MÈTRES
IPPSiCIATIOH.
si, 09 91,08 ai. 09 93,i3
st.tA ai, 07 sâ,o5 >û.i6
iM
5,87 8,io 7-9»
— moyenne.
~ tris abonduite.
— moyenne.
— faible.
— ■ lrâ« abondinle.
— moyenne.
— moyeime.
— mayenne.
~ Irè» abonilinte.
— moyenne.
— très forte.
— in«iffi«llte.
— trè» forte.
— insarruanle.
— trè» forte.
— tris forte.
— abondante.
Quant à la limite eitréme au delà de laquelle les eaux ne peuvent monter sans faire de ravages, elle paratt devoir être placée entre aâ et a5 coudées, et le Nil l'a atteinte quatre fois dans la même période. Lorsque rien d'anorntal ne trouble son cours, le Nil, au moment de l'étiage, a un débit égal à â6o mètres cubes par seconde. Pendant une crue moyenne, son débit est de 1 3.000 mètres cubes par seconde, d'après des observations faites par
Linant de BeUefonds au Gebel Sïlctleh. Voici, d'après Ë. Reclus, le débit du Nil au barrage pendant l'étiage de 187^ :
Branche de BoaeUe i8t " 5 par seconde.
Branche de Damietle aâ5 "
Paya de MeaoaCeb 19 A
L'augmentation est immense pendant la crue, car M. Milner dit que le débit moyen journalier du Nîl, au Caire, pendant les mois d'août, septembre, octobre, est de plus de 600 millions de mètres cubes; ndurant cette période, le minimum du débit au niveau le plus bas est de &5o millions, et le maximum au moment de ses hautes eaux, s'est élevé jusqu'il un milliard de mètres cubes n. Ces chiffres donnent une idée de la transformation subie par le fleuve, pendant les mois des hautes eaux, et du volume d'eau considérable qu'il est alors en mesure de répandre sur tes bassins d'inondation, ou dans les canaux d'irrigation.
Le régime du Nil , dont nous venons d'apprécier numériquement le prin* cipal phénomène, a, sur la culture du coton, une influence si importante qu'il était nécessaire de la marquer tout d'abord. Les pluies, avons-nous dit, sont un élément négligeable en Egypte. Or, en même temps qu'elle est délivrée du danger des pluies malencontreuses, la culture du coton dispose, grâce au Nil et sa crue annuelle, d'autant d'eau qu'elle veut, au moment où elle en veut. Nous verrons le rdle prépondérant des arrosages dans cette culture : le cotonnier ne peut se passer d'eau. nËn Egypte, cet arrosage lui est assuré, aux époques voulues, par l'eau du Nil, distribuée dans les diverses provinces par un nombre considérable de canaux. A l'époque de la crue, l'arrosage se fait naturellement, les eaui étant toujours en charge dans les diverses artères d'irrigation. » (Bouteron.) Or, la période végétative du cotonnier s'étend de mars à octobre, les eaux sont assez hautes pour qu'on puisse arroser naturellement ; c'est là un précieux avantage , car, jusqu'à la cueilletle.les arrosages se succèdent généralement à quinze ou vingt jours d'intervalle, et c'est aussi pendant la crue, en aoAt, que l'on a coutume d'amener et de laisser séjourner un mois les eaux sur le sol que l'on destine
h recevoir iee semences. Il est vrai que l'on doit aussi arroser pendant l'ëtiage : les machines élévatoires sont alors nécessaires, mais c'est encore à la crue annuelle que les terres éloignées des deux maîtresses branches du Nil sont redevaJiles du peu d'eau qui continue à couler dans les canaui d'irrigation. C'est ainsi que le Nil et le régime si singulier qui est le sien , sonl la condition tine qua non de la croissance du cotonnier en Égypie, à coodilion toutefois qu'on préserve de l'inondation les plantations de ce végétal ; car, survenant à une époque où le cotonnier est en fleurs, tes eaux de la crue ruineraient irrémédiablement la récolte, si elles envahissaient librement les plants.
Outre l'humidité que seul il apporte aux plantes, en l'absence des pluies, le Nil agit encore sur elles, par l'effet fertilisant de ses eaux. La vertu fécondante des eaux du Nil est un des avantages naturels qui ont le plus frappé les écrivains et le plus contribué à fonder la réputation de fertilité de r^ypte. Ramené à ses véritables proportions, le fait est moins merveilleux. 11 est incontestable que les eaux du Nil tiennent en suspension et en dissolution une certaine proportion de substances, dont elles déposent une partie sur le sol, quand on les y laisse quelque temps. Chaque année, au moment de la crue , apparaissent dans le Nil des eaux dites r eaux vertes n , chaînées de matières végétales que ses flots grossis par la crue ont enlevées aux marais équatoriaux. Puis quand le fleuve atteint une hauteur d'environ 10 coudées, les «eaux rouges n commencent à affluer. Elles sont chaînées d'un limon rouge&tre sur l'origine duquel on n'est guère fixé : M. Barots déclare en effet, h. la suite de beaucoup de savants, qu'il a été «entraîné des plateaux d'Abyssinie par les courants rapides du Nil Bleu et de l'Atbaran; M. Charies Cotard affirme, au contraire, d'après Eugène Tissot, que nie Nil Bleu fournit peu de matières limoneuses, et que, lorsque ses eaux limpides arrivent à Kharthoum, leur couleur bleuâtre se détache sur le ton rouge du fleuve blanc, qui est saturé d'argile». Quoi qu'il en soit, une fois le maximum de la crue passé, le Nil reprend sa couleur jaunâtre, que le reflet du ciel change, à distance, en un bleu argenté. Les chimistes se sont préoccupés de connaître exactement la nature et la quantité des matières que le Nil tient en dissolution et en suspension , au moment de la crue comme en temps normal. Le poids ni la nature des substances tenues en dissolution par l'eau du Nil ne diffèrent beaucoup de la composition moyenne
des autres eaux fluviales. VotcJ, eo effet, les chiffres que M. Baroïs a empruntés aux analyses du docteur H- Letbeby. La quanUté d'ammoniaque provenant des substances salines et organiques dissoutes dans l'eau du Nil varie entre i lâ et 970 milligrammes par litre, en moyenne 176 milligrammes, proportion sensiblement supérieure h celle qui a été observée dans la Seine (60 milligrammes) et dans la Tamise (85 à 167 milligrammes). Le tableau suivant indique le poids des autres matières tenues en dissolution (en grammes par litre).
