réussirait à =ette oeuvre impie, ce ne serait que “Ja joie d’un moment, suivie de prompts et cruels retours... “S'il faut que l'Angleterre ou l'Eglise périsse, cc n’est pas l’An- “ gleterre qui a reçu les promesses éternelles: ce n’est pas Pngitese qui est protégée par la conscience du genre “humain...” 1
Un an plus tard, les bandes gari"aldiennes, ouvertement soutenues, contre toutes les règles de la simple décence internationale, — justice et loyauté é at mises au rancart — par le comte de Minto, ministre d'Angleterre, ? renversaient le trône des Deux Siciles et pénétraient sur le territoire pontifical. Dix ans plus tard, l’iniquité était consommée, au profit apparent du roi du Piémont, au profit réel de l'Angleterre et de la Révolution. La France, dindonnée par ses alliés et déshonorée par ses politiciens, — comme toujours, depuis un siècle — la France, après avoir mollement soutenu le Pape, l'avait abandonné lâchement, sans gagner les bonnes grâces de l'Italie unifiée, future alliée de la Prusse qui lui passait sur le corps, au grand bonheur de f’Angleterre, “amie loyale et la fidèle alliée.” 3
Emile Flourens et l’Angleterre antipapiste
Si les opinions du grand orateur espagnol et du maître de la presse française sont trop prononcées pour les consciences affadies et les intelligences embrumées de nos loyalistes, ils écouteront peut-être d’une oreille moins effarouchée le témpignage d’un contemporain de moindre envergure, fonctionnai-
8 novembre 1859
1 La Papauté Mélanges, 2e série, tome V, page
2 Oncle ou père de notre gouverneur-général, celui-là qui prit une art active et si peu déguisée à notre expédition d’Afrique, en 1899, es Minto ont évidemment un penchant au brigandag 3 Trois ans avant la guerre franco-prussienne, dès lors visible à l'oeil nu, lord Stanley, ministre des Affaires étrangères, disait en pleine Chambre des Communes: The government and the peoplc of this country have seen with entire acquiescence, and even, 1 believe, with Pre the aggrandisement which has accrued to Germany, OR THER TO PRUSSIA. (Hansard, vol. 186, page 1253.) C’est, on le voit, à la Prusse, à la Prusse conquérante et rapace, qu’allaient alors les sympathies anglaises. Elles n’ont changé de direction qu’à compter du jour où la chère Prusse a voulu concurrencer l’Angleterre maritime et commerçante. .
PRE nr erenee
re, puis ministre de la République française, et peu suspect d’ultramontanisme, voire de cléricalisme, à l'heure du moins où il fit les constatations inspiratrices des paroles que nous allons lire.
Mené aux affaires à l’époque de transition entre l’opportu-
nisme mi-allemand mi-anglais de Gambetta et le radicalisme tout anglophile de Clemenceau, Emile Flourens fut successivement directeur des Cultes et ministre des Affaires étrangères. Ïl participa même, si je ne me trompe, à l'exécution es premiers décrets contre les RS de ci ae religieuses. Mais il D'était ni franc-maçon, ni vendu à ‘étranger. C'était un honnête Français, patriote sans tapage. Il eut le temps de se renseigner sur les dessous de la politique intérieure et étrangère, le bon sens d’en dégager la signification et la portée, ‘e courage de le dire et de l'écrire, D’où son ouvrage La France conquise—Edouard VII et Clemenceau. Tout le volume est à relire à la lumière des événements précipités par la guerre et de ceux qui s’annoncent. Naturellement, comme tous les ouvrages qui disent trop la vérité sur les dessous de la politique anglaise, — l’auteur signale lui-même le rôle de la “cavalerie de Saint-Georges” dans la direction des courants d'opinion en France, et ailleurs —' ce volume eut peu de retentissement. C’est Pourtant, à ma connaissance, la seule étude Parue en France depuis un demi-siècle, qui dénote une réelle compréhension des objectifs et des procédés de l’Angleterre impériale. L'action d'Edouard VII sur la politique internationale y est décrite de main de maître. Si les Français avaient lu et médité cet ouvrage, ils auraient peut-être hésité avant de .Confier leur sort au sinistre et cynique politicien qui a tout fait Pour attiser les luttes religieuses en France, puis les haines patriotiques, -— lui, l’ex-communard, l’ex-pacifiste ! — ay profit de l'Angleterre dont il a toujours fait les affaires, avant, pendant ct surtout après la guerre. Ce rôle abominable de Clemenceau, véritable trahison de la F rance, Flourens l’a prédit et décrit, dix années d'avance, aussi clairement qu’il apparaîit aujourd’hui... aux gens qui voient clair.
Mais ce n’est pas la moralité de Clemenceau qui nous intéresse en ce moment; c’est le jugement que porte, après vérification des preuves, un ministre de la France républicaine et laïque sur le rôle de l'Angleterre impériale dans les affaires religieuses du monde.
