‹ La production agricole & forestière dans les colonies françaisesChapitre 20 sur 90 · LE GIROFLE · texte numérisé non relu

LE GIROFLE

Les clous de girofle du commerce ne sont autre chose que les boutons desséchés de YEugenia caryophyllata Thunberg (Caryophyllus aromaiicus L.) de la famille des Myrtacées.

Le giroflier est un bel arbre toujours vert, de 9 à 12 mètres de hauteur, ressemblant à un myrte de grande taille et couvert de nombreuses fleurs groupées en petites cymes terminales.

Les feuilles du giroflier sont opposées, de même que les branches. Chaque fleur est formée d'un calice gamosépale à quatre divisions charnues et courtes, d'abord vertes, puis rougeâtres, entourant une corolle à quatre pétales alternes avec les sépales. Les étamines sont nombreuses et disposées en quatre faisceaux opposés aux pétales. L'ovaire est tout à fait infère, oblong, presque cylindrique et il renferme deux loges avec de nombreux ovules insérés sur la cloison de séparation.

Le giroflier peut se multiplier par marcottage ; mais gén éralement on le propage par semis.

Les graines perdent rapidement leur faculté germinative et c'est avec grande difficulté qu'on peut s'en procurer de bonnes. On prépare, pour le semis, des planches dans lesquelles on enfonce les fruits à 1 ou 2 centimètres de profondeur et à 0"\20 les uns des autres.

Six mois après, les jeunes plants ont déjà 0'",15 à On», 20 de hauteur ; on les arrache pour les placer dans des pots de bambou et quand ils ont 0"™,30 à 0™,40 de hauteur on les met en place à 4 ou 5 mètres les uns des autres.

Le giroflier commence à fleurir vers la première année. Les boutons affectent la forme d'un clou; l'ovaire en forme la tige; la tête est enveloppée par les sépales. Blancs à leur apparition, ces boutons prennent au bout d'un mois et demi ou deux mois une teinte rosée. C'est alors qu'il faut procéder à la cueillette, avant l'épanouissement des fleurs. Cette opération se fait à la main ou en s'aidant de petites baguettes ou de gaules dont on frappe des coups secs sur les branches. A Amboine les deux récoltes annuelles se font en juin et décembre.

Il n'y a plus qu'à sécher la récolte au soleil et à la mettre en sacs ou de préférence en barils bien secs pour l'expédition en Europe.

On compte qu'un giroflier adulte peut fournir 1 ou 2 kilog. de clous de girofle. Chaque kilog. contient environ 10,000 clous.

Chaque clou de girofle mesure environ 12 millimètres de long et le bouton globuleux du sommet 4 millimètres de diamètre. Une section transversale de la partie allongée du clou de girofle montre que sous Tépiderme existent de nombreuses glandes atteignant jusque 3/10 de millimètre de diamètre et contenant une huile essentiellcr L'essence connue en pharmacie sous le nom d'Oleum caryophylli peut en être extraite dans la proportion de 16 à 17 pour 100.

Les diverses marques de clous de girofles qu'on rencontre dans le commerce ne présentent aucune différence essentielle de structure; elles ne se distinguent que par la taille et aussi par la proportion d'huile essentielle.

Les clous de girofle sont surtout consommés sous forme d'épice; leur emploi médicinal est très restreint.

Les pédoncules des fleurs sont aussi employés sous le nom

de griffes de Girofle. A Zanzibar ils sont désignés sous le nom de Vikunia. On les utilise pour falsifier les clous de girofle moulus, vendus par les épiciers.

Les clous de girofle sont connus depuis longtemps en Chine. Plusieurs écrivains chinois rapportent que deux siècles avant Tère chrétienne les officiers de la Cour avaient l'habitude de mâcher les clous de girofle, avant de s'adressera leur souverain, afin que leur haleine eût une odeur agréable (1).

Les clous de girofle sont énumérés dans le tarif de Marseille en 1228, dans celui de Barcelone en 1252 et dans celui de Paris en 1296. Mais la valeur marchande de ce produit était alors très élevée et l'emploi en était, pour cette raison même, très restreint.

On croyait les clous de girofle exportés de Java; mais, en réalité, ils venaient des Moluques et Pigafetta, compagnon de Magellan, donnait une bonne description du giroflier en 1S21.

Pendant près d'un siècle les Portugais conservèrent jalousement lemonopolede ce commerce; les Hollandais, qui s'emparèrent des îles Moluques en 1605,adoptèrent aussi des mesures exceptionnelles pour se réserver lecommerce du girofle. Ils tentèrent même de détruire cette culture aux Moluques et de laconfinerdans quelques petites îles et spécialement à Amboine. Les Moluques (îles aux girofliers) ne produisent plus de girofle.

C'est à Poivre, gouverneur français de Maurice et Bourbon, que nous sommes redevables de l'introduction de la culture du giroflier dans ces colonies (1770). De là il fut transportée Cayenne (1773), à Saint-Domingue, à la Martinique et vers la fin du siècle à Zanzibar.

Le giroflier est surtout cultivé à Amboine, Haruku, Saparua et Nusalaut, à Java, à Zanzibar et à Pemba. A la suite del'oii-

(1) Fluckiger et Hambury, traduct. française, p. 499.

ragan dii 15 avril 1872, qui détruisit les plantations de Zanzi- ImrjH culture s'est confinée à Pemba.

Le tableau ci-dessous donne une idée de l'importance du romiaerce des clous de girofle en France :

IMPORTATIONS ANNUELLES MOYENNES

PKRIOUES

Commerce général.

Commerce spécial

Pour l'année 1898, les importations de clous de girofle en Franceont atteint le chiffre de 658,091 kilogs dont 132,253 kilogs provenant des colonies françaises (49,061 kilogs de Mayotte, 05, ol3kilogsde Madagascaret dépendances, 16,014 kilogsdela Rtninîon et 1665 kilogs des autres colonies). Les importations de 181)8 comportent en outre 39,396 kilogs dégriffés.

(aifiime on le voit, nos colonies ne sont représentées que par MfiyoLle, Nossi-Bé, Sainte-Marie de Madagascar et la Réunion. La Guadeloupe et la Martinique ne produisent plus de givot\t\ A la Guyane, où cette culture avait été introduite en 1779, l'Ile avait pris rapidement une certaine extensioii, puisque, en \HU), elle était pratiquée sur 39 habitations dont 23 à Roura i)rcupant une surface de plus de 1100 hectares (Revue coloniale. IMiO, t. III). De 1832 à 1836 les exportations annuelles moyennes s'elevèrentà 114,463 kilogs de clous de girofle et 19,521 kilogs dégriffés; de 1837 à 1841 elles étaient respectivement de 140,U76 kilogs et2,680 kilogs. En 1844 les exportations étaient eneure^de 119,869 kilogs de clous et 28,233 kilogs de griffes. En 1850 elles s'abaissaient déjà à 76,307 kilogs de clous et

21,634 kilogs dégriffés; en 1851, 48,549 kilogsde clous et 6543 kilogs dégriffés. Depuis cette époque les exportations n'ont fait que s'abaisser et, actuellement, ces cultures ont à peu près complètement disparu de la colonie.

La culture du giroflier était aussi très prospère à la Réunion dans la première moitié du siècle et, en 1844, 1845 et 1849 la colonie exportait en France les quantités suivantes :

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