‹ La production du coton en EgypteChapitre 9 sur 76 · oi · texte numérisé non relu

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BXPORTATIOn DES COTONS D'^YPTB DB 187& À 18

Ces deui tableaux résiuneDt , l'un , la production générale , l'autre , l'exportation du coton Jumel, pendant chaque saison ou campagne cotonnière, c'est-à-dire du 3i août d'une année au i' septembre de l'année suivante. Pendant cette longue période, la production n'a atteint que trois fois, l'exportation deux fois, le total de 3 millions de kantars ; elles sont tombées une fois au-dessous de a millions. Deux millions et tant de kantars, ce chiffre représente presque invariablement les récoltes de coton de 1876 à 1889; toute la différence est dans les milliers et les centaines. La récolte totale des quatre années s'élève À 38.655. 5B5 kantars, et ta moyenne annuelleestde9.761.11 1. Ainsi la production du coton était restée stalionnaire, depuis le moment oà elle avait rattrapé le chiffre atteint par la récolle de t865. Il eût été à souhaiter pour l'Egypte que la qualité fût aussi resiée la même. Or les expéditions du coton Jumel présentèrent à cette époque de tels défauts, que les filaleurs exprimèrent au Vice-Roî leur mécootentemenl. «Depuis quelque temps, écrivait en i865 M. J. Ninet, les consommateurs européens avaient remarqué une grande irrégularité dans les assortiments exportés d'Alexandrie. Le mal n'ayant fait qu'empirer, ils se sont plaints. Dans le courant du mois de juin 1 87a, une adresse signée des principaux industriels cotonniers de Bolton était présentée à Lord Derby avec prière de la communiquer au Khédive. On signalait dans ce document la détérioration graduelle du coton égyptien, et on annonçait que, si des mesures efficaces n'étaient pas prises, les consommateurs seraient forcés d'abandonner l'usage des produits de la vallée du Nil. Tous les filateurs anglais se sont joints à leurs collègues de Bolton. Ce qui confirme la légitimité de leurs plaintes, c'est que leurs confrères d'Alsace et de Suisse s'étaient mis en campagne.» Ceux-ci, en effet, avaient prolesté, dès 1879, contre un abus qui n'est pas nouveau dans le commerce des cotons du

Levant : l'allération des classements, contre laquelle nous avons vu Louis XV rendre un édit en ^TJ^- Dans des réunions tenues à Zurich entre les fiUteurs d'Alsace et ceux de Suisse, ceux-ci résolurent de ne plus payer que les ^o o/o des factures, «laissant le solde, soit lo o/o, comme garantie à rë^er après l'arrivée de la marchandise n. Car c'est par télégraphe que se traitaient la plupart des affaires, entre Alexandrie et Zurich ou Mulhouse; nies échanliltons ne suivent pas les offres, il faut s'en rapporter au type, à la bonne foi des intermédiaires, et payer par acceptation des traites tirées souvent avant le départ du coton. Ainsi le filaleur mal servi par son agent se trouvait en face d'une partie de coton inférieur au type désigné et déjà payé; quelle ressource lui restait-il pour avoir raison d'un intermédiaire de mauvaise foi? Celle d'un recours aux Tribunaux égyptiens, remède deux fois pire que le mal. n ( J. Ninet.) Finalement, les industriels revinrent au paiement intégral des factures, mais k condition que les Tribunaux de Zurich connussent des différends entre âlaleurs et négociants. Cette discussion nous donne la preuve indéniable d'un avilissement dans la qualité du Jumel. Mats cet avilissement ne tenait pas seulement, comme on pourrait le croire après avoir lu ces lignes, à la fraude de quelques négociants. Dans ce cas, il serait tout à fait arbitraire d'en rendre responsable l'administration ou les cultivateurs : ce serait tout bonnement un exemple de l'agiotage, des mœurs commerciales rien moins qu'honnêtes, dont te marché d'Alexandrie offrit le spectacle pendant la fin du règne d'Ismaïl. Mats ce qui rendait bien plus grave la découverte d'imperfections dans le coton Jumel, c'est qu'on y voyait, à tort ou à raison, les symptômes d'une dégénérescence de l'espèce. «Le coton d'Egypte, se demande M. Ninet, est-il dégénéré depuis l'introduction de cette culture, dans la vallée du Nil par Méhémet-Alyî II y a lieu de se demander si les moyens d'irrigation et ta culture elle-même y sont à la hauteur de l'immense développement qu'a pris , depuis la guerre de Sécession , la production de ce textile en Egypte, enfin si la cuhure du coton dans cette contrée ferUle est appelée k s'accroître ou bien si elle restera stationuaire. n Telles sont tes questions que se posaient les agronomes en présence d'aussi graves symptômes de décadence. En Egypte, les espèces se transforment très rapidement : cette vérité, maintes fois reconnue, donnait un fondement à de telles craintes, mais, heureusement pour le coton d'Egypte, la véritable

