‹ La production du coton en EgypteChapitre 33 sur 76 · EXPORTATION DO COTON ET DES GRAINES DE COTON · texte numérisé non relu

EXPORTATION DO COTON ET DES GRAINES DE COTON

Le coton qui sort des usines d'égrenage ne reçoit pas en Egypte même le compiément de Iransformalion qui lui est nécessaire pour être livré à la consommation. C'est en Europe ou en Amérique qu'il est exporté pour y être nié et tissé. Mais, avant de quitter l'Egypte, il est encore l'objet de deux opérations commerciales qui ont pour but de le faire passer des mains du cultivateur, de l'égreneur ou du négociant qui l'a fait égrener dans celles d'un autre négociant qui l'exporte; enfin des mains de ce négociant dans celles du fitateur. Ces deux opérations constituent la vente à l'exportation. Mais, si le produit exporté est bien resté tel qu'il était en tombant des métiers à égr<>ner, ce ne sont pourtant pas les balles sorties des presses de l'usine que l'on charge sur les navires : une dernière préparation est donnée au coton avant son chargement à bord. Arrivant k Alexandrie, la plupart du temps sous forme de petites balles hydrauliques, le coton en repart toujours sous forme de petites balles à la vapeur. Un nouveau pressage est donc nécessaire; il est effectué à Alexandrie même, immédiatement avant l'expédition. Enfin, il n'est entré à l'usine d'égrenage qu'un seul et unique produit: le coton brut; il en sort deux : le colon en laine et les graines. Le second de ces produits n'a pas seulement de valeur comme semence : ii a une valeur comme fruit oléagineux. Aussi, fait-il l'objet d'un commerce d'exportation et même d'une petite consommation locale. L'utilisation industrielle de la graine de colon, la création d'une industrie et d'un commerce accessoires h ceux du coton lui-même sont des faits capitaux dans le développement et l'état actuel de la production cotonnière en Egypte. Comment , grâce k quelles transactions le colon est-il exporté? Oii reçoit-il la dernière préparation qui lui est donnée avant son expédition? A quelles conditions se vend-il, c'est-à-dire quels sont ses cours? Quelle est aujourd'hui et quelle était autrefois l'importance de cette exportation? Quels sont les

débouchés du colon d'Egypte? Quand est née l'industrie qui traite les graines de coton? A quel commerce cette industrie donne-t-elle matière? Telles sont les questions qu'il nous reste à nous poser.

Lorsque le coton arrive à Alexandrie, il doit trouver un acheteur qui le vende à son tour en Europe; cet acheteur est l'csportateur. Quelquefois l'exportateur achète directement le coton des mains du cultivateur, avant l'égrenage. Dans ce cas, il le fait égrener à ses frais, presser en petites balles deySo livres à l'usine même, et embarquer dès son arrivée à Alexandrie à destination du port d'Europe ou d'Amérique oii il a l'intention de le vendre. Mais, la plupart du temps, l'exportateur achète du coton déjà égrené, sur le marché même d'Alexandrie. Celui qui délient le coton égrené à sa sortie de l'usine, cultivateur, industriel on négociant de l'intétieur, le fait transporter à Alexandrie par chemin de fer ou par barque. Là, il charge un courtier, moyennant tant pour cent, de vendre son coton à un exportateur. Le courtier s'abouche avec un certain nombre d'exportateurs, leur présente ses offres et reçoit leurs réponses. Selon les réponses qu'il en a reçues elles prétentions du propriétaire, il vend ou ne vend pas. L'exportateur qui a acheté ce coton va de son calé le revendre au fîlateur. Les manufactures d'Europe n'ont pas d'agents à Alexandrie; ce sont, au contraire, les exportateurs qui ont des agents dans les principaux marchés d'Europe et d'Amérique. Ces agents qui touchent un tant pour cent sur les affaires qu'ils concluent, reçoivent les cargaisons que leur envoient les négociants d'Alexandrie et les vendent au nom de ces négociants aux filatcurs d'Angleterre, de France, d'Alsace ou des États-Unis. Ainsi que dans toutes les affaires, les courtiers ne font pas seulement des offres, mais reçoivent aussi des ordres : les agents des exportateurs en Europe télégraphient à ceux-ci les ordres des Hlateurs, et bien souvent, quand un exportateur achète k un courtier d'Alexandrie tant de balles de colon , c'est pour faire face à une demande que lui a adressée un filaleur par l'intermédiaire d'un courtier d'Europe ou d'Amérique. En un mot, l'offre est réciproque. L'exportation du coton comporte donc en général deux transactions : l'achat du coton par un exportateur au détenteur d'un produit égrené agissant par l'intermédiaire d'un courtier; la vente du coton à un filaleur par l'exportateur, au moyen d'un agent qui réside dans les centres manufacturiers de l'ancien ou du nouveau continent.

