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toutes celles qui s'étagent le long du Haut-Nil. « Dans les provinces d'Esneh et de Keneh, où la vallée, dit M. Barois, est en général plus resserrée que dans les provinces inférieures, les séries de bassins sont moins développées que celles qui viennent d'être indiquées, n 11 a été fait de grands travaux, pendant ces dernières années, pour faciliter les irrigations continues et, par suite, l'extension des cultures d'été dans la Haute-Egypte. Le maintien du régime de submersion , l'insuffisance des canaux à débit constant sont un des obstacles que rencontre encore ta culture du coton dans la partie la plus méridionale de cette région. Les produits d'été ne peuvent être cultivés, dit M. Barois, que «sur les terres hautes du bord du Nil qui sont à l'abri des crues ordinaires ou, du moins, qu'on peut facilement défendre contre les hautes eaux ; l'arrosage s'y fait au moyen de machines élévatoires puisant dans le tieuve même à une profondeur qui, pendant l'étiage, n'est pas moindre de 8 à to mètres au-dessous du niveau du sol; dans quelques domaines importants situés surtout dans les provinces d'Esneh el de Keneh el pourvus de canaux alimentés au moyen de machines à vapeur placées sur le bord du Nil; sur te parcours de certains canaux de peu d'importance creusés en divers points de la vallée, de façon à amener les eaux d'étiage à quelques terres éloignées du fleuve; sur une bande de 5 à 6 kilomètres de largeur et de soo liilomètres de longueur, s'étendant dans les provinces de Siout, de Minieh et Beni-Souef, qui a été transformée en terrains d'irrigation , par la construction récente du grand canal Ibrahimleh; entin , dans une grande partie du Fayoum, province qui tire ses eaux de l'Ibrahimieh. n
L'insuirisance de ta surface susceptible d'être cultivée en produits d'été n'est pas, k proprement parler, la cause du peu d'extension prise par le coton dans la Haute-Egypte : elle en est plutôt un signe, une manifestation. C'est parce que le coton a trouvé dans la Basse-Egypte une région lui convenant mieux, que le système de submersion est resté si longtemps ep vigueur dans la Haute-Egypte. La culture du coton a cependant entraîné déjà l'abolition des bassins dans une importante partie de la moyenne vallée du Nil, le Fayoum. Nous avons ru que le Fayoum devait être compté au nombre des régions cotonnières, c'est-à-dire que le système d'irrigation y présente les caractères sans lesquels il n'y a pas de culture d'été possible. A peu de distance, en effet, delà ville de Siout, bien en amont du Fayoum,
un grand cand a sa prise. Ce canal, l'Ibrahimieh , se divise à son soixantième kilomètre, en plusieurs embranchements, dont l'un, le Bahr-Youssef, sert À porter les eaux d'étiage jusqu'au Fayoum, tandis qu'au moment de la crue, il sert à remplir une série de bassins d'inondation ménagés en amont du Fayoum. «C'est, dit M. Barois, un véritable cours d'eau naturel, dont le canal Ibrabimîeb traverse l'ancien lit è Derout, et qui avait autrefois sa prise au Nii. Il se dirige immédiatement vers l'ouest de la vallée et se rapproche de la chaîne Libyque qu'il longe jusqu'au Fayoum. Cette province forme une grande cuvette dont la pente est très accentuée. Dans sa partie la plus basse, au nord-ouest, se trouve un lac, Birket-el-Keroun, dont le niveau est de Ao mètres au-dessus du niveau de la mer, soit à 70 mètres au-dessus du niveau de la gorge par laquelle le Fayoum communique avec la vallée du Nil. Celte disposition du sol rend la répartition des eaux très commode ; le Bahr-Youssef franchit, au pont d'EUaoun, l'entrée du Fayoum, gorge large de i5oo mètres environ et barrée par une digue qui sépare la province des bassins d'inondation. De Medinet-el- Fayoum, chef-lieu de la province, jusqu'oti continue le Bahr-Youssef, partent des canaux qui forment des rayons divergents et vont déverser dans le lac Keroun les eaux qui leur restent après l'alimenlalion des canaux secondaires, n Grâce à celte ciuialisation , les cultures d'été, cotonnier et récemment canne à sucre, ont pu s'étendre dans le Fayoum. Pour être sâr qu'elles ne manqueraient pas d'eau , on a interdit toute culture d'été le long des bords du Bahr-Youssef, qui porte ainsi toutes ses eaux au Fayoum , pendant l'étiage. Le volume de ces eaux est compris, à l'étiage, entre 17 et aS mètres cubes par seconde, à répartir entre {17.000 hectares qui forment la superficie totale du Fayoum. Le creusement de l'Ibrahimieh , du Bahr-Youssef et des ramifications de cette grande artère dans le Fayoum ont été, jusqu'à ces dernières années, la seule conséquence résultant, pour la Moyenne et la Haute-Egypte, du développement des cultures d'été. L'effort des ingénieurs anglais s'est d'abord porté, dans cette région, moins sur l'extension des canaux d'irrigation , que sur l'amélioration des bassins d'inondation. Les « travaux sharaki » du colonel Ross ont eu pour but de diminuer, par une meilleure disposition des bassins, le nombre des terres dites iharaki, que l'inondation n'atteignait pas, et que l'on dégrevait d'impAts.
Il D'en est pas ainsi de la Basse-Égyple , où la canalisation a fait, dès le règne de Méhémet-Ali , des progrès irréguiiers mais considérables. La configuration même de cette région, la largeur relative des terrains cultivables rendaient le fonctionnement du régime des bassins plus compliqué que dans la Haute-Egypte. Si les bassins avaient tous pris appui sur l'une des deux branches du Nil, ris auraient dû être d'une superficie exagérée, partant d'un remplissage lent et difficile. Aussi , fallut-il , dès une époque bien antérieure au règne de Méhémct-AIi, creuser des canaux artificiels qui jouassent à l'égard des bassins les plus éloignés du bras du Ml, le rôle que le fleuve lui-même aidé d'un seul canal joue dans la Haute-Egypte à l'égard des bassins échelonnés sur ses rives. En un mot, le régime de submersion supposait déjà, dans la Basse-Egypte, l'existence d'un réseau de canaux bien plus étendu que dans la vallée supérieure. C'est ce qui ressort de l'exposé fait par Girard de la canalisation dans la Basse-Egypte, n Le Delta proprement dit, compris dans l'angle formé par les branches de Rosette et de Damiette, dit-il, est arrosé par différents canaux qui sont, pour la plupart, tirés de cette dernière branche. i> Il énumère ensuite chacun de ces canaux en indiquant leur direction et les régions qu'ils arrosent. En voici le tableau : i' Canal de Menouf qui prend naissance à un myriamètre au-dessous du Ventre de la Vadie, et se rend dans la branche de Rosette, au-dessous de Terraneb. n' Canal de Ghibin-el-Kom qui prend naissance sur la branche de Damiette à six kilomètres en aval de l'entrée du canal Menouf. Ce deuxième canal se dirige dans l'intérieur du Delta , sur la ville de Chibin-et-Kom , dont il prend le nom. En sortant de cette ville, il se divise en deux branches, dont l'une continue à couler dans la même direction jusqu'au lieu appelé Fareslag, oîi il se termine dans la branche de Rosette. 3° Canal de Mclyg; c'est la seconde branche issue du précédent. Il coule vers le nord, passe à Mehallet-el-Rébir et se réunit à sB kilomètres de là, au canal d'El-Tabanyeb. à' Canal d'EI-Tabanyeh. C'est la troisième dérivation occidentale de la branche de Damiett«. Elle prend naissance entre Samanoud et Mansourah, et se jette, à 6 myriamètres de là, dans le lac Bourlos. C'est surtout la branche de Rosette ellemême qui arrosait la partie occidentale de la Basse-Égyple; ipielques canaux contribuaient pourtant à l'arrosage de cette région : i* Canal des Pyramides ou d'EI-Asarah, prolongement du canal de Joseph, se termine
près de Terraneh, h 7 myriamèlres du Caire. 9* Canal de Babyreh se dirigeant au nord-ouest jusqu'au lac Mariout. 3' Canal de Damanhour se tennioaDt k cette rille. &* Canal de Ramanyeh arrosant l'intérieur de la province et approvisionnant d'eau les citernes d'Aleiandrie. 5° Canal de Deirout se jetant dans le lac d'Ëdkou. Enfin , la partie orientale de la Basse- B^ypte n'était pas dépourvue non plus de canaux d'irrigation : 1* Canal d'Héliopolis qui traverse le Caire, arrose la plaine d'Héliopolis, alimente le lac des PMerins, et se jette dans le canal d'Abou-Meneggy. a* Canal d'Abou-Meneggy qui prend naissance à 10 kilomètres du Caire, coule au nord-ouest, passe à Belbeis, et borde le désert «jusqu'à l'entrée d'une vallée qui , dit Girard , court directement de l'ouest à t'est à travers l'isthme de Suez, jusqu'au bassin des lacs Amers où elle débouchés. 3* Canal de Honeys qui prend naissance à t myriamitre au-dessous du Ventre de la Vaeke, coule entre les deux provinces de Charkieh et de Mansourab et se termine à 1 9 myrîamètres de son origine dans le lac Menzaleh. h' Canal d'Asbmoun qui prend naissance à Mansourab, passe auprès des ruines de Hendès, coule ensuite entre les marais de Dabkalieh au sud et le lac Menzaleb au nord, et se jette dans ce lac après un cours de 6 myriamètres. En présence de cette multitude de canaux , existant dès la 6n du siècle dernier dans la Basse-Egypte, on pourrait penser que le système d'irrigation n'y présentait pas de différence avec celui qu'on y pratique aujourd'hui. Ce serait une erreur et l'exposé du fonctionnement de ces canaux va nous montrer qu'ils étaient seulement destinés à faciliter le régime de la submersion par bassins. nCes canaux, dit Girard, sont dérivés de différents points du Nil sur Tune et l'autre de ses branches, et ils en portent les eaux jusqu'au bord du désert. De distance en distance, à partir de cette limite, chaque canal d'irrigation est barré par des digues transversales qui coupent obliquement la vallée en s'appuyant sur le fleuve. Les eaux que le canal conduit contre l'une de ces digues s'élèvent jusqu'à ce qu'elles aient atteint le niveau du Nil au point d'oà elles ont été tirées. Aussi, tout l'espace compris dans la vallée, entre ta prise d'eau et la digue transversale, forme, pendant l'inondation, un étang plus ou moins étendu. Lorsque cet espace est suiTisamment submergé, on ouvre la digue contre laquelle l'inondation s'appuie. * Les eaux se déversent, après cette opération, dans le prolongement du canal au-dessous de cette digue, et elles continueraient à s'y écouler si.