cause de sa situation critique était ailleurs : n Les causes de cette décadence très réelle ne soot pas nombreuses, dît M. Nînet. Il dépend plus du Vice- Rot que du fdlab lui-même de les faire cesser; le terrain y est pour peu de chose , l'atmosphère n'y est pour rien. L'Etat prend et exige trop ; le cultivateur découragé ne tient pas à améliorer, loin de là, et les produits du sol se ressentent naturellement d'un régime économique insupportable, n En définitive, c'est l'élat politique et social créé par Ismaïl qui est responsable de tout ce qu'il y a de défectueux dans la culture , dans les irrigations , dans la vente des produits, a 11 est donc permis de dire que toutes les causes indiquées rentrent non seulement dans la compétence du Khédive , mais qu'il dépend de lui seul de les faire disparaître. . . Il appartient au Vice-Roi de rendre au colon d'^ypte la réputation méritée dont il jouissait sous l'administration de ses prédécesseurs, n

Si le Khédive était responsable de la décadence qui menaçait la culture du coton , ce n'est pas à dire que cette culture se soit relevée du jour oii Ismaïl partit en exil. L'administration des étrangers qui recueillirent sa succession rencontra dans le principe beaucoup de difRcultés de toute nature et ne mit pas beaucoup d'empressement à faire cesser les abus du règne précédent. Nous avons vu, par les tableaux, que la quantité récoltée reste stationnaire jusque vers 1884). La qualité ne s'améliore guère avant cette époque. La plainte des filateurs de Bolton était le deuxième avertissement donné à cet égard aux producteurs de coton Jumel. Le troisième est une brochure publiée en 1886 par M. Ninet, sous le titre significatif de Dé^itéretcence du colon Mako-Jumei L'auteur y fait un exposé des « causes nouvelles et efficientes de l'aggravation du main, qui n'est pas à l'éloge des An^ais. Il signale, à cAté des banques de prêts, l'existence de tout un monde de commerçants, sérafes, etc., Apres au lucre, exploitant les fellahs gênés à un taux monstrueux et, le plus souvent, contre garantie d'hypothèque. La réforme judiciaire, en changeant le système musulman d'hypothèque, n'a rien amélioré. L'argent afflue, depuis 1889, dans la caisse des prêteurs : l'Egyptian Banking Company accuse un million de livres sterling. Les fellahs, sous l'influence d'un régime déprimant pour leurs facultés mentales, voient leur énergie diminuer. «Les jugements, rendus dans une langue inconnue, dépossèdent k tort et à travers les petits propriétaires, dont les biens, vendus aux enchères publiques, passent dans les mains

