COTON
Guyane, — Les textiles végétaux se montrent tout particulièrement abondants à la Guyane et, en plusieurs occasions, l'Exposition permanente des colonies en a reçu des collections très curieuses. Les cotons compris dans ces envois ne sont pas tous de même nature ; les uns se rapprochent du Géorgie longue-soie, les autres du Jumel d'Egypte. Les cotonniers deviemient arborescents et le produit qu'ils fournissent a toujours été très af^récié. Dans le Haut-Oyapock les indigènes cultivent, d'après Coudreau, une variété supérieure encore à celle qui se trouve à la côte. D'ailleurs, entre l'Oyapock et le Vincent Pinçon, toutes les terres basses conviendraient à la culture du cotonnier. Autrefois cette culture comptait même à juste titre au nombre des plus importantes delà Guyane, Dans la période 1832-1836 la surface cultivée était de 2,750 hectares et les exportations atteignirent 219,600 kilos. De 1837 à 1841 la surface consacrée à cette culture se réduisit à 2,350 hectares et la production annuelle moyenne atteignit 166,400 kilos. Les principaux centres de culture étaient Macouria, Kourou, l'Oyapock et l'île deCayenne. En 1844 les exportations étaîentencore de 162,679 kilos ; elles tombaient à 15,320 kilos en 1850 et à 4,724 kilos en 1851. Dès cette époque les exportations devinrent insignifiantes. Actuellement, la rareté de la maind'œuvre ne permettrait pas de reprendre cette culture; d'ailleurs le climat de la Guyane est un peu trop humidepourle cotonnier et les pluies diluviennes, qui tombent constaYnment, ne permet-
traient pas toujours d'assurer la récolte dans des condilions* satisfaisantes.
Antilles, -. — La culture du coton a été fort longtemps en honneur aux Antilles, caria nature du sol et Taction bienfaisante des brisés salines se combinent heureusement pour rendre ces pays particulièrement propres à la culture des cotons longue soie. Non seulement on rencontre le cotonnier à rétat sauvage sur les mornes, sur les rocs et dans les sables du bord de la mer ; mais ce sont précisément les plus belles espèces qui paraissent convenir le mieux à ces terres favorisées*
D'ailleurs, le cotonnier s'il est surtout cul tivéactuellemeiU aux Etats-Unis, est essenliellenaent une plante des pajs chauds et, c'est précisément de rAmérique tropicale, que la cuUure de cette plante s'est propagée aux Etats-Unis. Le coton élail îiiitrefois produit en si grande quantité aux Antilles que Gliristojihc Colomb s'en fournit là en 1493 et en fit la base du Iribul imposé aux Caraïbes.
Les premiers colons qui s'établirent aux Antilles se firent planteurs de coton et de tabac; ils eurent soin, à Texcmple des indigènes, de ne semer que les sortes de cotonniers qui existaient dans le pays et ils obtinrent ainsi des produits sans mélange qui ne tardèrent pas à être hautement appréciés en Europe on ils atteignirent des prix supérieurs à tous les autres cotojis.A la fin du siècle dernier, en 1785, les exportations de la Martinique s'élevaient à 1,512,000 livres et celles de la Guadeloupe à 835,380 livres. , ,
Malheureusement, notre siècle a vu baisser progressivement la production cotonnière des Antilles à mesure que celle de la canne à sucre prenait de plus en plus d'importance et Jes exportations de coton se réduisent actuellement à quelques centaines de balles. C'est d'ailleurs en grande partie à Tavidilé croissante des colons établis aux Antilles qu'il faut attribuer l'abandon des cultures de coton, car, désireux de se proc'jrer un
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revenu plus considérable, ils avaient introduit des variétés à grandes capsules et produit, entre les divers cotonniers, des
mélanges tels que les cotons récoltés manquaient d'homogénéité et perdaient de jour en jour leur ancienne réputation.
Pendant ce temps, quelques émigrés de Bahama introduisirent le cotonnier longue-soie à la Caroline du sud et dans les îles dulittoral. Aujourd'hui, les Etats-Unis sont devenus le centre le plus important de production du coton et les Antilles ne comptent même plus à ce point de vue.
