‹ La production du coton en EgypteChapitre 12 sur 76 · BASSE · texte numérisé non relu

BASSE

ai'b

chiffres notés h Alexandrie. Voici d'ailleurs un résumé météorologique des températures observées, pendant la période végétative du cotonnier (marsoctobre), à Zagazig, ville située à l'intérieur de la Basse-Egypte.

RÉSUMÉ HÉT^OnOLOGIQUE BIf DEGRES CSnTlGRADES.

UOVBNNBS.

HOtENilESJOUnifALIÈRBS

fil

■■■■■DM.

((■HUIT tnn:

■oinnii.

." Mit

>-«plemb,

i-oclohre.

i6* et 3o*

■ i et i8

ai

3soo' 3o8a

55oo'

On voit par ce tableau quelle grande somme de chaleur le soleil d'Egypte verse sur les cotonniers pendant leur période végétative : 55oo°centigrades. A plus forte raison en est-il ainsi dans l'Egypte intermédiaire, c'est-à-dire dans le Fayoum, dont la température est, d'après Clôt bey, de a' supérieure à celle du Delta , pour chaque saison. Celte somme de chaleur est parfaitemenl suffisante k la végétation du cotonnier et à l'éclosion de ses fruits; c'est pour celte cause autant que pour celle des canaux d'irrigation, qu'on a étendu la culture du cotonnier à toute la Basse-Egypte et au Fayoum, tandis qu'on a réservé les terres de la Haute-Egypte à des cultures qui exigent, comme la canne à sucre, une somme encore plus considérable de chaleur (moyenne annuelle à Keneb : 36*; à Louxor, aS").

Deux mots dans le résumé météorologique que nous venons de citer donnent lieu h une observation importante : ce sont les mots maximum, minimum, qui figurent sous le mot Moyennes. Le propre d'une moyenne, c'est en général de n'être ni maximum, ni minimum. Mais les variations de la température dans une même journée sont, en Egypte, si considérables, qu'il faut en tenir compte pour être exact. C'est un des caractères du climat de l'Egypte que cet écart immense entre le moment où le soleil est le plus ardent et celui où il est couché. Par exemple, d'après les observations faites en 1897 à Zagazig, le maximum le plus âevé a été de d ù" centigrades le 1 6 juin , et le maximum le plus bas , de 8°5 le s janvier,

le minimum le plus élevé a été de 96* le 3 5 juin, le minimum le plus bas, de li° le 3 janvier. Ainsi , d'une part, la température a varié entre 8°5 et &3° à une heure fixe du jour; d'autre part, cette même température, observée à un moment j>réciB après le coucher du soleil, olFrail un écart de A à 16* avec la température du jour. Encore a-t-il pu se présenter, dans une même journée, des écarts plus importants. Voici quelques exemples, rournis par M. Gb. Pensa, de cet abaissement de température entre le jour et la nuit.

la février...

17 DWW....

16 juillet....

10 *oût

19 aeptembre

18 octobre . .

b novembre.

i5 décembre.

>3 9 aa t,

(tCela s'explique, dit M. Ch. Pensa, par la siccité de l'air et l'absence de nuages; par suite, il y a un rayonnement considérable dès que le soleil est couché , et un grand abaissement de température, n S'il existait toujours entre les températures diurne et nocturne un écart aussi grand, ce phénomène ne pourrait causer que des dommages aux cotonniers. Mais ce sont U des exemples des écarts les plus notables; en outre, l'auteur ne dit point à quel endroit il les a observés. D'ailleurs, on remarquera que dans la période d'éclosion des fleurs et des fruits , la température nocturne , quoique très inférieure à celle du jour, demeure néanmoins assez élevée. En fait, il n'arrive jamais que les fleurs ni les fruits, ni le végétal lui-m£me soient gelés pendant la nuit. Ce sont les hommes et les animaux qui ont Èk souffrir de ce phénomène plutôt que tes végétaux.