d'individus dépourvus de connaissances agricoles. Quant aux emprunteurs moins ruinés que les précédents, et susceptibles de pouvoir s'acquitter envers l'interlope finance, ils ne sont guère plus libres de leurs mouvements. Le (isc d'un côté, les dettes de l'autre, et de cruels renouvellements à satisfaire ne leur laissent pas le loisir de s'occuper d'améliorer la plante qui enrichit tout le monde, eux exceptés.n Les fellahs sont dans une dépendance étroite à l'égard des sociétés de crédit, telles que l'Egyptian Banking Company, qui met la main sur le coton brut de ses débiteurs, l'égraine elle-même, l'emballe encore à ses frais, t'expédie enfin en Europe, où elle fait vendre, en remboursement de ses avances, le gage ainsi grevé de gros frais. Le chiffre auquel on évaluait alors la dette privée des fellahs est de cinq millions et demi de livres sterling, somme dont on oe leur avait certainement pas avancé la moitié. Si, au moins les grands domaines compensaient par la qualité de leurs produits , le tort qu'ils font aux petits cultivateurs ! mais ils sont gérés par des intendants incapables ou malhonnêtes, dont l'incurie a été mise en lumière par l'enquête de la maison Rolbschild sur la gestion des biens affectés à son hypothèque. « Partout ces terres immenses et de la meilleure qualité ont produit du coton dont la dégénérescence s'est montrée aussi persistante que caractérisée.» Sauver l'agriculture de la «finance interlope n, de l'usure; arrivera une juste répartition des bénéfices de la production , entre les grands propriétaires et les fellahs , qui , pour le moment, n'en retirent aucun : les desiderata de la culture sont toujours les mêmes, et cette permanence ne fait pas honneur aux gouvernements successifs de l'Egypte. Des abus tels que ceux dont M. Ninet cite l'exemple, expliquent les jugements sévères que les publicistes français ont, à celte époque, porté sur l'administration anglaise : «Les dépenses en paiement d'honoraires, écrivait M. Planchut en 1888, s'accroissent quand les recettes diminuent; le désert envahit les terres où l'on voyait jadis de brillantes cultures ; le sel blanchit un sol où germaient les orges et les blés : le brigandage continue ses essais d'acclimatation. Il semble, en un mot, que ceux qui ont si complètement envahi l'Egypte depuis six ans, aient pour objectif la ruine de ce pays, afin d'en éloigner ceux qui s'y sont établis et d'en rester les seuls maîtres, n L'avilissement du prix des terres est certainement un signe manifeste du moindre rendement des cultures; or, voici l'exemple que cite à ce sujet M. Manchut : «Cinq cents à 600 feddans tout

près du Caire, gérés par le compte de MM. de Rothschild, facilemeat irrigués, et dont la valeur, premier coât, n'avait pas été moindre de 800 Â ^00 francs pour feddaa, n'ont pas trouvé acquéreurs à plus de 35o &00 francs, soit 5o 0/0 de haïsse. D'après cela, 5 millions de feddans cultivés en Egypte, autrefois estimés 1 00 millions de livres égyptiennes, m valent pas aujourd'hui plus de la moitié, soit 1 milliard 35o millions de francs, au lieu de a milliards 5oo millions, n Notre intention n'est pas de rechercher s'il y a Heu ou non d'accuser les Anglais de n'avoir rien fait, pendant les premières années de leur administration , pour réformer les abus dont souffrait la culture du coton, comme toutes celles de l'Egypte. La réforme de ces abus était pourtant urgente si l'on voulait que la production s'accrût en quantité et s'améliorât en qualité. La vérité, c'est que la culture, telle qu'elle était sortie de la guerre de Sécession, attendait une organisation en rapport avec son importance; il fallait modifier les conditions matérielles et morales de son existence présente pour lui permettre de poursuivre son extension. Ce sont ces conditions de toutes sortes, procédés de culture, voies d'irrigation, garantie de la propriété, etc. . . qui ont été modifiées pendant ces dernières années à l'usage du nouveau développement de l'agricidture , et principalement du coton , dans la vallée du Nil. Nous examinerons dans le chapitre suivant la situation de la culture du coton en Egypte à l'époque actudle, mais, pour compléter cet historique des diverses phases de cette culture, nous transcrivons ici le tableau de la production et de l'exportation depuis 188g.

