EXPORTATION DES SACS DE JUTE
1885-1886. . . 64,000,000 sacs.
Les exportations de toiles de jute s'élevaient à 114,002,000 yards en 1895-96.
Notre vaste colonie d*Indo -Chine conviendrait très bien à la culture du jute. Aussi, a-t-onfait, dans ces dix dernières années, des efforts considérables pour Vy implanter. Le sol et le climat se montrent tout aussi favorables que ceux de l'Inde anglaise ; la main-d'œuvre est peu onéreuse ; les populations sont relativement intelligentes, attachées au sol, aptes à la culture et susceptibles d'un travail continu ; sans aucun doute, dans des conditions aussi favorables, on obtiendrait d'excellents résultats. Le Journal Officiel de l'Indo-Chine^ à la date du 23 mai 1895, disait : « La culture actuelle est beaucoup plus avancée en Indo-Chine qu'elle ne l'était au Bengale en 1855. » Tout en rendant justice aux efforts tentés par des particuliers et favorisés par l'administration locale, nous devons à la vérité de déclarer que les affirmations de l'auteur de cette note sont notoirement exagérées, car les statistiques anglaises accusaient déjà pour l'Inde une exportation de 78,361,392 livres anglaises
pendant Tannée 1854-1853, tandis que les exportations d*Indo Chine n'ont jamais dépassé quelques milliers de kiiogs. Ce qui est vrai, c'est que les exportations de Tlnde n'ont pris une certaine importance que le jour où on a eu Tidée d'encourager momentanément la culture (1855-1860), par des primes de 20 à 40 piastres, accordées aux cultivateurs qui introduiraient la culture du jute dans des localités où elle était encore inconnue.
Un rapport adressé au g^ouverneur de Tin do-Chine, à la date du 22 décembre 1894, par le directeur du jardin botanique de Saigon, relatait les résultats des expériences tentées dans le voisinage de cet établissement; les" terres non fumées de deux rizières situées à Bien-Hoaet dans la plaine des Tombeaux n'ont rien donné. Les terres du jardin d'essais,- au contraire, convenablement fumées, ont donné des tig^es de 2 m. à 3 m. 50 et on a obtenu un rendement atteignant 1,475 kil. à l'hectare.
Dans son rapport pour 1898, le directeur du jardin d'essais d'Hanoï attribue la difficulté qu'on éprouve à implanter la culture du jute au Tonkin, à ce fait que la plante ne peut accomplir assez vite les phases de sa végétation pour permet lie le repiquage des riz du dixième mois. Le cultivateur hésite à compromettre ce dernier produit, qui est la base même deragriculture dans tout lé Tonkin.
Il résulte de cette constatation que la culture du jute n^estpeutr être possible que dans la partie sud de l'Indo-Chine. Maïs, cependant, au Tonkin, elle se fait dans les provinces de Bac- Ninh, de Nam-Binh et de Haï-Duong. La province de Bac-Niiih avait, il y a quelques années, plus de 6000 hectares plantés en jute, et les autres provinces alimentent dans les mêmes proportions tous les marchés de ces régions. C'est une marclian- .dise courante qui est surtout achetée par les Chinois,
En Annam, le jute est cultivé un peu [jarLout et on en Lecomle. 13'
.trouve sur tous les marchés ; mais il n'a ni la souplesse, ni la résistance de celui de Tlnde.
. MM. Saint frères, dont les manufactures de jute comptent parmi les plus importantes de France et qui mettent en œuvre une partie considérable du jute que nous importons, ont eu rexcellente idée d'encourager la culture de ce textile en Indo- Chine. Les essais tentés au moins de juin 1875, dans le huyen de Dong-Yen, par M. le résident de Hung-Yèn, avec les graines qui lui avaient été communiquées par le représentant de MM. Saint Frères, adonné d'excellents résultats. Malheureusement, si le jute produit est de bonne qualité et si le rendement est satisfaisant, il faudrait créer des usines pour comprimer les balles et organiser une entreprise spéciale de transports. MM. Saint frères, qui ont en France des intérêts considérables, n'ont pas cru devoir prendre l'initiative d'une telle organisation et la culture du jute n'atteindra peut-être pas actuellement, en Indo-Chine, le développement qu'on pouvait espérer à la suite des premiers essais.
