‹ La production agricole & forestière dans les colonies françaisesChapitre 19 sur 90 · LE POIVRE · texte numérisé non relu

LE POIVRE

Le poivrier noir {Piper nigrum L.) de la famille des Pipéracées, est un arbuste volubile, vivace, pourvu de racines adventives à l'aide desquelles il peut grimper le long des arbres. Les fleurs sessiles sont disposées en épis allongés (8 à J5 cm.) et opposés aux feuilles ; chacune d'elles se trouve logée dans une sorte de cupule constituée par une bractée. Les fruits ressemblent à de petites cerises et sont fixés au nombre de 20 à 30 sur un pédoncule pendant. D'abord verts, ils prennent ensuite une couleur rouge et enfin passent au jaune si on les laisse mûrir complètement. En général on les récolte avant la maturité et, en se desséchant, ils acquièrent une coloration brune ou noirâtre. Chaque fruit desséché présente la forme d'une sphère ridée d'environ 4 millimètres de diamètre offrant à un pôle une petite tache indiquant le point d'insertion et au pôle opposé trois ou quatre lobes d'ailleurs très peu distincts provenant du stigmate. Sous un péricarpe mince ce fruit contient une seule graine dont l'albumen est corné en dehors et farineux en dedans.

Le poivre contient une résine, une huile essentielle (1,6 à 2,2 p. 0/0), de la Pipérine (2 à 3 p. 0/0) et une matière grasse.

La culture du poivrier exige des soins constants qu'il esl impossible d'attendre de certains ouvriers des régions tropicales. On le multiplie par boutures et on a soin de lui ménager des supports ; si la plante tend à s'élever trop haut on dispose des perches horizontales à une certaine hauteur. Il est utile

(le clioisir convenablement remplacement de la plantation, car le ](«>ivrier exige un sol relativement riche ; de plus il a besoin i\\*'du et pendant les saisons sèches les arrosages sont absolu iiHnU nécessaires. Enfin il doit être abrité par des arbres plus ('^l('% rs contre les ardeurs du soleil. Ces arbres peuvent d'ailleurs ixiîistituer les supports de la plante.

Dans un sol riche le poivrier peut déjà commencer à protiuirr dès la première année; mais le plus souvent il faut atteiiflie la troisième année. Les récoltes vont en augmentant J!isr[ae vers la sixième année et se maintiennent dix ou quinze ans MU bout desquels elles commencent à diminuer. Dans le Mîilîibar le poivrier fleurit en mai et juin et la récolte se fait mi rommencemetit du mois suivant. On coupe les épis dès que les deux ou trois baies inférieures de chacun d'eux prennent iinr teinte rouge. Il ne reste plus qu'à les faire sécher au soleil nii, si c'est nécessaire, dans des paniers devant le feu.

\j' poivrier noir est indigène des forêts de Travancore et jjij Malabar. De là il a été transporté à Sumatra, à Java, a fiornéo, aux Philippines, dans le Siam, en Indo-Chine et, \i\{\x tard aux Indes occidentales et même à la côte d'Afrifjue.

Si le poivre noir ne constitue aujourd'hui qu'un objet de trafic d'importance secondaire comparativement aux denrées coiriTiie le café, le cacao, le sucre, il faut remarquer que c'est Tune des épices les plus anciennement connues et employées |ïiir lliomme. Théophraste en distinguait deux espèces. Sans Taî re l 'historique complet de l'introduction du poivre en Europe, re i|iii nous entraînerait trop loin, nous pouvons dire que penilaiii le Moyen Age le poivre était la plus estimée de toutes les rpïces et constituait un objet de commerce de première ini- [Hïrlîince auquel Venise, Gênes et d'autres villes d'Europe dur <'iit une partie de leur prospérité.

[.(' poivre blanc n'est autre chose que le poivre noir débar-

rassé de la partie colorée du péricarpe. D'après Buchanan (1), pour obtenir le poivre blanc dans le Travancore, on laisse mûrir les fruits avant de récolter les grappes. On les conserve pendant trois jours au bout desquels ils sont lavés et frottés entre les mains dans un baquet, ce qui les débarrasse des pédoncules et d'une partie de la pulpe. Ce poivre blanc, surtout produit sur la côte de Malabar et dans la région des détroits, est beaucoup plus apprécié en Chine qu'en Europe (2).

La culture du poivrier se trouvait autrefois confinée naturellement entre 96° et 11 5° de longitude ouest et entre 5® de latitude sud et 12° de latitude nord. La production moyenne de ces pays est d'environ 30.000 tonnes, dont 12,000 pour Sumatra seulement. En y ajoutant la production de Ceylan, des Indes anglais€is, de la Cochinchine et des Philippines, on arrive à un total de plus de 35.000 tonnes.

Les exportations de Java et Madura, qui étaient en moyenne de 2.100.000 kilos par an, de 1887 à 1891, se sont élevées à 4.700.000 kilos pendant la période 1892-1896.

Au Siam, les plantations sont toujours à unecertaine altitude et la production annuelle peut être estimée à 1.800.000 kilos. Les exportations de 1897 se sont élevées à 10.223 piculs et celles de 1898 à 15.122 piculs.

(1) Buchanan, Journey from Madras, 1807.

