COLONIES FRANÇAISES DE LA COTE OCCIDENTALE D AFRIQUE
SENEGAL
La terre est légère et sablonneuse dans une grande partie du Bas-SéiH'çal (Oualo, Cayor, Baol); de Thiès à Dakar et à la Saumons (ûh est au contraire dure et argileuse; on retrouve le sable au sud de la Saumoné; mais, à partir de Nianing, en allant vers le sud, on ne retrouve plus guère que les terres fortes, noires et argileuses (1). Cependant le sable se rencontre encore en quelques points restreints et en particulier sur les plateaux de la riasamance et de la Gambie.
Procédés de culture. — Dans ces deux ou trois dernières années on a cherché à introduire Tusage delà charrue; mais, jusqu'ici, Is noir se contente de couper les herbes et de les brûler; puis il ouvre un peu la terre avec une sorte de houe en fer à cheval (iliîr)etjdaus le trou,il dépose les graines de mil ou d'arachide.
(1) D*aprèsle P. Sebîre, Les Plantes utiles du Sénégal, Paris, 1839.
Plus lard il se contente de venir arracher les mauvaises herbes, en se servant du même outil que pour les semailles. >
Ennemis des cultures, — Les termites ou fourmis blanches, surtout abondantes dans les terrains argileux elles sauterelles, qui viennent en bandes innombrables, comme en Algérie, sont les principaux ennemis des cultures; il n'est guère possible de les soustraire à leurs déprédations.
Populations agricoles. — En règlegénérale, les noirs fétichistes sont agriculteurs ; les musulmans tournent plutôt leur activité vers les opérations commerciales. Cependant les gens duOualo et du Cayor, de même que les Toucouleur^, qui sont d'ailleurs d'assez lièdes musulmans, se livrent quelque peu aux travaux agricoles. Les meilleurs cultivateurs sont les Bambarras et les Malinkés, au Soudan; les Sérères et les Falors, dans le Bas- Sénégal ; les Diolas et les Balantes, en Casamance.
Principales cultures. — Le Sénégal possède des cultures importantes, soit pour l'alimentation des habitants (mil, riz, arachide), soit pour l'exportation (arachide) ; nous allons les étudier successivement.
Mil. — Le mil est la céréale par excellence du Sénégal et il forme la base de la nourriture des noirs. Les variétés en sont nombreuses; mais elles se rattachent toutes à l'espèce Sorghum vulgare Pers., de la famille des Graminées. Le mil est une plante annuelle, dont les liges pleines et glabres peuvent atteindre 3 à 5 mètres de hauteur ; les feuilles sont alternes, engainantes, longues de 60 à 80 centimètres ; les fleurs sont disposées en petits épis courtement rameux le long de Taxe commun.
Dans la Casamance on distingue le gros mil, le petit mil et le mil rouge.
Le gros mil (Bassi) donne des grains assez gros, comme son nom l'indique; il sert surtout à la nourriture des chevaux; mais les indigènes le consomment aussi quand ils ont épuisé
leur réserve de petit mil. Il est cultivé par le Mandingue, le Peiihl et le Ouolof.
Le petit mil comprend quatre variétés: le souna ou mil précoce^ cultivé par le Mandingue et le Ouolof; le sanio, à grain un peu rougeâtre, cultivé par le Mandingue et le Peuhl ; le madio, à grain blanchâtre, cultivé par les mêmes ; et enfin le comba qui se distingue par sa tige épineuse.
Lt^ mil rouge fournit un grain rouge ; il faut se garder de le doiunîr aux chevaux, chez lesquels il provoque le gonflement du ventre.
Ou rencontre encore au Sénégal une variété de petit mil, le Tiokaudéj dont le grain est sucré et que les indigènes eniploient eu petite quantité pour préparer des mets particuliers.
Quant au Bâkat, qui croît à l'état sauvage, les noirs le désij^ni'jit sous le nom de mil des oiseaux^ et ils n'en font de cas que dans les périodes de famine.
Ln culture de ces diverses variétés de sorgho occupe les indiiçèiies qui font des graines leur nourriture ordinaire, surtout sous forme de couscous.
Le mil est consommé sur place ; les exportations sont insigniBantes (oJ,362 kil. de petit mil en 1898); mais il est bien difficile d'évaluer, même approximativement, la production lu ta lu dans le pays.
Ia' riz. — Le riz est cultivé dans les régions basses ; la CasamHiice pourrait, si elle le voulait, devenir le grenier à riz du Sént^i^al ; malheureusement, les indigènes (Diolas) vivent en sauvages dans' les forêts et ne s'occupent pas de culture, autremrnt que pour la consommation locale.
Ou distingue le riz précoce qu'on ne repique pas et le riz tardif qu'on repique. Le premier comprend lui-même plusieurs variétés, le n'pampan^ le toimkoun et le tahoudia; le riz repif|ué comprend le riz dit américain ou rapouko, le marioba et le kébéro.
Arachides, — L'arachide ou pistache de terre {Avachis hypo-gea)^ a été décrite précédemment et nous n'y reviendrons pas. Les indigènes du Sénégal savent très bien que cette plante épuise le sol et ils fertilisent celui-ci en brûlant les mauvaises herbes qui ont été coupées au préalable.