L'un des écrivains les plus autorisés ayant écrit sur les Antilles, le savant P. Labat, s'exprimait comme il suit en f 1696 : « Le trafic le plus con- 4 sidérable qui se fasse, depuis la rivière du Baillif jusqiCau Gros Morne est celui du colton ». Comme on le voit, à la fin du xvii= siècle, la culture du coton était déjà prospère à la 'Guadeloupe. Mais elle n'a fait que décroître depuis, comme le /notitre le diagramme ci-contre qui donne les moyennes décennales des exportations de coton de la Guadeloupe depuis 1816. La culture du cotonnier est aujourd'hui complètement abandtinnée et les jilanteurs qui s*y livraient encore, il y a quelques années^ paraissaient plus désireux de s'assurer les bénéfices truue prime que de fournir du coton à l'exportation. En effet,
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Eïporlations de coton de la Guadeloupe tiepuis 1816.
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de 1881 à la fin de 1896, la colonie a payé aux planteurs un total de primes s^élevant à 63,585 fr. et, pendant la même période, le total des exportations de coton s'est élevé à 2,696 kilog. , pour 15 ans, soit environ 24 fr. de prime par kilogramme de coton exporté !
A la Martinique, la culture du coton était relativement prospère à la fin du siècle dernier. En 1779 la surface cultivée était de 2724 hectares et les exportations de 1785 s'élevèrent à 1,512,000 livres. Mais, à partir de 1827, les exportations devinrent presque RuUes pour reprendre quelque importance pendant la période de la guerre de Sécession; elles s'élevèrent à46,283 k.
en 1865. Mais, avec la baisse des prix qui survint après la guerre, ces cultures furent abandonnées et, actuellement, les exportations sont insignifiantes. Bien mieux, les usines de filature faisant défaut, notre colonie ne fournit même pas le coton qui lui est nécessaire et son commerce de cotonnade, au lieu de s^alimenter exclusivement dans la métropole, reçoit surtout ses marchandises d'Angleterre.
Afrique, — Le cotonnier se trouve à Télat spontané dans toutes les contrées chaudes de l'Afrique, depuis la côte orientale jusqu'à la côte occidentale ; mais il n'existe de véritables cultures qu^en Egypte. Si le bassin du Nil et, en particulier, la région du Delta, se montre particulièrement favorable à la culture du cotonnier, il faut reconnaître que les mêmes conditions ne se trouvent pas réalisées en Tunisie et en Algérie. Une différence
de latitude d'environ 5° entreles.côtes septentrionales de TEgyple Lecomle. 12*
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Exportations de coton de la Martinique depuis 1818.
et de l'Algérie provoque une notable diflFérence de climat et les variations brusques de température, qui se produisent fréquemment dans nos possessions du Nord africain, ne permettraient guère une culture comme celle du cotonnier.
Cependant on a essayé de cultiver le coton en Algérie; les premières tentatives remontent à 1850; et^ dès l'Exposition de 1855, on pouvait déjà admirer une imposante collection de 250 échantillons de cototis algériens, produits par 150 planteurs différents. L'Empereur accorda aux cultures de coton les encouragements les plus marqués (décret du 16 octobre 1853); les provinces en instituèrent de leur côté ; on fournissait les graines et le gouvernement s'engageait à acheter lui-même les récoltes aux prix les plus élevés.
En 1861 on accordait 100 fr. par hectare cultivé en coton et 2 fr. 75 parkilog.de coton égrené. Ces encouragements, notoirement exagérés, eurent le résultat qu'on en pouvait attendre : les colons s'adonnèrent avec acharnement à une culture qui devait leur fournir de si beaux bénéfices ; ils habituèrent les ouvriers à des salaires trop élevés et négligèrent d'acquérir les connaissances spéciales que nécessite une culture aussi délicate que celle du coton. Cependant, la disette de coton, provoquée par la guerre de Sécession, vint encore donner un nouvel essor à la production du coton et les récoltes s'élevèrent successivement
4,301 kil.
. 149,000 kil.
Mais, naturellement, les primes furent successivement abaissées, et quand les prix de vente reprirent leur cours normal, après la guerre, la culture du coton ne fit plus que péricliter. En 1871 la production s'éleva encore à 270,000 kilog. Depuis
€6 moment la culture du colon a été complètement abandonnée.