Chaux o.o&a'i 0,0993
Magnéàe 0,0100 0,0060
Sonde 0,006a —
PoUuse 0,01 ftk 0,0087
Chlore 0,0067 o,oo&3
Acide sulfurique. o,oa 16 0,0 1 08
Silice 0,0097 0,0078
MaUère§ organiques 0,0175 o,oi3o
Acid^ carbonique, pertes. o,oâo3 0,0676
ToTADi 0,1688 o.aioA
Sauf pour le poids de l'ammoniaque, l'eau du Nil ne présente, ni pour le poids total des matières dissoutes, ni pour le poids particulier de chacune d'elles, de différence importante avec les eaux des fleuves d'Europe. SI nous ne nous arrêtons qu'à la quantité des matières tenues en suspension , nous arriverons à la même conclusion. Voici, d'après M. Barois, les poids constatés en iSyi- 1875, indiqués en grammes par litre d'eau.
Matières orfraaiques o,oo5i
Matières minérales o,o383
Totaux o,oâ3â
C'est au moment des eaux vertes que le Nil tient en suspension le plu:
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de matières oi^niques , et , au moment des eaux rougee , le plus de matières minérales, c'est-à-dire de limon. La quantité totale de ces dernières n'a rien d'anormal. « Pendant les douze mois compris entre deux étiages successifs, dit M. Barois, le Nil transporte environ BA millions de tonnes d'alluvions à raison de àUk grammes en moyenne par mètre cube d'eau; cette quantité représente un volume total de 3o millions de mètres cubes, dont la moitié au moins est charriée pendant la durée de deux mois environ qui correspond au maximum de la crue. Ce volume de limon est moitié plus fort que celui qui est entraîné par le Rhâne à la mer pendant la même période de temps, et le Pô débile annuellement une fois et quart, le Danube deux fois et le Mississipi six fois autant de matières en suspension que le Nil. Il a été constaté que la Durance, dont les limonages et les colmatages jouissent d'une notoriété si méritée, a eu, pendant l'année 1860, ses eaux chargées de limon à raison d'une moyenne de 1 kilogr. kbU par mètre cube, presque égale au maximum constaté pour le Nil dans l'année 187^. Ainsi, malgré sa réputation légendaire, le Nil ne doit pas être considéré comme un fleuve extraordinairement limoneux. » Ce n'est donc pas par sa quanUlé, c'est par ses qualités physiques et chimiques que le timon du Nil exerce son influence fertilisante. Le tableau suivant cité par M. Barois, d'après les analyses de M. Letheby, indique la composition de ce limon pendant la crue et pendant l'étiage.
praniMT Li Gini. pubâht l'^iioi.
MalJëres organiques i5,09 10,37
Acide phoaphorique 1 ,78 0,57
Ghani.... 3,06 3,i8
Hagnësie 1,1a 0,9g
Potasse t,8a 1,06
Soude 0,91 0,69
Alumine et oxyde de fer ^0,99 93,55
Silice 55,09 58,99
Acide carbonique et pale 1,98 t,hh
ToTinx 100,00 100,00
nOnvoit, ajoute M. Barois, que c'est pendant la crue, c'est-à-dire au moment oit l'on fait le plus d'irrigations et oij l'on submerge les bassins
de la Haute-Egypte, que le limon du Nil contient les plus grandes quantités de matières organiques, d'acide phospborique et de potasse; la proportion de ces substances qui sftnt des agents fertilisateurs énergiques, diminue fortement pendant l'étiage. Il est digne de remarque que ce limon did^re notablement, par sa composition cbimique, des alluvions ordinaires des (leuvcs de France, lesquelles renferment beaucoup plus d'éléments calcaires, mais souvent moins d'azote et d'acide pboBphorique. . . Le limon du Nil doit donc ôtre classé parmi les alluvions les plus ricbes en matières fertilisantes, mais 11 est pauvre en calcaire.» Telle est l'ciacte composition des eaux et du limon du Nil , ainsi que la véritable raison de leur influence fécondante. Il est à peine besoin de signaler l'importance de ce pbénomène, au point de vue de l'agriculture en général, et particulièrement de la culture du coton. C'est plutAt pour ramener cette importance à ses justes proportions qu'il nous faut en dire quelques mots. Il est indiscutable que la présence de matières fertilisantes dans l'eau d'irrigation est une condition des plus propices à la culture, et tend à restituer à la terre une plus ou moins grande partie des éléments que les végétaux lui enlèvent. Cela est d'aulant plus évident si le végétal cultivé est un végétal épuisant comme le cotonnier et qui exige d'autre pai't, des irrigations fréquentes et prolongées. Mais de là à prétendre que les substances fécondantes contenues dans l'eau suppléent à l'emploi de l'engrais, il y a loin. «Tous les ans, écrivait Bartbélemy-Saint-Hilaire, ce limon vient féconder les terres, qu'il lave en les dessalant, et l'heureux cultivateur n'a point à s'occuper de l'engrais, puisque la nature le lui fournit aussi excellent qu'inépuisable, n Une telle opinion serait d'autant plus exagérée aujourd'hui, que les eaux n'envahissent pas ' les terres à coton, protégées de l'inondation, et n'y séjournent par conséquent pas assez longtemps pour déposer tout leur limon. En outre, aux cultures traditionnelles, ont succédé des cultures épuisantes, comme celle du coton, et ce qui pouvait suffire à dédommager de ses pertes une terre à blé, ne suffit plus à dédommager une terre à coton. La même exagération, car ce n'est pas absolument une erreur, s'est pourtant maintenue longtemps. R Seuls entre tous les peuples, fait dire About à son fellab, nous sommes exemptés de cette loi de restitution qui impose aux laboureurs du inonde entier un problème à peu près insoluble. Nous, paysans d'Egypte, enfants gâtés de la nature , nous pouvons moissonner à l'infini sur le même terrain.