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à une dislance convenable, elles n'étaient pas arrêtées par an second barrage contre lequ^ elles sont obligées de s'élever de nouveau pour inonder l'espace renfermé entre cette digue et la première, n Par cette explication , on voit, tout à 1» fois, que ie Toactionnement du système des bassins était plus compliqué pour la Basse-Egypte que pour la Haute-Egypte, mais que les canaux, relativement nombreux, qui sillonnaient la Basse-Egypte, n'avaient d'autre but que d'y assurer le fonciionnement de ce système.
L'eiislence d'un réseau de canaux, antérieurement à l'exteDsion de la culture du coton , fut une circonstance très favorable à la création d'un régime d'irrigation en rapport avec celte culture. Lorsque Mébémet-Alî décida de faire semer eu colon une grande étendue de terres dans la Basse- Egyple, il fut naturellement conduit à utiliser comme canaux d'arrosage les anciens canaux d'inondation. Pour opérer la transformation, il suflisait de creuser ces derniers à la profondeur de i mètre ou i m. 5o cent, à leur prise, au-dessous du niveau d'éliage, soit à 8 mètres ou 8 m. 5o cent, au-dessous du sol. Comme la vallée suit une pente transversale, du Nil h ses deux extrémités, on donna aux canaux une moindre inclinaison, et, grâce à cette différence, on put laisser leur profondeur à 3 ou & mètres au-dessous du sol, dès qu'ils étaient arrivés h une certaine distance du fleuve. Enfin, parmi les canaux secondaires qui s'embranchaient sur les canaux d'Inondation, «les uns furent approfondis pour recevoir les eaux d'éliage, les autres furent laissés tels quels, restant à sec pendant l'été; les plus éloignés du Nil furent, presque sans modification, alimentés toute l'annéen.
Tels furent tes travaux, relativement faciles, par lesquels Méhémet-AIi créa, avec tes éléments des bassins d'inondation, un réseau de canaux d'arrosage. En même temps, Mébémet-Ali faisait entreprendre, sous la direction d'ingénieurs français dont le plus grand est Linant de Bellefonds pacha, le creusement de nouveaux canaux. Le canal Mahmoudieh, dont la construction coûta la vie à tant de fellahs, est resté comme le type des Iravaui accomplis sous le règne du grand pacha; travaux menés à terme, grâce à son énergie brutale, et si meurtriers que les bienfaits semblent en avoir été payés trop cher. Mais la création la plus importante, la plus géniale en matière d'irrigations, de Méliémet-Ali et des ingénieurs français qui le conseillaient, c'est le grand barrage de la pointe du Delta. (Jet ouvrage, commencé en i8ia d'après les plans de Mougel bey, resta
l'ouvrage capital du régime d'irrîgatioa de la Basse - Egypte. La substitution de t'irrigalion à Tinondation s'accomplît donc, dans la Basse-Egypte, selon les principes que nous venons d'indiquer : par l'adaptation des anciens canaux à une fin nouvelle; par l'ext^cution de nouveaux ouvrages destinés à seconder tes premiers.
L'état actuel des irrigations de la Basse-Egypte n'est que le développement des principes posés par Mébémct-Ali et par ses conseillers français. Comme tout ce qui fut tenté en Egypte, les travaux d'irrigation furent poursuivis avec lenteur, après avoir été commencés avec ardeur. Le service d'irrigation se ressentit longtemps de cette lenteur, de ce défaut de méthode. Mais quand les ingénieurs anglais voulurent lui donner une orgunisation plus méthodique et plus heureuse, ils revinrent purement et simplement aux principes et aux plana de Mébémet-Ali; ils entreprirent l'achèvement d'ouvrages qui attendaient leur utilisation depuis soixante ans. Si l'on cherche à ramener le réseau de canaux de hi Basse-Egypte à quelques grands traits, on voit qu'il se réduit, d'après M. Barois, à une série de systèmes, qui sont les anciens systèmes de canaux d'inondation, appropriés par Mébémet-Ali à leur nouvel usage; nun canal d'amenée ayant sa prise au Nil , divisé en plusieurs biefs par des ouvrages régulateurs disposés en aval des têtes des principaux embranchements et portant de l'eau toute l'année. Des canaux secondaires dérivés du canal d'amenée, creusés assez profondément pour être alimentés même pendant Téliage. D'autres canaux secondaires peu profonds qui ne reçoivent que les eaux de la crue ^canaux RtVi), canaux qui tendent à disparaître de plus en plus et à être transformés en canaux profonds. ■» C'est bien là le système de canaux élaboré par IVtébémet- Ali pour les besoins des cultures d'été. Si l'on cherche ensuite la clef de tout ce réseau, on la trouve dans le grand barrage de la pointe du Délia, ouvrage que, non seulement ses dimensions énormes, mais son rôle dans l'exploitation agricole de la Basse-Egypte, placent au premier rang des travaux d'irrigation de cette région. La construction de ce barrage est une conséquence nécessaire de la transformation des canaux d'inondation en canaux d'irrigation. En effet, le plafond de ces canaux s'élevait par suite des dépôts laissés par les eaux de la crue : pour qu'ils pussent recevoir de l'eau pendant l'étiage, il fallait donc les creuser chaque année. Maïs, plus on les creusait, plus il devenait diOicile d'élever l'eau jusqu'au niveau de
leurs berges, pour arroser les champs. Aussi, ndès le commencement de l'introduction des cultures d'été, dit M. Mîlncr, il fut reconnu que leur réussite complète dépendait de la possibilité d'établir une retenue du fleuve à la pointe du Délia n. A cette condition, les eaux du fleuve atteindraient à l'étiage un niveau suflisant pour alimenter les canaux d'arrosage, et pour s'y élever à une hauteur qui diminuât les frais et la difficulté de leur élévation. Déjà, pendant l'expédition d'Egypte, Bonaparte avait vu l'avantage d'un travail opérant une retenue des eaux en aval du Caire, et conçu le plan de l'eiëcuter. En i84a, un ingénieur français, Mougel bey, persuada au Pacha de reprendre ce projet, n Le projet de Mougel hey, dit M. Milner, était magniflque, et la puissante retenue dont la conception est due à son génie, est l'un des plus grands travaux d'irrigation du monde. n A la pointe même du Delta, à i i milles environ en aval du Caire, furent construits deux ponts de soixante el une arches chacun , placés l'un en travers de la branche de Rosette, l'autre en travers de la branche de Damiette. Ces deux barrages sont reliés par un mur de revêtement qui coupe la presqu'île formée par l'écartement des deui branches, distantes en cet endroit d'un kilomètre environ. Les arches des deux ponts, sous lesquels coulent librement les eaux du fleuve lorsqu'elles sont hautes, peuvent être fermées au moyen de portes, se levant et s'abaissant, lorsqu'il est nécessaire de relever le niveau du C'Iil en amont du barrage. Cette retenue devait être, d'après le plan primitif, d'une hauteur de à m. 5o cent. Trois grands canaux ayant leur prise en amont du barrage, devaient distribuer l'eau dans les diverses parties de la Basse-Egypte : l'un s'ouvrant au milieu de la presqu'île qui sépare les deux bras du Nil , portait ses eaux dans le Del(a proprement dit, c'est le rayah de Menoufieh; l'autre, prenant naissance sur la branche de Rosette, allait arroser les terrains situés h l'ouest de cette branche, c'est le rayah de Bébéra; l'autre, enfln, devait s'embrancher sur la branche de Damiette et se diriger vers les provinces de l'Est : il a été creusé beaucoup plus tard. Tel est le plan généra) du grand barrage de la pointe du Delta; on voit par là qu'on peut sans exagération l'appeler la clef des irrigations de la Basse-Egypte. «11 était, dit M. Milner, la base d'un vaste système d'irrigation comportant l'ouverture de trois canaux principaux qui, partant de la retenue, devaient arroser respectivement les provinces situées à l'est, au centre et à l'ouest du Delta, n
Le sort du barrage et du système dont il n'était <[ue le principal élément est un exemple des vicissitudes qu'éprouvent, en Egypte, les travaux de longue haleine. On mit près de vingt ans à construire les deux ponts, et l'on y dépensa 1.800.000 livres égyptiennes, malgré le travail gratuit fourai par la corvée. Cependant, de 1 843 à i88â, le barrage ne fut jamais complètement achevé, jamais complètement utilisé. Des deux ponts, celui de la branche de Rosette fut mis en état de servir, mais imparfaitement. (tLorsqu'en i863, dit M. Milner, il fut complètement fermé pour la première fois, un tassement se produisit, et on rouvrit les vannes presque aussitôt. En 1 867, il y eut un nouvel accident qui causa de sérieux dégâts è une dizaine d'arches; après quoi, l'ouvrage fut virtuellement condamné. En i883, on le déclarait ofliciellement sans valeur, sauf pour la régularisation de l'écoulement de l'eau dans les deux branches du fleuve. Le plus qu'on avait pu obtenir, c'était une élévation de niveau d'environ o m. 5o cent. fl Voici, en effet, comment le directeur des travaux publics de cette époque , L. Rousseau pacha , appréciait les services qu'on devait attendre du barrage : kII s'agit de se servir du barrage comme d'un parliteur chargé, à l'étiage, de distribuer le débit du fleuve en proportion convenable entre les deux branches de Rosette et de Damiette. Celle-ci tend à s'affamer constamment et serait sans doute complètement à sec sans les retenues de 1 m. 5o cent, à û mètres que l'on fait annuellement au barrage de l'ouest. n Ainsi, voilà le râle secondaire auquel on voulait réduire un ouvrage aussi considérable, rôle tout à fait distinct de celui qui lui était réservé par le plan primitif.
