‹ La production agricole & forestière dans les colonies françaisesChapitre 10 sur 90 · LE CACAO · texte numérisé non relu

LE CACAO

1^:4 culture du cacaoyer est, sans contredit, Tune de celles (\unù [>r>urrait entreprendre avec le plus de profit dans un certîdn nombre de colonies françaises et, cependant, comme nous allons le voir, il faut reconnaître qu'elle y a fait bien peu lie j>roi^^rès.

f*H(nleloupe. — Il existait jadis de fort belles plantations rie cai:aoyers dans les fonds de la partie de cette colonie qui jMïîte le nom de Grande-Terre et qui a pour chef-lieu la Pointeau Pli r**. Sans contredit c'est dans cet arrondissement qu'il est le plus facile de trouver les terres basses et fertiles qui conviennent au cacoyer ; cependant les cacaoyères ont disparu de cette région depuis près d'un demi-siècle, soit devant la concurroTice toujours croissante de la canne à sucre, soit par suite de la présence d'un sous-sol madréporique.

Actuellement, c'est à la Guadeloupe proprement dite, dont le chef-lieu est Basse-Terre, que sont localisées les principales plan tut ions de cacaoyers, surtout entre les Trois-Rivières et Deshait^w, c'est-à-dire au sud et à l'ouest de l'île où on trouve

des vallées profondes dont le sol particulièrement fertile convient au cacaoyer ; au nord et à Test les essais de culture n'ont jamais donné de très bons résultats ; M. le D"" P. Guerin (culture du cacaoyer^ Paris, 1896) ne pense pas qu'on puisse estimer à plus de 2000 hectares, dans l'arrondissement de Basse- Terre, la superficie des terrains propres à cette culture.

Depuis 1816, date de la reprise de possession de la Guadeloupe, les exportations ont suivi la marche suivante :

1816-1820 moyenne de S années.

1890 exportation annuelle

Il faut remarquer en outre que la colonie produit le cacao pour la consommation locale et même pour l'exportation dans les colonies voisines. Nous avons trouvé, à la Guyane par exemple, du cacao préparé à la Guadeloupe. Quelques planteurs ont acquis, depuis plusieurs années déjà, dans cette industrie spéciale, une réputation méritée.

Si les planteurs de la Guadeloupe n'établissent des cultures de cacaoyers que dans les régions où Farbuste peut réellement prospérer ils trouveront bien certainement dans cette branche de Tagriculture tropicale un dédommagement à la crise que subit eii ce moment la culture de la canne à sucre.

Dans un rapport récent adressé au gouverneur de la colonie par la Chambre d'agriculture de Basse-Terre, Thectarede terre planté de cacaoyers est estimé à 8.000 fr.

Martinique. — La plantation la plus ancienne date de près de deux siècles et demi; elle fut faite, pense-t-on, en J66I, par un juif nommé Benjamin Da Costa, qui s'était procuré des graines à la Côte-Ferme. Plusieurs auteurs affirment d'ailleurs que le cacaoyer a été trouvé à l'état sauvage dans les forêts de la Martinique; mais ce fait nous paraît douteux.

Cette culture prit rapidement une grande extension, surtout parmi les colons qui ne possédaient pas les moyens nécessaires pour créer des exploitations de canne à sucre. Malheureusement, en 1727, les plantations furent en partie détruites par un ouragan suivi d'inondation et la culture du cacaoyer fut supplantée par celle du caféier que de Clieux venait d'introduire dans l'île.

La culture du cacaoyer, cependant, ne fut pas complètement abandonnée, grâce surtout à un édit royal qui abaissait à 10 centimes par livre le droit d'entrée en France des cacaos provenant des colonies françaises. Aussi, en 1775, la Martinique et Saint-Domingue fournissaient à elles seules la presque totalité du cacao consommé en France. Dès la fin du siècle dernier la production subit une baisse progressive jusqu'en 1835 ; à partir de cette époque les exportations s'élevèrent d'année en année.

Le climat de la Martinique convient d'ailleurs très bien à cette culture et il ne manque pas de vallées fertiles où le cacaoyer pourrait prospérer.

Exportations

moyenne de 3 années. .

quantités annuelles. . .

Les planteurs, un moment déroutés par la crise de la canne à sucre, reprennent courage et reviennent peu à peu vers les cultures de café et de cacao. Les exportations de 1898 sont déjà importantes et elles sont entièrement à destination de France.

Il n^est peut-être pas inutile de faire remarquer en passant qu'une seule colonie anglaise des Antilles, la Trinidad, a exporté, en 1895, 25,845,200 livres anglaises de cacao, du crû de la colonie, soitenviron 12,000,000 kilog, (plus 3,613,609 livres provenant du Venezuela).

La Trinidad fournit ainsi à elle seule plus de cacao qu'on en consomme annuellement en Angleterre (24,484,000 livres en 1895).

Guyajie. — La Guyane possède des cacaoyères naturelles qui sont connues depuis plus d'un siècle et demi.

