‹ La production agricole & forestière dans les colonies françaisesChapitre 5 sur 90 · tonnes · texte numérisé non relu

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. 18.839 tonnes

La production de l'Inde anglaise n'est plus très considérable ; le tableau suivant donne les exportations pour six années consécutives :

1887-88. . . . 9.228 cwts (50 k. 400)

On voit qu'elle n'atteint même pas 500.000 kilos. L'Assam qui était le principal centre de production avait encore fourni 6.563 maunds (1 maund^82 livres anglaises) en 1887-88; mais la production s'est abaissée à 3076 maunds en 1890-91 et à 4.227 en 1891-92 (1).

(1) Handbooks of commercial Products, n 25, Calcutta, 1893.

La côte occidentale d'Afrique vient en deuxième ligne. Seules nos colonies d'Afrique nous fournissent actuellement du caoutchouc; mais elles n'en produisent pas la quantité qui est nécessaire à notre industrie :

Exportations de la Casamance :

Les exportations totales de la colonie du Sénégal ont atteint 340.628 k. en 1898, dont 150.262 k. pour la France. Exportations du Soudan :

Exportations de la Guinée :

En 1898, il en a été exporté pour 5.939.000 fr., ce qui représente 1.700.000 kilos environ.

Exportations de la Côte d'Ivoire :

1898 289.826 k. dont 27.41(1 k.

seulement à destination de la France.

Exportations du Dahomey :

1898 13.719 dont (1.319 pour la

France).

1899(3 trimestres) 20.217 k.

Exportations du Congo français :

Exportations de Madag^ascar: En 1898, pour 1.290.028 fr. contre 1.101.200 fr. en 1897.

Fait singulier, malgré la production relativement considérable de nos possessions d'Afrique, nous ne recevons qu'une faible partie du caoutchouc de cette provenance qui est surtout drainé par les commerçants anglais et allemands établis sur notre territoire.

C'est ainsi que sur les exportations de 1898 le Congo ne nous fournit que 155.006 kilos de caoutchouc sur une exportation totale de 578.201 kilos ; le Dahomey, 1.319 kilos contre 10.618 à TAUemagne et 1722 à la colonie anglaise de Lagos; les exportations de caoutchouc de la Guinée Française se répartissent comme il suit pour 1898 :

I France et colonieâ. . 159.650 fr.

Angleterre et S. Leone 4.902.375 fr.

Allemagne .... 877.150 fr.

Ces comparaisons sont singulièrement suggestives, car elles montrent l'intensité de la concurrence que les commerçants étrangers font à nos nationaux dans nos propres colonies.

Le Congo belge a donné d'ailleurs des résultats plus remarquables que le Congo français au point de vue de la production du caoutchouc, car les exportations ont atteint les chiffres suivants (d'après Dew^èvre (pro parle) et Waulers) :

Le Congo belge a pris comme on le voit une avance très marquée sur le Congo français. Cependant les lianes à caoutchouc sont abondantes dans les forêts de notre colonie et il serait facile d'arriver à une production plus considérable ; mais peut-être serait-il opportun d'édicter des règlements sévères pour éviter la destruction de ces lianes ou du moins d'établir des régions réservées auxquelles on ne devrait pas toucher pendant un certain nombre d années.

A la suite des premiers essais tentés par les Anglais dans rinde pour la culture des Ficus, on avait constaté que ces arbres exigeaient une période d'attente beaucoup trop longue et R. Cross fut chargé d'étudier l'acclimatation du Castilloa elastica Cerv. ; mais les résultats obtenus ne furent pas favorables. Récemment ils ont été repris en Amérique; nous avons vu de très beaux spécimens de cet arbre à caoutchouc à la Trinidad et nous avons appris qu'une plantation allait être organisée en 1898 dans cette colonie anglaise. D'ailleurs, d'après Morris, une plantation de 20,000 arbres organisée près de Guyaquil en 1884 et une autre établie près de Colon en*1890, ont donné de bons résultats.

Les quatre arbres ou arbustes qui paraissent pouvoir être l'objet d'une culture suivie sont l'Hevea, le Manihoty le CaC" tilloa et le Hancornia.

36 LA PRODUCTION AGRl'COLE ET FORESTIÈRE

Dans la province des Amazones, au Brésil, le gouvernement s'est appliqué à réglementer Texploitation des arbres et il encourage en même temps la replantation dans les districts où les arbres deviennent rares. Mais jusqu'ici on a fait peu de choses. Cependant les Brésiliens, désireux de conserver le monopole de la production du caoutchouc, ont cherché à empêcher l'exportation des graines d'Hevea.

D'autre part, des plantations de Manihot ont été fondées à Mont-Alegre dans l'Etat de Ceara et des cultures ont été établies aussi avec succès au Mexique.

