‹ La prochaine guerreChapitre 68 sur 81 · DANEMARK · texte numérisé non relu

DANEMARK

Vaincu comme nous par l'Allemagne, et plus menacé que nous, le Danemark semblerait devoir être pour nous dans la prochaine guerre un allié certain. Pourtant cette alliance n'est rien moins qu'assurée.

Le Danemark est bien petit : 38,302 kil. carrés et 1,940,000 habitants (51 par kil. car.). Au début d'une guerre entre deux ennemis aussi formidables que l'Allemagne et la France, le Danemark commettrait une héroïque imprudence s'il prenait parti pour l'un d'eux. L'aide de sa petite armée et de sa flotte n'ajouterait pas grand'chose à nos chances de vaincre, et lui ferait courir de terribles dangers si nous étions encore une fois vaincus. Mais si le sort des batailles nous était favorable, le Danemark pourrait, sans péril pour lui-même, nous aider à compléter la victoire et à la rendre fructueuse, et pour nous et pour lui.

Oui, mais il faut compter avec l'Europe. Presue tous les gouvernements nous détestent, c'est un fait certain. On nous a laissé écraser, on ne nous laisserait pas écraser l'Allemagne : il faudra beaucoup de fermeté à nos gouvernants pour pouvoir seulement, en cas de victoire, reprendre ce

qu'on nous a volé. On criera beaucoup à l'ambition française , même si nous nous contentons de reprendre nos frontières de 1870. A la tête de ceux qui crieront le plus, nous pouvons être sûrs de trouver la nation que nous rencontrons partout sur notre route, dans les grandes et dans les petites choses. L'Angleterre pense absolument comme Odo Russell, qui disait qu'on doit laisser tout prendre sur la France, mais ne jamais la laisser ni prendre, ni reprendre quoi que ce soit. Elle offrira sa médiation, proposera la limite des Vosges, se rabattra sur la neutralisation de l'Alsace, et, si tout cela reste sans effet, comme elle se gardera bien de passer des paroles aux actes, elle essayera tout au moins de nous empêcher de trouver des alliés. C'est sur le Danemark principalement qu'elle emploiera toute son influence diplomatique. L'alliance de famille, qui unit les deux gouvernements, sera un moyen d'action des plus puissants. Avis, prières, menaces, tout sera mis en jeu. On s'entremettra auprès de la Prusse dont on obtiendra quelques phrases ambiguës qu'on transformera en demi-promesses. Le roi de Danemark, Allemand d'origine, marié à une Allemande, n'a pas grande antipathie contre l'Allemagne. Par ce temps de service militaire universel, les peuples acceptent avec avidité la moindre apparence de prétexte pour éviter la guerre. Moitié persuadé, moitié intimidé, le Danemark restera neutre. Si la France est vaincue, on peut s'imaginer de quel éclat de rire M. de Bismarck accueillera un ambassadeur danois lui rappelant les semblants d'engagements qu'il

aura pu prendre pendant la guerre. La France victorieuse se souciera peu des intérêts d'un peuple qui n'aura pas voulu lui prêter concours. L'Allemagne vaincue ne le sera jamais assez pour ne pas se moquer des réclamations du Danemark, fût-il soutenu par trois Angleterres. La Grande-Bretagne du reste, ayant obtenu ce qu'elle désirait, c'està-dire priver la France d'un allié, n'en demandera pas davantage. Si par hasard elle criait un peu, pour la forme, l'Amérique dans l'affaire de l'Alabama, la Russie lors de la dénonciation du traité de Paris, et la Prusse elle-même durant la dernière guerre danoise, ont fait connaître le moyen de la calmer instantanément, c'est de montrer le bâton.

Mais peut-être les hommes d'Etat danois auront-ils assez de mémoire pour se rappeler une date aussi reculée que 1864, et pour se souvenir de ce que valent la protection et la parole de l'Angleterre. Alors, si la victoire finale paraît pencher en notre faveur, le Danemark peut devenir notre allié. Outre une base d'opération et un point de ravitaillement, quel appui nous fournirait-il?

Tout Danois doit passer 4 ans dans l'armée active, 4 dans la réserve et 8 dans la landwœrn.

Les fantassins ne restent que 6 mois sous les drapeaux, les cavaliers et les artilleurs 9 mois. En outre ils sontappelés deux outroisfoispourlesmanœuvres , dans les 4 ans pendant lesquels ils appartiennent à l'armée active.

L'armée danoise est ainsi composée en temps de paix :

10 régiments de ligne à 2 bataillons ; 1 régiment de la garde à 1 bataillon.

CAVALERIE

5 régiments : 16 escadrons.

ARTILLERIE

Art. de camp. : 2 régiments à 6 batteries de 8 canons; k Art. à pied : 2 bataillons de 6 compagnies.

GÉNIE

2 bataillons.

En temps de guerre les hommes de la réserve forment 10 bataillons nouveaux, un pour chaque régiment de ligne. Lalandwœrn forme 1 3 bataillons : 1 de la garde et 12 de la ligne. Comme dans la landwehr allemande, les cadres de ces bataillons existent en temps de paix.

Lalandwœrn fournit encore 5 bataillons d'artillerie de place. Cette forte proportion d'artillerie à pied s'explique par la configuration géographique du Danemark. Formé d'une presqu'île et d'un archipel, il a une grande étendue de côtes à défendre, bien des ports et bien des passages à fermer.

Les bataillons sont à 4 compagnies de 200 hommes sur le pied de guerre.

Les escadrons comptent 125 combattants.

On a ainsi :

44 bataillons 35,200 hommes ;

16 escadrons. ...... 2,000 »

12 batteries 2,400 »

7 bataillons d'art, à pied. 4,000 »

2 bataillons du génie. . 700 »

Total : 44,300 hommes, 52,000 avec les non-combattants.

Si de ce nombre on retranche les 4,000 hommes de l'artillerie à pied, il reste pour l'armée de campagne 40,300 hommes et 96 canons.

MARINE

Longtemps le Danemark a été une grande puissance navale : en 1864, sa marine tint tête victorieusement aux flottes combinées de la Prusse et de l'Autriche. Aujourd'hui les cuirassés coûtent cher, et il ne suffit plus d'avoir des marins. Peut-être un jour l'inutilité de la cuirasse sera-t-elle reconnue et les navires comme les hommes se battront sans armure.

La flotte danoise compte :

Cuirassés : 2 frégates portant 46 canons ;

)> 6 autres bâtiments portant 44 canons.

Non cuirassés : 3 frégates 81 canons ;

» /> 24 bâtiments légers. . . 113 »

Plus 8 .canonnières et 20 chaloupes de transport à rames pour naviguer sur les bas-fonds de l'archipel danois. En tout : 43 navires de combat armés de 292 canons.

§ iv

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