LE CAFÉ
Si une exploitation a paru, pour beaucoup de personnes, avantai^euse entre toutes vers la fin de notre siècle, c'est la culture diï café. L'invasion des anciennes cultures par VUemileia^ Talïolition de Fesclavage au Brésil (1888), avaient fait naître les plus grandes espérances; on croyait que dans les pays neufs, 011 la maladie produite par VHemileia était inconnue, la culture (lu café allait donner les meilleurs et les plus brillants résultats ; tm s'imaginait, à tort d'ailleurs, que le nouveau régime de la ïiLÛn-d'œuvre au Brésil allait donner un coup mortel à la production du café dans ce pays. Aussi, sous Tinfluence des prix t^levés que le café avait atteints aux environs de 1890, des cul- I lires furent-elles entreprises dans la plupart des pays tropicaux.
D'autre part, le régime de faveur accordé à nos colonies par les tarifs de 1892, ne pouvait que favoriser Tessor de cette culture dans les possessions françaises.
Le caféier le plus anciennement cultivé est le caféier d'Arabie {(jfffea arabica L.); mais, depuis l'invasion des plantations piiv VHemileia, on donne la préférence, dans beaucoup de pays, au caféier de Libéria (C. liberica Hiern.) qui n'est d'ailleurs pas indemne de la maladie et qui ne doit la plus grande résistance qu'il lui oppose qu'à une vigueur exceptionnelle; malheureusement, le café qu'il donne, bien que possédant des qualités très réelles, n'a pas trouvé, sur les principaux marchés de café, la faveur qu'il mérite. Au Brésil, on cultive aussi une variété de caféier d'Arabie qui porte le nom de caféier Maragogipe. Enfin, depuis quelques années, on poursuit des essais très intéressants de tmllure du caféier de Rio-Nunez (C. stenophyllay G. Don) qui présente, comme le caféier de Libéria, une grande vigueur tle végétation et qui fournit un café de qualité supérieure. Nous alîmis, très rapidement d'ailleurs, passer en revue les princi-
paux faits qui concernent le développement de la culture du café dans nos colonies depuis le commencement du siècle.
Guyane française. — Depuis 1718 les Hollandais cultivaient le café à Surinam ; c'est de là qu'il fut introduit à Cayenne et non de la Martinique, comme on le dit quelquefois. Un fugitif de la colonie française, qui s'était réfugié dans la colonie hollandaise et qui désirait rentrer à Cayenne, écrivit au lieutenant du roi, dans cette dernière localité, que si on lui promettait sa grâce il braverait les sévérités des règlements édictés par les Hollandais et qu*il apporterait du café en état de germer. Sur l'assurance qu'on lui donna, il arriva à Cayenne, en 1722, apportant avec lui une livre de café fraîchement cueilli, qu'il remit au commissaire ordonnateur de la marine. Les semis réussirent parfaitement et bientôt la colonie se couvrit de plantations.
La Guyane ne fournit même plus actuellement le café nécessaire à la consommation locale. Cependant cette culture y a été faite autrefois avec succès comme le montrent les chiffres ci-dessous :
1832-1836 (moyenne annuelle). . • 44.103 k,
Cette culture est reprise actuellement dans les pénitenciers et nous avons eu Toccasion de visiter une plantation récente, à Pariacabo, dépendance du pénitencier de Kourou.
La Guyane hollandaise et la Guyane anglaise ne sont guère plus favorisées que notre Colonie au pointde vue de la production actuelle ; mais comme la main-d'œuvre y est beaucoup plus abondante et moins onéreuse qu'à la Guyane française on a pu récemment, pour lutter contre la crise de la canne, reprendre avantageusement les cultures de caféiers abandonnées depuis longtemps.
Martinique. — Pendant longtemps, les Arabes fournissaient seuls à l'Europe le café qui y était consommé et pour se conserver le monopole de cette production, ne permettaient pas le transport des caféiers en pied.
La première tentative d'acclimatation dans nos colonies date de 1716 et les caféiers furent confiés au médecin Isambert; mais ce médecin étant mort peu après son arrivée, ce premier essai ne donna aucun résultat.
En 1723, le capitaine de Clieux, qui se rendait à la Martinique, fut chargé d'y transporter un pied de café. La traversée fut longue et dangereuse ; Teau manquait sur le vaisseau et n'était plus distribuée que par petites rations; de Clieux, qui sentait toute l'importance de sa mission et voulait conserver à son pays une nouvelle source de richesses, partagea avec le précieux arbuste l'insuffisante ration d'eau qu'il recevait et, grâce à ses soins, il eut le bonheur de le conserver sain et sauf (1). Il le planta dans son jardin à l'endroit le plus convenable, l'entoura d'une haie d'épines et le fit garder à vue. A la première récolte, il obtint deux livres de graines. Il en remit une partie à Survillier, colonel des milices de la Martinique et à divers habitants de l'île qui en plantèrent.
