FORGES EN PRÉSENCE
Le territoire européen de la France a 528,572 kilomètres carrés; il est peuplé de 36,900,000 habitants, ce qui donne 70 habitants par kilomètre carré. L'accroissement annuel moyen de la population est de 4,45 pour 1,000 ; il est plus faible qu'en aucun autre pays de l'Europe et se ralentit d'année en année.
L'Allemagne a 42,700,000 habitants répartis sur une superficie de 539,816 kilomètres carrés; c'est 79 habitants par kilomètre carré. La population s'accroît annuellement de 10,15 pour 1,000.
L'Allemagne est donc plus vaste et plus peuplée que la France, la population y est plus dense et s'y accroît beaucoup plus vite.
Son accroissement serait plus rapide encore sans l'émigration. Depuis 1820, 3,500,000 Allemands ont quitté leur patrie ; c'est environ 58,000 par an. Dans la période 1870-77 le nombre moyen des émigrants a dépassé 100,000 par année.
Si tant d'hommes quittent, sans espoir de retour, leur vieille terre natale, c'est qu'elle est pauvre et en leur donne pas le pain de chaque jour. Malgré la
sévère économie qui préside à l'administration de ses finances, l'empire allemand est en déficit. Le découvert probable du budget de 1880 est évalué à 68 millions de marks \ plus de 80 millions de francs.
En France l'excédant des recettes pour 1879 est de 140 millions de francs, ce qui permet d'espérer des dégrèvements d'impôts. La situation financière de la France est donc meilleure que celle de l'Allemagne.
Il ne faut pas s'exagérer la valeur de cet avantage en cas de guerre. Pour se battre on trouve toujours de l'argent. Puis, en prévision des luttes futures, la Prusse a formé un trésor de guerre en or monnayé. Au milieu d'août 1870, l'Allemagne put à grand'peine trouver des prêteurs, tandis que l'emprunt français fut couvert en deux jours. Cela ne répara point Reischoffen et n'empêcha pas Sedan.
La pauvreté de l'Allemagne n'est d'ailleurs que relative. Un pays, qui possède autant de voies ferrées qu'elle en a, n'est pas dans la misère; il est formidablement outillé pour la guerre, où la rapidité des communications est d'une importance capitale. L'art de la guerre peut se ramener à cette règle unique : être le plus fort en un moment donné sur un point décisif. Le talent consiste à reconnaître ce point, et, ce point reconnu, le coup qu'on frappe est d'autant plus efficace qu'on a porté le plus de forces où il fallait. On voit l'importance d'un bon système de communications. A la fin de 1878, les lignes ferrées