Quant aux canaux dont le plan primitif impliquait l'exécution, un seul, le rayah de Menoufîeh, était réellement en état de fonctionner; celui de l'Ouest, le rayah de Béhéra, était achevé, mais obstrué par les sables dans la partie la plus voisine de sa prise sur le Nil , il ne recevait à l'étiage qu'une quantité d'eau négligeable; te canal de l'Est, enfin, avait été abandonné, presque aussitôt après avoir été commencé. Ainsi, du plan si simple et si grandiose tracé par les ingénieurs français entrés au service du Grand Pacha , il n'existait, on 1 884, que des éléments incomplets et épars. Mais il suffisait d'une dépense relativement minime pour compléter et coordonner ces éléments, pour doter la Basse-Egypte du système d'irrigation dont les successeurs de Méhémet-Ali , qui ruinèrent leur pays en travaux inutiles, ne
surent pas poursuivre l'exéculion. Les Anglais eurent garde de commettre la même faute. «Ce fut, dit Sir Alfred Milner, durant tes cinquante années qui précédèrent l'avènement de l'autorité-an^aise, que l'irrigation du Delta tomba dans le chaos, n Pour la sortir de ce cbaos, il n'y avait qu'à reprendre le plan de Méfaémet-Atî, celui de Linant et de Mougel, et k l'exécuter. Ce fut le dessein que conçurent les ingénieurs anglais placés à la tête du service des irrigations : Sir Colin Scott Moncrieffet M. Willcocks.
Avant de mettre en vigueur le système d'irrigation fondé sur le fonctionnement normal du barrage, ces ingénieurs devaient abandonner, abolir le système provisoire que l'inexécution du plan primitif avait rendu nécessaire. Des trois canaux que comportait ce plan, un seul fonctionnait. Une série de canaux issus de la branche de Damiette assurait l'arrosage des provinces de l'Est. La province de Bébéra ne recevant que très peu d'eau du rayab qui aurait dû l'approvisionner, n'était réellement arrosée que par deux grands canaux, le Katatbeh et le Mafamoudieb. L'irrigation de celte province fit surgir des difficultés et provoqua l'établissement partiel d'un système qui faillit être étendu à toute la Basse-Egypte. Gomme les canaux Katatbeh et Mafamoudieb avaient leur prise en aval du barrage, le niveau de leurs eaux n'était pas assez élevé pour permettre l'arrosage des terres qu'ils traversaient. Aussi, le Gouvernement avait-il traité pour trente ans avec M. Edward Easton et C*, qui s'engageaient à installer deux usines hydrauliques destinées à élever l'eau à Atfeb, à Katatbeh et à Mahmoudieh. «Aux termes du contrat, dit M. Milner, le Gouvernement s'obligeait à payer annuellement une somme minimum de 9 o.oo o livres égyptiennes plus une somme variable , selon la quantité d'eau effectivement pompée, n Ce système, appliqué à l'irrigation de la province de Bébéra seulement, fut sur le point de recevoir une exlensioa défmitive. En i883, le Ministère des travaux publics, dirigé par Rousseau pacha, se préoccupa d'améliorer le régime d'irrigation de la Basse-Egypte tout entière. L'œuvre du barrage était alors tombée en discrédit et nous savons à quel rMe Rousseau pacha la réservait. Ce fonctionnaire, dans le rapport qu'il rédigea à cette époque, expliqua les motifs qui déterminèrent sa résolution : il se défend de toute autre préoccupation que celle des besoins immédiats du pays. L'achèvement et l'utilisation du barrage lui paraissaient entraîner des travaux et des dépenses qui excédaient les ressources de r^^pte. «On pouvait, eo effet, douter, dit M. Barois, que ce pays, dans
les conditions oii il se trouvait alors, pût arriver au bout d'une opération d'ensemble sussi considérable, comprenant non seylemenl l'achèvement du barrage, mais te creusement ou l'appropriation des grandes artères d'irrigation, la régularisation des autres canaux d'arrosage et leur rattachement h ces grandes artères, l'exécution des canaux d'assèchement Indispensables et tous les travaux accessoires , prévus et imprévus , qui résultent d'un changement complet dans le régime hydraulique d'une région, n Pour éviter tous ces travaux, Rousseau pacha concluait à l'installation de dix usines hydrauliques dans les diverses provinces, fournissant, la plus faible, ^00.000 mètres cubes, la plus forte, S.ooo.ooo de mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures, élevant l'eau entre 9 m. 5o cent, et 6 m. 5o cent. Le Ministère évaluait è 1.800.000 hectares la superficie cadrastrée de la Basse-^ypte : un tiers étant seul cultivé en été, annuellement, à cause de la rotation, il avait à pourvoir à l'arrosage de $90.000 hectares. H faut ft 3 mètres cubes d'eau par hectare de culture d'été et par jour ; dix pour cent de ce débit sont perdus sur le parcours des canaux, ce qui fait remonter à 31 millions de mètres cubes la quantité d'eau nécessaire, et même à 9 5, à cause des rizières. Or, aux plus bas étiages, le débit du Nil peut descendre à h 1 millions de mètres cubes pour la navigation en aval du Caire, et pour refouler les eaux de la mer. Tel est le système que le Ministère des travaux publics était à la veille d'établir dans la Basse-Egypte. C'était l'extension pure et simple du système provisoire que l'inexécution du plan de Méhémet-Ali avait rendu nécessaire dans la partie ouest de cette région.
Entre ce système, dont les frais de première installation étaient évalués à 709.000 livres égyptiennes et les frais d'entretien annuels à 360.000 livres égyptiennes, elle système conçu parles ingénieurs français de l'entourage du Grand Pacha, il n'y avait point de comparaison possible : nLe premier est coûteux, le second est économique; le premier ne peut utiliser qu'une partie de l'eau dont la plus grande partie se perd , en dépit du jeu des pompes, tandis que le second permet de l'utiliser tout enlièren. Sir Colin Scott Moncrieff comprit ce qu'il y avait de paradoxal à vouloir élever l'eau à grands frais au moyen de machines, alors que le même but pouvait être plus aisément et plus complètement atteint par l'utilisation d'un ouvrage déjà existant. Ajoutons que l'établissement de l'autorité anglaise faisait tomber toutes les raisons de prudence qui engageaient Rousseau pacha
à ne pas se lancer dans une entreprise ardue. Écartant dès son arrivée au ministère le projet de son prédécesseur. Sir Colin Scott Moncrieff entreprit ta réparation du barrage. Il commença par des réparations provisoires et volontairement incompièles, dont l'heureui effet devait déterminer l'achèvement déQnitif de l'ouvrage. «En i88â, au moment des basses eaux, les deux ponts furent fermés à la fols, afin d'expérimenter quelle retenue le barrage était capable d'effectuer; grâce à de légères réparations exécutées par M. Willcocks , le niveau de la branche de Rosette fut relevé de a m. 3 5 cent., celui de la branche de Damiette, de i mètre environ.n L'effet de cette seule retenue, encore peu considérable, fut des plus remarquables : nLe débit du rayab de MenouGeh fut doublé, dit Sir Alfred Milner; celui du rayah de Béhéra et celui des trois canaux ieji qui s'embranchent sur le fleuve, entre le Caire et le barrage, se trouva considérablement augmenté, et même, jusqu'au milieu de juin, l'eau arriva en abondance dans des districts oil, depuis des années, on ne l'avait vue que pendant la crue.» A l'augmentation du débit de ces canaux correspondait naturellement une élévation de leur niveau, qui permit une grande économie de travail et d'argent sur les arrosages. Enfin, voici le résultat fmal, matériel de l'eipé- Hence : nLa récolte du coton de i88â dépassa de près d'un demi-million de kantars le chiffre le plus élevé des années antérieures i>. La même expérience ayant été répétée en 188&, on obtint un relèvement plus considérable du niveau du Nil. L'efficacité d'une réparation déGnitive était surabondamment démontrée. Une difficulté surgit pourtant qui faillit, au dire de Sir Alfred Milner, tout remettre en question : la somme nécessaire dépassait de beaucoup les ressources du budget des travaux publics , car la r loi de liquidation n, tendant, avant tout, à assurer le service régulier des arrérages de la dette reconnue, avait multiplié les garanties contre de nouvelles dépenses excessives. Par une combinaison dont ils sont très (iers, les Anglais obtinrent, en i885, de la Convention de Londres, l'autorisation de contracter un emprunt de 9.000.000 de livres sterling, sur lequel 1.000.000 fut prélevé pour l'exécution des travaux d'irrigation. «C'était pour l'Egypte, dit Alfred Milner, une question de vie ou de mort de mettre . en bon fonctionnement les grands ouvrages sur lesquels repose l'irrigation du Delta, et, pour le faire, il fallait dépenser un capital que le budget normal du Ministère des travaux publics était loin de pouvoir fournir. Ce
