VANILLE
La Vanille est produite par des plantes du genre Vanilla appartenant à la famille des Orchidées. Rolfe (Bull, de Kew, 189S, p. 169) a fourni une description des espèces du genre. La principale est Y, planifolia Andr. originaire des provinces itiéridionales du Mexique et aujourd'hui cultivée dans la plupart des pays tropicaux. Nous citerons encore V. Pompona Schiede (Va ni lion de la Guadeloupe) ; V, Gardneri Rolfe (Brésil et lîabia) ; V. appendiculata Rolfe ; V. odorata Presl. ; Vanilla phœaritha (Jamaïque et Trinidad) (1).
L'espèce V, planifolia Andrew^s, paraît être non seulement nllc qui donne la vanille du Mexique, mais encore celle qui esl cultivée dans des autres pays tropicaux, à l'exception cL'peiidant du vanillon des Antilles produit par F. Pompona
Le V, planifolia^ originaire des régions chaudes du Mexique,
(1) La première notice botanique sur la vanille est de Clusius dans ICjcoUeorum Libri Decem (4605) ; il avait reçu des fruits de Morgan, apoihîcyîre de la reine Elisabeth.
DANS NOS COLONIES i'O
constitue une liane à tige cylindrique, verte, pourvue de racines adventives à Taide desquelles elle s'attache aux arbres qui lui servent de support. Les feuilles sont alternes, charnues, oblongues, à pétiole très court. Les fleurs, disposées en grappes axillaires pauciflores, sont colorées en vert très pâle ou plutôt en blanc verdâtre.
Les folioles du périgone, au nombre de six, sont disposées en ?
deux verticilles; Tune des pièces internes, le labelle, ayant la forme d'une lame épaisse repliée en gouttière, est connée à la base de la colonne. Celle-ci, longuement stipitée, porte une anthère unique, terminale, biloculaire, déhiscente par deux fentes longitudinales. L'ovaire est infère, uniloculaire, avec trois placentas pariétaux portant un grand nombre d'ovules anatropes très petits (1). 11 se continue dans l'intérieur du labelle par un stigmate à deux lames recourbées vers le bas et situées au-dessous de l'anthère.
Le fruit est une gousse de 0™12 à 0™25 de longueur, de la grosseur du petit doigt, uniloculaire, s'ouvrant longitudinalement en deux valves inégales.
C'est précisément ce fruit, préparé comme nous allons le dire en quelques mots, qui constitue la vanille du commerce. Quand on le coupe en travers il laisse exsuder un suc inodore, épais, qui contient une grande quantité de spicules d'oxalate de calcium. La face interne du fruit, qui contient la substance odorante (Hamburger et Fluckiger), est tapissée de poils courts sécrétant une substance inodore et contenant des gouttelettes d'huile.
Habituellement la vanille est multipliée par bouturage. Cependant J. de Cordemoy {Flore de la Réunion) dit qu'on a vu parfois les graines germer; mais les plants obtenus par ce moyen sont rabougris.
(1) En réalité chaque placenta se subdivise en deux lames de sorte que l'ovaire en contient six.
Nous ne pouvons, dans cette courte notice, décrire en détail les procédés suivis pour la culture de la vanille. Il nous suffira de dire qu'à la Réunion, comme au Mexique, la vanille est cultivée soit dans les forêts soit dans les champs; dans ce dernier cas on a soin d'établir des arbres d'abri et des supports (i), tandis que dans le premier ou doit déblayer la forêt et ne laisser que quelques arbres de place en place.
Les boutures sont disposées au pied des arbres dans de petites tranchées et la partie supérieure est fixée à Tarbre par une ligature.
Au Mexique, la pollinisation des fleurs de vanille se fait par l'intermédiaire des insectes; mais, à Ja Réunion et^dans les autres pays tropicaux où on cultive la vanille, cette pollinisation est opérée à la main. Morren le premier a montré, en 1837, la possibilité de pratiquer cette pollinisation artificielle (2) en écartant le labelle et on mettant l'anthère en contact direct avec le stigmate. On a coutume de ne fertiliser que les fleurs dont le pédoncule est bien développé ; on supprime les autres pour ne pas fatiguer la plante.
