‹ La production du coton en EgypteChapitre 10 sur 76 · CONDITIONS PHYSIQUES OFFERTES PAR L'EGYPTE À LA CULTURE DU COTON · texte numérisé non relu

CONDITIONS PHYSIQUES OFFERTES PAR L'EGYPTE À LA CULTURE DU COTON

Nous avons étudié, dans la première partie de ce mémoire, Y Historique de la production du coton en Egypte, et nous avons suivi son développement, depuis l'aDliquité jusqu'à l'époque la plus récente. H nous faut maintenant exposer par quels procédés s'obtient le produit qui contribue, dans une mesure toujours plus large, à la prospérité de l'Egypte. Quelques pages suffiraient pour faire une description complète , mais sèche , de la culture du coton. Mais tel n'est pas notre but : nous voulons examiner chacune des conditions, chacune des ressources de cette culture. Le sol, le climat de l'^ypte a'adaptent-ils bien aux exigences du cotonnier; quelles transformations, quelles améliorations présente sa culture aux diverses époques de l'évolution que nous avons envisagée; des pratiques défectueuses se sont-elles perpétuées ; quels desiderata peut-on encore formuler; comment est organisé le service des irrigations ; quelles sont les diverses espèces de coton d'Egypte j comment se répartissent les provinces au point de vue de la production cotoimière? Telles sont les questions qui seront posées dans quelques-uns des chapitres suivants.

Le cotonnier est un végétal très particulier, dont ta nature varie sensiblement avec les pays où il est cultivé. La multiplicité et la diversité des

espèces du cotonnier rendent son étude extrêmement délicate. « L'inventaire botanique de ses différentes espèces, disent MM. Gallois et Lederlin, est particulièrement difficile à dresser : c'est une des plantes qui ont été le plus transformées par la culture et sur lesquelles agissent le plus rapidement les conditions du milieu, n II s'ensuit que les botanistes ne sont d'accord ni sur la classification de ces espèces, ni sur l'origine de chacune d'elles, ni sur celle du végétal primitif. Les uns rattachent la plupart des espèces cultivées, aujourd'hui, dans les cinq parties du monde, à deux types de cotonnier américain : le Sea-Island [G. tmulare), auquel se rapportent te Gostypmm Barbadense, Yibfolium {G. ptinclalum) peruvianum; le Upland, auquel se rapportent le G. herbaceum, le G. Iiirsulum, le G. puiKtatum, le G. proêtratum. Le premier de ces types se distingue par une soie longue , un duvet tin et résistant, des graines lisses; il exige une grande somme de chaleur. Le second, qui supporte mieux le froid, se distingue, au contraire, par des graines hérissées de poils feutrés et dont les soies, plus courtes, se détachent plus difficilement que chez l'espèce précédente. Que l'on tienne ou non cette classification pour exacte, c'est au premier de ces deux types qu'il faut, si on l'adopte, reporter le coton Jumel : c'est, en effet, avec le Sea-Island , avec le Gossypium Barbadente — ce nom est souvent pris comme nom d'un genre dont le Sea-Island ne serait qu'une espèce — que le cotonnier d'Egypte offre le plus de ressemblances. Toutefois, il est douteux que ces deux types américains soient les mêmes que ceux qui ont donné naissance h tous les cotonniers cultivés dans le monde entier; depuis que l'exploration de l'Afrique a révélé l'existence du cotonnier dans une foule de régions oii l'on ne s'attendait pas h le trouver, on incline à admettre un plus grand nombre de types primitifs. M. Edouard Blanc, dans une étude sur le coton en Asie et en Algérie , ajoute plus de foi à la classification d'un savant italien , Parlatore, qui admet sept espèces originelles : G. arboreum, Linné; G. herbaceum, de Linné, appelé G. hirtutum par Lamarck; G. Satidncence (Océanie), Parlatore; G. 7'aîte>ue(0céanie), Parlatore; G. hirtalum, Linné; G. Barbadeine, Linné; G. religiosum, Parlatore. Tous les cotonniers connus seraient ainsi ramenés à sept espèces, dont deux sont propres à l'Océanie, le Sandricence elh Taitenge; deux autres, originaires d'Amérique, le G. arboreum et le religiosum; une, originaire des Antilles, le Barbadente ou Sea-Island; une, originaire d'Asie, le G. Atrntfuffl, de Linné, ou cotonnier de Siam; une,