Le résumé météorologique de la stalion de Zagazîg nous fournit un dernier renseignement qu'il importe de noter : c'est le nombre des jours de pluie. Pendant la période végétative du cotonnier, il n'a plu, en 1897, que six fois, en 1 896, que sept fois. On peut dire, d'une manière générale, qu'il pleut en effet très peu en Egypte. Dans la Haule-Egypte, la pluie est un phénomène extrêmement rare, et un Français qui réside h Louxor nous disait que l'année 1898 avait été une année exceptionnelle parce qu'il avait plu une fois pendant une journée, tandis qu'en 1897, il n'avait pas plu une fois pendant dix minutes consécutives. Dans la Basse-Egypte, surtout dans les régions voisines de la Méditerranée, il n'est pas exact de dire que la pluie soit quasi inconnue. Dans la saison où les Européens visitent l'Egypte, c'est-à-dire de la fin de décembre à la fin de février, il est rare que des averses ne tombent pas sur l'Egypte , entre le Caire et la Méditerranée. Pour nous, en un mois, nous avons vu la pluie k Port-Saïd pendant quelques heures d'une nuit et de la matinée suivante, à Ismaïlia, où les rafales soulevaient le lac Timsah et déchaînaient une petite tempête sur les lacs Amers; au Caire enfin, où les averses se sont succédé pendant un jour et demi , transformant certains quartiers de la ville en un bourbier ( 1 7 décembre à i3 janvier). En somme, il pleut au Caire dix à douze fois par an, à Alexandrie, vingt-cinq à trente fois, d'après M. Ch. Pensa. nLes pluies, dit cet auteur, sont d'autant plus abondantes que le Nil a débordé davanlage. La crue en 1896 a été forte, et j'ai pu constater que l'hiver 1895-1 896 a été pour l'Egypte, relativement frais et pluvieux." La moyenne mensuelle de la hauteur de pluie est :

Janvier

Septembre . . .

Février...,

Octobre

Mur.

Novembre....

Avril

Décembre. . . .

Mai

Si 6

Totil de l'aonëe pour Le Caire 31 mill. 90.

ToTiL de l'année pour Alexandrie aa3 mill. 00.

li pleut donc beaucoup plus à Alexandrie qu'au Caire, et, pour telle locaIit<5 de l'intiSrieur du Delta , la somme des millimètres serait certainement

Irès inférieure. Mais on remartjuera que, même à Alexandrie, il est une saison pendant laquelle la quantité d'eau tombée est à peine appréciable, et qu'il est des mois pendant lesquels elle est nulle. La Meteorologftsclie Zeilsehrift, de Vienne , rapporte ainsi les observations du savant Pirona : r L'été se passe absolument sanspluie.Pendantla période entièredemesobservations, de 1869 a 1896, j'ai seulement mesuré m. 001 mill. le a5 août 1878 et om.009 mill. le 5 juin 188S. Les plus vicui Égyptiens, dont je suis, no peuvent pas se souvenir d'avoir vu de la pluie en juin , pas même quelques gouttes, une seule fois. On peut dire, après cela, avec une entière certitude, que la période pendant laquelle il ne pleut pas dure depuis le commencement d'avril, jusqu'au delà du i& octobre. C'est en 1879,1e 19 décembre, que la période de pluie a commencé le plus tard, et c'est en i883 et 188/1, à la fin de février, qu'elle s'est terminée le plus tôt. n 11 y a donc , même sur le point de la Basse-%yptc, oii il pleut le plus, une saison de sécberease qui coïncide avec la saison des plus grandes chaleurs : cette longue saison, doDtVolney a le premier noté l'eMstence, correspond à la période végétative des cotonniers. Cette condition est d'une importance capitale, car, nen d'autres pays, dit M. Bouteron, des pluies abondantes arrivant au moment oiî la gousse est déjà formée, font obstacle à sa complète maturité». Ce qu'il peut arriver de pire, dans la culture du cotonnier, c'est une pluie malencontreuse. ttLes années pluvieuses, dit M. Henri Lecomte, sont, en général, des années de mauvaise récolte, car le cotonnier pousse beaucoup trop en tige; aui Etats-Unis, les années de sécheresse relative, sont aussi celles des meilleures récoltes, n Mais, ajoute le même auteur, «une sécheresse prolongée serait naturellement aussi préjudiciable au cotonnier, qu'une pluie persistanlen. Afin que la culture n'échappe pas à un danger, pour tomber aussitôt dans un autre, il faut, si les pluies sont un élément né^igeable, que la nature écarte, par de nouveaux phénomènes, le péril d'une sécheresse exagérée.