Dans nos colonies de la Côte occidentale d'Afrique, on a tout d'abord introduit le Manihot Glaziovii qui existe au Congo depuis 1887. L'arbre, introduit par Pierre à cette époque, a fourni des graines et, en 1894, nous avons trouvé de nombreux plants dans les missions catholiques et à l'établissement agricole et commercial du lac Cayo. Aujourd'hui le caoutchoutier de Ceara se trouve répandu depuis le Congo jusqu'au Sénégal. On Ta malheureusement planté sans discernement à toutes les expositions, sur tous les sols et dans toutes les conditions, sans chercher à tirer de ces nombreux essais l'enseignement qu'il conviendrait d'en tirer. De la Guinée au Congo on déclare maintenant que le Manihot Glaziovii n'a pas répondu aux espérances conçues. Nous ne partageons pas cette manière de voir et notre opinion est fondée d'une part sur notre expérience personnelle et d'autre part sur. les expériences entreprises par le service colonial anglais. Nous avons saigné, à Mayomba, (Congo), des Manihot Glaziovii très riches en latex, quand des arbres de Loango produits par des graines identiques ne nous avaient presque rien donné. Le Manihot Glaziovii demande un sol riche et non pas, comme on le dit partout, un sol sec et rocailleux; il doit être planté en rangs serrés (4 mètres en tous sens) pour résister aux vents; enfin il ne faut pas compter le voir durer plus de 8 ou 10 ans; comme toutes les espèces du

genre Manihot, sa durée est forcément très limitée et il convient d'organiser le remplacement progressif des arbres.

Les essais de plantations de Castilloa sont jusqu'ici limités aux colonies anglaises et nous ne connaissons pas encore de résultats obtenus dans nos possessions. Il en est de même de VHevea qui a cependant été importé récemment dans nos colonies de la côte occidentale d'Afrique.

La culture des lianes paraît plus problématique que celle des arbres et, bien qu'elle soit possible, nous sommes trop peu fixés sur leur végétation pour encourager une culture aussi incertaine, tant que des expériences sérieuses n'auront pas été tentées.

En Indo-Chine, M. Çapus déclare qu'avant d'introduire des plantes exotiques il serait sage de poursuivre la culture des plantes à caoutchouc qui se rencontrent dans le pays; mais il reconnaît que l'introduction de VHevea dès maintenant serait une excellente mesure.

Vers 1881 fut introduit VHevea à Saigon; mais les plants ont disparu. A la même époque se fondait près de Thuduc une vaste exploitation où on plantait des milliers de boutures de Ficus; ces arbres ont presque tous été détruits. Il y a 6 ou 8 ans fut introduit le MaJiihot Glaziovii; un seul pied subsiste au Jardin botanique. En 1889, le directeur du Jardin botanique de Saïgon recevait du Ministère des colonies une caisse de graines de Castilloa elastica; les plants obtenus par la germination de ces graines furent distribués dans divers arrondissements, mais c'est à peine s'il reste actuellement quelques arbres.

Des essais de culture du Manihot Glaziovii furent entrepris vers 1896. En 1897, deux caisses Ward contenant des plants d'Hevea et appartenant à M. Raoul, étaient expédiées du Ministère à M. Haffner, directeur du Jardin de Saïgon et, en octobre de la même année, M. Chalot expédiait de Libreville un lot

de graines de Manthot Glaziovn. Un mois plus tard, la Colonie recevait de M. Pierre des graines de Landolphia Klainii venant du Congo. Depuis cette époque, le Jardin de Saïgon a encore reçu divers envois de graines de Manihol et d'Hevea; il possède de plus diverses Apocynées capables de produire du caoutchouc. Jusqu'ici les plants obtenus sont d'assez petite taille; cependant il existe 720 pieds d'Hevea atteignant déjà plusieurs mètres de hauteur et d'autres en pépinière. Jusqu'ici on n'a pas encore de données précises sur les conditions de végétation dans le pays et, à plus forte raison, sur le rendement (1).

Le Jardin botanique de Saint-Denis, à la Réunion, poursuit des essais de culture de Manihot, Hevea et Cryptoslegia. Dans ces dmûères années, le service forestier a effectué une plantation de 4,000 pieds de Maniliot Glaziovii (Rapport de M. Petit, gouverneur).

En résumé, depuis deux ou trois ans, on a entrepris un peu partout, et particulièrement à la côte occidentale d'Afrique, des plantations de Manihot Glaziovii et d'Hevea. Ces tentatives sont certainement de celles qu'il convient d'encourager dans toutes nos colonies, non seulement dans les nouvelles, mais dans les anciennes (2), comme la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion, où des surfaces considérables de terres restent encore actuellement inactives. A la Guyane, la main-d'œuvre pénitentiaire devrait être actuellement utilisée pour la création de véritables forêts d'arbres à caoutchouc. Dans vingt ou trente ans, quand le caoutchouc, dont on gaspille partout les pro-

(i) D'après le rapport de M. Achard, inspecteur de Tagriculture. Bull, écon. de Vlndo-Chine, n» 47, 4899.

(2) Des renseignements circonstanciés sur une plantation récente de caoutchouliers de Ceara en Casamance ont été fournis parM. Adam, administrateur colonial (Bull, de la Soc, de Géogr. commerciale de Paris, t. XXI, 4809, p. 355 et suivantes).

ducteurs naturels, deviendra rare, on se repentira peut-être amèrement de n'avoir pas eu plus de prévoyance.

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