‹ La production du coton en EgypteChapitre 32 sur 76 · ft6a · texte numérisé non relu

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On voil qu'à l'exception de cinq ou six au plus, les villes qui ont expédié le plus de coton à Alexandrie se signalent aussi par une population totale et par une population européenne relativement nombreuses. Les centres cotonniers de la Basse et de la Moyenne -Egypte forment les ag^omérations urbaines les plus importantes de ces deux régions après le Caire et Alexandrie et avec les trois villes de l'istbme de Suez.

C'est après avoir été l'objet des transactions que nous avons exposées que le colon brut est livré aux machines à égrener. Le colon a toujours été égrené sur le sol même de l'Egypte; mais cette opération était accomplie, autrefois, à l'aide d'une machine fort simple, mue à bras d'bommes, et dont uous avons donné précédemment la description. Le principe toutefois en était le même que celui du métier aujourd'hui employé. La différence

capitale est dans la force motrice, qui est maintenant la vapeur, A'oii accélération de la vitesse rotative des rouleaui et augmentation progressive du nombre de tours. La substitution de métiers à vapeur aux métiers indigènes n'est pas très ancienne. Ceux-ci fonctionnaient encore au moment de la guerre de Sécession. «Sur une murette faite de briques crues et de terre glaise mêlée de paille, dit M. Grégoire, est établi un bâti en bois supportant, par ses extrémités, un cylindre en fer de o m. oa cent, de diamètre, fortement rayé par une grosse lime, et un autre cylindre en bois de bétre d'environ o m. oâ cent. A une des extrémités du cylindre en fer est fixé un volant en bois, sur un des rayons duquel est attachée, par une cheville, distante de o m. 1 5 cent, du centre, une corde qui est fi\ée inférieurement au bout d'une pédale. Le cylindre en bois porte, à l'extrémité opposée au volant, une petite manivelle. L'agencement de ces parties est fait avec le manque de précision qui se retrouve dans tout ce que fait l'Arabe. Le dégrencur, assis à califourchon sur la murette, de son pied droit appuyé sur la pédale, fait tourner le cylindre en fer; de la main droite, imprime un mouvement au cylindre en bois; de la main gauche, présente le coton entre les cylindres. Le coton saisi est arraché, passe et glisse à droite; la graine tombe à gauche, n C'est , à peu de chose près , l'appareil que Girard avait décrit dans son mémoire sur l'agriculture, l'industrie et le commerce de l'Egypte. Avec un tel instrument, un ouvrier habile et vigoureux pouvait produire, en dix heures de travail, de 3o à lio rolls de coton; mais en moyenne on ne pouvait compter sur plus de 1 5 à 1 8 rotls. Le rendement Jk l'égrenage avait diminué à cause de l'imperfection du travail : en 1 857, dit Grégoire, laoo quintaux n'ont donné que 3i p. 0/0 de fil. Mais l'accroissement immense de ta production en 1 869 démontra l'insufBsance du métier indigène : dès 1863, une transformation commença à s'opérer. icLe dégrenage du coton, dit M. Grégoire, tend à passer des mains du cultivateur dans celles des industriels. Le fellah est bien aise de se décharger de ce travail : le manque d'espace de son habitation le gène beaucoup, et comme c'est un travail de longue haleine, cela l'empêche de réaliser immédiatement sa récolte. 11 y a cinq ans, je fus te premier à instfdler cette indus> trie un peu en grand ; j'avais jusqu'à cinquante dégreneurs. J'achetais alors le ' coton en graine à trois talaris de moins que le coton dégrainé. La graine payant pour les frais de dégrenage, le bénéfice évident d'une semblable

opération (îl que le nombre des industriels s'occupant de dégrenage augmenta rapidement; aujourd'hui seize machines k vapeur fonctionnent ou sont en construction pour cet objet; on paye en général le coton en graine un (alari de moins que le coton dégrené; le haut pm de la graine paye les frais avec bénéfice. Ces usines font d'excellentes affaires; aussi, quelques grands propriétaires en ont-ils déjà installé de semblables. Cette année (1S69) le sixième environ de la récolle passera aux usines, et dans quelques années la petite machine fellah ne fonctionnera presque plus. » Quant À la substitution des métiers à vapeur aux métiers indigènes, M. J. Ninet avait introduit, en Egypte, dès i85&-i8B5, l'égreneuse américaine Mac- Arlby. nCette machine, dit-il, délivre environ 9 quintaux de fibre nette par dix heures de travail, et comme les ateliers de so à 26 «ginsn mus par la vapeur ne sont pas rares, et que le coton ainsi égrené est non seulement propre, mais acquiert, en passant sous les cylindres, une régularité de soie désirable, on se rend facilement compte de la promptitude avec laquelle une récolte brute de 5.5oo.ooo quintaux peut fournir annuellement au commerce 18.000.000 quintaux égyptiens de MaLo net.» Ainsi, substitution des industriels aux cultivateurs dans l'égrenage du colon; substitution de métiers à Usser au métier indigène : telle est la transformation dont sortit l'industrie actuelle de l'égrenage du coton.