La nature l'a fait pour l'Egypte, en créant le Nil et en lui donnant un régime unique au monde. Nous avons déjà montré le rôle capital que joue le Nil dans la vie agricole de l'Egypte. 11 nous faut maintenant décrire, plus en détail, son régime dont dépend la culture du coton, comme celle de tous les végétaux cultivés sur les bords de ce fleuve. Avant d'arriver dans la région où ses eaux font naître, sur un sol brûlé par le soleil, de si riches

cultures, le Nil coule pendant des milliers de kilomètres, h travers des pays dont lui seul fait l'unité géographique. ttLa peote giinérale du sol, de l'Afrique centrale aui rivages de ta Méditerranée, remarque M. Reclus, coïncide avec la vallée du Nil; toutefois, c'est uniquement à ce fleuve que les régions traversées doivent leur unité géographique. Les hautes terres de l'intérieur, parsemées de lacs, les espaces marécageux oii les principaux affluents du Sud-Ouest viennent s'unir au Nil Blanc, la citadelle de montagnes, occupée par les Ethiopiens, le Kordofao, entouré de solitude, les déserts de Nubie, l'étroite et sinueuse vallée de U Haute-Egypte, enfin, la campagne verdoyante oi^ se ramifient les bras fluviaux, avant de s'unir à la Méditerranée, toutes ces contrées sont autant de domaines géographiques bien distincts , et l'histoire en aurait été toute locale , si le Nil et ses affluents, serpentant de l'une à l'autre région , ne les avaient unies de leurs fils d'argent. » Tel est, en quelques traits, le tableau de la vallée, très longue et variée, h travers laquelle coule le Nil. Ainsi, lorsque le Nil arrive dans l'Egypte proprement dite, c'est un fleuve immense qui réunit dans son ht les eaux de trois grands cours d'eau : le Nil Blanc et le NU Bleu, qui, formés euïmâmes par la jonction de plusieurs rivières, ont leur confluent h Khartoum , et l'Athara, qui, descendue des hauts plateaux d'Abyssinie, grossit le Nil un peu au sud de Berber. A partir de ce point, le Nil, sur un parcours d'environ S.ooo kilomètres, ne reçoit plus aucun aflluent : son débit, qui n'a pas besoin d'être augmenté, est, au contraire, régularisé par six cataractes espacées entre Assouan et Khartoum. D'Assouan jusqu'à la mer, le Nil coule, dit M. Barois, «dans un lit creusé au milieu des couches de limon, qu'il a successivement déposées dans le fond de la vallée n. Resserrée en aval d'Assouan, sa vallée s'élargit après le défilé rocheux de Gebel Silcileh et prend bientôt ses dimensions normales de i a à i lï kilomètres en moyenne. La largeur du Nil varie de 5oo mètres à a kilomètres, selon l'élévation des eaux et la profondeur du Ut, et, pendant l'inondation, le lit du Nil se confond avec la vallée entière, à moins que des digues n'en maintiennent les eaux dans le lit normal. La profondeur du fleuve est également variable : son niveau à l'éliage est de i o mètres à Assouan , de 5 à 6 mètres vers la pointe du Delta, de i mètre seulement au-dessus du sol vers les embouchures. A peu de distance au-dessous du Caire, en un point que les Arabes nomment le r Ventre de la Vache», le Nil se sépare en