Ce foDCtionnement est en somme assez compliqué, mulUplie les infermëdiaires eolre le propriétaire du colon égrené et le filateur, grève le coton de frais aisément évitables et procure de grandes facilités à la spéculation. L'exportation du coton souffre en effet des spéculations auioudles se livrent un certain nombre de négociants d'Aleiandrle. Le marché de cette ville a toujours été très mouvenAnté et a sans cesse donné prise aux spéculations de commerçants audacieux. Autrefois, nous disait-on, leur spéculation s'exerçait sur les obligations do la Dette; depuis <pie la loi de liquidation y a mis ordre, elle s'exerce sur tes produits. En examinant les cours du coton d'Egypte dans l'intérieur des provinces, à Alexandrie et en Europe, on remarquera une inégalité qui n'est pas celle h laquelle on s'attendait. On est surpris de voir que le marché local est plus élevé que le marché d'Alexandrie, qui est lui-même plus élevé que le marché d'Europe : d'où il semble découler que tes affaires doivent s'arrêter. Ce phénomène insolite a précisément sa cause dans la spéculation, dans le jeu des commerçants à la hausse ou la baisse. Observe-t-il une tendance à la hausse, le négociant achètera son coton dans l'intérieur h un prix plus élevé que le cours du coton du même jour k Alexandrie. Apprend-on dans cette ville que le marché de Liverpool manifeste une tendance à la hausse , on achètera sur le marché d'Alexandrie à un prix supérieur au cours correspondant de Liverpool. De même, apprend-on dans les provinces que les cours d'Alexandrie baissent, à Alexandrie, que ceux de Liverpool faiblissent, les négociants profitent de cette circonstance pour acheter à de meilleures conditions, et leur empressement même maintient les cours k un niveau supérieur à ceux du marché acheteur. Les bulletins mensuels do la Chambre de commerce française d'Alexandrie contiennent de nombreux exemples de celle inégalité des marchés. Nous lisons, en effet, dans le bulletin de février 1898: «Notre marché qui dans les premiers jours de février était resté calme, sons variation dans les prix, s'est subitement raffermi à la suite des avis haussants venus de New-ïork et de Liverpool. Nous avons à signaler une reprise de 3/8 de latlari, soit 3 francs environ. La filature n'a suivi la hausse que très lentement et elle continue k envoyer des ordres qui, quoique limités plus haut que précédemment, n'arrivent pas en général k la parité de nos cours, n Les bulletins de la même année offrent pour le cours des graines de coton un exemple 1res frappant du