Voyons quelle est aujourd'hui l'organisation d'une usine d'égrenage et de pressage du coton. Cette organisation est, à peu de chose près, identique dans toutes les usines bien montées. Aussi , au lieu de donner une description spéciale d'une usine déterminée, nous préférons décrire une usine type en collationnant les faits que nous avons remarqués dans celles que nous avons visitées. Deux choses sont à décrire : l'aménagement de l'usine et les opérations de l'égrenage.

«Une usine à égrainer, dit M. Bouteron, se compose de deux parties bien distinctes : la première comprend les bâtiments de la machine motrice , des chaudières, de la salle des métiers et de la presse et, en général, tous les bâUments affectés au matériel mécanique de l'usine ; la seconde sert au dépôt des cotons, n Cette seconde partie de l'usine ne comporte pas de longue description. Le coton brut, arrivant en sacs, est, la plupart du temps, déposé dans d'immenses cours entourées de murs; c'est dans ces cours que le chemin de fer a quelquefois accès, par une voie spéciale appartenant à

l'usine. On se sert souvent, aussi, de vastes hangars comme magasins pour le coton brut. Cours et hangars, pendant la campagne, sont encombrés de sacs: il y avait vingt-sept mille sacs en magasin (à peu près 3S.ooo kanlars) à l'usine Salvago, et quarante-cinq mille sacs (de 55 à 60.000 kantars) à l'usine Ghoremi-Benachi , quand nous les avons visitées. La première série de bâtiments comporte, dans les usines les mieui installées, un sous-sol et un rez-de-chaussée. Dans te sous-sol est placée la machine motrice À vapeur. Pour que l'égrenage soit aussi bien fait que possible, il importe que la vitesse de la machine soit uniforme et régulière, sans secousse. Quant à la force en chevaux, «on doit se baser, dit M. Bouteron, sur environ s chevaux 5/I1 efleclifs sur l'arbre moteur, par métier, y compris la transmission, les cribles, la presse hydraulique et tous autres accessoires n. D'après les renseignements qu'on nous a donnés sur place , la machine motrice de l'usine Planta, de Zagazig, serait forte de 35o chevaux-vapeur pour cent métiers, et celle de ChoremJ-Benachi ( Kafr-Zayat ) , de 1 1 chevaux pour quatre-vingtquinze métiers. A c6té de la machine , se trouvent également , en sous-sol , des ateliers de réparations pour le matériel , forge , menuiserie , etc. , une dynamo pour l'électricité, car les usines de quelque importance sont aujourd'hui éclairées à l'électricité; enfin, selon les usines, divers appareils particuliers  la maison, comme rnEconomisem, dont on se sert chez Choremi-Benachi pour refouler la fumée de la machine dans des tuyaux et employer cette fumée à chauffer l'eau des chaudières; il s'ensuit une économie de charbon. Les métiers sont disposés dans une salle située au-dessus de la machine; de la sorte, la transmission s'opère en sous-sol, par de larges rubans qui tournent avec une grande rapidité et mettent en mouvement toute une rangée de métiers. Cette disposition est préférable è une transmission s'opérant dans la salle même, au-dessus des métiers, ce qui gène la circulation et expose le personnel à des dangers fréquents. La surélévation de ta salle des métiers n'a pas que cet avantage : elle permet l'installation, au même niveau que la machine , de galeries souterraines où les graines tombent et sont recueillies. Les graines y sont conduites par des rigoles en pente qui partent du bas de chaque métier; elles tombent, soit dans des caisses, soit par terre; on les recueille dans des sacs, ou bien dans un chariot roulant sur un rail au milieu de la galerie. Les graines sont ensuite portées au crible, appareil également placé en sous-sol et dont nous expliquerons le

rôle. «Lorsqu'il n'y e pas de gâteries inférieures, les graines, dit M. Bouteron, toaibeot sur le plancher, derrière les métiers, et sont enlevées par des manœuvres avec des pouffes.» Au rez-de-chaussée se trouve donc la salle des métiers, quel(|uefois composée de deux salles accolées l'une à l'autre. Les métiers sont disposés te plus souvent sur deux rangs; dans l'usine Planta, ils sont disposés sur quatre rangs. Cette usine a quatre-vingtseize métiers dans sa grande salle, plus quatre métiers pour l'égrenage des déchets de coton, ce qui porte leur nomhre à cent; c'est le maximum de méUers que compte , en général , une seule usine. L'usine Choremi-Benachi , de Kafr-Zayat, a quatre-vingt-quinze métiers dans la même salle; l'usine Salvago a soixante métiers dans une salle et, dans une salle voisine, quarante autres métiers. Kntre les rangées de métiers circule un wagonnet Decauvîlle, oi^ l'on jette le coton au fur et à mesure de l'égrenage; ce wagonnet porte le coton h la presse. Il y a deux sortes de métiers : les métiers à scie et les métiers à couteaux. Les premiers ne sont guère employés que pour l'égrenage des déchets de coton. Les métiers à couteaux sont presque tous de fabrication Platt brothers, Oldbam (Angleterre). Chaque métier Platt se compose essentiellement d'un cylindre en cuir mobile et de deux couteaux placés l'un au-dessus de l'autre à court intervalle, l'un fixe, l'autre mobile. Le cylindre, en tournant, attire la fibre, les couteaux retiennent la graine qui tombe dans la partie inférieure du métier. Le nombre de tours de l'arbre inférieur du métier Platt est de huit cents à neuf cents par minute. «Le réglage des métiers, dit M. Bouteron, est la question la plus importante dans une usine. I! doit, en effet, varier avec les qualités du coton à égrener. Il importe donc d'avoir un bon ouvrier pour le réglage; c'est de lui que dépend un bon égrenage. Le coton convenablement égrené ne doit pas avoir de Qbres hachées; il ne doit contenir ni graines cassées, ni gousses de coton mort, t Chaque métier égrène à peu près 1 5 kantars par jour; une usine de cent métiers égrène donc environ i.5oo Icantars dans une journée de travail. Un métier Platt coûte environ ko livres; les petits métiers dont on se sert pour égrener les échantillons ont une valeur d'environ 1 3 livres. Il faut changer chaque année le cuir des rouleaux , et en réparer les couteaux de temps en temps. Après la salle des métiers vient la salle de pressage. H existe, dans les plus grandes usines, deux genres de presses, fonctionnant soit dans la même salle, soit dans deux salies Lt Coton fn ÉgjffU. 19