deux branches, dont l'uae va déboucher à Rosette, l'autre à Damiette. Ces deux bras, doat le premier est le plus Important, ont un cours analogue, à travers une plaine d'alluvions. Bien que les branches de Damiette et de Rosette soient les seules qui subsistent des sept branches éuumérées par les historiens anciens, une notable quantité de l'eau du Nil s'écoule, soit pendant la crue, soit toute l'année, par des canaux dérivés jus(|u'aux lacs échelonnés à la base du Delta. Ces lacs la déversent à leur tour dans la mer, par des ouvertures qui sont de véritables embouchures du Nil et, peut-être même, celles des branches aujourd'hui disparues : ce sont les lacs d'Edkou, de Bourios et de Memaieh, et cenx d'Aboukir et de Mariout, qui n'ont pas d'écoulement sur la mer. Rien n'est laissé au hasard dans le régime du Nil, rien ne doit en être né^gé, ni ses sources lointaines et mystérieuses dans la région des grands lacs , ni la jonction successive des rivières qui forment son cours, ni les cataractes qui barrent son ht en amont d'Assouan, ni la configuration de la vallée oîk il coule depuis ce point, ni sa séparation en deux branches, ni l'écoulement de ses eaux par les canaux et les lacs. Toutes ces circonstances inlluent, en effet, à des titres divers, sur le phénomène capital qui caractérise le régime du Nil : la crue annuelle. Tous les ans, de la fin de juin à la fin de septembre, le niveau du Nil monte et son débit s'accroît; à partir des derniers jours de septembre, les eaux s'abaissent rapidement d'abord, jusqu'à la fin d'octobre, lentement ensuite, jusqu'au mois de juin de l'année suivante : tel est le phénomène de la crue du Nil. Cette crue annuelle est l'effet de phénomènes naturels, qui surviennent à plusieurs milliers de kilomètres des régions où la crue se fait sentir; la régularité de cette crue n'est qu'une conséquence de la régularité de ces phénomènes. Chaque année, en effet, des pluies tropicales périodiques s'abattent sur la région des grands tacs, entre le lac Albert Nyanza et Khartoum, et, plus tard, sur les hauts plateaux d'Abyssinie; ce sont elles qui alimentent le Nil, et jusqu'à l'année suivante, aucune pluie irrégulière telle qu'il s'en produit dans tes zones tempérées, ne vient troubler par son apport, le cours du fleuve. La crue du fleuve est produite par les crues partielles détemûnées dans le Nil Blanc, le Nil Bleu et l'Atbara, par ces pluies tropicales. «Les lacs équatoriaux, dit M. Barois, commencent à déverser leurs eaux dans le Nil Blanc, au mois d'avril, le Nil Blanc monte, à Khartoum, vers la fin d'avril, et baisse à partir du commencement de