Chaque inondation rend au sol l'équivalent de toutes nos récoltes de l'année, en eussions-nous pris quatre !n Edmond About avait bien raison de placer, dans la bouche de son héros, ces paroles qui expriment exaclement l'état d'esprit du cultivateur égyptien jusqu'à une époque très récente. Plus tard, quand Ahmed le fellah a acquis de l'eipérienco, îl dément lui-même ces paroles enthousiastes : «J'ai été jeune, tout comme un autre, dit-il, et j'ai cru, moi aussi, que l'Egypte- était exempte de la loi de restitution. Ce préjugé ne manquait pas de vraisemblance au temps où les charrues grattaient légèrement la surface du sol et quand te fellah se contentait de deux demi-récoltes à l'année; mais j'ai rapporté de chez vous la pratique des labours profonds et de la culture intensive, qui prodigue l'engrais h la terre, pour en tirer un produit maximum. Je ne suis pas le seul de cet avis : les cultures industrielles ont appris aux plus ignorants que notre terre n'est pas inépuisable, et qu'il faut nourrir la nourrice sous peine de la tuer. » Le revirement qui se produit dans l'esprit du héros d'About a été plus lent à se produire dans l'esprit du peuple égyptien : les fellahs ont Gni pourtant par comprendre que l'influence fertilisante des eaux du Nil ne suflîsait pas toujours h. rendre leur terre productive. Mais de ce que cette influence a besoin d'être appuyée, secondée par l'emploi de fertilisants artificiels. Il ne faut pas conclure qu'elle est Illusoire; elle est seulement moins souveraine qu'on ne l'a dit.
Un dernier effet du Nil et de la crue, sur lequel les voyageurs insistent en général beaucoup moins, c'est celui qu'il exerce sur l'état atmosphérique. L'état de l'air en Egypte parait, à première vue, avoir été jugé de manière fort différente par les savants. Les uns, comme Volney, ont été surtout frappés de la siccité de l'air; les autres, comme le docteur Glot bey, appuient, au contraire, sur son humidité. Il n'est pas très dillîcile de concilier ces contradictions apparentes : l'air, en Egypte, est naturellement sec, mais se charge d'humidité à l'époque de l'inondation. Volney s'est demandé , avec juste raison, comment avec les chaleurs et l'état marécageux qui y régnent une partie de l'année, l'EgypIe n'élait pus un pays malsain. «La raison m'en parait due, dit-il, à la siccité habituelle de l'air, élahlle, et par le voisinage de l'Afrique et de l'Arabie, qui aspirent sans cesse l'humidité, et par les courants perpétuels des vents qui passent sans obstacle. . . A cette sécheresse, l'air joint un état salin dont tes preuves s'offrent partout. Les
pierres sont rongées de nalron, el l'on ne trouve dans les lieux humideB de longues aiguilles cristallisées que l'on prendrait pour du salpêtre. C'est sans doute cette propriété de l'air et de la terre, jointe à la chaleur, qui donne h la végétation une activité presque incroyable dans nos climats froids. Partout où les plantes ont de l'eau , leurs développements se fout avec une rapidité prodigieuse. » Le cotonnier échappe, moins que tout autre végétal, à l'effet de cette propriété saline de l'air, car tidans les pays où l'on n'a pas, comme en Egypte, la ressource de l'irrigation , on plante, dit M. Henri Lecomte, au voisinage des côtes pour bénéCcier de l'influence de l'air satin n. C'est aussi au voisinage des cdtes que Volney observait déjà une certaine humidité de l'air, au point de «ne pouvoir laisser, à Alexandrie et à Rosette, du fer exposé vingt-quatre heures à l'air, qu'il ne soit tout rouillé n. Le docteur Glot bey, dans son aperçu général de l'Egypte, note la même observation , mais la fait porter sur une région plus vaste : r Dans la Basse- Egypte règne constamment une grande humidité; elle provient sans doute du voisinage de la mer, de la nature basse du sol que couvrent de vastes marécages, ou bien encore des abondantes rosées qu'il reçoit. Elle corrode tous les métaux , et particulièrement le fer, qu'elle oxyde promptement. Elle atteint son maximum d'intensité pendant la crue du Nil , époque des rosées, n Ces derniers mots nous indiquent à quelle cause il faut attribuer l'humidité plus ou moins accidentelle d'une atmosphère naturellement sèche : c'est au Nil. L'inondation des bassins de la Haute-Kgyple, la présence d'un volume d'eau considérable dans les nombreux canaux d'irrigation de la Basse-Egypte, et dans le lit même du fleuve, enCn l'arrosage des terres, toutes ces circonstances offrent une immense surface d'évaporatîon à l'air, qui se charge d'humidité. C'est grâce è l'évaporation que l'état hygrométrique de l'air se rapproche, en Egypte, de ce qu'il est dans les pays où les pluies sont moins rares et moins insigniflantes. M. Cb. Pensa a comparé, dans le tableau suivant, les moyennes d'humidité relative pour cent entre le Caire et différentes vUles d'Europe : l'humidité relative est le rapport entre le poids de la vapeur contenue dans un volume déterminé d'air, et le poids qu'aurait ce même volume s'il était saturé à la même température.
