‹ La prochaine guerreChapitre 16 sur 81 · Y compris 2 batteries du xixe corps · texte numérisé non relu

Y compris 2 batteries du xixe corps

La réserve de cavalerie comprend 136 escadrons dont

48 de cuirassiers.

32 de dragons.

24 de chasseurs.

32 de hussards.

Chaque division, hormis la troisième, compte 8 escadrons de grosse cavalerie (cuirassiers), 8 de cavalerie de ligne (dragons) , et 8 de cavalerie légère (chasseurs ou hussards). Si chaque brigade est pourvue d'une batterie à cheval, la réserve de cavalerie comprendra 23,000 combattants, dont 20,400 cavaliers avec 102 pièces.

Il restera disponible 20 compagnies du génie, 8 de pontonniers, 4 compagnies pour le service des chemins de fer, 4 batteries et 10 bataillons de chasseurs.

Plusieurs fois depuis 1871 on a mis en question l'utilité des bataillons de chasseurs. Primitivement ils étaient destinés au service de tirailleurs et devaient couvrir le front des lignes de bataille. Plus d'un tacticien avait blâmé la formation de ces longues chaînes dont les divers anneaux ne dépendaient pas directement du même chef que les fractions de corps qu'ils avaient mission de couvrir. Dans l'armée allemande, les chasseurs (jagers) forment une infanterie de réserve, destinée aux coups de main, aux marches rapides. En cas de besoin on les lance en avant des corps d'armée, pour appuyer la cavalerie ou l'artillerie légère. Avec les armes à tir rapide, la formation en tirailleurs est devenue

obligatoire pour toute l'infanterie; les chasseurs sont donc réduits au rôle d'infanterie de réserve. Des corps spéciaux d'infanterie légère sonl-ils aussi nécessaires dans l'armée française que dans l'armée allemande ? Moins gros, plus nerveux, fils d'un sol plus accidenté, le Français est, en général, meilleur marcheur que le Germain. Sien 1870 les mouvements de l'ennemi ont été infiniment plus rapides que les nôtres, ce n'est point à coup sûr la faute de nos soldats. Toutes choses égales d'ailleurs, ils marcheront plus vite et plus longtemps que les soldats d'outre- Rhin. Il ne faut pas oublier non plus que la création des corps spéciaux affaiblit le gros des armées, déjà bien faible, par ce temps de levées en masse et d'instruction militaire hâtive. L'idéal serait de transformer, pour ainsi dire, toute l'infanterie française en chasseurs à pied.

Malheureusement, tous les hommes ne sont pas aptes à devenir en trois ans des soldats consommés. Encore n'est-ce que la minorité qui passe trois ans sous les drapeaux. On n'y peut pas garder plus longtemps les hommes, aujourd'hui qu'on enrôle presque toute la population valide, — et l'on ne peut faire autrement que de l'enrôler. Cent bons soldats, munis de fusils perfectionnés, peuvent lutter sans peine contre un millier de sauvages armés à la diable ; mais dans une guerre entre deux nations également civilisées, pourvues d'armes à peu près semblables, exercées à la même tactique, la qualité ne peut que dans une mesure restreinte suppléer à la quantité. Individuellement, le soldat d'aujourd'hui

vaut moins que le soldat d'autrefois : ce qui ne veut pas dire que les armées soient moins bonnes. Une machine dont les pièces, quoique de qualité médiocre, sontjudicieusementagencées, fonctionne mieux qu'une autre machine, mal construite, dont chaque rouage est bon, pris séparément. C'est donc le mécanisme général d'une armée qu'il faut connaître, pour savoir au juste ce qu'elle vaut. Comment sont ajustées les pièces de la machine, comment sont agglomérées les molécules de cet organisme qu'on appelle l'armée française?

Les recrues levées dans une même province peuvent être dispersées dans tous les corps de troupes, ou versées dans un même corps. Les corps recrutés de cette dernière façon peuvent tenir ganiison dans la région même où ils se recrutent — c'est le cas ordinaire en Allemagne — ou bien être cantonnés au loin, comme en Autriche. Dans ce cas, la mobilisation ne saurait être fort prompte, car les réserves ont à franchir des distances souvent considérables pour rejoindre leurs régiments. Mais tout défectueux que soit ce système, il a cet immense avantage de verser les homme de la réserve dans les cadres où ils ont déjà passé.

Cela est fort important. Le réserviste en arrivant retrouve les camarades qu'il a quittés, les chefs qui l'ont formé au métier des armes : il les connaît et il est connu d'eux ; il reprend sans secousse sa place dans le rang. En outre, il est parmi les hommes de son pays : il se sent les coudes, comme on dit. Il sait aussi que sa conduite sera connue dans son village

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ou dans sa ville. L'orgueil local remplace chez lui le sentiment, si puissant dans les armées d'autrefois qu'on nommait l'esprit de corps ; pour mieux dire, il le double, car ici le corps c'est la province, le régiment c'est le pays.