dbyGoogIc

septembre; c'est lui qui, le premier, envoie ses eaux à Assoxan à la fin de juin, quarante jours environ après qu'elles sont parvenues à Kharloum. n L'Atbara et le Nil Bleu ont aussi leur crue, dont le maximum a lieu en août et arrive en Egypte en septembre : plus irréguliers que le Nil Blanc, ces deux affluents sont déjà rentrés dans leur lit quand celui-ci, ngrâcc à l'cmmagasinement des eaux dans les lacs équatoriaux et dans les immenses marais que traverse son cours, maintient élevé le niveau du Niln. M. Barois résume ainsi le rôle de ces trois cours d'eau dans la crue annuelle : nLe Nil Blanc, déversoir des grands lacs, comme régiJateur; le Nil Bleu et l'Albara, pour donner à la crue toute son intensité : tels sont les principux éléments qui constituent le régime du NîId. C'est là l'explicatioD scientifique du phénomène dont dépend toute la vie agricole de l'Egypte. La crue se fait sentir graduellement et successivement dans toute l'Egypte. En avril, en mai et en juin, pour la plus grande partie de l'Egypte, le niveau du Nil est donc eitrâmement bas, et, dans la partie inférieure de son cours, on verrait des endroits à sec, si le barrage construit près du Caire, ne permettait déjà de régulariser un peu le débit du fleuve. Vers la fin du mois de juin, le peuple, dont la détresse physique est alors très grande, commence à s'enquérir des nouvelles de la crue. Autrefois, c'était de Khartoum (jue venaient les premières annonces , impatiemment attendues ; tant que le Soudan égyptien fut aux mains du Mahdi , ce fut de Wadi-Hatfa , et surtout du Nilomëtre d'Assouan, que furent envoyés ces renseignements; il est probable que, désormais, on les expédiera de Khartoum. La crue devient sensible à Assouan, avons-nous dit, à la fin de juin; elle y atteint son maximum du i5 août au i" octobre. nAu début de l'inondation, dit M. Milner, il faut de dix à douze jours pour que , d'Assouan , la crue se fasse sentir au Caire; ce temps écoulé, sur tous les points des rives du fleuve on peut constater jour par jour l'avancement de l'eau, lent d'abord, et bientôt de plus en plus rapide. Après une semaine ou deux, ce n'est plus seulement le niveau, c'est l'aspect général du fleuve qui annonce les prochains changements.» Pendant la période de la cfue, on mesure encore le niveau des eaux du Nilomètre de Rodah, près du Caire, mesure qui constitue un précieux renseignement pour les irrigations de la Basse-Egypte, r Vers le milieu du mois d'août, d'après Milner, le fleuve a monté d'environ ao pieds et affleure au sommet des digues, n C'est alors qu'a lieu l'ouverture de la

digue du canal, qui est l'occasion, pour les habitants du Caire, de réjouissances et de cérémonies en l'honneur du Nil. En aval du Caire, les eaus de la crue se divisent et vont alimenter les divers canaux issus des deux hranches du Nil ; dans celte région , la canalisation a créé un état tout à fait artificiel, et le régime du Nil ne peut plus être étudié. En somme, les caui mettent quarante jours au déhut de la crue , (rente à la fin , pour aller de Kharloumà Assouan, h à 6 jourspouraIlerdeWadi-HalfaâiA8souan,9 à 1 1 jours d'Assouan à la pointe du Delta. Ces données sont d'une importance capitale, au point de vue de l'organisation du service des irrigations. Pendant toute cette période, l'aspect de l'Bgypte est, était surtout autrefois, celui d'un immense lac parsemé de villages. «Les eaux,' sortieô'de leur lit, écrivait Amrou au khalife Omar, couvrent la surface de l'Egypte pour y déposer un limon productif. Il n'y a plus de communication d'un village à l'autre que par le moyen de barques légères, aussi nombreuses que les feuilles du palmier. » Dans la partie de l'Egypte qui est aujourd'hui irriguée par canaux, l'aspect du pays n'est plus le même : l'Egypte ne produit plus l'effet d'un lac, mais plutôt celui d'une Hollande de l'Orient, qui aurait pu inspirer à Voltaire sa célèbre boutade : «Un pays de canaux et de canardsn. Lorsque arrive le moment où, selon l'expression d' Amrou, «ce fleuve docile doit rentrer dans les bornes que le destin lui a prescrites n, une préoccupation nouvelle s'empare du peuple : nia question est maintenant de savoir si le fleuve se retirera, ou plutôt s'il se retirera à (empsn (Milner). Les eaux, en restant trop longtemps sur les terres inondées, en rompant les digues qui les empêchent de parvenir sur les terres irriguées, peuvent compromettre les récoltes. nVers le milieu de septembre, dit M. Milner, on commence donc îli s'inquiéter des nouvelles de la baisse des eaux à Assouan , comme on s'inquiétait, vers le miUeu de juin, des nouvelles de la crue. A la fin d'octobre, dans les années moyennes, la crise est passée.» Dans cet intervalle, les digues sont, de la part des fellahs, comme de la part des ingénieurs des Eaux, l'objet d'une surveillance incessante. Un service de garde est organisé parmi les paysans; les mesures sont prises en vue de réparations immédiates; des inspecteurs parcourent le pays, chargés chacun d'un territoire déterminé. Enfin, quand arrive la nouvelle de la baisse définitive, «pour la première fois depuis six mois, l'état du fleuve cesse d'être l'objet de la préoccupation prédominante du peuple égyptien» (Milner). Telles £* CoUm M ÉgiipU. a