La plupart de nos colonies possèdent des représentants de la même famille que le jute et qui pourraient, dans une certaine mesure, rivaliser avec ce textile. Les diverses espèces des genres Triumfetta et Grewia se trouvent répandues un peu partout. Le genre Corchorus lui-même est représenté abondamment au Sénégal. Le Lignoum liât (crocs de chiens) des Wolofs est un Corchorus qui possède une écorce fibreuse utilisable. On le rencontre partout ; mais les noirs le dédaignent et l'arrachent de leurs champs comme plante malfaisante. Le Crenkren est un autre Corchorus qu'on peut rapporter à l'espèce C. oliiorius ; il fournit de bonnes fibres ; mais elles sont rarement utilisées par les noirs. Sans aucun doute, les Corchorus trouveraient, en beaucoup de points du Sénégal ou de nos autres possessions de la côte occidentale d'Afrique, les conditions nécessaires à leur culture, surtout dans les terrains bas et
facilement irrigables (i). Malheureusement, les indigènes ne se plieraient peut-être pas facilement partout au travail continu et parfois très pénible que comportent la culture et la manipulation du jute.
En résumé, nous croyons que la culture du jute pourrait devenir un sérieux élément de prospérité pour certaines de nos colonies tropicales où la main-d'œuvre est abondante et peu coûteuse.
RAMIE
Aucune plante utile n'a peut-être, à un plus haut point que la ramie, provoqué des discussions obscures et suscité des affaires malheureuses. Bien que la culture de cette plante n'ait donné lieu, jusqu'ici, dans nos colonies, qu'à de timides essaie, nous croyons devoir lui consacrer une notice spéciale.
Il faut remarquer, tout d'abord, que la Chine, berceau de la ramie, produit un certain nombre d'autres fibres textiles et que ces diverses filasses sont confondues avec la ramie, dans les statistiques chinoises, sous la désignation générah* de Hemp (chanvre) (2).
{{) Le ]uie iCorchorus olitoriits) a fait l'objet d'intéressants estais de culture en Gambie par les soins de Dundee jute Grower^ s Association. Les graines ont été semées le 8 mai 4897 et la récolte faite le 44 octobre. Le nombre de plants était de 2800. On a obtenu 22 livres de Janiêres sèches, dont on a retirés livres de belle filasse de bonne qualité* Les essais de filature ont eu lieu à Dundee.
(2) Sous la désignation générale de Hemp, les statistiques cli in aises comprennent:
4o Ta ma et Huo ma, chanvre (Cannabis sativa) ;
2" Tin ma, c'est le chanvre abutilon (Abutilon avicennœ) ;
3« Huang ma, analogue au jute indien (Corchorus capsularis) ;
4° Tchou ma ou ortie de Chine (Bœhmeria nivea) ;
5<^ Hou ma, lin {Linum usitatissimum) ;
6° Tong ma, fibres retirées de l'écorce de jeunes arbres du SfetTuha platanifolia ;
7o Po la ma ou chanvre d'ananas.
' (D'après le Rapport de la Mission lyonnaise, p. 369).
â04 LA PRODUCTION AGRICOLE ET FORESTIÈRE
L'ortie de Chine est cultivée dans le Se-tchouan, le Hou-pé^ le Kîang-si et plusieurs autres provinces.
Dans le Se-tchouan, Técorce des tiges est enlevée à la main et ensuite raclée avec un couteau de bambou qui enlève Tépiderme et une partie du tissu sous-épidermique jusqu'à la région occupée par les fibres. Les lanières, ainsi obtenues, sont plongées dans Teau bouillante pendant un certain temps et, dans certains endroits, lavées ensuite à Teau froide, puis mises, à macérer dans une dissolution de cendres de mûrier ; finalement on les lave à Teau bouillante et on les fait sécher.