Les noirs du Sénégal la mangent crue ou grillée, ou cuite avec leurs aliments; mais surtout ils la cultivent en grand pour l'exportation. La Sénégambie exporte, en France seulement, 50,000 tonnes d'arachides, sans compter ce qui est dirigé sur Londres et Hambourg. Dans les bonnes années et les bonnes terres, l'arachide produit environ 2,000 kil. de gousses à l'hectare. L'arachide du Cayor, appelée aussi arachide Rufisque, est la plus estimée et elle est surtout employée pour la fabrication des huiles fines. Un mètre cube d'arachides du Cayor pèse en moyenne 353 kilos, tandis qu'un mètre cube d'arachides de Casamance ne pèse que 274 kilogr.
La meilleure époque pour les semis, au Sénégal, est le mois de juillet ou le commencement d'août.
En 1898, le Sénégal a exporté :
69,023,618 kil. de Rufisque et du Cayor; 24316,875 — de Petite Côte ; 2,146,605 — de Casamance.
Total : 95,987,098 kil.
Si on ajoute les quantités consommées sur place et qu'il n'est guère possible d'apprécier, on voit quelle est l'importance de la production des arachides au Sénégal. En 1887, on Testimait à 70,000 tonnes.
La Casamance n'en exporte que très peu, 800 tonnes en 1897 et 1,700 tonnes en 1898.
Les exportations totales du Sénégal ont suivi, depuis 1892, la marche indiquée par le tableau ci-dessous :
228 LA. PRODUCTION AGRICOLE Et FORESTIERE
18112. . . 46,790 tonnes 1896. . . 63,555 tonnes
mH\. . . 51,537 —
(lomme* — La gomme est une des productions les plus impnr tantes du Sénégal (voir p. 346). «Les gommiers se rencunlrenr, groupés sur des étendues plus ou moins vastes, dans le pays des Trarzas, des Braknas, des Douaïch et dans le Dianibokho (rive droite), ainsi que dans le Oualo, le Cayor et le Djolof (rive gauche). Ils existent en quantité considérable dans tout le désert de Ferlo. »
«, Au mois de novembre, vers la fin de Thivernage, lorsque II' vent ^cc et chaud du désert commence à souffler, les gommiers perdent leurs feuilles ; leur écorce se fendille et laisse ex-siider la gomme qui s'épaissit rapidement. »
Chex les Maures, les forêts de gommiers (Kraba) sont, des i^tifiroits sacrés où il est défendu de briser une branche sous peine d'une punition sévère. Les trois grandes tribus Maures, Trarzas, Braknas et Douaïch se considèrent comme les propriétaires des Krabas et les chefs les font exploiter par leurs captifs,
du Bas-Fleuvc . . . 2,419,597 kil.
'^"''^^ ' de Galam ou de Cayor 2,753,495 —
nnmmes ^ friables 207,495 —
] avariées 20,201 —
[ poussières 19,879 —
Total 5,420,667 kil.
Antres cultures. — On cultive encore au Sénégal du coton, du IhIkic, du café, le sésame, le palmier à huile, le pourghère, li^ loiiluucouna, le ricin, le bentamaré; mais ces diverses cul-
lures, de même que celle des légumes, présentent peu d'importance.
En 1896, par exemple, la colonie a exporté :
Amandes de palme. .
368,094 kil.
Bentamaré . . .
Huile de palme . .
— de touloucouna
Coton non égrené .
Thé de Gambie . .
On voit que ces exportations ne représentent qu'un chiffre d'affaires relativement faible.
Bois. — Lç Sénégal n'exporte guère que du bois de Rônier (610 mètres cubes en 1898); on en trouve de véritables forêts entre Dakar et Saint-Louis. On rencontre encore : le Caïlcedrat ou acajou du Sénégal {Khaya Senegale7isis), à bois plus tendre et moins serré que celui du véritable acajou ; il est peu répandu; on l'appellie encore Quinquina du Sénégal et son écorce est employée aux mêmes usages que celle du Quinquina ; le Mûrier indigène {Morus sp.) qui donne un beau bois jaune ; le Vên {Plerocarpus erinaceus Poir.) donne un bois dur et d'une belle teinte rose ; l'ébène du pays (Dalbevgia melanoxy- Ion Guill. et Perr.) sert à fabriquer de belles cannes; le bois de fer de la Casamance, etc. etc. Les exportations de ces bois d'ébénisterie sont peu considérables (269 kilogs en 1896).
Caoutchouc, — Le caoutchouc constitue un des principaux articles d'.exportation de la Casamance. Il est produit par des lianes appartenant au genre Landolphia. Le meilleur est donné par la liane Toll (Ouoloff); malheureusement les extracteurs les coupent le plus souvent. On exploite aussi la liane Mada (Ouoloff); mais le produit est de qualité inférieure.
Les Akous incisent les lianes et jettent sur le latex qui s'écoule de l'eau saturée de sel qui provoque la coagulation.
Le Mandiago, CMÎgmaire des environs de Ziguichar et de la Guinée portugaise, pratique de larges incisions verticales quMl asperge d'eau salée. Le latex qui s'écoule est reçu sur des feuilles, qu'il conserve dans Teau salée; les Diolas du Fagny incisent les lianes, recueillent le latex dans des calebasses et jettent sur ce latex de Teau provenant des salines; mais ces eaux boueuses salissent toujours le caoutchouc. Le meilleur caoutchouc est produit dans les environs de Kadé par l'action du tamarin sur le latex.
Les exportations de la Casamance sont en progression, comme le montre le tableau ci-dessous (1) :
Anoées
Exportations.
Années
Exportations.
. 59,623 kil.
. 193,135 kil
Mais, on le voit, les exportations sont assez irrégulières. Dans ces derniers temps on a organisé une plantation de caoutchoutiers de Ceara à Sédhiou (1895).