Geaève 66, 9& I Bruidies 56,6o
Le Caire 61.069 ^"^ 55,5o
Marseille 69,76 | Hambourg..
L'évaporation , qui atteint son maximum pendant la crue, ne cesse point pourtant le reste de l'année, car la vitesse des vents et la chiileur sont aussi des agents du même phénomène. L'importance de l'état hygrométri(|ue de l'air, au point de vue de la culture du colonnier, est considérable. nUn climat humide et chaud, dit fort bien M. Ch. Pensa, est essentiellement propice à la végétation des plantes, tandis qu'il affaiblit et épuise les animaux , surtout l'homme, n On conçoit sans peine de quels secours sont au cultivateur les abondantes rosées qui sont caractéristiques du climat de l'Egypte. D'après Volney et Clôt bey, ces rosées sont particulièrement abondantes en été, surtout dans la Basse-Ëgyple , n pendant que soufflent les vents d'ouest et du nord qui apportent tes évaporations des eaux de la Méditerranée. Elles disparaissent avec les vents du sud, parce que ceui-ci ne trouvent que des déserts arides sur leur passage. » Il va sans dire que la crue, ainsi que l'écart de température entre le jour et la nuit, sont au nombre des causes de l'abondance des rosées. Tout n'est pourtant pas avantage dans les effets de l'humidité. Elle a souvent pour conséquence la fonnalion de brouillards qui nuisent à la qualité des fruits du cotonnier. «Les brouillards causent en Egypte des dommages considérables au coton , au moment de sa formation dans les capsules, n Nous reviendrons plus tard sur les inconvénients de ces brouillards, parce que leur nature les rattache plutôt à la culture proprement dite qu'au climat de l'Egypte. tt Ce sont surtout les évaporations terrestres — gaz de décomposition et de nitrification — et l'humidité qui causent ces préjudices si redoutés, et c'est surtout l'irrigation exagérée qui contribue, sur une grande échelle, à tous ces inconvénients. i> Ainsi s'exprime le directeur d'une station botanique établie à Zagazig, en rendant compte de ses eipériences. Et il ajoute : fi Personne ne pourra changer, à l'heure qu'il est , les phénomènes climatologiques à l'aide des moyens techniques de notre époque. Mais nous pouvons bien prouver que la plupart des brouillards locaux , en Egypte , ne sont que des évaporations terrestres causées par des influences physiques de l'eau et par la décomposition des matières végétales dans le sol. n 11 ne faut donc pas imputer la formation de ces brouillards à un vice du climat de l'Egypte, mab ils nous offrent un exemple de l'effet que peut exercer, à certains moments, l'abondance de l'eau sur l'état de l'air.
La chute de rosées plus ou moins importantes nous a déjà fourni
l'occasion de signaler l'infiucnce des vents, au nombre des agents physiques qui intéressent la culture du cotonnier. La succession régulière des vents a été, de la part de Volney, l'objet d'une étude remarquablement précise. Ils souAlenl nord-ouest et nord de juin à septembre , d'abord forts , puis faibles; est de septembre à fm novembre; ils varient du nord au nordouest en hiver, de -décembre à Hn février; ils tournent au sud-est, sud et sud-ouest pendant mars et avril, enfin à l'est en mai. Ceuii qui nous intéressent au point de vue de la culture sont les vents du sud, qui ont reçu, en Egypte, le nom de Khanutn, ou vents de cinquante jours : «non pas, dit Volney, qu'ils durent cinquante jours de suite, mais parce qu'ils paraissent plus fréquemment dans les cinquante jours qui entourent l'équinoien. Les terribles effets du khamsin sur les hommes l'ont rendu fameux. Mais il est, pour les plantes, un fléau non moins grand que pour les êtres animés : a Quand ces vents commencent k souffler, l'air prend un aspect inquiétant. Le ciel, toujours si pur en ces climats, devient trouble; le soleil perd son éclat et n'offre plus qu'un disque violacé. L'air n'est pas nébutemi, mais gris et poudreux, et, réellement, il est plein d'une poussière très déliée qui ne se dépose pas et qui pénètre partout. Une autre qualité de ce vent est son extrême sécheresse : elle est telle que l'eau dont on arrose un appartement s'évapore en peu de minutes. Par cette extrême aridité, il flétrit et dépouille les ptantcs.n (Volney.) Heureusement,- le khamsin ne souffle généralement que pendant une durée de deux jours consécutifs. Pour expliquer cette durée relativement courte, on dit que c'est en passant sur le désert, avant d'arriver en Egypte, qu'il s'est échauffé, el qu'il dure un temps égal à celui qu'il a mis lui-même è rafratchir le désert. Le khamsin est proprement te fléau de l'Egypte, mais, comme nous l'avons dit, les ravages qu'il exerce sur les êtres animés sont plus terribles encore que ceux qu'il exerce sur les cultures. Les autres phénomènes naturels qui peuvent nuire aux cotonniers sont, pour ainsi dire, impliqués dans le khamsin : ce sont la poussière et les trombes de sable, qui sont deux des inconvénients que le khamsin traîne à sa suite. Telles sont les conditions offertes à la culture du cotonnier par le climat de l'Egypte et le régime du Nil. A part celle que nous avons signalée en dernier lieu, on n'en peut, eh somme, souhaiter de plus favorables.