En France on n'a pas le recrutement régional. Pour des raisons — qui n'ont absolument rien de militaire — on aurait bien voulu conserver l'ancien système, lequel offrait l'avantage — incomparable aux yeux de certaines gens — d'isoler le soldat de la nation. Mais l'expérience de 1870 en avait trop cruellement fait sentir les défauts, pour qu'on osât y persister, quelque envie qu'on en eût. On choisit donc un système mixte qui, comme toutes les deminiesures, réunit beaucoup des inconvénients et très peu des avantages des systèmes opposés qu'il est censé concilier. En temps de paix les conscrits sont dispersés aux quatre coins de la France ; en cas de mobilisation les hommes de la réserve sont versés dans les corps les plus rapprochés de leur résidence. Ils arrivent en foule, inconnus parmi des inconnus, sans savoir rien ni de leurs chefs, ni des camarades qu'ils trouvent au régiment, ni de ceux qui rejoignent avec eux. Les chefs ne sont pas plus à leur aise que les soldats. Imaginez l'embarras d'un capitaine qui, dans sa compagnie de 85 hommes, voit subitement verser 115 nouveaux visages, 165 même si l'on porte la compagnie à 250 hommes. Une partie des sous-officiers et des caporaux pris dans la réserve deviennent, à l'impromptu, chefs d'escouades improvisées. Je crains un peu qu'on obtienne

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ainsi des troupeaux d'hommes plutôt que des compagnies solides. Le motif allégué pour expliquer l'adoption de ce système bizarre est tellement mauvais qu'il faut le citer. On disperse les conscrits, c'est afin que, si par suite d'un accident de guerre un corps vient à subir de grandes pertes, un canton ou un département ne soit pas dépeuplé de tous ses jeunes hommes. 11 est vrai que la dure expérience des choses montre que si, dans une bataille, les corps sont éprouvés très diversement, pour peu que la guerre se prolonge les pertes se répartissent sur toute l'armée avec une effrayante égalité. Mais ce n'est là qu'un des côtés de la question, et le funeste inspirateur de la commission chargée d'élaborer les lois militaires n'aurait donné qu'une preuve de plus de son ignorance. Voici qui donne la mesure de sa bonne foi. C'est en temps de paix qu'on disperse les recrues, alors que les régiments n'ont rien à craindre ; tandis que les corps se recrutent par région durant la guerre, c'est-à-dire précisément lorsqu'ils sont exposés à ces désastres partiels que l'on feint de redouterpour eux. Ce que l'on voulait éviter coûte que coûte, c'était de faire occuper en temps de paix la Picardie par des Picards et Paris par des Parisiens. L'armée sera moins solide, moins homogène ; mais plus docile, ce qui ne veut pas dire plus disciplinée. Qu'on ne l'oublie pas, si l'on veut comprendre les bizarreries de notre organisation militaire : les Jois qui la régissent furent l'œuvre d'une assemblée en quelque sorte étrangère, pour ne pas dire hostile, à la majorité du pays.

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Si les législateurs de 1872 ont accepté ce compromis sur le recrutement régional, c'est qu'ils avaient été frappés de la rapide mobilisation des armées allemandes. On a pris les procédés de nos récents adversaires : on y a même ajouté certains perfectionnements — qu'ils se sont hâtés d'adopter, sitôt qu'ils les ont connus. Par exemple, à l'appel individuel des réservistes, on a substitué l'appel général au moyen d'affiches apposées dans les communes. Vingt-quatre heures après que l'ordre de mobilisation aura été lancé par le ministre de la guerre, les réservistes seront avertis. Vingt-quatre ou quarante-huit heures plus tard, suivant la distance, ils auront rallié le dépôt voisin. Là, en quarante-huit heures, ils seront armés, équipés, incorporés. En deux ou trois jours, les corps d'armée se concentreront le long des voies ferrées. Le service ordinaire sera suspendu, et des trains de 40 à S0 wagons vomiront, sans discontinuer, sur les points choisis pour les concentrations, hommes, chevaux, canons, voitures, vivres et munitions. En vingt jours, tout sera terminé. On semble s'être proposé pour but de gagner l'ennemi de vitesse. C'est jouer un jeu dangereux : faire vite est bon, faire bien est meilleur. Il faut ne se présenter à l'ennemi que quand on est prêt, tout à fait prêt, — dût-on ne s'y présenter qu'un peu plus tard. Telle fut, en 1870, l'opinion de l' état-major allemand, et tandis que Napoléon III précipitait à la frontière ses squelettes de régiments, les ennemis, laissant sur la Lauter et sur la Sarre un mince rideau de troupes, opéraient leurs concen-