différeotes : l'une est la presse hydraulique, l'autre la presse à vapeur. La balle pressée de la première mauïère est dite nballe d'Aleiandnen, parce qu'elle est envoyée dans cette ville, où elle doit être défaite et repressée à la vapeur ; la balle à la vapeurest celle que l'on expédie en Europe. Aussi , comme il est rare que le coton soit directement vendu en Europe, les usines d'égrenage ne pressent guère que des balles hydrauliques à destination d'Alexandrie. La différence de ces deux balles est dans le volume et te poids : la balle à la vapeur, pesant 7 kantars et demi, soit 760 livres anglaises, renferme un plus gros poids sous un plus petit volume; la balle hydraulique, quoique plus grosse, est d'un poids inférieur, mais inégal, qui varie entre 35o el 5bo livres an^aises. La presse à la vapeur consiste en deux boites fort profondes , pivotant autour d'un axe vertical , et en un piston surmonté d'un plateau qui monte et qui descend , faisant monter avec lui le fond de la caisse sous laquelle il se trouve. Chaque caisse vient alternativement se placer en tournant, au-dessus du piston ; en sorte que l'une est soumise à la pression de ce piston , tandis que l'on est en train de remplir l'autre. Le mécanisme de la presse hydraulique est identiquement le même, sauf que les deux boites rectangulaires, au lieu de pivoter autour d'un aie, sont placées sur un même rang et roulées alternativement sur la plate-forme du piston; mais la pression qu'exerce le piston sur le fond de la caisse est beaucoup plus puissante dans la presse à la vapeur que dans la presse hydraulique; aussi, les balles pressées par la première sont-dles plus comprimées que les balles pressées par la seconde. Le fonctionnement de la presse à vapeur est aussi bien plus rapide: elle presse vingt halles à l'heure, tandis que l'autre en presse cinq. Les caisses des deux presses ayant une grande profondeur, elles occupent l'intervalle de deux étages, c'est-à-dire que si leur sommet était au niveau de la salle des métiers, leur fond, lorsque le piston est descendu, serait à 5 ou 6 mètres au-dessous, dans le sous-sol ; aussi est-il commode de placer les presses de manière que leur fond soit au niveau de la salle des métiers et leur ouverture supérieure à la hauteur d'un premier étage.

Telle est la disposition générale d'une usine d'égrenage; voyons maintenant comment le coton passe de l'un à l'autre de ces appareils. Le coton est apporté à dos d'homme des magasins ou de la cour où il était déposé dans la salle d'égrenage; on le verse dans les caisses placées le long des

murs de cette salle, derrière les métiers. Ud enfant, qui se tient auprès de chaque métier, prend le coton dans cette caisse et le pose dans un panier à claire-voie placé à la partie supérieure de ce métier. Saisi par te rouleau, te colon est entraîné et tombe en avant de l'appareil , tandis que ta graine , arrêtée par les couteaux , est rejelée en arrière ou bien dans la rigole qui la conduit au sous-sol. Cette opération qui est partout la même peut, dans un certain cas, comporter un soin complémentaire : c'est dans la cas de la sélection des graines en vue des semences. A l'usine Planta de Zagazig, il existe, à c6té de la salle d'égrenage, une salle de triage du coton. Le coton brut, avant d'élre livré aux métiers , est versé dans une rigole , devant laquelle sont assises une cinquantaine de petites filles fellahs : celles-ci trient les produits, d'après leur couleur et leur qualité, et ceux dont elles ont formé des tas séparés sont livrés à un certain nombre de métiers distincts; les graines n'en sont pas confondues avec celles des autres. La salle de triage n'existe à l'usine de Zagazig que depuis 1 896 , et cette usine fut la première où ce service a fonctionné. A part cela, l'opération de l'égrenage ne diOère nulle part; elle est même restée sensiblement pareille à ce qu'elle était autrefois. En effet, il n'y a pas eu dans le métier lui-même de modification de fond. Les améliorations apportées à l'appareil « ont seulement eu pour effet, dît M. Bouteron, de faciliter le dégagement des graines après le détachement des fils, d'augmenter le nombre des battements du couteau mobile dans l'unité de temps, ce qui a amené une augmentation considérable dans le poids du coton brut traité par heure. Mais le principe du métier est resté le même, n De la botte où il tombe en avant du métier, le coton est recueilli et jeté dans le wagonnet Decauville; un fellah suit le wagonnet et arrose avec un vaporisateur placé au bout d'un manche , le coton qui est très chaud lorsqu'il vient de passer entre le cylindre et les couteaux. Du wagonnet, le coton est jeté dans les presses. Mais si la presse n'est pas au même niveau que la salle des métiers, on le fait monter au moyen d'un élévateur, comme cdui de l'usine Planta. C'est une vaste toile de sac fixée par quatre crochets à une chaîne; on y entasse en une fois ta valeur d'une demi-balle h vapeur; un treuil tire la chaîne et hisse le paquet. On jette ensuite le coton dans ta caisse mobile de la presse, où des hommes le tassent en le piétinant; préalablement, on a posé une toile d'emballage sur le fond de la caisse. Quand te coton est suffisamment tassé, on roule ou on fait tourner la caisse sur la