eoGn, originaire d'Afrique, le G. herbaceum, de Linné, identifié au G. hiriutum de Lamarck. A ces espèces, il faudrait joindre le G. anormalum, de la Haute-Nubie, que cette classification laisse de côté. La généalogie des cotonniers est donc très compliquée; en rivalité, fiil est à peu près impossible de savoir aujourd'hui quelles sont les espèces primitives qui ont produit toutes les races actuelles et quel est le nombre de ces espèces n (É. Blanc). Le plus simple est d'accepter, pour sa commodité sinon pour son eiactïtude, «la classification en cotonnier d'Asie et cotonnier d'Amérique, le premier se subdivisant en G. arboreum et G. herbaceum, le second, en G. Barbadenie et G. /iirsutumn (Gallois et LedeHin). Malgré quelques différences de détail, imputables sans doute aux conditions du sol et du climat de l'Egypte , le colon Jumel rentre dans l'espèce du G. Barbadeiiae , appelé quelquefois Sea-Island, ou G. vutritimum. S'il esl relativement facile de rapprocher le coton d'Egypte d'une de ces espèces dont on a tant de difficultés à arrêter la liste, il est moins facile de lui assigner une origine certaine. Est-il originaire des Indes, d'Amérique ou d'Afrique même? La question n'est pas tranchée, mais M. Boutcron résume ainsi l'opinion qui tend à s'établir : « Quelques personnes très autorisées prétendent que tous les types de cotonniers cultivés en Egypte sont indigènes, c'est-à-dire originaires de l'Afrique, qui produit le cotonnier sous toutes ses zones, du nord au midi, de l'ouest à l'est. Evidemment, disent-elles, des graines indiennes et américaines ont été introduites en Egypte, mais le terroir les a transformées, et elles sont devenues semblables à leurs congénères ignorées, jusqu'alors, en Egypte. Autrement, elles constitueraient une exception à une loi inexorable de la nature, qui ne permet h rien d'étranger à l'Egypte, plantes, animaux, hommes, de s'y acdimater. Elles ajoutent : la preuve que le coton cultivé acluellemenl en Egypte esl indigène, c'est qu'il n'est pas possible de faire produire ses grains ailleurs. Les Américains qui achètent tous les ans &o ou 5o.ooo balles de coton égyptien, se passeraient de l'Egypte s'ils pouvaient faire autrement. Ils ont essayé et cherchent encore le moyen de produire chez eux du coton qui soit semblable au coton égyptien; mais la nature du sol elles conditions climalériques paraissent s'y opposer, n C'est, en somme, un indigénat assez original que cette thèse revendique pour le coton égyptien : les semences peuvent bien en être venues d'ailleurs; les produits qu'elles ont donnés ont été transformés, assimilés par le sol et le chmat de

l'Egypte; on pourrait dire que le coton d'Egypte est r devenu indigènen, si ces deux mots ne juraient d'être accouplés; mais le Tait important, c'est qu'il est aujourd'hui indigène, puisqu'il ne peut être transplanté qu'en cessant d'être lui-même.

Ainsi, les différences entre les cotonniers ne s'arrêtent pas à celles qui distinguent entre elles les grandes espèces, le Barbaâerue, par exempte, de XHerhaceum : car voilà un cotonnier que nous avons classé dans le Oosgypium Barhadense et dont les produits sont très facilement recoonaissables de ceux d'un autre type de la même espèce, d'un Georgie-longuesoie par exempte; mais les espèces se subdivisent encore, et des caractères secondaires scindent en de nouvelles classes une même famille de cotonniers; l'étude des divers types de cotonnier égyptien nous offrira l'occasion d'observer ce fait. Cette diversité presque illimitée rend très difficile une descrip^on rigoureusement exacte du cotonnier. Son aspect extérieur varie de celui d'un arbuste assez minime à celui d'un véritable arbre; la forme et la couleur de ses feuilles n'est pas toujours non plus la même; la nuance de son produit varie d'un blanc de neige à un jaune beurré et à une teinte brunâtre. Néanmoins, «c'est sous la forme d'un arbuste buissonneux qu'il se présente le plus souvent, même à l'état sauvage, et c'est à peu près exclusivement comme arbuste qu'on le cultive», particulièrement en Egypte (Gallois et Lederlin). Il se couvre, vers le milieu de juin, en Egypte , de fleurs blancbes qui se flétrissent rapidement et laissent apparaître le fruit. Ce fruit, une grosse noix verte terminée en pointe, est composé de trois ou quatre lobes que l'on peut séparer l'un de l'autre comme les trancbes d'une orange, chaque lobe contient un nombre variable de graines, cinq ou six en général, entourées d'un duvet blanc qui adhère aux graines. Quand cette noix nommée pod est mûre, elle éclate et laisse échapper son produit floconneux qu'on détache à la main, au moment de la cueillette. Puis, te cotonnier ayant porté ses feuilles offre l'aspect d'une broussaille aux ligaments très fins et très enchevêtrés, sur laquelle restent piqués quelques points blancs : c'est dans cet état qu'on l'arrache, en Egypte, et qu'on en fait de volumineux fagots, sous lesquels les chameaux disparaissent h demi. Telle est la description sommaire de l'arbuste qui, à l'époque de la récolle, transforme la Basse-Egypte en un immense champ de neige. Si différents que soient les pays oik le cotonnier

croît et produit, sa croissance et sa productivité sont inséparables de certaines conditions naturelles.