fut ce millioD supplémentaire qui constitua le capital indispensable : c'est lui qui a sauvé le système des irrigations et, du même coup, les finances égyptiennes. Parmi les contrastes extraordinaires qui abondent dans l'histoire de l'Egypte, et particulièrement dans son histoire financière, il n'en est pas de plus frappant que celui qu'offrent les innombrables millions empruntés par Ismaïl pacha, et ce pauvre petit million alTecté aux irrigations; les premiers furent dissipés avec peu de profit pour le pays, le dernier fut d'une valeur incalculable pour le rétaMissement de la prospérité générale. » Les fonds étant assurés par cet emprunt, deux nouveaux ingénieurs angloindiens, le colonel Western et M. Reid, procédèrent, sous ia direction de Sir Colin S. Moncrieff, aux travaux destinés à «assurer au barrage la solidité nécessaire pour supporter la pression d'une grande masse d'eann. La difficulté de ces réparations provenait d'abord de la nécessité de ne pas empêcher le barrage de rendre, pendant la durée des travaux, les services qu'il était encore susceptible de rendre; ensuite, de la nature mobile du fond, constitué par du limon et du sable. On vint à bout de la première de ces difficultés en n isolant la portion de l'ouvrage en cours de réparation, et en laissant le reste en communication avec le fleuve n. On surmonta la seconde en nmettant à sec, au moyen de pompes, les arches de la portion isolée des barragesn. Les travaux furent poussés avec activité. «La moitié ouest du barrage de ta branche de Rosette, écrit Sir Alfred Milner, fut terminée au cours de l'hiver et du printemps de 1886-1887, ®' '^ moitié est, pendant les mêmes saisons des années t888-i889. La moitié ouest du barrage de la branche de Damiette fut terminée pendant l'hiver et le pnnlemps de 1887-1888, et la moitié est, en 1889-1890. L'œuvre fut complètement terminée pendant la saison des basses eaux de 1891, et, depuis, le barrage a maintenu le lleuve à la hauteur voulue pour cdimenter de toute l'eau nécessaire, les grands canaux artificiels. Le niveau maximum obtenu par l'eau en 189s et 1898 a dépassé h mètres, chiffre prévu dans le projet primitif.» Il faut ajouter que le rayah de Bébéra, autrefois presque à sec, est maintenant régulièrement alimenté et porte l'eau aux territoires de l'Ouest. Les frais de la réparation du barrage s'élevèrent k /iCo.ooo livres égyptiennes, son entretien coule annuellement une trentaine de mille livres égyptiennes. En dehors de tous ses avantages, il a donc celui de remplir à meilleur marché l'office qu'on voulait demander aux
pompes à vapeur, moyennant 700.000 livres égyptiennes de première dépense et aSo.ooo livres égyptiennes d'entretien annuel. «DAt-li être emporté l'été prochain, écrivait Al. Milner en iSgS, je soutiens qu'il a déjà rapporté à l'Egypte plus d'argent qu'il n'en a coûté depuis iSSA.» Bien que le barrage ait effectué depuis 1891 la retenue prescrite parle projet et par les intérêts de la culture, on a construit, en aval des deux ponts, un mur de soutènement. Est-ce pour lui permettre d'effectuer une retenue plus forte, ou bien a-t-on remarqué qu'il faiblit sous la pression de l'eau qu'il retient? Il faut espérer que sa stabilité n'est pas en question, et que ces murs de soutènement sont une mesure de prudence.
C'est ainsi que lord Gromer, dans un de ses rapports à la Reine, en caractérise l'utilité. <t Les intérêts qui dépendent du barrage sont si nombreux et ses défauts de construction étaient si grands, qu'il est sage de ne né^iger aucune des précautions qui peuvent assurer sa stabilité pour toujours, et c'est dans ce but qu'on a commencé à construire deux barrages subsidiaires en aval de l'ouvrage principal. Quand ces barrages seront achevés, le volume d'eau et, par conséquent, la pression exercée sur le barrage, seront fortement réduits. 1 Loin de trouver, avec l'agent diplomatique anglais, les défauts originels du barrage si graves, il y a lieu, semble-t-il, de s'étonner qu'un ingénieur soit arrivé du premier coup 4 construire dans des conditions particulièrement difficiles, un ouvrage aussi parfait, aussi facilement réparable et utilisable.
« Tel est, dit en concluant Sir Alfred Milner, le travail qui a révolutionné, je ne puis pas m'eiprimer autrement, les conditions de l'agriculture du Delta et sauvé ses habitants d'une banqueroute générale et, peut-être, de la famine. » La conclusion seule de Sir Alfred Milner suffit à montrer quel orgueil, légitime d'ailleurs, les Anglais tirent de leur réparation du barrage. 1] ne sied pas aux Français de décrier cet ouvrage d'un de leurs compatriotes. nCe qui est véritablement étrange, dit encore l'interprète officiel de l'Angleterre, c'est qu'il puisse y avoir un seul Français parmi ceux pour qui le succès du barrage est une cause de regrets. La conception de l'œuvre est française; le grand projet que les ingénieurs anglais n'ont fait, après tout, que perfectionner, était dû à un Français, et Sir Colin S. Moncrieff a toujours été le premier k en attribuer tout le mérite à Mougel bey. »
De l'utilisation du barrage, il résulte que le système d'irrigation fondé £* CtUm «n Égyplt. i5
sur cet ouvrage est aujourd'hui appliqué dans les trois parties de la Basse- Egypte. L'irrigation des provinces comprises entre les deux branches du Nil est assuri^e, depuis l'achèvement des travaux, par un canal principal : le rayah de Menoulieh. Avant les travaux, quatre grands canaux venaient en aide au rayah : le Bahr Cbibin', le canal El-Alef, le canal Hadrahouieb , le canal Sabel. Mais, «pendant l'éliage, écrivait dès 1887 M. Barois, toute l'eau d'irrigation de ces provinces est fournie par le rayah de Menoufieh et par le canal Hadrahouieh , tous les grands canaux ayant i^té mis en communication avec le rayah de Menoulieh, et leurs prises au Nil ayant été fermées. Le canal Hadrahouieh , ajoutait l'auteur, sera aussi , d'après les projeta actuels, relié au rayah de Menoufieh, qui fournira alors toute l'eau d'irrigation de la région comprise entre les deux branches du Nil. n Coordination de tous les canaux d'irrigation d'un groupe de provinces à un seul grand canal qui a sa prise dans le bief d'amont du barrage : c'est bien là le principe du système primitif. Voici maintenant, d'après M. Barois, dans quel ordre ces canaux se détachent du rayah, et de quelle maniéré se produit leur alimentation. «Le rayah de Menoufieh se dirige vers le nord en se rapprochant d'abord de la branche de Damiette, quelques canaux secondaires s'en détachent pour irriguer les terres hautes situées entre son cours et la branche de Rosette. Vers le vingt-deuxième kilomètre, il alimente deux grands embranchements , le Sersaouieh et le Bagourieh , qui se dirigent vers le nord-ouest; le Menoufieh rencontre ensuite le Bahr Ghibin et se prolonge jusqu'au canal ^-Atef; puis, au moyen d'une dérivation qui franchit dans des tuyaux de fonte le canal Hadrahouieh , il va porter l'eau au Sabel , canal destiné à l'arrosage des terres hautes qui longent la branche de Damiette. n On voit que le point oiî les canaux dérivés s'embranchent sur le rayah et la direction qu'ils prennent est déterminée par la position des terres qu'ils doivent arroser : chaque canal arrose une portion de terres. n Le Bagourieh et le Sersaouieh sont plus spécialement destinés à irriguer les terres situées vers l'ouest; les canaux d'EI-Atef, Hadrahouieh et Sahd, les terres situées vers l'est, et le Bahr Cbibin par lui-même ou par ses embranchements, arrose la région moyenne, n En dernier lieu, se pose la question de savoir oti s'écoulent les eaux de ces canaux , quand elles n'ont pas servi à l'arrosage, ou quand elles ont fait retour au canal après les arrosages. La plupart de ces canaux ont des ramifications qui se prolongent
jusqu'au lac Bourlos, situé au nord du Delta, où elles déversent le tropplein de leurs eaux. Le Babr Cbibin se jette dans la mer et les canaux interposés entre le Bahr Chîbin et la branche de Damiette écoulent le surplus de leurs eaux dans ce canal ou dans le fleuve lui-même. Tel est le réseau des canaux qui arrosent, conformément au système fondé sur le barrage, les provinces de l'intérieur du Delta, dont les terres cultivées ont une superficie évaluée à Soo.ooo hectares.