“L’Angleterre, dit M. Flourens, nourrit contre le catholicis- “ me, qu’elle appelle le papisme, une haine inextinguible; elle “ prétend lui enlever le caractère de religion universelle et la “suprématie spirituelle qu’il revendique sur la chrétienté. “ C’est un point trop souvent négligé et qui est, pourtant, d’une = Ah capitale, si l’on veut comprendre la marche de la
poli
: tique anglaise, à travers les vicissitudes de l’histoire moderne”... .
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L’Angleterre a fait de ses missionnaires protestants “les “pionniers hardis, entreprenants et dévoués du dévelo pe- “ment de son empire, les instruments habiles de sa pénétra- “tion commérciale jusque dans les régions les plus reculées.
“ La haine de l'Angleterre contre le catholicisme n’est donc “ pas inspirée seulement par le souvenir de ses griefs passés, “ de persécutions autrefois subies et rendues; elle est entre- “tenue par une rivalité de propagande, économique et politi- “ que non moins que religieuse, par une lutte pour la vie cons- ‘“’tamment soutenue sur tous les points du globe.
“ Partout où l’Angleterre veut pénetrer, où elle envoie com- “me avant-coureurs, comme fidèles fourriers, chargés de pré- “parer le logement de ses troupès et de ses marchands, la “ cohorte de ses missionnaires, armés de leur bibles et de leurs “balles de coton, elle se heurte aux missionnaires catholiques “qui l'ont devancée, qui ont pris pied dans le pays et lui dis- “ putent, non seulement la conquête des âmes, mais encore, au “profit de la nation catholique protectrice, la clientèle politi- “que et la clientèle commerciale.
“La nation anglaise est une nation à la fois idéaliste et “pratique. Profondément religieuse (?), elle désire la pro- “pagation de la vraie foi (protestante), mais elle désire, non “moins vivement, l'ouverture de débouchés toujours nou- “ veaux, toujours plus larges ct plus rémunérateurs à ses pro- “ duits manufacturés; c’est une question de vie ou de mort “ pour son industrie sans cesse plus productive. Sur ce ter- “rain, elle ne peut admettre aucune transaction, aucun par- “ tage. Les missions catholiques qui viennent arrêter son “essort, en lui opposant une double concurrence, lui sont dou- “blement odieuses...
“IL est donc de toute nécessité, pour le triomphe des des- “tinées britanniques, que les missions catholiques disparais- “sent. Pour atteindre ce résultat, il n'y a que deux voies à sui- “vre: cu il faut que la France cesse d'exister, ou il faut que “la France cesse d’être catholique. Depuis que nos voisins “ont décidé de faire de nous leurs alliés contre l'Allemagne, “c’est à cette dernière solution qu'ils se sont arrêtés.
“Si la France cesse d'alimenter, en homme et en argent, “les missions catholiques, si elle leur retire son appui politi- = ue, elles ne pourront soutenir la concurrence britannique. . Dès lors, l’Angleterre est débarrassée de la rivalité constante
contre laquelle elle a lutté depuis des siècles, contre laquelle “ elle a employé tour à tour et la force et la ruse, et dont elle “n’a pu triompher...
. - Habile et vigilante, sur le territoire du Royaume-Uni elle sait maintenir la franc-maçonnerie dans la sphère exclusive « des oeuvres philanthropiques, sans lui permettre d’empiéter “sur le domaine confessionnel des différents rites religieux,
“ ni, encore moins, sur le domaine de la politique. Sur le con- “tinent, au contraire, elle l’exalte, elle enfle son orgueil et “surexcite ses ambitions. Elle s'en fait ainsi un auxiliaire, “un instrument d’information, un agent d'espionnage et de “ délation hors ligne. C’est une mine chargée pour faire sau- “ter les gouvernements, dès qu'ils osent se montrer indociles “aux directions britanniques, un bélier employé à contre- “battre, sans cesse, l'édifice catholique.
“Aujourd’hui, le monde chrétien, qui prend, chaque jour, “une importance plus considérable par l'extension des terri- “ toires soumis à la domination ou à l'influence des puissances “occidentales, a deux Capitales : Londres et Rome. Ce que la “ seconde perd, la première le gagne en force et en prestige. “Londres monte au zénith, tandis que Rome semble pencher
“vers son déclin. Cette chute, il faut la précipiter. Il y avait “ deux têtes, il faut en abattre une pa
On voit que le ministre républicain de 1906 pense à eu près de même que le diplomate espagnol de 1852 et le publiciste catholique de 1858. Inutile de rappeler que tout s’est
assé comme Flourens l'avait prévu. Edouard VII ou plutôt ‘Angleterre impériale, aidée de ses sous-ordres français, italiens, russes, japonais, — sans parler de ses sous-marmitons, les hommes d’État des “nations-soeurs” — à mené le monde où elle voulait: et Maintenant, sur les ruines amoncelées en Europe par ses soins, sur les tombes de vingt millions d’hommes Jeunes et robustes, tombés pour assurer sa gloire, sa force et sa richesse, elle se prépare, À Pr avec les Etats-Unis, —
s'ils veulent en être —- à asseoir le grand ocuvre de l’anglosaxonisme mondial. ;
Mais un détail topique que Flourens n’a pas prévu, c’est que l'Angleterre impériale, après avoir poussé la France à expulser ses religieux, les a laissés pénétrer dans ses domaines et leur a permis d'y acquérir une situation matérielle avantageuse. Elle à gagné par là de s’en faire des amis, souvent des admirateurs naïfs, parfois même des agents inconscients. Ainsi, après avoir réussi à déshonorer la France aux yeux de tous les peuples catholiques, à l’isoler de ses alliés naturels, à diminuer notablement, sinon à tarir, les sources des missions catholiques françaises, l'Angleterre impériale a trouvé le moyen d’utiiiser à son profit les services des missionnaires français — quitte à les faire injurier à l’occasion par un Rowell ou un Hughes quelconque; puis, comme couronnement, elle est venue à bout de faire périr des millions de Français, catholiques et anticléricaux, expulsés et expulseurs, afin de libérer son Commerce et sa flotte de la concurrence allemande: tout