plale-fomie du piston ; od place une autre toile sur le dessus et l'on fait fonctionner le piston. Quand la balte est aussi comprimée que possible, les portes latérales de la caisse s'ouvrent violemment d'elles-mêmes : on place deui toiles d'emballage des deux calés de la balle, on passe tout autour cinq cercles de fer que 1 on joint avec des vis ou des boulons et l'on sort la balle de sa botte. Pendant ce temps, d'autres ouvriers ont rempli la seconde caisse qui est soumise h son tour à la pression. L'emballage du coton (égyptien, en balles pressées jk la vapeur, est très remarquable, et fait honneur à l'industrie de ce pays. Nous relevons, en effet, dans les rapports consulaires des États-Unis ce passage d'un rapport de M. î. G. Monagban , consid à Cbemnitz , sur V American , Egyptian and Indian CoUon-baling. Après avoir enregistré les plaintes dont les balles* de colon américain sont l'objet, les dangers qu'un emballage défectueux fait courir aux produits, et constaté que ces balles arrivent k Cbemnitz en lambeaux , le consul ajoute : K L'emballage des cotons égyptien et indien , comparé avec celui du coton américain , attire les regards. Les balles égyptiennes et indiennes sont enveloppées d'une forte et solide couverture, elles sont longues et lisses, et laissent peu ou pas de coton à découvert. Elles sont marquées distinctement , attachées très solidement. Le nom de l'expéditeur paraît en grosses lettres sur les deux cAtés. Aux deux extrémités se trouve indiquée l'espèce de coton. Aussi, avec les colons égyptien et indien, est-il impossible de se tromper, même en mélangeant les balles, n Le poids et le volume respectif des balles pressées en Amérique, en Egypte et aux Indes sont ;

Égyptien 700 1 5

Indieii Aoo 1 o

Américain ^75 aa

L'avantage d'un emballage soigné consiste dans une économie réalisée sur les frais de transport et dans l'état de conservation des produits à leur arrivée au point de destination. «La résistance du coton égyptien, avec sa libre tout aussi fine, plus fine même que celle de l'américain, à une pression plus grande que celle à laquelle est soumis celui-ci, montre à tous les intéressés que le moment est venu d'apporter une réforme au

système d'emballage américain.» Ainsi condut un consul des États-Unis; l'industrie égyptienne ne peut recevoir d'hoounage plus flatteur. Une fois pressé en balles, le coton égrené ne subira plus dans l'usine aucune mani- ' pulation. Mais, tandis que le (il recueilli devant les métiers recevait ces soins, les graines tombaient dans le sous-sol. Ramassées, ainsi (|ue nous l'avons dit, n elles sont déversées dans une grande cuvette en bois, en forme de caisse à trémie. Là, une chaîne à godets, qui reçoit son mouvement de la transmission principale, les prend, les monte et les distribue dans un crible qui tourne à une vitesse de cinquante à soixante révolutions par minute. Les graines qui ont pu passer à travers ce crible sont débarrassées de tout coton ; elles sont recueillies dans des poches en bois situées au-dessous du crible , d'où elles sont ensachées directement. Celles qui n'ont pu traverser les trous du crible sont encore enveloppées d'une sorte de duvet de coton; elles sont reprises et passées au métier à scarto, ou métier à coton de qualité inférieure, qui les débarrasse de ce duvet que l'on évite de mélanger avec les cotons de bonne qualité. Les graines sont repassées au crible; les résidus qui restent après ce criblage sont passés dans un métier spécial, appelé métier américain qui détache le duvet adhérent à la graine, mais en le coupant. Ces déchets de coton n'ont évidemment qu'une valeur minime, n (Bouteron.) Le passage au crible et l'égrenage des déchets de coton terminent ta série des opérations accomplies dans l'usine.

Les frais d'égrenage dépendent de l'importance de l'usine, du degré de , perfection de son matériel, et d'un certain nombre de causes accidentdies. Voici, toutefois, une évaluation approximative de ces frais, calculé par M. Bouleron en prenant pour base une usine de quarante métiers, et en ne tenant compte que des dépenses du personnel spécial (directeur non compris) de main d'œuvre, de fourniture et d'entretien. L'égrenage proprement dit est censé occuper quatre-vingts ouvriers, hommes et enfants. Pour

un kantar égrené, les dépenses seront :

1* Main-d'œuvre d'^reuage et tnanulention o,g5

9* Peraonnd spécial o,h5

3* EDtrelîeDduinatériel,fouraîtureBpourinachinesetinétierB, huile. t,65

4* Charfwn o,45

S* Embdiage i ,65

Piux DB BiviiNT TOTiL par luQlâr de cotoD égKaé 5,i5

Ces 5 piastres tarif i5 se décomposeat en 3 piastres tarif 5o pour l'égrenage propremeot dit, et i piastre tarif 65 pour l'emballage.

