EMPIRE OTTOMAN
Avant un siècle, la Turquie sera rayée du nombre des Etats européens. Toutefois elle compte encore en Europe aujourd'hui et peut se trouver mêlée à la prochaine guerre, soit comme alliée, soit comme ennemie de la Russie ou de l'Autriche.
Si du territoire, laissé à la Turquie par le traité de Berlin, on retranche les provinces occupées « temporairement » par l'Autriche, le domaine des sultans en Europe se trouve réduit à 213,819 kil. carrés, peuplés de 6 millions d'habitants, — dont 35,387 kil. carrés et 730,000 habitants pour la Roumélie « autonome ».
Mais la force de l'empire est surtout hors de l'Europe. La Turquie d'Asie renferme 17,300,000 habitants, répandus sur une superficie de 1,890,000 kil. carrés. En Afrique, l'ancienne régence de Tripoli, qui n'est plus qu'une de ses provinces, a 890,000 kil. carrés et 1 million d'habitants. Total : 2,990,000 kil. carrés et 24 millions d'habitants environ. En outre,
l'Egypte et la Régence de Tunis sont des Etats vassaux du sultan, et doivent l'assister en temps de guerre.
L'organisation militaire subit une transformation. D'après le firman de 1869 tout musulman doit le service militaire pendant 20 ans : 6 ans clans l'armée active, dont 4 sous les drapeaux (S pour la cavalerie, l'artillerie et le génie) ; 6 dans la réserve qui se divise en deux bans, comprenant chacun trois classes ; 8 ans dans la milice. L'armée s'appelle Nizarn, la réserve Rédif, la milice Moustaphiz.
Les sujets non musulmans sont employés dans la marine et dans les services auxiliaires.
D'après un projet récent, le territoire européen et asiatique sera divisé en 7 circonscriptions fournissant chacune un corps d'armée composé comme suit :
6 régiments d'infanterie à 3 bataillons ; 6 bataillons de chasseurs ; 4 régiments de cavalerie à 6 escadrons ; 1 régiment d'artillerie à 12 batteries de 6 pièces ; 1 bataillon de pionniers à 3 compagnies ; Plus quelques bataillons de gendarmerie et des services auxiliaires.
Soit en infanterie : 168 bataillons, dont 42 de chasseurs.
Cavalerie 168 escadrons.
Artillerie 84 batteries (504 pièces).
Génie 21 compagnies.
Au grand complet, tout cela formerait environ 200 à 210,000 hommes, plus 35 à 40,000 gendar-
mes, et 7 régiments d'artillerie à pied d'un effectif variable.
L'Egypte doit fournir 18 à 20,000 hommes et en fournirait peut-être 15,000. Tunis doit un contingent de 4 à 3,000 hommes, mais l'armée turque fera bien de ne pas trop compter sur ce dernier renfort.
Certaines provinces ne fournissent que des irréguliers : Arnautes, Bachi-Bozouks, etc., au nombre de 40 à 30,000.
Tout cela ferait plus de 300,000 hommes.
Pour remplir les cadres de l'armée active, les hommes ne manqueraient pas, mais les moyens de les réunir, de les armer et de les équiper sont loin d'être assurés. On ne peut donc savoir au juste ce que la Turquie pourrait mettre sur pied. En outre, même dans les provinces dites soumises, il y a bien des peuplades insoumises, bien des populations qu'il faut contenir par la force. Le nombre des troupes disponibles ne peut donc être évalué avec certitude. On a dit que durant la dernière guerre la Turquie avait levé 730,000 hommes. En tout cas l'armée d'opération en Asie Mineure ne dépassait pas 30,000 hommes. EnBulgarie, les trois armées d'Osman, de Soliman, et de Mehemet-Ali, atteignaient tout au plus 160,000 hommes, y compris les garnisons.
Tout bien considéré, on peut admettre qu'au besoin la Turquie jetterait sur ses voisins près de 200,000 combattants.
Le soldat turc est excellent; bien commandé, il ferait des prodiges : la guerre de 1877-78 l'a prouvé
une fois de plus. Mais les cadres manquent ainsi que l'argent.
MARINE
La flotte comptait avant la guerre 116 navires, dont 19 cuirassés portant 1,600 canons.
Mais elle en a perdu 15 à 20, et elle a vendu aux Anglais plusieurs cuirassés. Il lui reste encore 95 navires dont 10 cuirassés. L'infanterie de marine comprenait 3 bataillons à 8 compagnies.
§ II