Diaprés les documents officiels chinois, les exportations désignées sous le nom de Hemy ont été les suivantes pour quelques années :
4,811 tonnes
5,249 tonnes
La ramie représenterait, approximativement, la moitié de ces exportations.
Celte plante textile est aussi cultivée au Japon, surtout dans les provinces deTokio, Nagasaki, Jechigo et dans l'île de Formose (D^ Mène),
Dans les îles de la Sonde elle est connue et cultivée de temps îniméniorîal ; mais il n'existe pas d'exploitation organisée spérialeinent pour la production de la ramie.
Jusqu'à ce jour aucune colonie française ne possède de grande plantation de ramie; on a fait des essais un peu partout (1) ; niais la décorticaiion et le dégommage présentent cer-
(I) Les prfïmierâ plants de ramie ont été introduits à la Réunion par M. I\i<^hard^ directeur du Jardin botanique de Saint-Denis. Plus tard, rsuiiuîjiislratîon ayant préconisé cette culture à la Réunion, où d'ailleurs celle jibiiitc textile se développe, parfaitement, M. B. Arnoux, coiieessionnîiîrc de la plaine des AfFouches, fit venir de nouveaux plants
laines difficultés qu'il serait trop long d'expliquer ici et qui paraissent de nature à compromettre pour longtemps encore la culture de cette plante textile.
ABACA ou CHANVRE DE MANILLE
Le genre MusUy qui comprend déjà les bananiers {Mnsa para^ disiaca L. et M, sapienlium L.), est aussi représenté par un certain nombre d'autres espèces, dont quelques-unes sont cultivées pour les fibres qu'elles produisent.
Le bananier textile {Mtisa textilis Nées,) atteint une taille plus élevée que les autres espèces du môme ç^enre. On en trouve qui mesurent jusque 10 et 12 mètres; les feuilles sont grandes, fortes et d'un beau vert.
La culture de l'abaca est presque complètement localisée actuellement aux Philippines et c'est seulement à partir de 1860 qu'elle y a pris de l'extension, grâce à une larg-c utilisation qu'on a faite de la filasse en Angleterre et aux Etats-Unis, sous le nom de chanvre de Manille. Depuis trente ans, la France est entrée timidement dans le mouvement et Tabaca sert aujourd'hui à la fabrication des tissus d'ameublement, des pâles à papier, des nattes, etc., etc. L'utilïsalion de ce textile ne peut que s'étendre et sa consommation s'accroître en Europe.
Aux Philippines, on le cultive partout, même dans les forêts, où les grands arbres protègent les bananiers contre les vents. Les plants sont habituellement espacés de 5 mètres en tous sens, ce qui peut être considéré comme un maximum.
de ramie. Les cultures pratiquées dans la plaine tïfs Aiïftuehes (JâaO'it, d'altitude) couvraient une superficie de ÂyOOO g fniîeii^n. Des drageons et des boutures ne tardèrent pas à être distribués de tous cdtéa et^ aujout^ d'hui, la ramie se rencontre un peu partout, Elîe est aaluraUsée^ pour ainsi dire, dans la colonie.
A la Martinique nous l'avons rencontrée, en abondance^ le long de lîi route qui conduit de Saint-Pierre au Parnasse.
:âOG LA PRODUC^TION AGRICOLE ET FORESTIERE
Pour rexploiter, on coupe le tronc au peu au-dessus du sol, un peu avant la fruclification ; on prétend, en effet, qu'après ce moment, les fibres perdent de leur résistance en même temps que leur extraction devient plus difficile. Une même souche peut ainsi produire des troncs exploitables pendant cinq, six, sept ans et même davantage. Ce tronc est constitué non par un cylindre Itgncux^ comme celui de nos arbres, mais par les gaines des feuilles emboîtées les unes dans les autres. Une fois abattu, il est fendu dans sa longueur et les lanières obtenues sont sécliées ^à Tombre, puis passées sous une sorte de couteau tranchant, qui les débarrasse de la plus grande partie du parenchyme ; il ne reste plus qu'à battre et peigner la filasse.