D'après le Compte général det opérabotu effectuée» par f Administration des Domaine», le coût de t'égrenage d'un kantar de coton était, en i 87S-1879, de 1 76 millièmes en moyenne; il était, en 1895 et 1896, pour les deui usines conservées par les Domaines :

A Korachiah âg 1/9 ^7 3/A

A Sakha 67 3/4 69 i/ù

ffNous estimons, disent les Commissaires, que l'on peut compter sur un prix moyen de B& millièmes pour l'égrenage d'un kantar de coton dans nos usines. Il a donc été réalisé un bénéfice de 1 3 1 millièmes sur le prix moyen de 1878-1879. L'égrenage de notre avant -dernière récolte (73.000 kantars en chiffre rond) nous a donc coûté environ 8.83o livres égyptiennes de moins que lors de la cession, n Les cultivateurs ou négociants qui payent l'^renage de leur coton, payent naturellement un prii légèrement supérieur aux dépenses strictes de l'industriel : ce prix, qui tient compte de quelques frais non prévus dans l'évaluation précédente, est rarement inférieur à 7 piastres et demie par kantar. Encore, les grandes usines qui traitent une quantité considérable de coton, peuvent-elles seules se contenter de ce prix. Le rendement du coton à l'égrenage est un élément très important À connaître. On sait que les diverses qualités de coton ne produisent pas toutes la même quantité de fil à l'égrenage. Le tableau suivant rapporte des résultats moyens obtenus pendant une campagne avec 3 1 5 rotolis de Mit-Afifi traitii.

Coton égreoé io5 rotolis.

Colon inférieur, dit searto a

Graines cribléei 198

Évaporation, poumières >o

Total 3i5

C'est là une proportion moyenne et l'on peut en espérer quelquefois une

plus favorable. Il est enfin un autre rendement dont il faut s'occuper, parce qu'il a une grande importance dans l'évaluation des frais généraux et des bénélices de l'usine : c'est le rendement industnel. On appelle ainsi les quantités de coton ^rené, scarto non compris, par kantar de charbon bràlé. D'après M. Bouteron , on brAle dans une usine de quarante métiers , environ i kantar de cbarbon de Newcastle pour i a kantars de coton égrené; si l'on emploie de la bouille de Gardïff ou des briquettes, l'infériorité du prix compense à peu près l'augmentation de la quantité brûlée. La proportion de i a/t n'est pas une proportion maximum. En effet, le rendement industriel des usines de Korachiab et Sakha a été pendant ta campagne 1897-1898:

Korachiab 1 A kantars 68 nitAis i/U

Sakha 11 — 79 —

Pendant l'égrenage des beaux cotons, le rendement industriel de l'usine de Koracbîab s'est élevé à 1 6 et 17 kantars. Ces résultats sont parmi les plus avantageux que l'on puisse obtenir dans les usines les mieux aménagées de l'Egypte. Tels sont, d'une manière générale, tes frais dont est grevée l'industrie cotonnière en Egypte , ainsi que ses bénéfices. Il convient d'ajouter que tes usines d'égrenage ne sont pas en activité toute l'année : elles ne sont ouvertes que pendant la campagne et chôment d'avril à septembre.

A l'égrenage et au pressage du coton sont longtemps restées limitées les opérations de ta grande industrie cotonnière en Egypte. Nous avons examiné ailleurs les causes de t'écbec des manufactures créées par Mébémet- Ali pour la filature et le tissage du colon. Quelques-unes de ces causes, ou bien ont disparu, ou bien se sont atténuées : ce sont celles qui tenaient à l'incapacité des fellabs, è leur inexpérience des travaux industriels. D'autres pourraient être facilement évitées, grâce aux exemptes mêmes que l'on tirerait de l'entreprise du grand pacha : ce sont tes causes qui dérivaient d'une organisation défectueuse. D'autres enfin subsistent : ce sont celtes qui proviennent de la nature même de l'Egypte. Mais sont-elles un obstacle insurmontable h l'organisation des filatures? Quoi qu'il en soit, les tentatives faites, à diverses reprises, pour introduire cette industrie en %ypte n'ont jamais, jusqu'à présent, obtenu de résultats bien satisfaisants.

En 1S95 fui formée une société sous le nom de a Société anonyme égyptienne pour la filature et le tissage du cotonn. L'article 3 des statuts de cette société est ainsi rédigé : « La société a pour objet la manufacture du coton, sous toutes ses formes, spécialement la filature, le tissage, le blanchiment, la teinture et l'apprêt de ce textile, ainsi que toutes les entreprises se rattachant directement à cette industrie.» La nouvelle société, dont la durée était fixée à 5o ans, avait son siège au Caire et pouvait établir des succursales et agences en Egypte et k l'étranger. Le fonds social était représenté par S.ySo actions de 30 livres égyptiennes chacune. Le capital social était du montant nominal de i35.ooo livres égyptiennes. Tout paraissait prévu dans ces statuts, même le cas de dissolution. L'article visant ce cas est-il le seul que l'on ait eu à appliquer? Nous n'en savons rien.

