PUISSANCES DE PREMIER ORDRE
Le premier groupe comprend trois Étais : l'Allemagne, la France et l' Autriche-Hongrie.
Nous avons étudié la France et l'Allemagne, parlons maintenant de l'empire austro-hongrois.
AUTRICHE-HONGHIE
L'empire austro-hongrois s'étend sur une superficie de 622,500 kilomètres carrés; sa population s'élevait en 1878 à 37,500,000 habitants : ce qui donne 60 habitants par kilomètre carré. Dans ce calcul il n'est pas tenu compte de la Bosnie et de l'Herzégovine, occupées provisoirement, du moins à ce que l'on dit.
Ces trente-huit millions d'habitants appartiennent h six ou sept races d'hommes qui diffèrent de langue, de mœurs et de religion. Soumises naguère encore à un despotisme rigoureux, ces populations s'entrehaïssaient profondément. Aujourd'hui elles vivent
à peu près d'accord sous un régime comparativement libéral. A part quelques exceptions, elles éprouvent un assez vif amour pour leur patrie commune, car ce qui fait la patrie, ce n'est point la race ou la langue, ce sont les souvenirs glorieux ou tristes de maux supportés ensemble ou de grandes choses accomplies en commun.
Sur une longueur d'environ 700 kilomètres, l'Autriche confine à la Prusse ou aux pays vassaux de la Prusse. Entre les deux États il y a des liens d'intérêt et des causes de discorde. L'histoire nous les montre tantôt amies et tantôt ennemies, plus souvent toutefois rivales qu'alliées. Elles sont alliées pour le moment. Mais lorsque les Hapsbourg auront ajouté la couronne de Pologne aux couronnes d'Autriche, de Bohême et de Hongrie, ce qui, probablement, aura lieu dans un avenir assez prochain, l'entente se rompra forcément, à supposer qu'elle dure jusque-là. Entre les deux voisins se réveillera l'antique rivalité pour l'hégémonie de l'Europe centrale, sans parler des difficultés que fera naître la question des frontières, encore mal fixées entre les Slaves et les Germains. Neuf millions d'Allemands habitent l'empire d'Autriche ; le duché de Posen et la vieille Prusse contiennent douze cent mille Polonais. Cela est gros de guerres pour l'avenir.
Mais ce ne sont là que des conjectures historiques. Revenons au présent et aux faits.
Tout sujet autrichien — exceptis excipiendis — doit servir douze ans. Le contingent annuel est divisé en trois portions. Une loi, renouvelée tous les sept
ans, fixe l'effectif des deux premières portions pour la période septennale qui suit. En ce moment la première portion çst fixée à 95,474 hommes, astreints à passer trois ans dans l'armée, sept dans la réserve et deux dans la landwehr.
La seconde portion, 9,500 hommes, passe dix ans dans la réserve et deux ans dans Ja landwehr.
Le reste du contingent, une cinquantaine de mille hommes, passe douze ans dans la landwehr.
Les volontaires d'un an passent un an sous les drapeaux, neuf dans la réserve et deux dans la landwehr.
C'est environ 14 à 1,500 mille hommes que l'Autriche peut verser dans les cadres de son armée.
La diversité des langues parlées dans l'empire a rendu nécessaire le recrutement régional. Il y a des régiments hongrois, des régiments tchecks, des régiments croates, etc. Mais les régiments ne sont pas stationnés dans leurs provinces d'origine, le soldat doit souvent aller fort loin rejoindre son corps. En cas de mobilisation cela cause une grande perte de temps.
L'empire est divisé en quinze circonscriptions militaires, inégales en importance et en étendue. L'unité stratégique est la division qui contient les trois armes ; un corps d'armée comprend deux ou trois divisions, plus des réserves d'artillerie et de cavalerie. Sur le pied de paix l'effectif de l'armée est fixé à 278,000 hommes ; les cadres permanents de la landwehr comptent 1,617 officiers et 12,070 sousofficiers et soldats. Total général : 292,000 hommes.
A la tête de toute l'armée est un chef unique. Aujourd'hui c'est l'archiduc Albrecht, fils du célèbre archiduc Charles, le vainqueur d'Essling. Lui-même commandait à Custozza.
Voici l'organisation de l'armée autrichienne.
INFANTERIE
80 régiments d'infanterie de ligne ; 1 régiment de chasseurs tyroliens; 33 bataillons de chasseurs.
Chaque régiment de ligne comprend trois bataillons de campagne, deux bataillons de réserve, ayant en temps de paix un effectif moindre que les trois premiers, et le cadre d'un bataillon complémentaire.
Le régiment de chasseurs duTyrol a 7 bataillons.
Les bataillons de ligne ont quatre compagnies, les bataillons de chasseurs ont une cinquième compagnie complémentaire.
La cavalerie compte 41 régiments à 4 escadrons actifs, deux de réserve, et un escadron complémentaire.
L'artillerie de campagne compte treize régiments; chacun a 13 batteries actives et trois batteries complémentaires; chaque batterie compte 4 pièces.
Il y a douze bataillons d'artillerie de place : ils renferment 5 batteries , 60 compagnies actives et les cadres de 12 compagnies complémentaires.
Le génie comprend trois régiments, soient 81 compagnies actives et 10 cadres de compagnies com-
plémentaires. Les pontonniers, le service des chemins de fer et de télégraphie font partie du génie.
Sur le pied de guerre chaque régiment se dédouble et devient une brigade de deux régiments; l'un à trois, l'autre à deux bataillons. Le bataillon complémentaire sert de dépôt et tient garnison dans les places.
Chaque bataillon de chasseurs forme une sixième compagnie qui sert de dépôt. Les cinquièmes compagnies réunies 4 par 4 peuvent former 10 bataillons nouveaux.
L'infanterie comprend ainsi 430 bataillons actifs, 80 bataillons et 40 compagnies de dépôt ou de garnison.
Chaque régiment de cavalerie forme un huitième escadron qui sert de dépôt. On a donc 287 escadrons actifs et 41 de dépôt.
Chaque régiment d'artillerie de campagne attelle 15 batteries et en laisse une pour former dépôt. On a ainsi 195 batteries actives et 13 de dépôt. Chaque batterie sur le pied de* guerre a 8 canons1.
L'artillerie de forteresse comprend alors 72 compagnies et 10 batteries attelées.
Les troupes du génie comptent 8i compagnies actives et 15 compagnies de dépôt:
L'armée active autrichienne comprend donc.
450 bataillons ;
287 escadrons ; I
195 batteries avec 1,560 pièces; 81 compagnies du génie.