En 1729 le sergent La Haye, envoyé par le gouverneur d'Orvilliers à la recherche du fameux lac Parine, rencontra dans le Haut Camopi une « forétdedixlieuesenviron d'étendue, presque toute de cacaoyers », arrosée par les ruisseaux qui se jettent en partie dans le Campori, affluent de gauche du Yori,en partie dansleMaroni.Dès 1730 des soldats trouvèrent une autre forêt de cacaoyers plus en aval, sur TOyapock, peutêtre sous le confluent de l'Yingari ou du Camopi. Une carte de la Guyane, dressée par les Jésuites en 1^41, figure une forêt de cacaoyers dans la région supérieure de l'Oyapock. Sans aucun doute des plantations importantes pourraient être créées dans cette colonie dont le climat et le sol sont très favorables à cette culture.

Malheureusement, depuis la découverte des mines d'or, les indigènes ont déserté peu à peu les travaux agricoles pour se diriger vers les placers, de telle façon que la main-d'œuvre est actuellement très rare à la Guyane française. Au moment où nous passions à Cayenne, au milieu de l'année 1898, il ne fallait pas compter payer moins de 2 fr. 50 pour le salaire journalier d'un ouvrier de plantation. Dans ces conditions il est très difficile d'entreprendre des cultures. Cependant nous avons visité, dans les environs de Cayenne, des travaux de restauration d'une ancienne plantation de cacaoyers.

Les premières plantations de cacaoyers furent entreprises en 1734; mais elles n'ont jamais eu une grande extension, car on sait quelles difficultés la colonisation a toujours rencontrées à la Guyane. Cependant, de 1832 à 1836, la moyenne annuelle des exportations de cacao en fèves s'élevait à 40,327 kilogs; elle était de 44,087 kilogs pour la période 1837-1841 ; en 1842 les exportations tombaient à 17,553 kilogs pour devenir nulles en 1850. Dans les 265 hectares de cacaoyers qui sont accusés par

les statistiques officielles de 1895 on a compris, sans doute, les anciennes cacaoyères de Tîle de Cayenne, qui ne sont pour ainsi dire plus exploitables. Les exportations sont actuellement insignifiantes.

Il n'en est pas tout à fait de même à la Guyane anglaise où des plantations importantes ont été créées dans ces dernières années.

A la Guyane hollandaise nous avons vu des plantations très bien ordonnées sur les bords de la rivière de Surinam; les exportations de Paramaribo, qui étaient de 1,629,279 kilogs en 1883, s'élevaientdéjà à 4,456,338 kilogsen 1895. La population y est d'ailleurs beaucoup plus dense qu'à la Guyane française puisqu'elle était de 278,328 lors du recensement de 1821, alors que la Guyane française compte à peine 27^000 habitants. De plus, les mines d'or ne se trouvant pas à proximité, les travailleurs ne sont pas, comme dans notre colonie, dévorés par la fièvre de l'or.

Côte occidentale d'Afrique. — A la Côte Occidentale d'Afrique le cacaoyer est surtout cultivé dans l'île portugaise de San- Thomé située sous l'équateur, à 260 kilomètres de la côte du Congo. Cette branche de l'agriculture y est très prospère et les exportations augmentent d'année en année. C'est principalement dans les vallées profondes et jusqu'à une altitude de 800 mètres environ que les plantations donnent lés meilleurs résultats. Les exportations, qui étaient seulement de 50,868 kilogs en 1869, s'élevaient à 5,670,000 en 1895.

Le succès des plantations de San Thomé a encouragé les colons du continent à entreprendre la culture du cacaoyer et le Congo français comptait déjà, àla finde 1896, plus de 100,000 cacaoyers en état de produire ; actuellement il en existe environ 200,000. Les premiers essais furent faits au sud de notre colonie, dans la plantation de Cayo, sur le lac du même nom, près de la rivière Loémé. En 1893, au moment où je visitais

huttorLuUoii lie cacao eii FraiiCi^ ilrpuis lïJbO.

le Cayo, la plantation comprenait déjà plus de 12,000 cacaoyers, tous de belle venue.

Le cacaoyer ne pouvant supporter une longue période de sécheresse, il sera bon de ne créer des plantations que dans les régions où les précipitations atmosphériques sont abondantes, c^est-à-dire dans la région montagneuse qui s'étend parallèlement à la côte. Dans les localités côtières où il existe une période sèche prolongée, le cacaoyer ne peut donner de bons résultats (1).

Il existe aussi quelques plantations de cacaoyers au Congo belge ; mais M. Laurent, professeur à l'Institut agricole de Gembloux, qui a visité le Congo, ne pense pas qu'elles puissent prospérer.

Madagascar. — La culture du cacaoyer paraît devoir être fructueuse dans certaines parties de l'île, surtout sur la côte est et vers le nord. En 1888 on pouvait compter environ 150.000 plants de cacaoyers en terre.

Réimion. — Les plantations ont disparu depuis longtemps, détrônées par la culture de la canne. Il existe encore des cacaoyers un peu partout, surtout dans la partie du Vent. Le cacao est d'excellente qualité. Les exportations de 1898 se sont élevées seulement à 1865 kilogs contre 1924 kilogs en 1897 et 55 kilogs en 1895.

Asie et Océanie. — La culture du cacaoyer n'a jamais été entreprise sérieusement dans nos possessions d'Asie et d'Océanie ; d'ailleurs, la moyenne de température de la Nouvelle-Calédonie n'est pas suffisamment élevée pour permettre cette culture.

En résumé, nos colonies ne produisent qu'une faible proportion du cacao que nous consommons en France. C'est d'ailleurs ce que montre trèsbien le diagramme de la page 356.

(1) Les exportations du Congo pour 1898 ont été de 15.569 kilogs.

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