L'Egypte présente ces conditions : son climat, son sol conviennent parfaitement k la culture du cotonnier, et la plupart des phénomènes physiques qui caractérisent la vallée du Nil s'adaptent sans difficulté aux exigences de cet arbuste. L'habitat général du cotonnier est ainsi défini par MM. Gallois et Lederlin : « Les limites extrêmes entre lesquelles peut vivre le cotonnier ne dépassent guère ào' de latitude nord ou sud. Mais la cultare n'est considérée comme rémunératrice dans l'hémisphère nord que jusqu'au 37' environ de latitade. Dans l'hémisphère sud, elle ne s'étend pas aussi loin.n Or, l'Egypte est comprise entre le ao' io' et le 3i' 3o' de latitude boréale; la région où cette culture est principalement pratiquée, la Basse-Egypte, est située entre le 3o* de latitude nord, qui passe k la pointe même du Delta et le Sa* qui coupe ta Méditerranée un peu au nord de la côte septentrionale de l'Egypte. Cette région se trouve donc au cœur de la vaste zone dans laquelle est répandu le cotonnier. D'après Humboldt, le Gosiypitttn Barbadetue se trouverait surtout bien d'une température moyenne, variant entre 90 et So" centigrades, que l'on rencontre au sud du 3li' do latitade nord ; cette condition concorde parfaitement avec la température de l'Egypte. Bien que l'on constate de notables variations de température entre les diverses parties de cette vallée allongée, elle jouit, dans son emsemble, d'un climat chaud. Voici la température moyenne en degrés centigrades des années 1868 à 1871 (Delchevalerie).

Janvier ifl*85

Février la 78

Mars 16 g6

Avril ao 01

Mai 96 5q

Juin 98 99

Juillet fl9'88

Août 99 43

Seplanbrc aS 8â

Octobre 93 01

Novembre 1 8 5 1

Décembre 1 5 11

Moïtnni MHDBLLi : 9 1*65

Le cotonnier reçoit donc, pendant la période de sa végétation, principalement d'avril à septembre, une somme de chaleur très considérable. R A raison de cette température, remarque très justement Volney, l'on ne doit distbguer que deux saisons en Egypte, le printemps et l'été, c'est dire

la fraîcheur et les chaleurs. Ce second état dure depuis mars jusqu'en novembre, et même, dès la fin de février, le soleil, à ^ heures du matin, n'est pas supportable pour un Européen, n Mais ce sont là des observations qui visent l'ensemble de l'Egypte; la région oîi l'on cultive aujourd'hui plus généralement le cotonnier, la Moyenne et la Basse-Egypte, offre-t-elle de grandes différences avec les moyennes que nous venons d'indiquer 1 Au Caire, la moyenne de la température est, d'après M. Charles Pensa, de 2 3' centigrades, iS" pour les trois mois d'hiver, 39° pour les trois mois d'été : c'est donc la température du Caire qui représente à peu près la température moyenne de l'Egypte entière.

A Alexandrie, la température moyenne est, d'après le même auteur, de 90,7 degrés centigrades pour toute l'année, iS" pour les trois mois d'hiver, 3 5' 6 pour les trois mois d'été. La Meteorok^ehe ZettSfJmft deVienue rapporte les observations faites de 1870 à 1896 à Alexandrie, par un savant, Alexandre Pirona : voir à la page suivante le tableau qui résume ses observations au sujet de la température.

On s'aperçoit, en parcourant les moyennes annuelles, que la température moyenne de l'année entière varie, à Alexandrie, entre 90 et qi's ou 3 et qu'elle n'est descendue que deux fois k 19*8, de 1870 à 1896. Si l'on considère les températures mensuelles, on voit que l'automne est plus chaud que le printemps, que septembre est aussi chaud que juillet, octobre aussi chaud que juin et décembre, même plus chaud que mars. Cette observation concorde absolument avec celle de Volney, et nous retrouvons bien là celte longue période de chaleur qui occupe trois des saisons de l'année. Même la chaleur est déjà si forte au printemps, elle l'est encore tellement à l'automne, que c'est dans ces saisons, le 3 avril, le 6 mai, le 1 3 juin, le 3 septembre, le 3 octobre, que se sont présentées, de 1873 à 1896, les températures les plus élevées. Par contre, les seules températures réellement basses sont tombées en janvier et en février. On voit qu'Alexandrie, limite extrême du Delta, est cependant caractérisée par un climat d'une chaleur plus élevée et bien plus uniforme que celle de nos pays. L'ensemble du Delta jouit d'un climat sensiblement analogue à celui d'Alexandrie; pourtant, l'influence méditerranéenne s'y fait moins sentir, les pluies y sont moins fréquentes, et il faut donc, pour avoir la moyenne approximative du Delta proprement dit, élever de un ou deux degrés les

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