trations sur Spire, en arrière de Landau, et sur Mayence, à six marches de la frontière. Mieux vaut, si l'ennemi a deux ou trois jours d'avance, le laisser pénétrer de dix, quinze, ou même vingt lieues sur le territoire, que de se faire battre à la frontière, car alors il pénétrera bien plus loin. Sans doute, la frontière violée peut diminuer, aux yeux des badauds, le prestige du gouvernement ; mais n'est-il pas cent fois préférable de voir son prestige s'obscurcir passagèrement, plutôt que de le voir brusquement sombrer dans un désastre avec la fortune de la patrie. En 1870, on fut perdu par trop de lenteur : qu'on ne se perde pas en 188... par trop de précipitation.

Il n'a été question, jusqu'ici, que de combattants. Dans une armée c'est le principal, mais ce n'est pas tout. Si les os et lés muscles forment la plus grande partie du corps humain, il y a autre chose : un cerveau qui pense, et qui dirige certains mouvements de la masse ; des nerfs qui mettent les membres en communication avec les centres nerveux ; des organes où s'élaborent les substances destinées à réparer les pertes qu'éprouve l'organisme ; un appareil circulatoire qui distribue les produits de cette élaboration. Tout cela existe, sous d'autres formes, dans une société passablement constituée ; on doit le retrouver aussi dans une armée moderne.

Ce qui remplit dans une armée le rôle du cerveau chez un être vivant, c'est Y état-major général, ainsi nommé par opposition à d'autres états-majors dont il sera parlé plus loin. Il compte en ce moment 100 généraux de division et 197 généraux de brigade.

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4 généraux de division ont le titre, nouveau dans l'armée française, d'inspecteurs généraux : en cas de guerre, il est probable que les titulaires auraient le commandement des armées d'opération ; 19 autres généraux commandent les 19 corps d'armée ; 39 commandent des divisions d'infanterie (3 en Algérie); 6, des divisions de cavalerie ; 32 occupent d'autres postes importants, ou sont en disponibilité.

Pour commander les 72 brigades d'infanterie, les 38 brigades de cavalerie et les 19 brigades d'artillerie, il faut 129 généraux ; les autres sont ou disponibles, ou chargés de diverses fonctions.

Les généraux transmettent leurs ordres par l'intermédiaire du corps & état-major, qui est comme le système nerveux de l'armée. Il compte 400 officiers et 24 archivistes.

Pour une armée — le nom même l'indique — les armes sont la chose essentielle. Les Romains disaient qu'elles faisaient partie du soldat, comme ses membres. L'armée française reçoit de l'industrie privée la plus grande partie de ses armes, mais c'est elle qui en surveille la fabrication. Le comité d artillerie est chargé d'inventer, de perfectionner, et aussi d'examiner les inventions ou les perfectionnements qu'on lui soumet. Avant la guerre, on lui reprochait son horreur pour les innovations. Il ne mérite plus autant ce reproche. Depuis 1872, il a changé une fois nos fusils et deux fois nos canons.

Le comité d'artillerie dispose de 284 officiers, formant V état-major particulier de l'artillerie. Ces officiers commandent ou surveillent : une fonderie de

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canons à Bourges, 3 manufactures d armes, 5 ateliers de construction , 1 4 poudreries et raffineries de salpêtre. 5 sous-inspecteurs de forges et 154 contrôleurs d'armes examinent les livraisons faites par l'industrie privée ; 10 compagnies d'ouvriers, et 4 d'artificiers, travaillent dans les établissements de l'Etat; 530 sous-officiers, appelés gardes d'artillerie, veillent sur le matériel, dont la comptabilité et l'entretien relèvent de 27 directions ou sous-directions.

Pour traîner ses machines de guerre, pour se transporter plus rapidement où il faut, l'homme * ne peut se passer du cheval : 8 compagnies de remonte sont chargées d'acheter et de dresser les chevaux ; 19 dépôts détalons et de juments servent aux expériences de croisement et de perfectionnement de la race chevaline.

Si le soldat trouve dans le cheval un auxiliaire, il trouve un appui dans les murailles, dans les fossés, en un mot dans les fortifications. C'est le génie qui est chargé de les concevoir, d'en tracer le plan, d'en diriger la construction, d'en surveiller l'entretien. On ne peut lui reprocher d'être resté inactif; au contraire : 150,000 artilleurs suffiraient à peine à garnir toutes les places et tous les forts qu'il a réparés et construits. Comme l'artillerie, il a son état-major particulier — 386 officiers, et ses directions, au nombre de 42 *, d'où relèvent 550 gardes : 4 compagnies S! ouvriers travaillent à fabriquer et à réparer ses outils. Enfin il a comme un musée : dépôt des fortifications et

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