La aature et la composition du sol sont aussi d'une importance capitale au point de vue de la productivité du cotonnier. Quelles sont donc les terres qui conviennent le mieux à ce textile? L'Egypte, d'autre part, offret^lle un sol conforme au type qu'il exige? Ce sont les terres d'alluvions qui conviennent le mieux au cotonnier; en passant en revue les terrains sur lesquels il est cultivé dans les divers pays de production , nous verrons que c'est presque toujours sur des terrains d'alluvions qu'il réussit le mieux. Aux Etats-Unis, une des grandes causes de la supériorité du coton récolté, tient, d'après MM. Gallois et Lederlin, aux conditions excellentes qu'il rencontre dans le sol. Or, quelles sont les régions qui offrent de si remarquables conditions? « Ce sont d'abord les berges immédiates du Mississipi : Le sol y eitformifar lei riche» allumons duJUuve qui élèvent incessamment son Ht. Viennent ensuite les rebords du plateau dans lequel le Mississipi a entaillé sa plus large vallée. Ces berges, les blaffs actuels du fleuve, sont formées de lœss, ce qui explique leur fertilité. En continuant vers l'est, on voit un grand croissant enveloppant la partie terminale des Allegbanys. C'est la région que les Américains appellent dans l'est la «Terre noire n ou la «prairie», ce nom de prairie étant d'ailleurs tout relatif. Le sous-sot y est formé de marnes rouges crétacées, souvent recouvertes par des dépôts sablonneux provenant de la désagrégation des roches anciennes de l'intérieur et qui s'allongent en collines; danê les intervalles, apparaît un Umon cohri en noir par les débris organiques, sol gras, di^icile à travailler lorsqu'il est humide, souvent en couches épaisses. ■/> La description de cette « terre à coton» offre de grandes analogies avec le sol de l'^ypte. De l'autre cAté du Mississipi, dans le Texas, c'est encore sur un terrain du même genre que l'on cultive le cotonnier, n Dans le centre de l'Alabama et en Texas , dit M. Lecomte, le cotonnier occupe des terres noires, composées d'alluvions reposant sur un terrain crétacé, les alluvions, riches en humus, des immenses vallées du Mississipi sont les plus recherchées, n En Géorgie , enfin , et dans les Carolines les meilleures terres sont constituées par la décomposition des matières minérales. Si nous nous rendons aux Indes, nous y observons le même fait. «Toute la partie nord-occidentale du Décan, y compris la péninsule du Gondjerate, est le pays de «regurn, de la terre à coton, limon coloré en noir par le mélange des matières végétales, d'épaisseur variable, manquant quelquefois complètement sur les flancs des collines, étalé en
— «< li2 y** —
couches profoodes dans les vallées. Cette terre argileuse, qui se fendille par la sécheresse, conserve, cependant, toujours une certaine humiditii. Ce limon sans pierres, sans arbres, rappelant à la fois le lœss de nos pays et la terre noire de Russie, convient par excellence au cotonnier. Depuis des siècles, on l'y cultive pour ainsi dire presque sans fumure.» En Indo- Chine, oiî le cotonnier est cultivé dans la Haute-Birmanie, dans la Cochinchine; le Camhodge et, par endroits, au Tonkio; en Chine, où les plantations sont localisées dans les riches terres alluviales du bas Yang-Tsé; dans toutes les régions, enfin, qui produisent un coton d'une espèce plus ou moins comparable au Jumel, on pourrait constater le même fait; le cotonnier réussit le mieux dans les terres alluviales, dans les vallées dont les fleuves ont eux-mêmes formé ie soi par les apports que leurs eaux ont déposés sur la couche primitive.
Ces conditions sont, à la lettre, conformes à la formation et à ia composition du sol de l'Egypte. La nature particulière de ta terre végétale en Egypte se manifeste aux yeux de tous par un aspect très caractéristique : cette terre grise et terne, noir&tre et boueuse, est constituée par des alluvions superposées par couches, dont l'épaisseur est aujourd'hui très grande, surtout au centre de la vallée. Ces alluvions sont composées de limon, provenant de la désagrégation des roches du haut-bassin du Nil, et de sable provenant du désert. Le limon qui forme le sol est celui-là même dont nous avons observé la présence dans l'eau du Nil; le sable, emporté du désert par le vent, est tombé soit directement sur le sol, soit dans le Nil qui l'a charrié, sans l'assimiler cependant. Limon et sable ont été ensuite déposés sur le sol par les eaux, au moment de la crue : le sable d'abord, parce qu'il est très lourd, le limon ensuite. Les couches formées ainsi de sable et de limon, ont une épaisseur de huit k dix mètres; on peut facilement s'en rendre compte en examinant les berges du fleuve, quand les eaux sont basses; on voit alors à découvert les couches superposées, plus ou moins fermes et plus ou moins fendillées, selon que l'argile ou le sable y entrent pour une plus ou moins grande proportion. La profondeur totale de cette terre végétale est très considérable : « Vers la pointe du Delta, dit M. Barois, c'est à ao mètres de profondeur au-dessous du sol que commencent les sables et tes graviers, et à s5 mètres tes argitesn. Les analyses faites par MM. Payen, Champion et
Gaslinel bey ont dooné, pour la composition cbîmique de ce sol, les proportioas suivantes :
Silice 45 » pourceni.