La superficie à irriguer est moindre dans la province de Bébéra : elle était de ic|6.ooo hectares en 1887, mais elle a augmenté depuis. Nous avons exposé le système qui suppléait pour la partie ouest de la Basse- Egypte au système projeté par Mébémet-Ali. La réparation du barrage entraîna celle du rayab de Bébéra et anéantit le système provisoire. Envahi par les sables du désert, au milieu duquel il coule sur une grande distance, creusé dans un soi meuble qui exigeait chaque année des curages diiriciles, le rayah de Bébéra fut dragué, approfondi, protégé, k la suite des travaux d'achèvement du barrage; en un mot, mis en état de fonctionner. 11 devint alors l'artère maîtresse des irrigations de cette province et c'est par lui que furent alimentés les deux grands canaux primitivement greffés sur lui, ultérieurement soustraits a son influence, le Katatbeb et le Mahmoudieh. Le rayab de Bébéra qui a aussi sa prise dans le bief d'amont du barrage, rencontre, en effet, au quarante-deuxième kilomètre un autre canal , celui de Katatbeb. Ce canal a une prise sur le NU , par laquelle il est alimenté en temps de crue seulement, mais il ne reçoit l'eau, en temps d'étiage, que du rayah de Bébéra, auquel il fait suite. C'est au point oit le Katatbeb a sa prise au Nil que l'on avait établi des machines hydrauliques, lorsque le rayab de Bébéra avait été abandonné. Beaucoup plus bas sur le Nil, à 56 kilomètres de l'embouchure de la branche de Rosette, prend naissance, en un point nommé Atfeb, le second grand canal de la province Ouest de la Basse-Egypte. Exécuté par des hommes de corvée dont le nombre s'éleva , d'après Linant de Bellefonds , à plus de trois cent cinquante mille et qui se mirent à l'œuvre avant que le tracé fut piqueté, le Mahmoudieh met en communication le Nil et Alexandrie , mais son rAle ne se borne pas à fournir d'eau cette ville. Tandis qu'il n'avait à irriguer, au moment de sa construction, que s. 000 hectares environ de terres, il en arrosait, au dire de M. Barois, près de 70.000 en 1887. Il ne devait recevoir, à l'étiage, ses
eaui que du Katatbeh , c'esl-à-dire, en dernière analyse , du rayah de Béhéra, Les mêmes raisons qui avaienl délerminé rétablissement de pompes à Katatbeh déterminèrent le Gouvernement à en établir à Atfeh. Mais en 1 8Sli el i885, les expériences que l'on tenta au barrage de la pointe du Delta, abaissèrent tellement le niveau de ta brancbe de Rosette en aval de cet ouvrage, qu'elles contraignirent le Gouvernement à user d'expédients pour rendre possible l'alimentation de ces canaux. La réparation du rayab de Béhéra remit les irrigations de cette province dans un état normal; lui seul alimente aujourd'hui en temps d'éliage toute cette région de la Basse- Egypte, sans que l'on soit obligé de recourir aux pompes d'Atfeh et de Katatbeh, ni aux ouvrages provisoires construits à la hâte en iSSA-iSSS. Sur ce point encore, le plan de Méhémet-Ali a été exécuté.
Il n'y a pas longtemps que l'irrigation des provinces est de la Basse^ Egypte est soumise au même principe que celle des deux autres groupes de provinces : le réseau de canaux de l'Est formait encore en 1 887 un système indépendant. Le rayah de l'est n'ayant jamais été creusé, l'arrosage des provinces situées à l'est de la branche de Damiette se faisait par sept canaux principaux, a Trois de ces canaux, dit M. Barois, sont compris entre le Caire et le barrage; ce sont: l'ismaïlieh, le Cherkaouieh, le Bessoussieb; les quatre autres sont en aval du barrage; ce sont : le Bahr Moez, le Safael, rOm Salama, le Mansourieh. Le canal Ismaïlieh met en communication le Nil el le canal de Suez, le Caire el Ismaîlîa. Construit en vertu de conventions passées entre la Compagnie de Suez et le Gouvernement égyptien, il a été fait d'un bout k l'autre par entreprise et exécuté d'un seul jet. n C'est le seul canal important d'Egypte qui ail été construit de cette manière. Il a deux prises au Nil: l'une au Caire même, à Kasr-el-Nil, l'autre à Choubrah, à 7 kilomètres du Caire. L'Ismaïheh longe la limite du désert en se dirigeant d'abord vers le nord-est; puis il suil la vallée de l'Ouadi, dans une direction à peu près parallèle à la câte du Delta, et se jette dans le lac Timsah à Ismaîlia. Un canal se délache de lui à peu de distance de son embouchure, et coule vers le sud parallèlement au canal maritime, jusqu'à Suez etPortTewfik.Le canal Cherkaouieh, issu du Nil à 13 kilomètres en amont du barrage, coule d'abord parallèlement à l'ismaïlieh, c'est-à-dire vers le nord -est , sur environ s 8 kilomètres , puis se sépare en deux branches , dont l'une, le Chibîni, communique avec l'ismaïlieh, tandis que l'autre,
le Kalili, forme des ramifications qui vont se perdre dans la partie orientale du Menzaleb. Le canal Bessoussieb qui a sa prise à s kilomètres en aval de celui de Cherkaouieh, coule d'abord parallèlement au Nil, puis se ramifie en deux branches, dont l'une, le Fîlfileb, suit la même ligne parallèle au fleuve, et l'autre, l'Abou-el-Akder, dont ie lit se confond avec l'ancienne branche Pelusiaque, aboutit au Menzaleh. Le Babr Moez, qui se détache du Nil, à 70 kilomètres en aval du barrage et débouche dans le Menzaleb, est aussi une ancienne branche du Nil, la branche Tanitique; le canal Ouadi, qui se sépare du Bahr Moez à Zagazig, le met encommunication avec l'Ismaïlieb. Le canal Sahel a sa prise à 3 kilomètres en aval du Bahr Moez : après avoir arrosé sur un parcours de 3o kilomètres les terres comprises entre les rives du Nil et le Babr Moez, il s'éloigne du fleuve, sous le nom de canal Baubieh, et aboutit aussi au Menzaleh. Enfin les canaui Mansourieh etOmSalama, issus duNil à 1 10 kilomètres en aval du barrage, suivent deux lignes peu éloignées l'une de l'autre et parallèles à la direction générale du Nil, jusqu'au moment oii le Bahr Tanah, prolongement de rOm Salaroa , et le Bahr Sagir, prolongement du Mansourieh, s'écartent pour aller aboutir tous deux au Menzaleb. On voit que ce réseau de canaux d'irrigadon dont on a conservé tous les éléments ne présentait pas la même unité que celui des provinces du Centre et de l'Ouest. Il est composé de canaux qui s'alimentent tous directement au Nil, vont tous, sauf l'Ismaïlieb, se déverser, directement ou par leurs dérivés, au tac Menzaleh , sont enfin reliés les uns aux autres, autant pour les commodités de la navigation que pour celle des irrigations. Ce réseau n'était pourtant pas indépendant du barrage, puisque trois canaux sur sept avaient leur prise entre le Caire et cet ouvrage, et ressentaient, par conséquent, l'influence de la retenue qu'il opère. Mais l'abaissement du niveau des eaux en aval du barrage rendit diflîcile, en 188/t et 188&, l'alimentation du Bahr Moez. On para à cette diOicullé en construisant un barrage provisoire, à quelque distance au-dessous de sa prise. Evidemment, par la fermeture complète des deux barrages de la pointe du Delta, il était devenu impossible de maintenir le débit des canaux ayant leur prise sur l'une des deux branches du Nil, en aval de ce barrage. Cette difficulté démontra combien il était préférable que le système des rayahs fût appliqué aux provinces de l'Est. Elles contiennent, en effet, d'après M. Barois,
&55.000 hectares de terres cultivées, qui comptent parmi les plus productives de l'E^pte, en produits d'été.
Dès lors, les ingénieurs anglais résolurent de faire entrer le réseau de caoaui de ces provinces dans le système général des irrigations du Delta. Sur le débit journalier de i i.ooo.ooo de mètres cubes environ qu'exige, en été, l'arrosage de la Galloubieb, de la Dahkalieh et de la Charkieb, 9.3oo.ooo mètres cubes sont fournis par tes canaux Ismaïlieb, Cberkaouieh et Bessoussieb; le reste, soit S.Soo.ooo mètres cubes, provient d'un troisième rayah qui a sa prise juste en amont du barrage de la brancbe de Damiette. «Ce canal, qui a 38 kilomètres de longueur, est prolongé à son extrémité par le canal Sahel , puis par le canal Mansourieh , «niin , par le Cberkaouieh de Damiette, parallèlemeat à la brancbedeDamietle jusqu'au littoral.» (Barois.) Le rayah de Cbarkieh, appelé aussi rayah Tewtîkieh, fut exécuté, d'après M. Milner, avec le solde du fameux mUiion de* irriga- (ibni, les travaux du barrage n'ayant coûté que à6o.ooo livres égyptiennes. Du réseau de canaux qui arrosaient les provinces de l'Est avant ces travaux, on a donc conservé tous les éléments; mais, tandis qu'on a laissé subsister à l'état de canaux indépendants les trois canaux qui avaient leur prise en amont du barrage , on a fait dépendre du nouveau rayah , pour leur alimentation à l'étiage, tous ceux qui étaient dérivés de la branche de Damiette en aval de ce barrage.