sont les diverses phases par lesquelles passe le régime du Nil, pendant la période de la crue.

Quelle est l'importance de cette crue, par qudle élévation de niveau, par quelle augmentation de débit se manifeste-t-elleîDe 1879 à i88t,rétiage du Nil, au Caire, a varié, d'après M. Barois, entre les cotes d'altitude 1 1 m. 49 cent, et 1 3 m. 76 cent., soit a m. 37 cent, de différence entre les étiages extrêmes, résultats que le fonctionnement du barrage de la pointe du Delta a modifiés. Voici maintenant les renseignemeols que donne Sir Colin Scott Moncrieff sur les niveaux des crues au Caire, pendant cent vingt-six années, jusqu'à i885 inclusivement :

Le Nil s'est élevé cinq années au-dessus de la cote de so m. 13 cent; vingt-quatre années au-dessus de la cote de 1 9 m. 58 cent. ; vingt-huit années au-dessus de la cote de 1 9 m. oà cent. , vingt et une années au-dessus de la cote de 1 8 m. 5 cent. ; dix-neufannées au-dessus de la cote de 1 8 m. 9 3 cent. ; treize années au-dessus de la cote de 1 7 m. 9 6 cent. ; onze années au-dessus de la cote de 17 m. 69 cent.; quatre années au-dessus de la cote de 17 m. /la cent.; une année au-dessus de 17 m. i5 cent.

La différence est de 3 mètres entre les crues extrêmes. rËh résumé, conclut M. Barois , la montée moyenne des eaux du Nil , est d'environ 8 mètres à Assouan elde 7 mètres au Caire , avec des variations maxima de 9 m. 5 cent. à 3 mètres, pour les cotes d'étiage et les cotes des hautes eaux.n On voit que tout en étant régulière dans son ensemble, la crue du Nil subit quelques variations susceptibles d'iuQuer sur l'agriculture. Quelle hauteur doit-elle atteindre, quelle mesure ne doit-elle pas dépasser, pour satisfaire aux besoins de la culture, sans lui causer de dommages, pour n'être ni insuffisante, ni excessive? nOnadmet généralement, ditM. Ch. Pensa , qu'une crue qui mesure , au Caire , 9 U coudées (altitude au-dessus de la mer, 1 9 m. S 3 c.) est trop forte; 33 à a3 1/9 (altitude au-dessus de la mer, t8 m. 5o cent. * è 1 9 m. 3 1 cent.) est bonne ; 9 à 9 9 (altitude au-dessus de la mer, 1 8 mètres) est faible ; 1 8 à 9 o ( altitude au-dessus de la mer, 1 7 m. 5 cent.) est insuffisante.» En 1878, M. Delchevalerie a réuni dans un tableau les niveaux annuels des crues de 18&8 à 1873, en y joignant une appréciaUon de leur qualité. (Voir ce tableau à la page suivante.)

Il suffit donc, pour rendre une crue insuffisante ou excessive, d'une différence de niveau insi^ifiante en apparence. On voit que l'insuffisance

de la crue n'est pas un fait très fréquent, puisqu'elle ne s'est présentée que deux fois en vingt-cinq ans. Od peut fixer à 30 coudées la mesure au-dessous de laquelle la crue est aujourd'hui jugée insuffisante; cette limite a donné matière, nous le verrons, à de savantes discussions sur l'^évation du sol.

AHHiES.

Page 1