1 La France conquise — Edouard Vil et Clémenceau — 1 vol. in 12; Paris, Garnier frères, 1906, (pages 129 à 133).
comme, pendant un siècle, elle avait utilisé les forces ie 204 nes, hanovriennes ou hessoises à miner la puissance française.
En vérité, ils sont forts, très forts, ces Anglais impériaux, mais on me permettra de persister à croire et à dire que leur politique n’est ni honnête, ni morale, ni chrétienne et qu’elle
attirera un jour sur l'Angleterre et ses complices de terribles châtiments.
La résistance s’impose
L'on ne saurait donc de bonne foi s'étonner, encore moins m'en faire reproche, si je combats de toutes mes forces et sans relâche la pénétration de l'impérialisme anglais chez nous, si je ne cesse de mettre mes compatriotes en garde contre les conséquences funestes qui résulteraient de son triomphe, pour nous Comme pour le reste du monde. C’est un devoir que j’accomplis, un devoir moral autant que patriotique.
Cette politique maudite, ce rêve monstrueux de domination universelle, menace notre foi, nos traditions, nos idéaux autant que nos libertés, notre paix et notre développement matériel. La menace n’est pas moindre pour les autres nations.
Prendre part à la résistance qui se dessine un peu partout contre l’achat du monde par l'or anglo-saxon, c’est travailler pour l'Eglise et pour la patrie, c’est lutter pour la liberté et l'ordre moral du monde, c’est littéralement servir Dieu ct sen prochain, y compris les Anglais. Car, quoi qu’on en dise, je tiens les Anglais pour mon prochain et je me crois rigoureusement obligé d'accomplir envers eux le précepte universel de la charité chrétienne — de la vraie charité, qui n’a rien de commun avec le mensonge, la servilité, l'hypocrisie et la complicité dans le crime.
Lutter contre l’impérialisme anglais, c’est travailler à libérer l’Angleterre, qui fut une noble nation, et le peuple anglais, qui renferme encore de précieux éléments, du joug effroyable que l’orguecil, la cupidité, la soif de l'or, la frénésie des a faires, font peser sur eux. C’est soustraire la nation aglaise, la pensée anglaise, la civilisation anglaise, l’âme anglaise, au règne de Satan pour les rendre à Dieu.
Si la résistance échoue, si l’infernal dessein des hommes qui mènent l'Angleterre aboutit à la fin qu’ils se proposent, l'humanité connaîtra des jours d’effroyable dégradation. Mais le châtiment qui atteindra ensuite l'Angleterre n’en sera que plus exterminateur.
Dieu peut vouloir que les nations chrétiennes, en punition de leur matérialisme, soient livrées pour un temps au joug abrut :sant du plus matérialiste des empires. Mais Dieu ne veut pas que l’humanité devienne anglaise, pas plus qu’Il n’a
eee
voulu la rendre romaine, arabe, tartare ou turque. Après s'être servi de la Puissance anglaise, de l'or anglais surlout, our humilier les nations aveulics par la soif des jouissances, ] brisera l'Angleterre impériale comme Il a brisé la Rome des Césars; et plus le bourreau choisi par Lui aura abusé de son pren de répression, plus il sera ui-même châtié à son tour.
l'faut que le scandale arrive, mais malheur à celui par qui le scandale arrive.
Pour ma part, je souhaite sincèrement que l'Angleterre s'arrêle à temps, dans son oeuvre de spoliation et d'avilissement du monde, Pour mériter de survivre comme nation. Je désire, et tout véritable ami de l'Angleterre doit désirer, qu'assagie, priés, allégée de tout ce qu'elle a dérobé du bien iutrui,
élivrée du démon de Fr us et de mensonge qui la possède,
Montréal, 21 septembre 1920, :
L Fête de saint Mathieu, apôtre—ancien homme d’affaires au service de l'Empire ‘main. Puisse-t-il ramener au Christ, à la justice et à la liberté les esCsaves volontaires de l'Empire de l'or,
À LIRE ET À FAIRE LIRE ; Er ,