Tel est le réseau de canaux de la Basse-Egypte. Il se compose, en somme, de trois réseaux correspondant aux provinces ou groupes de provinces de l'Ouest, du Centre et de l'Est. Ces réseaux sont composés d'éléments étroitement coordonnés entre eux et par rapport à un ouvrage capital, le barrage. Aujourd'hui, cet ouvrage arrête, à la pointe du Delta, la plus grande partie des eaux d'étiage et les répartit entre les trois rayahs, qui les portent sur les terres et les distribuent, à leur tour, aux canaux secondaires. La navigation étant devenue impossible en aval du barrage, sur les deux branches du fleuve, le rayah Cbarkieh ou Tewfîkïeh et le rayah Menoufieh ont donc été aménagés, au moyen d'écluses, pour servir à la navigation , jusqu'à Mansourah d'une part, k Kafr-Zayat de l'autre, point à partir d'oà la profondeur des eaux permet aux barques de reprendre la navigation sur le Nil. Les deux parties des branches de Damiette et de Rosette devenues impropres à ia navigation ont ainsi été remplacées par des voies artiBcielles ,
longeant chacune de ces branches. Le développement même de la canalisation et l'augmentation de la quantité d'eau fournie aui irrigations redouble l'importance des travaux de drainage. Nous avons signalé les inconvénients d'un séjour prolongé des eaux sur les terres. Lorsqu'une terre a été ainsi rendue stérile par les efflorescences salines des eaux d'iniîltration, on combat généralement les efiets de ces émanations par un lavage du sol h l'eau douce. M. Pensa indique même trois méthodes de procéder à ce lavage. Mais le moyen le plus radical d'éviter le danger de la salaùon des terres, c'est évidemment de créer un réseau suffisant de canaux de drainage. Ces canaux ont été complètement négligés de t85o à i883. «Les uns, dit M. Ch. Pensa, se sont encombrés de vase sur laquelle ont poussé des joncs, d'autres ont été transformés en canaux d'irrigation. n Sir Alfred Milner constate aussi cette transformation, contraire au bon sens et aux principes les plus élémentaires de l'agriculture. « Dans quelques cas, les canaux coulaient à pleins bords pour l'arrosage, précisément au moment où ils auraient dû être vides pour recevoir les eaux du drainage; tandis qu'ailleurs, l'eau du drainage saturée de se! était déversée sur les terres, n Les ingénieurs anglais qui s'étaient proposé pour but de faire sortir le service des irrigations du ekaoa où il était tombé, furent, sans doute, choqués de pareils abus; ils ne purent pas, non plus, méconnaître un principe dont on n'avait cessé, depuis Méhémet-Ali, de réclamer l'observation. Mais, soit qu'ils aient été détournés de cet objet par le soin de travaux plus pressants, soit que leur plan n'ait prévu que plus tard l'exécution de canaux de drainage, c'est encore sur ce point que les irrigations de la Basse-Egypte laissent le plus à désirer. Sir Alfred Milner lui-même reconnaissait, en 1893, l'insuffisance de ce réseau : nLe système du drainage n'est pas toutefois aussi complet, car c'est là, comme nous l'avons vu, que la négligence avait été la plus grande. Cependant, ajoute-l-il , même h cet égard , d'énormes progn'-s ont été réalisés, n Dans un rapport du 7 mars 18 go. Sir Colin Scott Moncrieff proclama , en efiet, l'urgence des travaux de drainage. «Depuis que ce livre a été écrit, dit Milner dans la préface de sa cinquième édition de i8g&, de nouveaux travaux ont été exécutés en vue de protéger les terres contre le danger alternatif des sécheresses ou des inondations , et pour étendre le système du drainage, n Les travaux auxquels Sir Alfred Milner fait ici allusion ont été commencés
vers 1 8g3 et poureuivis depuis lors. Ils ont eu principalement pour objet le drainage des eaux, le curage et l'ëlargissemeut des canaux, la régularisation de leur débit. Voici comment lord Croiner, dans l'un de ses rapports annuels, rend compte des travaux de drainage accomplis au cours de l'année 1898. «Grâce à un crédit spécial de 955. 000 livres égyptiennes généreusement accordé par les Commissaires de la Dette, te service des irrigations put, en ajoutant seulement 96.000 livres égyptiennes, consacrer une somme importante au deHsècbement de la Bas8e-%ypte. Pour cette somme, on a creusé 3o8 kilomètres de nouveaux drains, et élargi ou renouvelé 376 kilomètres de drains anciens. Un autre crédit de aoo.ooo livres égyptiennes, sur le fonda de réserve générale, a été accordé pour subvenir aux travaux d'écoulement des eaux en 1899. Les avantages qu'on retire de ces dépenses sont évidents. Tous les propriétaires fonciers du pays comprennent l'intérêt de ces fossés d'écoulement, et tous apprécient les travaux qui sont en train de se faire. D'ici à quelques années, te pays possédera un système complet de drainage : les projets sout à l'étude et quelques cartes sont déjà faites. »
Le curage des canaux est, après le drainage, une des charges les plus lourdes du service des irrigations. Au fond des canaux se forment, surtout au moment de la crue, des dépôts de matières que les eaux tiennent en suspension ou en dissolution. Ces dépdts provoquent une élévation du plafond qui peut empêcher l'accès des eaux d'étiage dans les canaux. Pour les canaux importants, le curage se fait au moyen de dragues qui enlèvent aunuellemeul, d'après M. Barois, des dépôts du volume suivant :
Pour ribrahimieb 730.000 à i.i5o.ooo mètres cubes.
Pour rianwlieb iSo.ooo à Soo.ooo —
Pour le Hahmoudieh soo.ooo à Soo.ooo —
Ces chiffres donnent une idée du travail qu'exige l'enlèvement de ces dépôts, dans tes canaux moins importants où il se fait à main d'homme. La main-d'oeuvre employée à cette tâche fut longtemps fournie gratuitement par la corvée; l'abolition de la corvée oblige maintenant le Gouvernement égyptien è supporter les frais de ces travaux. 11 est vrai que l'adoption du système d'irrigation actuellement en vigueur a diminué l'importance des dépôts de vase. «Maintenant qu'il n'est plus nécessaire de creuser les
canaui à une aussi grande profondeur qu'auparavant, dit Alfred Milner, ils ne prennent pas en aussi grande quantité l'eau de la crue et c'est celle-ci, et non l'eau de l'été, qui forme les dépôts. La réduction des dépenses de curage, due à l'application des nouvelles méthodes, est très remarquable dans son ensemble : en effet, le travail qu'exigeait cette opération, sous l'ancien régime, était estimé en argent, pour le Delta seul, à 53o.ooo livres égyptiennes. De nos jours, pour une longueur de canaux considérablement augmentée , sans compter les drains qui autrefois n'étaient pas entretenus, le curage annuel coûte seulement soo.ooo livres égyptiennes.!) Mais, comme nous le disions, il faut tenir compte de l'abolition de la corvée qui fait tomber tous les travaux à la chai^ du Gouvernement. Outre le curage des canaux qui constitue un travail plus ou moins périodique, le service des irrigations a procédé, en 189a, à l'élargissement de plusieurs branches du Nil et de différents canaux : Belcas, Kasid, Difra, Taaiib, Kudaba, Rasbid, Katalbeh. 11 a fait réparer vingt-huit régulateurs, construire deux aqueducs, trois siphons, seize régulateurs nouveaux dans la Basse - Egypte , système dont le plan avait été conçu et à demi exécuté par les ingénieurs français au service de Méhémet-Ali.
Une réforme importante à laquelle nous avons fait allusion , a transformé dans ces dernières années la législation égyptienne en matière de travaux publics : c'est la suppression de la corvée. Cette réforme concerne à la fois les irrigations, dont les frais de construction et d'entretien d'ouvrages ont passé du peuple à l'Étal, et la culture, dont la corvée fut une des charges les plus onéreuses et qui en est à peine allégée. Elle nous intéresse donc k an double litre. Il y a fort peu de temps encore , le Gouvernement avait recours, chaque année, au travail gratuit pour l'exécution des travaux d'intérêt public, c'est-à-dire pour la construction et l'entretien des bassins et des canaux d'irrigation. Ce système qui, par analogie avec notre coutume monarchique, a reçu le nom de corvée, trouvait sa justification dans le mode d'arrosage employé en Egypte : «Un bassin, dit M. Barois, est une grande ferme h la prospérité de laquelle doivent concourir tous ceux qui en possèdent une partie; et, comme on n'y fait, en générai, qu'une seule culture par an qui ne dure pas plus de cinq à six mois, les paysans n'ont plus guère, après la rentrée des récoltes, qu'à s'occuper du curage des canaux et de la consolidation des digues». Le
système de bassins abandonné, la corvée commençait déjà à avoir moins de raison d'être; il fallait, pour que la corvée fût légitime, que les ouvriers employés au creuseoienl d'un canal d'irrigation fussent précisément ceui qui en profiteraient. £n fait, un pouvoir absolu devait forcément peu se soucier du principe qui justifiait le travail gratuit, et «abuser, dit M. Barois, des facilités que présente, pour tes grands travaux, l'emploi sans contrôle des corvéablesi. Cet abus fut constant sous le ritgnc de Méliémet-AIi ; trois cent mille hommes recrutés dans toutes les régions de l'Egypte furent occupés à creuser le canal Mahmoudieh , dont l'agriculture devait tirer beaucoup moins de profils que la ville d'Aleiandrie. A cette époque, la corvée fournit annuellement un contingent équivalant à quatre cent cinquante ouvriers travaillant pendant quatre mois. Le réseau de canaux de la Basse-Egypte est, en grande partie, l'œuvre de fellahs qui ont fourni leur travail à l'État pour l'exécution de travaux dont ils n'ont pas profité ; ainsi l'Ibrabimieh , qui intéressait surtout les propriétés personnelles d'Ismaïl pacha, fut creusé sous le r^gne de ce prince par des corvéables levés sans distinction de provenances. Cet arbitraire avait souvent pour résultat d'employer la maind'œuvre gratuite à l'exécution de travaux d'intérêt privé, tels que la construction de canaux arrosant tes terres du Vice-Boi ou d'un pacha. Il arrivait aussi que les pachas réussissent h soustraire leurs ouvriers à la prestation en nature, tandis que de pauvres fellahs étaient contraints de s'y soumettre, sans espoir de profit pour leur terre. Tels étaient les abus qui viciaient constamment le principe de la corvée et, d'une charge déjà onéreuse à l'agriculture, faisaient une charge inutile et odieuse. Depuis Méhémet-Ali, l'effectif de la corvée avait pourtant reçu une importante réduction. D'une façon générale, la prestation en nature était duc par tous les habitants valides , mAles , ftgés de 1 5 à 5 o ans , à l'exception des habitants des villes qui ne possédaient pas de terres, des Bédouins et des ulémas. Mais tandis que la population générale augmentait de i8/i8 ù 1S89, le nombre des hommes corvéables passait, dans la Basse-Egypte seulement, de six cent trente-quatre mille, en 1 8&8, à trois cent soixante-seize mille vingt-neuf, en 1883. Cette diminution est due, d'après M. Barois, non seulement à l'accroissement de ta population des villes, mais surtout au peu d'exactitude du recensement de i848, qui faisait reposer le recrutement des corvéables sur une base beaucoup trop large. Leur effectif
variait aussi avec le nombre de jours pendant lesquels ils travaillaient, le gouvernement préférant quelquefois employer un moins grand nomJ>re d'hommes pendant un plus grand nombre de jours. Le tableau suivant, emprunté à M. Barois, montre la répartition, la durée des travaux et le nombre d'ouvriers convoqués en 1879.