(2) On désigne encore sous le nom de poivres les produits suivants dont quelques-uns n'appartiennent pas au genre Piper :

Le poivre long {Piper officinarum D. C. et P. longum L.) ; Le poivre Cubèbe (Piper Cubeba L.);

Le poivre noir de TAfrique occidentale (Piper Clusii C. DC); Le poivre des Ashantis (Piper Guineense Schum. et Thonn.); Le poivre Kava (Piper methysticum Forster), de la Polynésie; Le poivre des nègres ou d'Ethiopie (Xylopia aethiopica A. Rich.) ; Le poivre d'Inde ou de Guinée (Capsicum) ; Le poivre de la Jamaïque (Pimenta officinalis]\Anà\&y) ; Le poivre du Japon {Xanthoœylumpiperitum fôc]a. famille des Rutacécs); Japon, Corée et nord de la Chine.

Aux Indes anglaises la production ne dépasse pas 900.000 kilos. En 1896, les importations étaient de 6.338.000 livres anglaises et les exportations de 8.136.000 livres. ACeylan, on ne compte guère qu'une centaine d'acres consacrés à cette culture.

Les principaux centres de commerce du poivre enOrientsont Penang et Singapoure, qui exportent ensemble annuellement 18.000.000 kilos de poivre noir et près de 7.000.000 kilos de poivre blanc.

En dehors de la Chine, qui consomme une quantité considérable de poivre et Surtout de poivre blanc, les principaux pays d'importation sont : les États-Unis qui en consomment près de 7.000.000 kilos annuellement; TAllemagne (4.400.000 kilos), l'Angleterre (4.500.000 kilos) et la France (2.600.000 kilos).

Sur le chiffre total de ses importations annuelles (commerce général), l'Angleterre reçoit plus des 9/10 de poivre de ses colonies (en 1896, 24.S81.000 livres sur 26.113.000, soit 23.841.000 livres des Détroits, 782.000 de Madras, 265.000 de Bombay, 250.000 de Zanzibar et Pemba, 274.000 du Niger et 107.000 de Sierra-Léone).

Les importations de poivre en France depuis 1827 ont suivi la progression indiquée ci-dessous :

IMPORTATIONS ANNUELLES MOYENNES

Commerce général.

Commerce spécial.

La France ne consomme guère que 2.500.000 à 2.600.000

kilos de poivre. La moitié nous est fournie par Tlndo-Chine. Les importations de 1898 se sont élevées à 3.547.113 kilos au commerce général et à 2.853.693 kilos au commerce spécial. Sur ces importations, 2.313.170 kilos sont de provenance indochinoise.

Les cultures des Antilles et de la Guyane, qui étaient relativement prospères au milieu du siècle, n'existent presque plus. Les exportations de la Guyane qui atteignaient une moyenne de 15.625 kilos pour la période 1832-1836 tombaient rapidement à 3.165 kilos pour la période suivante de 1837 à 1841 et à 9 kilos seulement pour l'année 1844. Les essais avaient donc échoué complètement.

Il existe en Indo-Chine deux centres principaux de culture du poivrier : Bien-Hoa et Hatien, ce dernier centre comprenant les grandes plantations de Baïot, Hon-Chong et Rach-Dung.

L'expérience acquise par les colons dans cette culture spéciale permet d'établir comme il suitle rendement moyen des poivriers:

Pieds de 1 an et au-dessous ... »

— 2 ans ...'.... »

— 3 ans 0435

— 4 ans 0^575

— Sans 1*^030

— 6 à 15 ans l'^750

— 16 à 25 ans l''690

— 25 à 35 ans O'^IS

Or, en 1895, un recensement opéré dans la colonie a établi qu'il existait 343.191 pieds de 6 à 15 ans, 166.000 de 1 à 3 ans, 37.000 de 4 ans et 51.500 de 5 ans (les jardins privés ne sont pas compris dans ce recensement).

Le chiffre théorique des récoltes, en tenant compte des données ci-dessus, peut être estimé à plus de 800.000 kilos par an pour la période 1892-1898.

Lecomte. 0'

D'autre part les exportations de Cochinchine ont été les suivantes :

La culture du poivrier est aussi très répandue au Cambodge où depuis longtemps les jonques chinoises venaient s'approvisionner de cette denrée. D'après l'impôt perçu sur les poivriers en plein rapport, impôt qui a été arrêté à 50.000 fr. pour 1899, on peut estimer que la récolte, pour cette dernière année, doit s'élever à plus de 1.500.000 kilos.

Pour l'ensemble de l'Indo-Chine les exportations ont été les suivantes dans ces dernières années :

1892 1,092,000 kilog.

Mais la production dépasse les exportations de quelques centaines de milliers de kilog. car la consommation locale est assez importante.

Avant l'application des tarifs de 1892, les poivres de l'Indo- Chine, ne jouissant d'aucune détaxe à leur entrée en France, étaient exportés pour toutes les destinations, ceux de la Cochinchine pour Singapour et ceux du Cambodge pour la Chine.

De nouvelles plantations ont été créées à la suite de la promulgation de la loi de 1892, les récoltes ne peuvent que s'ac-

croître de jour en jour et les poivres d'Indo-Chine, au lieu de faire escale comme autrefois à Singapour pour être delà dirigés sur les divers pays d'Europe, sont directement embarqués pour la France. Il est probable que dans quelques années Tlndo- Chine nous fournira tout le poivre qui entre dans la cohsom- mation. En effet notre commerce d'importation demande actuellement le poivre à l'Indo-chine (surtout depuis 1892) tandis que les importations des Indes anglaises, autrefois prépondérantes, deviennent de plus en plus faibles.

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