PBODOCTIOH DU COTON BR ^IPTB.

buUn. L. B. Il kuUr.

1889-!890 3.ao8.558 8.470.598 aM P. T.

1890-189i i.iSfl.ÛoS j.SaS.oS? aaç

1891-1892 ù.765.3ii 9.751.395 ao4

1892-1893 5.aao.5.o 9.583.7S8 i83.B

1893-189Ù 5.ia3.35o 9.785.599 191

BXPOWitlOB DU COTOR D^YPTB.

1893-1894 B.iaa.ooo

1897-1898 6. 399 . 1 a8 kaiit«r«.

Ainsi, de 1889-18^0 à 1897-1898, l'exportation du coton a triplé, elle a passé de 3 millions de kantars à plus de 6 millions de kantars.

Depuis 1897-1898, la producliondu coton en %ypte semble avoir subi un temps d'arrêt. Si l'on examine, en effet, les statistiques des exportations de coton pendant les saisons cotonnières de 1897-1898 à 1905-1906, on s'aperçoit que la valeur n'a pas cessé d'augmenter mais que la quantité est restée stationnaire, oscillant entre S.&oo.ooo et 6.5oo.ooo kantars.

EXPORTATIONS DE COTOH D'iCÏPTB.

kinlan. L. E.

1898-1899 5.636.671 8.83i.5aa

1900-1901 5. Soi. 009 13. 307. 375

1903-1904 6.iS4.55i 17.781.803

1905-1906 6.o4i .197 17. 1 li. 861

Cet arrêt dans la production est d'autant plus frappant que la surface des terres cultivées en coton n'a pas cessé d'augmenter depuis 1898. ail y a lieu de remarquer, écrivait Sir Vincent Corbelt dans un de ses derniers rapports, que, tandis que la superficie cultivée en colon n'a fait que s'accroître pendant ces dernières années, le rendement total des récoltes n'a pas augmenté, n Nous chercberons plus tard à déterminer les causes de ce phénomène. Contentons-nous, pour le moment, de le constater et de jeter un coup d'œil sur l'ensemble du développement de la culture du coton en Egypte.

Les phases de ce développement sont assez tranchées pour qu'elles apparaissent maintenant avec netteté. Pendant de très longues années et de toute antiquité, les EgypUens cultivaient un cotonnier d'une espèce indigène, dont ils employaient les produits, en partie à l'usage de l'tndustrîe locale, en partie à l'exportation. Puis, Méhémet-Ali introduit une nouvelle espèce de cotonnier (1891), le cotonnier Jumel, dont la culture prend, grâce au monopole, une extension immédiate (tSai); entravée, immobilisée pour ainsi dire, pendant la plus grande partie du règne de Méhémet-Ali, par les rigueurs de ce monopole (18&8), elle s'en dégage

sous Saïd pacha (i85o], et reçoit de la crise provoquée par la guerre d'Amérique une impulsion décisive (1863), sa production triple en quatre ans (i865); un instant menacée parla réaction de la crise, la production du coton Jumel rattrape bientôt {1879) le chiffre atteint en i865, mais, au lieu de poursuivre sa marche, s'écarle peu de ce chiffre, et, par la faute d'une situation générale troublée, demeure stationnaire (1889); ensuite, [es conditions matérielles et morales de son existence ayant été mises en rapport avec son importance (1889-1 898), la culture du coton réalise rapidement de nouveaux progrès et la production triple en huit ans (1898). Depuis une dizaine d'années enfin, malgré un accroissement incessant de la superficie cultivée en coton, la production reste stationnaire, par suite de causes sur lesquelles on n'est pas absolument d'accord et que nous chercherons à déterminer plus loin.

Le Coton m Egypte.

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