PBOÏinCBS.
nOHBHE
CUBES aicmit.
..Ba..«.
Dahkalieh
5.,37 Ù.079 a.3&i 6.8«5 9.U6 a. 703 6.. 68 ..8.9 i.Soa 11.386 >3.i6o 3o.o38 17.536 3.55s
i.5Si.ii4
Ch«rkîeh
Uenoufieh . .
Bëbéra
Giieh . .
Keneh
HoiMMB des jours el Toriui. . . .
Le travail annuel de la corvée, à la fin du règne dlsmaïl, représentait 9^.000.000 de mètres cubes, eiécutés par cent vingt mille hommes travaillant en moyenne pendant cent cinquante-deux jours. Ismaïl n'avait jamais cessé d'avoir recours à la corvée et de renouveler chaque année les abus qui ta rendaient si odieuse. Pourtant, à son avènement, il avait déclaré, comme le lui rappelle la Commission de conlrile, que la corvée était ala cause principale sinon la cause unique, qui avait empêché le pays de prendre tout le développement dont il était susceptible». Il avait même été le premier i prononcer le mot d'abolition de la corïée, et, conseillé par Nubar, il avait mené contre le travail forcé une campagne aussi trompeuse
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qu'habile. Dans te traité passé entre Mohammed- Saîd et la Compagnie du Canal de Suez, le Vice-Roi s'engageait à fournir à celle-ci environ vingt mille fellahs qui se succéderaient de mois en mois et qu'elle rétribuerait à raison de i franc par jour. C'était le travail forcé, mais ce n'était pas le travail gratuit. Ismaîl s'avisa que ce contingent serait bien plus utilement employé sur les terres de sa Daïra et qu'il serait plus habile de réserver les bras de ses sujets à la culture de ses domaines. Mettant en avant le «bonheur du peuple égyptiens, il proposa bien haut la suppression de la corvée et fit partir, pour Paris, Nubar, qui ne manqua pas d'y recruter de nombreui adeptes de sa doctrine. Pour ne pas déplaire aux Anglais , alors adversaires acharnés du canal de Suez, la Porte soutînt le Khédive dans sa réclamation. La décision de M. de Lesseps prévint le danger; il releva le Vice-Roi de ses engagements moyennant une indemnité qu'il obtint, et substitua, sur le tracé du canal, le travail mécanique au travail manuel. La crise ne fut donc pas funeste à la compagnie, elle ne proBta même qu'à elle, car Ismaïl ne tînt aucun compte des principes qu'il avait proclamés, continua à se servir de la corvée et accomplit, au moyen de cet instrument, des travaux de toute sorte sur ses domaines privés. Lorsque la Commission de contrôle fut appelée en 1878 à lui adresser un rapport sur les réformes nécessaires au salut de son gouvernement, elle lui lit entendre cette dure vérité : k L'intérêt public a été confondu en Egypte avec l'intérêt particulier du souverain ; la corvée a été employée à des travaux tels que la culture des terres des Daîras, ou pour l'ouverture et l'entretien de canaux servant exclusivement à ces terres, c'est-à-dire pour des travaux dont ne profitaient, à aucun degré, ceux qui étaient obligés de les fairen. Ces reproches ne restèrent pas sans sanction : sous la pression de la Commission de contrôle fut rendu le premier texte qui ait restreint la corvée. Le décret khédivial du 3 5 janvier 1881 divise en trois catégories les travaux relatifs aux irrigations. Les travaux d'une seule de ces trois catégories sont à la chaire de la populalion en général ; ceux des deux autres catégories sont, les uns, à la chaîne de l'État, les autres, à la charge des propriétaires intéressés à leur exécution. En résumé, nia corvée doit fournir, sous te régime du décret de 18S1, dit M. Barois, toute ta maind'œuvre nécessaire à la construction et h la surveillance des canaux et des digues n. En outre, pendant la durée de la crue, les corvéables sont appelés
à garder les digues; celte surveillance commence vers le i' aoàt et se termine vers la fin de septembre. Après la crue , « les agents du Gouvernement préparent l'état des travaux incombant à la corvée et le soumettent, vers le milieu de décembre, à des conseils d'agriculture qui sont au nombre de six pour toute l'Ëgypten. Ceux-ci divisent les travaux en travaux d'intérêt général, intéressant une ou plusieurs provinces, et travaux d'intérêt commun, intéressant plusieurs villages d'un ou plusieurs districts. Ils en répartissent l'exécution entre les populations des provinces et des districts. En debors de ces restrictions, le décret de i8Si stipulait une faculté de remplacement pour tout corvéable et une faculté de racbat pour certaines catégories de corvéables qui sont : «les groupes d'habitants compris dans des domaines particuliers concédés avec exemption d'impAts, les Bédouins, les habitants des villages nécessaires aux besoins des cultures de certaines grandes propriétés que l'État exploite lui-mémen. Le taux du rachat fixé à 3i fr. lo par homme, dans la Basse-Egypte, et à io fr. 70 pour la Haute- Egypte , fut abaissé, en i885, k 7 fr. 80 pour la Basse-Egypte et la région de llbrabimieh . à 3 fr. 90 pour les régions de rizières, et à 5 fr. 30 pour la Haute -Egypte. Le racbat des prestations a donné, de 1880 à i88â, une somme de 5. 136. 000 francs fort inégalement répartie entre les deux régions naturelles de l'Egypte. Mais, Jh la suite de l'abaissement du taux, le rendement devint insuffisant et le Gouvernement dut parfaire la somme en ajoutant 600.000 francs. Le ministère, développant les principes contenus dans le décret de 1881, réduisait, dès cette époque, les travaux incombant 5 la corvée et en faisait exécuter un certain nombre à l'entreprise. En i885, pourtant, le travail accompli par les corvéables représentait encore un volume de 90.968.Â99 mètres cubes exécuté par quatre-vingt-onze mille cent quarante-six ouvriers travaillant en moyenne pendant cent dix-sept jours. Les dispositions du décret de 1881 posent plusieurs principes qui sont è retenir : la réduction des travaux imposés ft la corvée et l'exécution, aux frais de l'Etat, d'un certain nombre de travaux relatifs aux irrigations; la substitution d'une taxe en argent à la prestation en nature. Ce décret marque donc véritablement le commencement de l'abolition de la corvée.
L'administration anglaise va entrer résolument dans la voie qui lui était tracée et accomplir une réforme sur laquelle elle comptait pour s'affermir
dans le pays. La Gonvenlion de Londres avait destiné une somme de /i&o.ooo livres égyptiennes h la réduction de l'impôt foncier; comme le revenu de cet impôt restait, chaque année, de 300.000 livres égyptiennes au-dessous des prévisions, c'est, en réalité, un dégrèvement de sBo.ooo livres égyptiennes auquel il fallait procéder. I^e Gouvernement anglo-égyptien estima que ce dégrèvement soulevait des difficultés de nature <^ lui faire perdre toute efficacité. Dès lors , n il valait mieui , dit M. Milner, consacrer cette somme à réduire t'impôt en nature, autrement oppressif et lourd, qui, cekii-lù, pesait avec une certaine égalité sur toutes les parties de l'Egypte. On calcula , ajoute-t-il , que les travaux de curage exécutés annuellement par le travail forcé des paysans pourraient l'être par contrat, moyennant environ &00.000 livres égyptiennes, mais que la perte subie par la population qu'on arrachait à ses champs , bien souvent au moment oii sa présence y était le plus nécessaire, dépassait, évaluée en argent, [e double de cette somme.» Ainsi l'administration anglaise, qui avait déjà, au dire de son avocat, mis un terme aux abus de la corvée, emploierait a5o.ooo livres égyptiennes à réduire annuellement de plus de la moitié le travail gratuit des fellahs. Mais les garanties stipulées par la Convention de Londres contre les dépenses excessives soulevaient des difficultés pour l'inscription de ces aBo.ooo livres égyptiennes au chapitre des ndépenses autorisées». Le Gouvernement anglo-égyptien en référa aux Puissances qui donnèrent leur consentement, non sans que la France ait élevé des protestations dont nous parlerons tout â l'heure. Les aSo.ooo livres furent donc affectées à dégrever tous les ans d'environ 5o 0/0 l'effectif de la corvée. Cette somme ne suffisant point à supprimer complètement les prestations, Riaz pacha, successeur de Nubar, qui avait le premier demandé cette réforme dans les circonstances que nous savons, proposa de se procurer les ta&.ooo livres égyptiennes nécessaires, en frappant d'une taxe spéciale toutes les terres d'Egypte. « L'idée était courageuse autant qu'équitable, écrit M. Milner, car le nouvel impôt étant établi à un taux unique par acre, atteignait plus lourdement les grands propriétaires fonciers.» Il pouvait être hardi, en effet, de frapper d'une nouvelle taxe un pays déjà écrasé d'impôts; mais si c'est le fait d'y soumettre également toutes les terres qui excite l'enthousiasme de M. Milner, l'Idée de Riaz pacha ne le mérite pas; car l'égalité de toutes les terres devant l'impôt foncier aurait dA
être la première réforme accomplie. L'unité de l'impôt est un principe élémentaire et il n'est pas besoin de courage pour en faire une application à la fin du dix-neuvième siècle. Cette application resta d'ailleurs lettre morte : «la nouvelle taxe ne fut jamais perçue». Des conversions successives des différentes Dettes procurèrent l'argent nécessaire pour abolir la corvée. Il fallut encore que le Gouvernement ang^o-égyptien obtint des Puissances l'autorisation d'en faire usage, et de prélever, sur les économies de la conversion, l'annuité nécessaire de iSo.ooo livres égyptiennes. Après de nouvelles difficultés de la France, l'autorisation fut accordée. La corvée, qui avait été abolie en partie par un premier décret du à avril 1888, fut complètement supprimée parle décret du 38 janvier 1893. Tous les travaux d'entretien et du curage des canaux se font actuellement à l'entreprise. 11 va sans dire que le Gouvernement se réserve le droit de requérir les habitants de toutes les parties du pays dans les cas d'urgence , tels que l'invasion des sauterelles en 1891, et pendant la durée de la crue, pour garder les digues et les réparer.