Aux Indes, o\\ le bananier textile est également répandu, on extrait les fibres à peu près de la même façon; mais, au lieu de procéder complètement à sec, on lave la filasse dans l'eau de savon, puis à grande eau avant de la faire sécher. Aux Antilles, on soumet les troncs à une sorte de fermentation (rouissage?) avant d'en extraire la filasse et on blanchit cette dernière par nne immersion plus ou moins prolongée dans une dissolution de soude et de chaux vive.
Le chanvre de Manille constitue, actuellement, pour les PhilippîneSj un objet de trafic de première importance et les exportations ont atteint successivement les chiffres suivants :
13,800 kil.
182fj . .
186tH870 . .
im\ . .
(J) Dîjïl. and Cfinsul, Rep
L^Angleterre tient le premier rang comme pays d'importation ; après viennent les Etats-Unis et les possessions anglaises d'Asie.
Non seulement la culture de l^abaca aurait sa place marquée dans nos possessions du Pacifique ; mais cette plante prospère bien jusqu'au 20° de latitude nord et on Ta trouvée en Annam dans des forêts de Fai-fao et dans le voisinage de la rivière de Tourane; on la retrouve au Tonkin, le long du fleuve Rouge (1).
Des expériences entreprises au Jardin botanique de Saïgon (1890-1892)' ont montré que le Musa textilis pouvait se développer à merveille en Cochinchine. On le trouve encore dans rinde, à la Réunion, à la Guadeloupe et à la Martinique où il a été importé. La préparation de Tabaca laisse fortement à désirer aux Philippines et si, dans nos colonies, on se livrait avec méthode à cette production, il est présumable que les commandes se dirigeraient de ce côté.
Il nous resterait encore à parler d'un grand nombre d'autres textiles des pays chauds qui pourraient être cultivés dans nos colonies. Nous citerons les Hibiscus^ le Phormium ienax^ le Yucca^ le Sanseviera, VAnanaSy V Agave, le Fourcroifa, les Palmiers et en particulier le Cocotierj et enfin le Raphia. Seul ce dernier est, dans nos colonies, Tobjet d'une certaine exploitation, monopolisée presque complètement par Madagascar-
S'il nous est impossible actuellement, ou du moins très difficile, de prendre une place importante dans la prodnrlion du coton qui alimente Tune des industries les plus florissantes de notre pays, rappelons-nous, du moins, que tout se transforme dans notre industrie et que les textiles d'hier tombent pen à
(i) Voir S. Viaud, Notice sur le Bananier et ses rapports ar(tc Vtigrivui^ ture^'V industrie et la médecine.
peu dans le discrédit ; nous utilisons des quantités de plus en plus faibles de lin et de chanvre ; la caractéristique de ces transformations progressives est la tendance vers le bon marché des objets fabriqués et partant de la matière première; il serait sage de tourner les efforts de nos agriculteurs coloniaux vers la production du jute, de Tabaca, de Tagave, dont la culture conviendrait très bien à certaines de nos colonies et qui sont appelés à prendre une place de plus en plus importante dans notre industrie des tissus et des cordages.
Nous ne saurions mieux faire, en terminant ce chapitre, que de mettre sous les yeux du lecteur le tableau des importations de textiles pour Tannée 1898, d'après le Tableau généi*al du Commerce de la France et en nous limitant à ceux qui sont produits dans les régions tropicales.
Nature des Importations ^"cSb^PsCres^'*
textiles (commerce général) et^ays dV Slo^^^
Coton 210,204,020 kil. 2,128 kil.
Jute 83,098,170 — —
Ramie 532,383 — 2,013 —
Phormium- tenax et autres végétaux non
dénommés . 1(),0()5,240 — 7,994,733 -
Fibres de coco, etc. . 5,795,751 — 20,038 —
Le chiffre relativement considérable de 7,994,733 kilog. indiqué comprend 7,163,459 kilog. venant d'Algérie (alfa, etc.). Rien ne peut montrer, mieux que ce tableau, l'infériorité de nos colonies au point de vue de la production des textiles et nous ajouterons que les importations de coton, de jute, de ramie, de coco, phormium, abaca, alfa, etc., représentent une somme de plus de 210 millions versée annuellement à l'étranger !