En Tunisie on a fait aussi des essais de culture à peu près à la même époque qu'en Algérie et, en 185S, une société de planteurs s'était fondée à Tunis, grâce aux soins de la Cotton Supply Association de MdLïichesier, Mais, soit insouciance de la part des indigènes, soit méfiance, soit par suite de difficultés naturelles provoquées par le sol et par le climat, la culture du cotonnier n'y a jamais pris aucune extension. Dans ces dernières années des tentatives nouvelles ont été faites àTécole coloniale de Tunis et les résultats ont paru très satisfaisants.
On rencontre aussi le cotonnier sur toute la côte occidentale d'Afrique, depuis le Maroc jusqu'à Tembouchure du Congo, de même que dans les îles Fernando-Po, du Prince et San Thomé ; mais nulle part il n'est cultivé d'une façon suivie.
Au moment de la guerre de Sécession on a fait quelques tentatives de culture au Sénégal ; en 1866 existaient des plantations assez importantes chez les Sérères (Fritz Kœcklin) ; à Saint- Joseph, près de Dakar (M»'' Kabès) et au confluent du Taouey avec le Sénégal (M. Ardin d'Elteil). Au même moment M. Lécard entreprenait la culture du coton à Richard-Toll et, d'après lui, le Serère, qui est le plus facile à cultiver et « qui donne par hectare plus de 70 kilog. d'une blancheur éclatante », est un de c^ux qu'il faudrait surtout propager.
Lftfik déterminations que nous avons pu faire de cotonniers provenaiiBi(^ du Sénégal nous ont permis de reconnaître les espèces sunii^ptes :
Gossypiiim t^mkadense L. (Toubole) ;
Gossypium herbac^um L. (Moho) ;
Gossypium hirsutum L. (Ndârgo).
Autrefois, chaque famille entretenait une plantation de coton assez développée pour suffire aux besoins de Tannée et comprenant de 50 à 300 pieds. Tous les ans, des tisserands passaient avec des métiers rudimentaires et fabriquaient des bandes
larges de m. 12 à m. 15, dont on cousait 7 ou 8 ensemble pour faire des pagnes.
^introduction de tissus d'Europe, ressemblant aux plus beaux pagnes, amena une baisse rapide et considérable de prix pour les tissus indigènes ; d'autre part, le commerce se mit bientôt à vendre des filés de coton teints, à l'aide desquels les indigènes pouvaient produire, même avec leurs métiers primitifs, les dessins les plus variés. Dans ces conditions, on le comprend facilement, la culture du coton ne fit que péricliter, c'est-à-dire que les champs de coton furent abandonnés, comme, en France, se sont évanouies les petites cultures de lin et de chanvre.
Enfin, la substitution de la monnaie d'argent aux produits, d'échange a porté le dernier coup à cette culture et les noirs ai^nent mieux, naturellement, s'adonner à l'exploitation de produits que le commerçant européen achète contre de l'argent que de produire des pagnes qui se vendent actuellement 1 fr» ou 1 fr. 50 au lieu de 2 fr. 50 et 3 fr. qui étaient les prix d'autrefois. D'ailleurs, les commerçants européens leur fournissent, pour un prix modique, des étoffes de superbe apparence, dont les couleurs criardes et les dessins de mauvais goût satisfont leur amour du clinquant et flattent leur enfantine vanité.
On a fait, dans ces dernières années, certainbruit autour du coton que fournit le Soudan. Près des villages du Soudan comme près de ceux du Sénégal, se trouvent, en eff'et, des plants de cotonnier qui fournissent le coton pour les besoins domestiques. On en a soumis un échantillon à un commerçant du Havre qui lui a attribué une valeur marchande de 42 fr. les 50 kilogs {Travail National, 18 décembre 1898). Avec la rapidité qui caractérise certaines imaginations, on a vu là une source importante de coton pour notre industrie nationale et, sans plus tarder, on a fait du Soudan la source prochaine du coton que nous demandons maintenant à l'étranger. Il est de notre devoir de
ramener à de plus justes mesures des illusions fondées beaucoup plus sur de patriotiques espérances que sur la réalité des faits.