En 1899, deux filatures se sont constituées : l'une au Caire, TsEgyptian Cotton Mills n; l'autre à Alexandrie, l'a Anglo-Egyptian Spinning and Weawing Company». Aucune des deux n'a réussi; la première est en liquidation; la seconde n'a pas cessé de travailler et ses toiles sont assez estimées, mais sa fabrication lui revient trop cher. Depuis sa fondation, la Spinning n'a pu distribuer aucun dividende et ses actions, émises à une livre sterling, sont tombées à i/U de livre. Elle occupe un terrain de 1.600 mètres carrés sur la berge du canal Mabmoudieh. L'usine, en 1906, comportait vingt-deux mille broches et quatre cents métiers à tisser; le nombre en a été, depuis, légèrement augmenté. Elle emploie environ 700 ouvriers de toutes nationalités, avec prédominance des éléments indigène et grec. Ses produits, qui atteignent environ So.ooo livres égyptiennes, s'écoulent dans le pays. On a, tout dernièrement, essayé de relever celte industrie; un spécialiste a été, à cet effet, engagé en Italie, mais, d'après les renseignements qui nous ont été donnés, il aurait constaté qu'alors qu'il eût fallu, pour remonter l'affaire, pouvoir travailler avec du fd fin, les appareils étaient uniquement disposés pour travailler avec du fil gros, en sorte que tout eût été à refaire, et le projet en est resté là.

Une des causes les plus importantes de l'échec de ces deux filatures est le droit de 8 0/0 ad valorem établi par le décret du i3 avril 1901 sur les fils, tissus, étoffes et tous autres produits manufacturés de coton fabriqués en Egypte. Cette taxe est un droit d'accise ou de consonmialion

iotërieure, qui n'est perçu que sur les produits de l'industrie du pays non destinés a être eiportés. Elle a pour conséquence de placer ces produits sur le même pied que ceuï de l'industrie étrangère, qui n'acquittent également, à leur entrée en Egypte, qu'un droit de douane de 8 o/o ad valorem.

Grevée des mêmes charges que l'industrie étrangère, Tinduslrie locale ne peut donc pas vendre ses produits meilleur mHrcbé, et même, comme la fabrication lui revient plus cher, le prix du produit fabriqué sur place est souvent plus élevé que celui du produit importé.

Décrété au moment précis ou l'Egyplian Gotton Mills et la Spinning allaient commencera produire, cette mesure les condamnait toutes deux à l'insuccès. Elles ont essayé d'y échapper. L'Egyplian GoLton Mills a fait un procès au gouvernement, pour contester l'applicabilité h son encontre du décret instituant ce droit. Bile se fondait sur les traités de commerce en vigueur entre ta Turquie et les puissances étrangères et, d'autre part, sur un texte de loi exigeant que tout imp6l nouveau fût voté par l'Assemblée générale égyptienne. Le tribunal civil mixte du Gaire lui donna raison par un jugement du 1 juin I go 1 . Mais la Gour d'appel d'Alexandrie infirma ce jugement par un arrêt du 30 février 1903, qui repousse l'assimilation du droit d'accise à un impôt el réfute l'argumentation tirée des traités de commerce. Le Gouvernement ayant eu grain de cause, le droit a été perçu sur les produits fabriqués par les deux filatures d'Egypte.

La première condition pour que cette industrie pût vivre et se développer en Egypte serait évidemment l'abrogation de ce droit. Le fait seul que le Gouvernement n'y a jamais consenti, prouve qu'il ne tient pas à voir la filature et le lissage s'établir en Egypte. Peut-être faut-il voir dans ce fait un effet de l'influence de l'An^eterre, qui ne se soucie pas de favoriser une industrie pouvant faire concurrence à la filature et au tissage anglais.

A côté des essais de grande industrie, qui ont avorté ou qui périclitent, il faut mentionner la petite industrie indigène. Dans la plupart des centres tant soit peu importants de la Basse-Egypte, on trouve des ateliers de tissage. Le recensement de 1897 enregistre, pour toute l'ngypte, Sg.oiy tisserands. La remarquable Géographie économique et aàtainislrative de tEgypte publiée, à la suite des travaux de ce recensement, par Boinet pacha, secrétaire général du ministère des travaux publics, indique le nombre

de» métien k lÎHer le colon eiisUnt dans chaque localité de la Basse-Ég^iile. -Le lissage d'étoffe* de colon, lin, laine, soie, lisons-noos dans llnlrodoction de cet ODTrage, occupe enriron sîi mille Iroîs cents métiers à bras (en Basse-Eg)*ple seolement). » On compte deai mille cinq cents métiers dans b province de Charicieb, mille sii cent cinqnaote dans cdie de Galioubieh et mille quatre cent quarante dans celle de Dahkalieh. Ruinée parles essais malheureux de grande industrie tentés par Mébémel-Ali, la petite industrie indigène s'est donc peu à peu relevée de sa chute. Elle trouve son débouché dans la consommation locale, à laquelle die ne pourvoit toutefois que dans une faible mesure. Il s'ensuit qu'elle consomme moins de coton égyptien que de coton importé de l'étranger. Les produits généralement assez grossiers qu'elle fabrique ne se prêtent pas, en effet, h l'emploi du coton égyptien , dont l'us^ convient mieux aui articles fins.