Les fruits ont atteint tout leur développement environ un mois après la fécondation ; mais ils ne sont mûrs que 6 à 7 mois plus tard.
Les gousses doivent être cueillies dès qu'on voit leur extrémité inférieure jaunir, ou bien quand elles changent de teinte et que sous la pression des doigts elles font entendre un léger bruissement. Un hectare de terre renfermant environ 5000 pieds de vanille peut donner 200 kilogs de vanille commerciale.
Les fruits récoltés ne dégagent pas du tout l'odeur sirecher-
(4) Le Pignon d'Inde (Jatropa Curcas), le Bois noir {Albizzia Lebbeck), le Sang Dragon (Dracœna Draco), le Jacquier (Artocarpus integrifolia), etc., sont employés dans ce but.
(2) Ann. of Nat. Hlst,, 4839, III. Avant Morren, un créole de Bourbon, nommé Edmond, avait déjà fait cette observation.
chée de là vanille qui ne se développe que sous Tinfluence d'une fermentation. Le traitement qu'on leur fait subir varie suivant les pays. A la Réunion on les plonge par paquets dans de Teau à 90^ (une immersion de 15 à 20 secondes ou 2 ou 3 immersions de 5 à 7 secondes). On les roule ensuite dans unecouverture de laine dans laquelle on les laisse à étuver pendant un quart d'heure environ. On les retire et après avoir essuyé les gousses qui sont encore humides, on les place dans une autre couverture qu'on replie sur elle-même et qu'on expose au soleil pendant quelques jours, jusqu'au moment où les gousses sont tout à fait souples, ridées dans leur longueur et qu'elles ont acquis une teinte brune uniforme. Il ne reste plus alors qu'à les faire sécher sur des claies en bambou (30 à 40 jours); puis on les rassemble dans des caisses en fer blanc, hermétiquement fermées, jusqu'à l'expédition. . La vanilline est la substance qui communique aux gousses de vanille leur odeur caractéristique, dette substance est un aldéhyde; elle existe en assez forte proportion (1,S à 2 0/0) dans les parois du fruit préparé ; mais Molisch pense qu'elle ne se trouve pas dans le fruit mûr non préparé. C'est elle qui forme les cristaux blancs, en forme d'aiguilles, qui recouvrent les gousses et qui constituent cequ'on appelle le givre de vanille. La vanille du Mexique, qui est cependant la plus estimée, contient la plus faible proportion de vanilline ; celles de la Réunion et de Java en contiennent davantage, mais en mélangiî avec d'autres substances qui en masquent l'odeur.
Mexique. — Les Espagnols trouvèrent la vanille en usage au Mexique à titre de condiment du chocolat et l'apportèrent en Europe. Mais cette denrée fut longtemps très rare et le Mexique avait conservé le monopole de sa production. Presque toute la vanille produite dans ce pays vient desEtats d'Oaxaca, Chiapas et surtout Vera-Cruz. D'après de Lanessan les exportations qui s'élevaient à 20,000 kilos en 1864 tombaient à
1938 kilogs en 1872. Mais la production s'est élevée de nouveau comme le montre le tableau ci-dessous.
Exportations du Mexique :
1888-1889 73.124 kilos.
Une forle proportion de cette vanille (66.700 k. en 1889-90) est expédiée aux Etats-Unis; TEurope reçoit le reste.
Pays autres que le Brésil et les colonies françaises. — La vanille est encore produite en petite quantité au Guatemala, , au Brésil (qualité médiocre), à la Côte occidentale d'Afrique, dans le Cameroun, à Maurice, à Ceylan et à Java. Les premiers envois de Ceylan datent de 1884. Dans ces dernières années l'Angleterre a reçu annuellement de sa colonie 600 à 1000 livres de vanille. On voit que la production est relativement faible.
A Maurice, d'après les renseignements que nous avons reçus de M. Boname, directeur de la station agronomique du Réduit, là. production paraît en décroissance comme le montre le tableau suivant qui fournit le chiffre des exportations depuis