U Coton tn Égyple. 90

méoie pynomène. Au mois d'avril, une housse est produite sur ccl article par les demandes venues de Hull; aussi les graines de coton disponibles et même celles de la riicolte future sont-elles l'objet de nombreuses ventes par contrats. Les cours haussent à Alexandrie, et comme ils sont plus bas à Hull, les spéculateurs sont toujours sûrs de pouvoir se couvrir, au jour de la livraison, en achetant sur le marché de Hull, La cause de cette excitation, c'est la guerre hispano-américaine dont on attend, bien à tort, un ralentissement d'exportations de la part des Etats-Unis; ce sont aussi de Taux renseignements sur l'infénorité de la récolle de i8g8. Mais la guerre ne produit pas l'eflet que les spéculateurs en attendaient; la récolte est très abondante, les arrivages de graines sont considérables et le stock de cet article grossit à Alexandrie'. Les spéculateurs qui avaient acheté des graines par contrats s'inquiètent et leurs continuelles offres de vente produisent une baisse. On espère de la baisse même une recrudescence d'alîaires avec Hull ; mais de même que les cours de ce marché avaient été complètement étrangers à la hausse survenue h Alexandrie, ils restent encore sans effet sur la baisse. On parle alors de la formation d'un syndicat à la hausse : cette combinaison échoue. Enfin, au mois de juin, la baisse est à son maximum et les spéculateurs vendent à perte. «Pour la seconde fois, en un mois, lit-on dans le BulUlin de juin 1898, il nous aété donné d'assister h une véritable course au clocher à celui qui vendrait le premier et avec sacrifice pour en finir.n \At spéculation, on le voit, trouve dans le fonctionnement actuel des achats et des ventes h l'exportation de grandes facilités pour s'exercer, quelquefois à son détriment. Ses calculs reposent presque uniquement sur l'induence que les marchés d'Egypte et d'Europe ou d'Amérique ont les uns sur les autres. Il y a une réaction incessante entre les marchés de Liverpool, de New- York, de Marseille et celui d'Alexandrie. L'abondance ou la rareté des offres sur l'un , des demandes sur l'autre déterminent les cours du coton égyptien sur ces marchés. Les cours des produits similaires, tels que le coton américain, l'abondance des récoltes dans les autres pays producteurs agissent aussi sur les cours. Mais la spéculation fausse ces influences et détruit l'équilibre; elle lance le marché d'Alexandrie dans une hausse oà ne le suivent aucun des marchés acheteurs et le résultat de son imprudence est une liquidation nuisible ili tout le monde. S'il est impossible, avec l'organisation actuelle de l'exportation.

d'empêcher la spéculation de subsister à côté du commerce honorable, il parait relativement simple de changer celte organisation elle-même. Il serait bien plus avantageux aui cultivateurs, comme aui fîlateurs, que ceux-ci eussent des agents à Alexandrie , au lieu que les négociants d'Alexandrie en aient aux États-Unis et en Europe.

Les achats des exportateurs aux délenteurs de coton égrené, et les ventes faites par eux aux fdateurs du monde entier peuvent être de plusieurs sortes. Une première distinction est fondée sur les frais qui accompagnent la vente. (tDaprèsles conditions Minet-el-Bassal (bourse d'Alexandrie), tQus les frais de pesage, manipulation, etc., sont à la charge du vendeur; les prix fixés s'appliquent au coton, déduction faite de la tare. D'après les conditions Daira, l'acheteur paye les frais de pesage, de manipulation, de courtage, et, lors delà livraison, on ne déduit pas l'emballage. «(Bouleron.) Une seule distinction est fondée sur les frais de transport : on vend franco bord Alexandrie ou livrable Liverpool, livrable Dunkerque, etc. Dans le premier cas, les frais de chargement h bord du paquebot h Alexandrie sont seuls à la charge de l'exportateur; dans le second cas, celui-ci assume les frais du transport jusqu'au port d'arrivée, le débarquement restant cependant aux frais de l'acheteur. Une troisième distinction , enfin , repose sur la date de livraison de la marchandise : on vend disponible ou par contrat. Vendre du coton disponible , c'est vendre du coton que l'on possède et que l'on livr« immédiatement; vendre par contrat c'est s'engager è livrera l'acheteur, à une date fixée, du coton que l'on ne possède pas, ou même qui n'existe pas encore. Un exportateur, par exemple, s'engage à livrer à l'acheteur cent balles par mois jusqu'au i" janvier igo8. Quand un négociant a passé un contrat de ce genre, il faut ensuite qu'il achète lui-même le coton qu'il a promis de livrer et qu'il n'a pas. En général, il se couvre en achetant lui-même , à un courtier, un autre contrat ; le courtier lui vend un contrat par lequel il s'engage à lui livrer tant de balles de coton un ou deux mois avant l'échéance du premier contrat. Ces contrats peuvent être vendus et rachetés à l'infini, comme tout effet de commerce. Dans le cas dont nous nous occupons, l'exportateur sera payé chaque mois, à la livraison de sa marchandise, en traite payable dans un délai de trois mois, traite qu'il peut vendre sur place à Alexandrie , déduction faite de l'escompte. Ce sont, naturellement, les ventes sur contrat qui prêtent le plus à la

