GUTTA-PERCHA
La gutta-percha, pas plus que le caoutchouc, dont elle diffère d'ailleurs bien plus par les propriétés physiques que par la composition chimique, n'est un produit unique et chimiquement défini. En réalité, sous le nom de gutta-percha, se cachent des produits très divers, constitués par des mélanges dont la formule est singulièrement variée. Il n'y a pas seulement une bonne espèce de gutta, mais plusieurs qui répondent chacune à un but et ce sont ces bonnes espèces qu'il s'agit de propager*
D'après W. Burk, Vhonandra Gulta Hooker {Palaquium Gutla Burck), qui fournissait dans les premiers temps la gutta livrée au commerce, n'existe plus à l'état spontané et la gutta récoltée actuellement est produite par d'autres arbres qui appartiennent pour la plupart au même genre Palaquium ou du moins à la même famille des Sapotacées, en particulier les Palaquium obtongifotium^ Pierre, P. Borneense Burck, P. Kranlzia7ium, Pierre, P. Calophijllum, Pierre, P. Treubii Burck, le Payena Leerii B. et H., etc. Enfin un succédané de la guttapercha, utilisable pour certaines applications spéciales, la balata, est fournie par le Mijnusops Balata Gaertn.,des Guyanes. Les Palaquium et Payena sont au contraire confinés dans l'archipel malais et principalement à Sumatra.
On a souvent annoncé la découverte de nouvelles sortes de guttas, principalement à la côte occidentale d'Afrique où les Apocynées sont très abondantes dans les forêts et où elles fournissent souvent des caoutchoucs résineux présentant une certaine analogie avec la gutta. Tant que des études suivies, tant que des essais d'ordre industriel n'interviennent pas, il est sage de montrer la plus grande circonspection, car juger
un tel produit sur de simples apparences extérieures, c'est se préparer de cruelles désillusions.
Jusqu'ici la récolte de la gutta, livrée à l'initiative des indigènes, a entraîné la destruction des arbres producteurs de cette précieuse substance et les récolteurs pratiquent aujourd'hui les mélanges les plus variés pour arriver à produire une grande quantité de gutla; malheureusement, comme on peut le prévoir, ces mélanges nuisent singulièrement à l'homogénéité du produit et si la gutta-percha ne fait pas défaut sur les marchés européens, il faut reconnaître que les bonnes sortes sans mélange sont aujourd'hui singulièrement rares (1).
Dès 1848 des tentatives sérieuses de culture étaient faites dans l'île de Singapoure et on n'y établissait pas moins de 7 plantations dues à l'initiative de trois hommes dont les noms sont indissolublement liés à l'histoire de la gutta-percha : Montgomery, Oxley et d'Almeida. Ces plantations furent peu à peu abandonnées par les Chinois et les essais furent repris dès 1847 au jardin botanique de Buitenzorg dont les Hollandais ont fait un établissement botanique de premier ordre. En 1836, Buitenzorg recevait 2000 plants de Niato balam temboja provenant de Bornéo ; 80 de ces arbres ont pu résister et ils produisent régulièrement des graines depuis 1883. Enfin, en 1883, le gouvernement hollandais a fait établir à Tjipeter, dans la province de Preanger, un jardin d'expériences spécialement réservé aux arbres à gutta.
Les essais entrepris dans les colonies anglaises se réduisent à l'introduction de quelques plants de divers arbres à gutta dans les jardins botaniques de Peradeniya et de Henaratgoda, à Ceylan.
(1) Les statistiques françaises ne séparent pas la gutta-percha, et le caoutchouc; il en résulte qu'il n'est pas possible de connaître exactement l'importance du marché français en ce qui concerne la gutta.
Dès 1882, le gouvernement français confiait à M.TIngénieur Seligmann-Lui le soin de rechercher à Sumatra les arbres à gutta exploités par les indigènes et d'en tenter Tacclimatation dans notre colonie d'Indo-Ghine. Malheureusement les précieuses indications recueillies par M. Seligmann-Lui ne furent point utilisées et la question resta au point où elle se trouvait auparavant.
En 1886 et 1887 une mission fut confiée à M. SeruUas qui réussit à pénétrer dans l'Etat de Perack et fut assez heureux pour ramener à Singapour une certaine quantité de jeunes arbres à gutta recueillis dans la forêt. Quelques-uns de cesplants furent distribués à nos colonies de la Côte Occidentale d'Afrique et des Antilles ; nous avons retrouvé (1898), au jardin de Saint-Pierre (Martinique), un plant qu'on nous a signalé comme étant de cette provenance ; il était d'ailleurs resté maigre et chétif et ne mesurait' que 0'"30 ou 0'"40 de hauteur.
M. Humblot, résident honoraire à la Grande-Gomore, réussit en 1889 à introduire dans cette colonie trois plants de Palaquium; l'un d'eux, qui avait été placé à 250™ d'altitude, prit en quelques années un beau développement et son acclimatation peut être considérée comme certaine.
Enfin, le dernier et le plus important essai d'acclimatation des arbres à gutta fut confié par le ministre des colonies en 1896 aux soins du regretté Raoul, pharmacien en chef des colonies, qui contracta malheureusement, dans les forêts de Sumatra, la maladie qui devait l'enlever quelques mois après son retour en France. Les plants rapportés par ce savant dévoué furent transportés les uns aux Antilles et à la Guyane, les autres à la Côte Occidentale d'Afrique.
Malheureusement, les administrations locales auxquelles le
gouvernement confiait ce précieux dépôt, n'ont pas compris
l'importance des essais d'acclimatation qu'elles étaient chargées
de poursuivre. Malgré les instructions qui avaient été adressées
Leconite. 3*
4i LA PRODUCTION AGRICOLE ET FORESTIÈRE
aux Antilles et à la Guyane, aucun terrain n'avait été préparé pour recevoir les arbres à gutta et Fauteur de cette notice, qui avait assumé la charge de surveiller Tacclimata tien des arbres à gutta à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Guyane, dut confier ces plants à des colons de bonne volonté (Guadeloupe et Martinique) ou au service pénitentiaire (Guyane). Danscesconditions, il n'est guère permis d'escompter un résultat favorable et, si on réfléchit que sur 2000 plants confiés au jardin de Builerzog en 1856, il en restait seulement 80 en 1883, malgré une surveillance efi^ectiveetdes soins continus, on peut se demander combien de plants de gutta pourront résister aux multiples causes de destruction qui les environnent dans des propriétés non fermées !
Quant à la gutta de balata, elle est exploitée en petitequantité à la Guyane anglaise et à la Guyane hollandaise ; la Guyane française, malgré la présencedes transportés auxquels on pourrait demander un travail utile, n'exporte pas de balata. On trouve seulement, dans les magasins deCayenne,quelquesobjets de balata fabriqués dans les bois par des libérés en vagabondage. (Les statistiques officielles accusent une exportation de 193 k. de balata pour le premier trimestre 1899.)