Ainsi s'explique -t-on que l'Egypte importe annuellement une quantité assez considérable de fils de coton. Elle en a importé en 1907, s.^ts.fi'jli kilogrammes, valant 330.7^9 livres ^ypUennes. Ces articles provenaient en majeure partie d'Angleterre , des possessions anglaises d'Extrême Orient et dllalie (1.131.089 kilos d'Angleterre, 1.309.136 des possessions anglaises d'Extrême Orient, à 9 1 .000 d'Italie, 1.186 seulement de France).

L'industrie indigène étant insuffisante k pourvoir à la consommaUon locale, c'est à l'Industrie étrangère que l'^ypte demande le surplus. En 1907, les tissus de coton importés se sont élevés à 30.785.011 kilogrammes, valant 9.536.688 livres égyptiennes. Sur ce total, 1 9.101.180 kilos, valant 3.3o6.86i livres égyptiennes, provenaient d'Angleterre. L'Egypte est donc tributaire de l'étranger pour les fils et les tissus de coton. Sa dépendance à l'égard de l'industrie étrangère est aussi complète qu'avant Méhémet-Ali.

En parlant des opérations de l'égrenage, dont quelques-unes ont pu nous paraître pénibles ou délicates, nous n'avons pas dit un mot des ouvriers qui les accomplissent. Il importe pourtant de connaître les qualités et les défauts de ces ouvriers, pour deux raisons : d'abord, parce que de cette discussion sortira un argument pour ou contre l'avenir de l'industrie en ^|[ypte, ensuite, parce que cette question se rattache à celle du caractère et des mœurs des fellahs. Il n'est pas de question plus controversée que cette dernière : les fellahs sont'ils une race dégénérée, avilie,

privée de tous moyens, incapable de progrès? Leur avilissement, leur misère morale sont-ils au contraire plus apparenta que réels et cachent-ils des qualités peu brillantes mais fortes qui les rendent capables de grands efforts? Tel est le problème qui, sous la forme de ces deux alternatives, s'est posé devant les voyageurs de tous les temps.

Il n'est pas un voyageur si bien disposé pour les fellahs qui ne soit tenté, en débarquant en Egypte, de donner raison à leurs détracteurs. Le premier contact avec les habitants du pays ne produit évidemment pas une impression favorable. L'humilité, aussi choquante qu'importune, dont font preuve, envers l'Européen, des hommes qui ont toutes les apparences de la force et même d'une certaine noblesse; l'indifférence avec laquelle ceux-ci reçoivent les coups de canne qu'il se laisse trop souvent aller à leur appliquer; la brutalité qui règne dans les rapports de certains colons et de leurs subordonnés; la misère matérielle qu'attestent l'aspect des villages et la simplicité des mœurs des paysans, malgré la richesse légendaire du sol; l'occupation étrangère qui pèse sur l'Egypte depuis l'antiquité cl s'est continuée sous les Perses, les Grecs, les Romains, les Arabes, les Turcs, les beys Mameluks, les Français et les Anglais; l'absence de courage et de conscience nationale chez ceux qui ont laissé sans résistance s'étabLr ces dominations ; la ruines des arts , des lettres et de tout ce qui a ^ait autrefois la grandeur de l'Egypte : telles sont les réflexions qui viennent h l'esprit en interrogeant le caractère des fellahs. C'est là, à grands traits, toute l'argumentation de ceux qui se sont livrés à cette étude psychologique et sociale.

De telles prémisses ne peut se dégager qu'une conclusion défavorable. Et cependant cette conclusion serait injuste : car une observation plus attentive révèle chei les fellahs des qualités solides, qui sont les qualités héréditaires et natives de leur race, n Les paysans si méprisés sous le nom de fellahs, dit Volney, supportent des fatigues étonnantes. On les voit passer des jours entiers à tirer de l'eau du Nil, exposés nus è un soleil qui nous tuerait, n L'activité, l'endurance, les qualités d'une race laborieuse sont les premières, et, il faut l'avouer, à peu près les seules, qui rendent les fellahs dignes de notre admiration. Mais, appliqué à ces qualités, le mot d'admiration n'est nullement trop fort. Observons les fellahs partout où ils travaillent, dans les ports, dans les usines, aux champs : nous