Ai^ile 53 »
Magnëùe o,9o à i,6o
Chaux 1,30 k 4,(|o
Aïole o,o3 à 0,10
Acide pbosphariqae o,o3 k o.3a
Dans le voisinage de la Méditerranée , le sol contient une proportion de chlorure de sodium, qui, au milieu du Delta, atteint  p. loo.
La composition , l'aspect seul de la terre d'Egypte impose à l'observateur cette conclusion : elle a été apportée par le Nil. 11 n'y pas , en effet , de doutes sur ce point : r l'Egypte est un présent du Nil», autrement dit, c'est te Nil qui a déposé, peu à peu, sur un sous-sol constitué par des terrains plus anciens , tout le limon et la plus grande partie du sable qui forment aujour* d'hui le sol apparent de l'Egypte. La formation singulière de cette immense vallée a, de tout temps, frappé les savants français, et c'est eux qui ont apporté, dans les débats soulevés autour de cette question, les thèses tes plus intéressantes. Mais, tout d'abord, il est des points sur lesquels ils sont tous d'accord et ce sont ceux qu'il nous importe surtout de fixer : ta manière dont furent déposées les matières qui forment te sol, la configuration générale de la vallée , la formation et les transformations successives du Delta. L'un des savants de l'expédition d'Egypte, M. de Rozière, a merveilleusement résumé le premier de ces points : k Les eaux rouges et bourbeuses qui , pendant l'inondation , couvrent la ptaîne , tiennent en suspension une matière principalement ai^leuse, qu'elles laissent déposer dans tous les endroits où leur vitesse se trouve ralentie , c'est-à-dire successivement sur toute la surface de t'Égypte. D'une autre part, les vents impétueux qui régnent une portion de l'année , venant à agiter le sol sablonneux des déserts voisins, en élèvent dans l'air la partie la plus subtile, la chassent par-dessus les montagnes qui bordent la vallée, où ils en laissent précipiter une partie : cette matière principalement quartzeuse, répandue uniformément sur toute sa surface et mêlée intimement au limon que le Nil dépose, forme à la longue des couches très épaisses et c'est là ce qui constitue le
sol cultivable. La matière quartzeuse est essenlielle h. sa composition, car le limon ne suffit pas seul pour former une terre végétale d'eïcellentc qualité. Le Nil charrie aussi pendant ses débordements une quantité considérable de sable quarlzeux. La partie la plus grossière tombe au fond du fleuve et forme l'eihausseinent du lit; l'autre partie en est très irrégulièrement étendue sur les terres voisines; le reste est charrié jusqu'à la mer 01^ il concourt à produire l'allongement du Delta. La partie des rives du Nil qui s'élève en pente douce s'exhausse ordinairement par des dépâts de sable grossier. Un sable plus menu entraîné par-dessus tes berges, s'accumule le plus souvent à peu de distance et ne peut être charrié au loin , h cause de la subite diminution de vitesse qu'éprouvent les eaux en s'épanchant hors de leur lit. En général, plus les eaux s'ècarteut de leur lit et se répandent au loin dans les plaines, plus la quantité de sable qu'elles charrient, est faible et plus ce sable est fin. Dans les parties de la vallée éloignées du fleuve el des grands canaux, le àép6l ne serait communément que du limon pur, si les vents ne venaient y mélanger les sables du désert, n Tel est l'ordre dans lequel le Nil se départit des matières qu'il lient en dissolution ou en suspension et telles sont les raisons pour lesquelles la nature veut qu'il le fasse dans cet ordre. Dans la vallée ainsi formée par les dépôts du Nil, la disposition présente une particularité remarquable. Les terrains suivent une pente transversale, des bords du fleuve à la limite du désert dans la Haute-Egypte, et, dans le Delta, des bords des deux branches du Nil aux terres les plus éloignées. C'est encore au même savant que nous demanderons de nous décrire celte disposition, jugeant inutile, lorsque la science de notre pays nous ofi'rc des documents si précieux et si glorieux par le souvenir qui s'y rattache, de les affaiblir en les commentant. « En général , dit M. de Rozière , les vallées qui servent de lits aux grands fleuves, forment une espèce de berceau, au fond duquel coulent les eaux, qui n'en occupent communément qu'une partie, même à l'époque de leur plus grande élévation : l'Egypte présente une disposition inverse dans sa partie cultivable; les nivellements donnent partout, pour sa section transversale, une courbe légèrement convexe ayant dans sa partie supérieure, c'est-à-dire dans son milieu, une échancrure profonde, réceptacle du Nil, dans ses basses eaux. De cette disposition du terrain, qui est d'accord avec les circonstances géologiques, il résulte que dès que le fleuve
s'élève tant soit peu au-dessus du niveau des berges, il peut submerger la totalité de la surface convexe dont nous venons de parler, c'est-à-dire la totalité du pays cultivé. Ainsi l'Egypte n'est rien de plus que la vallée du Nil; elle n'est même rigoureusement que te Ht du fleuve, lit qu'elle remplit et occupe en entier, chaque année, à l'époque de sa plus grande élévation, n Les pentes transversales dont le lit du fleuve forme te point culminant, paraîtront assez considérables si l'on songe à l'étroilesse de la vallée dans la Haute-Egypte et au peu d'importance de la pente longitudinale dans le Delta. Dans la province de Girgeh, le sol, d'après M. Barois, suit une inclinaison de m. &o cent, à o m. 90 cent, des berges du Nil à la montagne occidentale , pour une largeur totale de 5 à 6 kilomètres ; la même inclinaison , dans la province de Beni-Souef , est comprise entre o m. 80 cent, et 1 m. ûo cent, pour une largeur totale de 19 à là kilomètres; enfin, au milieu du Delta, oiî les branches de Damiette et de Rosette sont séparées par 5o kilomètres, le niveau de la branche de Damiette est de 1 m. 3 cent, plus élevé que celui de la branche de Rosette. Ces considérations sont importantes; car de ces difl'érences de niveau, insignifiantes en apparence, il résulte de glandes facilités, non seulement pour l'inondation des terres éloignées, mais pour leur irrigation par les canaui dont la pente favorise l'écoulement des eaux du centre aux extrémités de la vallée.