On oublie que le coton du Soudan n'est en somme que de qualité très ordinaire et que les cotons de cette sorte nous sont fournis à des prix très modiques par les Indes anglaises où l'abondance et le bas prix exceptionnels de la main-d'œuvre ont permis d'atteindre les limites extrêmes du bon marché. Il n'est pas du tout prouvé que les mêmes conditions puissent être réalisées au Soudan ; autre chose, est de trouver du coton dans un pays et d'y pouvoir établir des cultures importantes; malheureusement, le Soudan paraît être la Terre promise de ces mirages. Avant de croire à la possibilité d'une grande extension des cultures de coton dans ce pays, nous voudrions y voir entreprendre quelques plantations d'essai.
A l'exposition de 1866, on pouvait déjà voir des échantillons de coton provenant de Grand-Bassam, d'Assinie et du Dahomey. A la Guinée on le rencontrée peu près partout; à la Côte d'Ivoire on l'a signalé jusqu'à plus de 100 kil. de la côte.
La maison Régis, établie depuis longtemps au Dahomey, avait tenté d'établir des cultures ; mais elles furent vite abandonnées, car l'indigène de la Côte occidentale d'Afrique se livre difficilement à un travail aussi régulier que celui que réclame la culture du cotonnier.
On rencontre, de même, le cotonnier au Congo ; il en existe quelques plants autour de chaque village et les indigènes en recueillent les capsules. Mais si les noirs du Congo possèdent des métiers à tisser le raphia, ils ne savent pas produire, avec le coton, des fils assez fins et assez retors pour en tisser des étoffes, et ils se contentent, du moins dans les pays que nous avons visités, d'en faire, au crochet, des sacs ou des bonnets d'un travail parfois assez élégant.
Madagascar, — Avant l'introduction des cotonnades euro-
péennes, ll^s Malgaches cultivaient beaucoup le coton. On ne trouve plus acLuellement que quelques rares plantations dans rEniyrne et encore sont-elles fort peu importantes.
Le cotaiinîcr poussé à Tétai sauvage dans la partie ouest de Fîle. La vallée deMangoro ainsi que les régions de Tananarive et de rianaranlsoa conviennent particulièrement à sa culture. Le bas prix exceptionnel delà main-d'œuvre permettrait peutêlre de créer avec profit à Madagascar d'importantes plantations de cotonniers.
Mayolle. — Les cotons de cette provenance se montrent d'assez bonne qualité et se rapprochent de ceux delà Nouvelle- Orléans. On a pu en voir des échantillons dans chacune de nos expositions ; ils ont même obtenu des récompenses àTexposition du Havre (1887) et au concours général agricole de Paris (1888); mais il n'y a eu jusqu'ici que de timides essais de plantations. M. de Faymoreau, qui en a pris l'initiative, dit avoir récolté jusqu'à 750 kil. de graines à l'hectare, fournissant 250 kil, de coton égrené, ce qui constitue un rendement relati veine ni élevé.
Réunion^ — Les cotons de l'île de la Réunion ont joui pendant fort longtemps d'une réputation méritée ; mais leur production a toujours été en diminuant depuis 1875, à mesure que la culture de la canne à sucre prenait une extension de plus en plus grande et les exportations de coton sont actuellement à peu près nulles. Cependant on peut récolter à la Réunion les cotons les plus appréciés, présentant beaucoup d'analogie avec les meilleures sortes d'Amérique.
Dans la partie de l'île qui est sous le vent, les émanations salines et Tabsence de grosses brises sont éminemment favorables à son développement. Les cotonniers poussent naturellement et deviennent arborescents. D'après M. E. Jacob de Cordemoy {Flore de Vile de la Réunion, Paris, 1895), l'espèce de la Réunion est le G. barbadense L. Les habitants du pays
désignent ce coton sous le nom de gros coton. La plante, d'après le même auteur, est beaucoup, moins sujette que le G. herbaceiim aux maladies qui envahissent d'ordinaire les plantalions de cotonniers.
Malheureusement l-introduction des cultures de canne à sucre a déterminé une hausse très marquée des salaires, hausse d'autant plus sensible que la somme de travail fournie par un indigène en une journée est elle-même très faible. Une fois le salaire payé, il ne reste plus au planteur un bénéfice suffis^t pour couvrir les frais généraux de son exploitation.