Voici, d'après lord Gromer, le nombre d'bommcs appelés chaque année, pendant l'inondation, pour surveiller les digues.
iNNÉES.
nOHBnE D'HOMMES
CARACTÈHE
BoMe.
Modérée.
Modérée.
Modérée.
Très élevée.
Bi8>e.
Élevée.
Hodéré<<.
Modérée.
Baeee.
Élevée.
Telle est la réforme dont l'Angleterre conçoit une fierté peut-être excessive. Elle oublie trop que les principes en étaient posés dans le décret de
1881, et que, sur ce point comme sur bien d'autres, elle n'a fait que développer les institutions ébaucbées par le Contrôle européen. La commission de Contrôle avait insciit, au programme des réformes qu'elle demandait, un paragraphe ainsi conçu : «Réglementation du mode d'exécuUon des travaux publics; suppression de la corvée pour tout travail non déclaré d'utilité publique fl. La thèse soutenue par le rapporteur. Sir C. River» Wiltson, au nom de ses collègues, est d'accord avec le bon sens : il faut que l'emploi de la corvée Jh l'exécution de travaux d'intérêt privé et surtout à l'exploitation des Daïras soit strictement interdit; la corvée subsistera pour les travaux d'intérêt public, non sans une réglementation rigoureuse. Cette réglementadon , le rapport de 1878 en indique l'esprit dans un passage qui marque par avance les principales dispositions du décret de i 88 i. «Si la charge de la corvée était équitablement répartie; si la corvée ne pouvait être appliquée qu'à des travaux dont le caractère incontestable d'utilité publique eut été officiellement reconnu et déclaré; si ceux-U seuls qui en profitent devaient elTectuer ces travaux et si tous ceux qui en profitent devaient y contribuer, soit par leur travail personnel, soit en fournissant des subventions proportionnées è l'utilité qu'ils en retirent; s'il n'était plus permis d'astreindre les travailleurs è des déplacements onéreux, alors la corvée ne serait plus qu'un impât aussi juste que tout autre et dont l'intérêt même du pays exigerait le maintien. n Ainsi, la commission paratt borner ses vues au but qu'atteignit le décret de 1881. C'est qu'elle proposait des réformes immédiates et comprenait que l'abolition de la corvée devait être accomplie par degrés, comme elle le fut. Mais la preuve qu'elle en apercevait le dernier degré est contenue dans ce passage, oi!l le rapporteur donne un exemple de ce qu'il entend par «travaux d'utilité publique» : «Quand il s'agit, par exemple, de prévenir les désastres qui résulteraient de la rupture d'une digue, il est indispensable que les agents du Gouvernement aient le droit d'envoyer, sur les points menacés, des travailleurs recrutés h la bête dans les villages les plus voisins ». Voilà dans quelles limites le Contrôle européen restreint le principe de la corvée, en la déclarant légitime et nécessaire. L'administration anglaise n'en a pas jugé autrement et, à moins de se soustraire à l'évidence, tous les gouvernements en eussent jugé de même.
La France qui était représentée dans ta commission de Contrôle par
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M. de Lesseps, président, et par M. de Blignières, ne peut pas plus qu'aucune autre Puissance méconnaître ['utilité de l'abolition de la corvée. £Ist-ce à dire pourtant que les difficultés soulevées par elle avant d'accorder son autorisation à l'emptoi des sommes affectées à cette réforme soient de simples tracasseries à l'égard de l'Angleterre? C'est ce que soutient Sir Alfred Milner. rII ne fallut pas moins de (rois mortelles années avant que la France se décidât à donner sa sanction à cet arrangement. Encore cette sanction ne fut-elle que provisoire; la diplomatie française, en vue d'obtenir satisfaction dans quelques mesquines questions relatives au traitement de certains fonctionnaires français, la diplomatie française s'était abaissée jusqu'à laisser en suspens une question vitale pour l'Egypte, n L'indignation de Sir Alfred Milner s'exprime en paroles plus énergiques encore : r L'Egypte est le pays classique du bakchich, mais je ne sacbe pas de bakchich d'espèce plus extraordinaire, plus répulsive, pourrais-je dire, que ces pots-de-vin exigés du Gouvernement égyptien par tes Puissances étrangères, pour prix de leur consentement à des modifications que les circonstances conmiandent si fréquemment d'apporter au régime financier de l'Egypte.» Il est au moins inattendu d'entendre reprocher à la France, sous le nom de bakchich» et de pots-de-vin, les misérables traitements des rares fonctionnaires français que l'Angleterre a maintenus dans leurs services. Sir Alfred Milner a eu tort de vouloir transformer l'opposition de la France en un parti pris d'empêcher toute réforme utile à l'Égyple, si celte réforme était accomplie par l'Angleterre. Mais la France, qui ne s'était pas alors, comme aujourd'hui, désistée de ses prétentions politiques en Egypte, avait le droit de ne pas croire aux sentiments désintéressés dont la Grande-Bretagne se prétendait animée en opérant cette réforme plutôt qu'une autre. Elle avait le droit de penser que l'Angleterre ne s'était pas décidée selon l'urgence de la réforme, mais selon le profit moral qu'elle en tirerait, selon l'affermissement qui en résulterait pour sa domination en Egypte. Elle qui n'était pas alors intéressée, tout au contraire, à la popularité des Anglais dans ce pays, elle avait le droit de préférer l'emploi de la somme en litige à une réforme moins brillante mais tout aussi utile. C'est ce que l'Angleterre ne lui pardonnait pas d'avoir pensé et dit dans tes négociations relatives à ral>otition de la corvée. La Convention de Londres avait prévu le dégrèvement de l'impôt foncier et consacré A&o.ooo livres égyptiennes Im Colm *n Égjpl*. i6
à cet usage. C'était l'indication fort sage d'une réfonne tout aussi urgente que la suppression immédiate du travail gratuit : la péréquation et l'abaissement de i'impAt foncier.
Du régime ancien de la propriété, il était resté une distinction entre les terres ouekouri et les terres kkaradji, celles-ci étant plus fortement taxées que les premières. L'impât ouekouri varie de 3o à 1 30 piastres tarif. itOo peut dire qu'en général, l'impât varie de so à 1 00 francs par hectare, dit M. Gb. Pensa, et qu'il est en moyenne de 60 francs. Cet écart énorme qui n'a aucune raison d'être équitable, va être diminué et même supprimé par la péréquation de l'impAt, mais il faut que cette péréquation se fasse en dégrevant la terre kkaradji et non en grevant la terre ouehouri de nouveaux impAts.T) Le dégrèvement des terres kkaradji, l'amélioration du régime de l'tmpftt foncier intéressaient assez l'agriculture pour solliciter plus tôt l'altenlion du Gouvernement anglo-égyptien. Pourtant, l'impôt foncier est longtemps resté très lourd et très inégalement réparti. En dehors de la distinction des terres en ouehouri et kkaradji, il est basé sur le rendement de la propriété, mais comme le taux en a été fixé il y a fort longtemps, et que les terres ont beaucoup changé de valeur, par suite des travaux d'irrigation et des modifications apportées aux cultures, certaines propriétés ont eu à supporter, certaines années, un impôt de plus du tiers de leur revenu net. On les a dégrevées pour ramener l'impôt au tiers du revenu et il s'est produit de ce chef un déficit de a 16.000 livres égyptiennes dans les recettes. Une pratique fort ancienne consiste aussi à exempter ou à dégrever les terres qui n'ont pu être inondées ou irriguées. L'administration anglaise s'est adonnée à la confection d'un plan cadastral qui a permis d'arriver à une plus juste répartition de l'impôt foncier; mais, entre temps, la construction du réservoir de la Haute-Egypte a créé de nouvelles différences entre la valeur des terres. On voit que la répartition de l'impôt foncier présente de sérieuses diUlcultéa en Egypte, et que la convention de Londres n'avait pas eu tellement tort de désigner ce but aux réformes de l'administration anglaise'".
") Voici SOT les impôts wuAom et lAani^ qudques chîffi<ei em|iruntéi k la
L'aboliliou de la corvée n'est pas la seule réforme opérée dans la législation relative aux irrigations. La commissioa de Contrôle avait iascril dans son programme de réformes, un article ainsi conçu : r Rég^emenlatioD du droit de prise d'eau dans les canaux d'irrigationn. Une foule de difficultés soulevées par le fonctionnement de ces canaux attendaient un règlement. Une solution leur a été donnée par le décret kbédivial du 3 a février 1 8 9 & , portant rè^cment sur les digues et les canaux. Le décret déiinit d'abord les mots de canal et de rigole : le canal, «cours d'eau servant k l'irrigation de la totalité ou d'une partie des terrains de plus de deux villages»,
irslaliatlque Urée du budget de i8gi et du recensemeot de iSSao, par Amin Saini:
TIUiniB DE L'icTPTE.
PHOV.KCBS.
HABITABTS.
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