‹ La production agricole & forestière dans les colonies françaisesChapitre 14 sur 90 · LE THÉ · texte numérisé non relu

LE THÉ

Si les colonies françaises ne se décident içême pas à poursuivre la culture des produits consommés en grande quantité dans notre pays, à plus forte raison se désintéressent-elles de ceux dont la consommation est relativement faible.

En effet, pendant qu'en Angleterre la consommation de thé par tête et par année s'élevait à 2573 grammes en 1895, elle était seulement de 18 grammes en France. Les pays où le thé est le plus apprécié sont l'Australie (3431 gr.), la Grande-Bretagne (2573 gr.); après viennent les Etats-Unis d'Amérique (645 gr.), la Hollande (610 gr.) et la Russie (40 gr.); enfin en dernier rang l'Allemagne (54 gr.), la France (18 gr.), l'Autriche (22 gr.) et la Belgique (12 gr.) (J). Il est vrai de dire que la consommation française tend à s'élever et pour les dernières années elle dépasse 20 gr. par tête.

Le thé (Thea viridis) est un arbrisseau toujours vert qui peut, lorsqu'il est abandonné à lui- même, atteindre 8, 10 et même 15 mètres de hauteur. Mais, dans les pays où on le cultive, à Ceylan par exemple, les plus grands pieds, réservés comme portegraines, dépassent rarement 3 mètres.

Les feuilles sont aiguës, presquelancéolées, finement dentées. Les fleurs hermaphrodites, blanches, sont groupées par trois ou quatre à l'aisselle des feuilles et se composent d'un calice à cinq ou six sépales entourant une corolle comprenant cinq à

(d) Semler (^ éd.), vol. I, p. 462.

DANS NOS COLONIES fiS

neuf pétales ; les étamines sont en nombre indéfini et rovHijv libre comprend trois loges. Il est surmonté d'un style trifide H de trois stigmates ; le fruit est une capsule loculicide.

Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer en détail les différents procédés de culture, ni de décrire les manipulations auxquelles la feuille doit être soumise avant d'être expédiée. Il nous suffira de dire que les thés verts et les thés noirs ne diffèrent qu{* pai le mode de préparation, les thés noirs étant tout d'abord soumis à l'action du soleil et malaxés à la main avant de subir la torréfaction qui est commune aux deux sortes de thés. Les thés verts sont au contraire torréfiés immédiatement après la cueillette. Pour rendre 1^ coloration verte plus vive et plus uniforme, les Chinois ajoutent souvent un peu d'indigo et de sulfate de calcium ; ce dernier produit fixe la couleur. La récolte des'feuilles ne doit commencer qu'à la fin de la troisième année, c'est-à-dire environ un an après la première taille. La cueillette dure toute Tannée à Ceylan, en repassant sur le même point tous les 7 à 10 jours (1).

Le thé contient : l^ une huile essentielle qui est la cause de sou arôme; 2<*dela ift^'m^ analogue à la caféine; 3^ enfin, un autre principe azoté que M. Peligot rapproche de la caséine du lait.

La consommation du thé en France est très peu considérable comme le montre le tableau suivant :

Périodes. Quantités mises en

consommation annuellement.

1827-1836 119.000 kilos.

(1) Boutilly, Le thé, sa culture et sa manipulation, G. Carré et .Viiiiil Paris, 1898.

Quantités mises en Années consommation annuellement.

J894 701.435 kilos

Comme on le voit, la progression, pour être lente, est cependant très nette.

Le thé est surtout produit en Chine et les exportations de ce pays s'élèventannuellement, depuis près de 30 ans,àune moyenne de 110,000,000 livres (116,500,000 livres en 1895), dont la moitié à destination de la Russie (en 1895).

Le Japon en exportait 1 1,230,000 kilog. par an en moyenne, de 1876 à 1880, 26,580,000 kilog. en 1891 et 29,560,000 kilog. en 1894.

Formose en a produit 9,333,000 kilog. en 1894. Aux Indes anglaises la surface cultivée était de 391,120 acres en 1894, dont 256,000 dans la province d'Assam. En 1897 la production atteignait 66,200,000 kilog. contre 71,000,000 livres anglaises pour 1885, et 27,000,0000 livres anglaises pour 1875. Les exportations de Tannée 1899 ont atteint 164,000,000 de livres; presque tout ce thé des Indes anglaises est expédié en Angleterre.