spéculalion. Comme les cours peuvent changer et changent fatalement entre le jour de la coocluaion et celui de l'échéance, la vente et l'achat d'un contrat sont des opérations qui peuvent être très lucratives. C'est à la Bourse d'Alexandrie que l'on vend les contrats. Le courtier crie, par exemple: nlly a cent balles à livrer en mars», les acheteurs se présentent et discutent avec te courtier. Au contraire, c'est au marché des cotons, également à Atexandiie, que se vend la marchandise disponible. Chaque exportateur a sa place marquée, son comptoir devant lequel se groupent et défilent les courtiers avec leurs échantillons et le carnet oit ils inscrivent les réponses de l'exportateur. Cette distinction de nlivrable ou contrat» et de itdisponiblen est ta base de toutes les ventes à l'exportation.

On ne se fonde pas seulement pour ces ventes sur les espèces de coton que nous avons citées : Mlt-ABfi, Abbassi, etc. On tient compte aussi du classement adopté par les filateurs anglais, d'après la qualité du coton, à quelque type qu'il appartienne. Ce classement a pour base lefatr, qualité au-dessus et au-dessous de laquelle se succèdent les autres classes selon qu'elles s'en rapprochent plus ou moins. En voici la liste par ordre de progression ascendante :

Ordinary, Low middiing, Middiing, good middiing MiddUng fair, Fatr, Fully fair, Good fair, Fully good fair, Good, Fine, Extra-fine.

Entre ces classifications, certains négociants introduisent encore des distinctions secondaires, telles (^ae fair to fully fair, etc. Mais aux dénominations que nous rapportons ci-dessus correspondent les qualités les mieux tranchées. C'est donc sur ce classement que sont fondées les évaluations du prix du coton égyptien.

Chacune des qualités classées se vend à un prix différent des autres, mais s'il fallait tenir compte de tous ces prix pour établir les cours annuels ou même quotidiens du coton égyptien, ce calcul serait impossible. Aussi prend-on généralement comme type une qualité moyenne, la plupart du temps le Good fair, dont on établit le cours pendant un mois ou pendant une année, soit en faisant la moyenne de ses prix quotidiens, soit en prenant son prix journalier le plus élevé.

Lorsqu'il apparut sur le marché, le coton Jumet fut aussitôt coté à un prix élevé, à cause de ses qualités précieuses et particulières. Le prix moyen de tSai est de 16 (alaris de 5 francs par kantar, et celui de iSaa, de

i5 talaris et demi. Ce prix Be maintint, avec des écarts très importants, au-dessus de ts talaris jusqu'en tSàs (sauf pour l'année i83i où il descendit à lo talaris et demi). A partir de iS/is, les prix du Jumel, tout en atteignant de temps en temps des chiffres supérieurs à t3 talaris, se tiennent en général au-dessous de ce chiffre et lomhent fréquemment audessous de 10 talaris. il en va ainsi jusqu'en 1861; à cette date, la guerre de Sécession provoque une hausse considérable qui porte les prix jusqu'à Ss talaris (1866, mois le plus haut). La paix signée, les prix tombent àc lia talaris en 1866 (mois le plus haut) à is talaris et demi en 1867 (mois le plus bas) et 98 talaris et demi (même année, mois le plus haut). Le cours du coton égyptien se maintient it un niveau sensiblement égal de i868à 1873. En 1873, le prix courant du coton égyptien à Liverpool était , pour le Fair, de 1 pence à 1 pence trois quarts , et, pour le Good fair, de 1 o pence sept huitièmes à 1 1 pence trois quarts. Nous reproduisons ici, d'après M. de Regny bey, les tableaux du prix sur place du coton d'Egypte de 1831 à 1872 et de son prix courant, à Liverpool et Marseille, en 187a.

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