Les observations que nous venons d'emprunter au beau recueil de la Deter^ùon de l'Egypte, concernent aussi bien la partie supérieure que la partie inférieure de la vallée du Nil. Mais , puisque c'est dans le Delta que sont localisées les plus grandes plantations de cotonniers, il importe que nous ayons, sur la formation et la disposition du sol de cette région, quelques données plus précises. Au point de vue agricole, ce qui importe le plus, après la composition du sol, c'est la profondeur de la couche de terre arable. Les lignes suivantes, de Rozière, sur la géologie du Delta, nous permettront de juger de cette profondeur. « Le Delta ne présente à sa surface aucune couche solide, primitive ou secondaire : c'est partout un terrain uni, formé parles dépftts du Nil, et, à l'exception de certaines dunes de sable, on n'y distingue aucune éminence qui ne soit artificielle. Quelques personnes, cependant, sur la foi d'un naturaliste célèbre, Dolomieu, ont pensé qu'on y voyait des aiguilles calcaires s'élever en divers endroits, au-dessus du sol d'atterrissement. Bien que le rocher, qui supporte ici le sol
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d'otlerrissement élève ses sommets jusqu'au jour, il n'a été mis à découvert dans aucune des excavations faites jusqu'ici. Des fouilles de i A à 1 5 mètres n'ont Iraversé que des couches de terres végétales , entremêlées de couches d'un sahle quartzeux, semblable à celui que charrie le Nil. Si l'on ne considère, dans l'Egypte, que le roc solide, et abstraction faite des terrains d'alluvioDs qui en occupent le fond , on est en droit de penser, d'après toutes les données, que la profondeur de cette longue excavation va toujours s'augmentant, depuis la cataracte jusqu'aux embouchures du Nil. La profondeur de la vallée doit donc être très considérable dans sa partie septentrionale, et surtout dans le voisinage de la Méditerranée.» Les racines des cotonniers peuvent s'enfoncer dans un sol aussi profond, sans crainte de rencontrer le roc : en quoi ils bénéficient d'un lent mais patient travail que le Nil , en se guidant sur l'épaisseur de ses atterri ssemcnts , a dâ commencer à une époque préhistorique. De quelle manière, selon quelles lois le Nil a-t-il procédé à la formation du Delta? Un savant à qui nous avons eu déjà plusieurs fois recours, Girard, a donné dans une très belle page la théorie la plus ingénieuse et la plus vraisemblable sur cette formation. «En débouchant de la longue vallée, où il coule depuis l'île d'Eléphanline jusqu'à la vue des Pyramides , le Nil , dans les premiers temps de son régime , commença à remplir d'atterrïssements le golfe, dont le Delta occupe aujourd'hui l'emplacement. Leurs progrès naturels déterminèrent la configuration h laquelle cette partie de l'Egypte doit le nom qu'elle porte aujourd'hui. En effet, c'est au milieu du courant d'un fleuve que se meuvent les matières les plus pesantes qu'il charrie; tant que la vitesse de ce courant est assez considérable, elles continuent à se mouvoir, mais au moment oit les eaux peuvent s'étendre dans un plus grand espace, leur vitesse diminue tout à coup, et le dépdt de ces matières commence à s'opérer dans le prolongement du courant qui le transportait. Le fleuve, obligé de contourner le banc qu'elles forment, se partage nécessairement en deux braucbes, au milieu de chacune desquelles s'établit, par les mêmes causes, un banc secondaire qui, prenant journellement de nouveaux accroissements, finit par se réunir au premier. Les atterrissements trouvent ainsi, entre les deux branches du fleuve, un point d'appui qui, sous la forme d'un triante ou du ^ grec, s'étend de plus en plus, par l'écarlement de ces branches. Outre les deux principales. Il s'en forme d'intermédiaires qui, suivant les
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circonstances, se comblent ou s'approfoadisseDt et jettent leurs eaux dans des lagunes ou des marécages, état par lequel passent toujours les atterrissemenls des fleuves, avant d'être rendus propres h la culture par un dessèchement suffisant. D'après l'explication que nous donnons, ici, de l'origine de la Basse-Egyple, on conçoit comment quelques historiens de l'antiquité n'ont admis que deux branches naturelles du Nil : la Ganopique, à l'occident , et la Pélusiaque , à l'orient. Ils regardent les cinq autres comme des canaux artificiels , parce que , en effet , le travail des hommes dut s'opposer à ce que les rameaux intermédiaires s'obstruassent par des atterrîssements , puisqu'ils pouvaient servir de canaux d'irrigation et porter les eaux du Nil sur les terres de nouvelle formation dont l'agriculture s'était emparée. Par cela seul que les branches Ganopique et Pélusiaque portaient à la mer le volume presque entier du Nil, c'est à leurs embouchures que dut se former, presque exclusivement, le dépôt des alluvions qu'il charriait. Les rives de chacune de ces branches se prolongèrent ainsi vers le large, entre deux plages sablonneuses , qui étaient leurpropre ouvrage ; leurs embouchures s'avancèrent dans la Méditerranée, plus au nord que le reste de la côte, leur