Mais le pays qui a le plus rapidement développé ses cultures de thé est bien certainement Tîle de Ceylan.

Années Surfaces cultivées

1867 10 acres

C'est surtout la destruction des plantations de café par

VHemileia vastatrix (1869) qui a provoqué ce développement rapide des cultures de thé à Ceylan, Les exportations ont été les suivantes :

1888. . . . 7,200,000 kiloç.

Java produit aussi du thé et les exportations ont suivi la marche suivante :

1885. .... 2,423,000 kilog.

Les autres pays producteurs sont Natal, les îles Fidji, etc. En résumé, les exportations de 1899 peuvent être estimées comme il suit (d'après Cire. Duuring et fils).

Chine et Japon (1er juin-31 mai). . 64,382,000 kilog-. Java (1er juillet-30 juin) .... 5,557,000 —

Indes angolaises 74,251,000 —

Ceylan 56,426,000 —

La culture du thé a déjà été tentée à la Réunion dès 1858 par les soins de M. Perrotet, directeur du jardin botanique de Pondichéry, qui avait été envoyé à Java pour étudier les cultures de thé et qui rapporta des graines à la Réunion, Les plantations furent suivies pendant quelque temps puis définitivement abandonnées; il reste encore dans quelques propriétés des buissons de thé attestant la réalité de ces premiers essais. Dans ces dernières années cette culture a été entreprise de nouveau sur

les propriétés du Crédit foncier colonial; mais il n'existe pas encore d'exportations, à notre connaissance du moins.

L'Indo-Chine française, en particulier, dont la population consomme la liqueur de thé en grande quantité, est encore obligée de faire venir ce produit de la Chine, alors qu'elle pourrait se livrer à cette culture.

Le thé pousse partout au Tonkin et il existe déjà, paraît-il, une plantation de 3000 pieds organisée récemment par un colon français. « Dans la province de Thaï-Nguyen, les plantations de thé de MM. Girard et de Commailles me sont signalées comme réussissant bien et donnant un produit qui pourrait faire concurrence aux produits chinois de qualité moyenne. L'administration de son côté fait des essais de culture de thé à Muong-Hon (Haut-Laos). Elle y a établi une première pépinière qui compte actuellement 200 pieds provenant de graines achetées en Chine (1). » En Annam M. Lombard a obtenu d'excellents résultats aux environs de Tourane (2). Les exportations de thé qui ne s'élevaient qu'à 10 tonnes en 1897 ont atteint 32,502 k. en 1898; la valeur assignée par la douane à cette denrée atteint 46,942 francs soit 1 fr. 44 par kilog. La France a reçu en 1898 19,221 kilog. de thé venant d'Indo-Chine, soit environ le 1/45 de la consommation annuelle dans la métropole.

Sans aucun doute cette culture peut s'étendre beaucoup en

(4) Rapport du gouverneur général, 31 mai 1898.

(2) C'est vers 1780, après la révolte desTay-Son, que commença la culture du thé à Phû-thuong. En 4855 quelques jardins de thé furent créés sous rimpulsion du R P. Chamaison et plus tard du R. P. Vivier. En 4894 le P. Maillard et M. Leroy furent, sur leur demande, envoyés en mission par l'administration du protectorat, le premier en Chine, le second à Ceylan, pour y étudier la culture et la préparation du thé. C'est à la suite de cette mission que fut créée la société Lombard et C'*. L'avenir des plantations de thé à Phû-thuong peut être superbe, car il existe derrière Kien-Kien et Tung-Son toute une série de mamelons couverts de brousse dont le sol riche paraît convenir merveilleusement à la culture du thé. {BulL soc, géogr, comm,, 1897, n®' 8, 9 et 10).

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Indo-Chine. Elle pourrait, d'autre part, être entreprise avec succès non seulement à la Réunion, mais encore sur les plateaux de Madagascar et en Nouvelle-Calédonie (1).

(4) Les autres substances désignées sous le nom de thé sont les suivantes :

Thé du Paraguay (Ilex paragariensis) ;

Thé des Apalaches {/lex vomitoria) ;

Thé du Mexique (Chenopodium ambrosioides) ;

Thé d'Europe (Véronique, Sauge);

Thé de Sassafras {Sassafras officinalis).

Lecomte.

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