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reconnaîtrons en eux des ouvriers de premier ordre. Tout le monde peut voir, en arrivant à Port-Saïd, les ouvriers qui chargent le charboo sur les navires, en le transportant d'un radeau, mouillé au Qanc du paquebot, h la soute de ce bâtiment. Ils courent, portant un cou^n rempli de cbarbon, sur une planche qui met en communication le radeau el le paquebot, et redescendent toujours en courant, par une planche parallèle à la première. Jamais ils ne s'arrêtent, et si l'on restait deux heures à les regarder, on verrait pendant deux heures leur file noire monter et descendre en courant sur les planches. La nuit tombée, on les voit revenir, plus noirs que les ténèbres : à moins que, le paquebot devant s'engager le soir même dans le canal de Suez, ils ne continuent leur travail à la lumière des torches, pareils k des ombres sous cette lueur indécise. Ce n'est là qu'un exemple plus frappant que les autres d'une activité infatigable qui se traduit de mille manières, à l'usine comme aux champs. En visitant les usines de Zagazig et de Kafr-Zayat, OD voit des ouvriers entasser le coton dans les presses en les piétinant. Ils descendent dans ces grandes caisses qu'on appelle des presses hydrauliques, et, se tenant à une corde, ils sautent en cadence sur le coton, en chantant un air monotone. La poussière qui se dégage du textile est si épaisse que presque tous ces ouvriers, d'ailleurs essoufflés par leur travail, contractent une maladie de poitrine. Cette endurance extraordinaire est pour le visiteur l'objet d'un étonnement perpétuel : on est surpris de voir que le travail de l'usine, commencé à 5 ou 6 heures du matin et fmissant à 1 o heures du soir, ne s'interrompt pas une minute pour laisser manger les ouvriers. Ceux-ci, pendant qu'une partie de leurs camarades travaillent, ou bien en continuant à travailler eux-mêmes, mangent sur place un morceau de pain, une galette de âourah, rarement de la viande : et ce simple repas soutient leurs forces jusqu'à la fin de la journée. La modicité des besoins du fellah est la véritable raison du bon marché de la maind'œuvre. L'ouvrier égyptien demande, en effet, un salaire tel qu'un ouvrier européen ne pourrait s'en contenter. Ce salaire varie entre o fr. 5o et 1 franc pour une journée de travail d'au moins dix ou douze heures. Encore le journalier n'est-il pas nourri, et c'est sur cette somine qu'il doit prélever les frais d'un repas d'ailleurs très frugal. Ces ouvriers, si modestes dans leurs prétentions, ne sont pas plus au-dessous de leur lâche

pour l'habileté que pour l'endurance; sans doute, les fellahs auraient toute une éducation à recevoir, si on les employait k des travaux vraiment délicats. Mais, on ne peut manquer d'admirer l'adresse et la rapidité avec laquelle les ouvriers exécutent la manœuvre du pressage des baltes à la vapeur : lorsque les portes de la presse se sont ouvertes, c'est en quelques minutes que les cercles de fer sont placés, les boulons rivés, la balle sortie de son moule. Pas plus que les ouvriers des ports ou des usines , les ouvriers des champs ne sont économes de leur peine. La forme sous laquelle apparaît le plus fréquemment leur endurance, est celle que signalait Volney : le maniement des ckadoufi qui s'échelonnent au bord du Nil en systèmes de deux et de trois , lorsque les eaux sont basses, est évidemment très pénible; cependant, le même homme fait, pendant une journée, monter et descendre sans interruption le lourd levier et le panier plein d'eau.

On entend souvent dire que le fellah ne travaille que comme une béte de somme, sous la menace de la caurhache. Telle n'est pas l'impression qu'on rapporte de la visite des usines et des ateliers, encore moins des exploitations agricoles. Dans les travaux des champs, le fellah n'obéit pas à un maître, il obéit h un instinct, .\ un amour de la terre dans lequel on a raison de voir le fond même de sa nature. Dépourvu la plupart du temps de la propriété effective de la terre, dont on ne lui laissait que l'usufruit, contraint à payer cette possession temporaire par toutes sortes de souffrances, le fellah est resté attaché au sot qu'il semble aimer pour lui-même, puisque des maîtres cupides lui en ont presque toujours enlevé les profits. Sa résignation est-elle lâcheté? Nous ne le croyons pas, car son amour du sol lui inspire le seul courage, le seul héroïsme dont il ait jamais fait preuve. tiEn iSyÂ, raconte M. Planchut, l'inondation annuelle se présenta avec des apparences dévastatrices; la nappe d'eau, tranchante comme une faucille, abattait tout ce qu'elle atteignait : cannes ù sucre, cotonniers, maïs allaient déjà flottant au gré d'un courant sans frein , lorsque sept cent mille fellahs, mus par un sentiment héroïque, lui opposèrent résolument leurs bras et leurs poitrines. Pendant trente jours, les pieds dans l'eau, un soleil de feu sur la tête, ces hommes s'efforcèrent de consolider les berges des canaux el d'en relever tes talus croulants. Lorsque le Nil reprit enfin un cours plus calme, les travailleurs regagnèrent leurs villages, n'ayant pour toute récompense que la satisfaction d'avoir sauvé le pays de la

destruction, n Ce fait n'est pas unique dans l'bistoire d'Egypte, «t chaque crue annuelle a longtemps ramené avec des dangers analogues, des actes du même genre. C'est à peu près la seule grandeur dont les fellahs soient capables : un élan de dévouement pour protéger leurs terres menacées. Cette grandeur est, on le voit, la plus haute eipressîon de leurs qualités d'endurance et d'ardeur au travail, stimulées par un attachement profond au sol qui les nourrit. Pour être moins spontanées, moins désintéressées quand dies sont appliquées aux travaux industriels, ces qualités n'en subsistent pas moins, et ce sont elles qui font du fellah un ouvrier parfaitement approprié aux soins qu'exige de lui l'industrie cotonnière.

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