(1) Esménard, dans son poème de la Navigation, a célébré l'admirable dévouement de de Clieux.
Le Père Labat rapporte qu'à la date du 22 février 1726, il existait 9 arbres hors de terre depuis 20 mois; 200 arbres portant fleurs et fruits; plus de 2,000 moins avancés et quantité d'autres qui étaient seulement en germination. Jusqu'à cette époque, la culture du cacaoyer constituait la principale richesse de l'île; mais, le 7 novembre 1727, un effroyable tremblement de terre qui se fit sentir pendant plusieurs jours détruisit toutes les plantations de cacaoyers. On se mit alors à cultiver le café et les colons se livrèrent avec tant d'activité et de succès à cette nouvelle exploitation que la colonie pouvait bientôt fournir plus de café qu'on en consommait en France. Et cependant, de Clieux, qui avait enrichi la Martinique, mourut pauvre et ignoré en 1775. On projeta bien de lui élever un monument dans la colonie en 1804, mais ce projet ne reçut jamais d'exécution.
En 1789, la production annuelle pouvait être évaluée à 5,000 tonnes; mais cette culture fut supplantée par celle de la canne. Cependant, au commencement de ce siècle, la culture du café était relativement prospère à la Martinique, comme le fait voir le tableau des exportations :
Années ou période
Exportations
1821-1830 moyenne .
762,000 kilog
Lecomte.
Ce tableau montre très nettement que les exportations actuelles sont à peu près insignifiantes. Il est vrai que les plantations de la colonie produisent du café pour la consommation locale. Les cafés de la Guadeloupe, quand ils ont une teinte vert pâle, sont souvent offerts sous le nom de cafés Martinique sur les marchés européens.
Actuellement, en beaucoup de points de Tîle, on reprend la culture du caféier, et en particulier cdle du Libéria. Nous avons vu des plantations importantes à TAjoupa-Bouillon, à Basse-Pointe, à Balata, etc.
Guadeloupe. — (^est de la Martinique, où il avait été importé par de Clieux, que le café fut transporté à Saint-Domingue et à la Guadeloupe. La culture s'en propagea rapidement dans cette dernière colonie; mais elle y est depuis longtemps négligée, car les colons ont abandonné le café pour se livrer à là culture de la canne à sucre.
Cependant la culture du caféier est encore, après celle de la canne, la plus importante de la Guadeloupe. Elle occupe principalement les endroits un peu élevés qui ne conviendraient pas a la canne, entre 200 et 600 mètres d'altitude. Mais, depuis quelques années, des plantations de caféiers ont été substituées, en certains points, à la canne à sucre, même dans les régions basses et la culture du caféier tend à reprendre un certain développement. Le nombre des plantations de café s'élevait à 708 en 1892, représentant une superficie totale de 2,825 hectares et occupant près de S, 000 travailleurs.
Ces plantations n'existent guère que dans l'arrondissement de Basse-Terre, dans les communes de Capesterre, Trois- Rivières, Vieux-Fort, Gourbeyre, Saint-Claude (Camp Jacob), Le Baillif, Vieux-Habitants, Bouillante, la Pointe-Noire et Deshaies.
C'est le caféier d'Arabie qui est surtout cultivé. Nous avons vu cependant quelques essais de culture de caféier de Libéria
et de caféier d'Abyssinîe. On cultive en lisières, à titres «rabri^^ contre les vents, le pois-doux, le galba et le pommier-rose.
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Exportation de café de la Guadeloupe et de la Martinique depuis \%tl.
Les arbres d'ombrage les plus employés sont l'acajou, It^ \'\\t\taignier du pays et Timmortelle.
Les caféiers sont habituellement écîmés pour favoiiser li* développement de longues branches latérales; aussi se présentent-ils presque toujours sous la forme de buissons touirits, en parasol. A Saint-Claude, à GourbeyreetauxTrois-Rivières, on pince le caféier à 1™,25 ou 1™,40 du sol et on su[ïprînie toutes les pousses verticales. La distance entre les trous est de 2 mètres à 2*", 50, suivant les terrains.
Les exportations de café de la Guadeloupe ont subi la marche indiquée dans le tableau ci-dessous, depuis 1816 (époque de la reprise de possession) ;
1816-1820 moyenne
de S années