développement devenant plus considérable, leur pente diminua proportionnellement, et les eaux du Nil se jetèrent dans les canaux intermédiaires les plus voisins, suivant lesquels elles pouvaient s'écouler à la mer avec plus de rapidité. Une partie du fleuve se porta à l'est, en descendant de la branche Ganopique dans la branche Bolbitine (Rosette), tandis que les eaux de la branche P^usiaque descendirent dans la branche Phatnitique(Damiette). Celles qui s'enrichirent de leur appauvrissement, les branches de Rosette et de Damiette, ont à leur tour étendu leurs embouchures en saillie sur la c6te d'Egypte, de sorte qu'elles présentent maintenant, dans le système hydrographique de ce pays, un état semblable à celui où se trouvèrent autrefois les branches Ganopique et Pélusiaque, quand les eaux cessèrent d'y couler pour se porter dans l'intérieur du Delta. » Ge passage nous offre l'explication scientifique de la formation du Delta; il est remarquable, parce qu'il montre en même temps le dépêt des atterrissements du Nil sur l'assise primitive que le Nil n'a pas formée, et l'influence de ces atterrissements sur la direction même du Nil et de ses branches. La portée dépasse même de beaucoup les faits particuliers qu'il explique : à savoir, le détournement des eaux de deux branches primitives dans deux branches nouvelles ;
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car Girard eipose là, en quelques lignes, les principes généraux d'une théorie qui peut élre appliquée à toutes les transformations, multiples et incessantes, subies par le Delta à travers les siècles. H y aurait, en eflet, tout un mémoire à écrire sur les transformations du Delta. Ce sol d'alluvions, essentiellement mobile et constamment renouvelé, a été tour ài tour allongé, lassé, pétri dans tous les sens par le Nil et même par d'autres forces. Les nMémoîresn publiés dans la Dttcnpiion de l'Egypte sont encore, à ce sujet, une source intarissable de documents. Dessèchement des anciennes branches du Nil et formation des deux branches actuelles (du Bois-Aymé. Mémoire sur les anciennes branches du Nil); déplacement de la fourche du Delta, d'amont en aval; avancement du Delta, du sud au nord, dans la mer, et modifications de la câte ( Rozière , Girard et Géograpfùe umceneUe de Reclus) ; dessèchement, comblement, ou, au contraire, extension des lacs septentrionaux (Andreossy, Rozière et Reclus); envahissement des sables en certains endroits et protection au moyen des canaux; enfin, développement du réseau de ces canaux : telles sont, pour ainsi dire, les lignes selon lesquelles le Delta se transforme. Toutes ces questions intéressent la culture du colon , parce qu'elles consistent dans une extension , une diminution ou une amélioration du sol sur lequel elle se pratique. Mais leur discussion longue et ardue nous entraînerait au delà d'une description sommaire du sol de la Basse-Egypte. Nous nous bornons donc à les signaler et à en dégager l'un des principaux caractères de ce sol : sa mobilité, l'évolution continue qu'il poursuit, selon les lob dont le passage de Girard nous a indiqué l'esprit. Parmi ces questions , pour ainsi dire subsidiaires de la question agricole en Egypte, il faut enfin mentionner celle qui a le plus divisé les savants : l'exhaussement du sol de la vallée par suite des apports du Nil. La discussion ouverte par Hérodote porte, non pas sur le fait lui-même, mais sur les proportions de cet exhaussement. On tire argument du nombre de coudées que la (rue doit atteindre, dans l'antiquité et de nos jours, pour provoquer l'inondation de toutes les terres. C'est par là que la question intéresse la culture, car la conclusion nécessaire, si on résout par l'affirmative, c'est qu'un jour arrivera où les hautes eaux seront contenues par le niveau des terres. Ce danger, fort problématique, effraie beaucoup moins aujourd'hui que l'irrigation par canaux a remplacé l'inondation, partout où l'on cultive le coton. L'exhaussement rapide des terres est d'ailleurs enrayé par cette
substitution même, par l'abandon du système de submersion. Voilà donc l'Egypte délivrée de la menace d'un danger k long terme, en admettant qu'elle l'ait jamais couru. Pour la plupart des cultures, cette délivrance se paye d'un moindre enrichissement du sol. Pour la culture du coton , c'est tout avantage, puisque l'époque de la maturité des récoltes a toujours interdit la submersion.
Tels sont les enseignements que peuvent nous donner les travaux des naturalistes français, sur ta conformité des conditions physiques de l'Egypte aux exigences du cotonnier. On remarquera combien l'étude du sol et du climat de ce pays a été poussée loin par les voyageurs français du xviii* siècle et par les compagnons de Bonaparte. La discussion de tous les problèmes posés par la formalioD de la vallée, a été conduite par ces derniers avec un esprit scientifique qui fait honneur à leur pays. C'est encore à eux qu'il faut s'adresser aujourd'hui, même quand on veut ramener ài l'étude dune culture spéciale les conditions générales de climat et de sol offertes k la végétation par la vallée du Nil.