‹ La production du coton en EgypteChapitre 38 sur 76 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Juin. 1

us.

5 „/iO 5 11/16

6 i/iC 5 ,/B 9 ./•

8 ia/16 1, 11/16 10 3/4

h celui des cours du colon égyptien pendant la même période. La simul- Uinéilé même de la hausse en Egypte et en Amérique, montre bien qu elle doit être attribuée, avant tout, à une cause générale, dont l'action s'est fait

sentir, dans une plus ou moins grande mesure, sur tous les centres producteurs.

A cette cause générale sont venues se joindre des causes particulières au coton égyptien. GrAce it ses qualités propres , k la longueur et à ta résistance de sa 6bre, ce coton a pu trouver son application à des produits manufacturés, auxquels il est seul k pouvoir être employé et pour lesquels l'Amérique elle-même est devenue sa cliente. Cette propriété du coton égyptien n'est pas nouvelle, et ce n'est pas d'hier qu'elle en a assuré la fortune. Mais l'importance en a été accrue par la découverte d'un procédé industriel qu'on appelle merceritafion. On trouvera à l'appendice n" 3 quelques indications relativement tk ce procédé, ainsi désigné h cause du nom de son inventeur, M. Mercer. Aussi bien, ce qui nous importe le plus c'est moins la nature que la conséquence de ce procédé. Or, la conséquence a été de rendre, grâce à une certaine préparation, le coton égyptien applicable à la fabrication de tissus plus fins qu'auparavant, par exemple aux tissus de soie légère. La nurcerUation a ainsi ouvert, au coton d'ËgypIe, un débouché nouveau et, jusqu'à présent du moins, à l'abri de toute concurrence.

La hausse qui s'est fait sentir dans les cours, pendant les dix dernières années, coïncide à peu près avec la généralisadon de l'invention de M. Mercer dans les manufactures de l'ancien et du nouveau continent. Cette hausse, nous l'avons vu, concorde avec un mouvement analogue dans les prix du coton du monde entier et notamment d'Amérique. Il n'y a donc pas lieu, selon nous, de proclamer que le Jumel s'est affranchi de l'influence des marchés étrangers el bénéficie, désormais, d'un cours indépendant. Pour que cette affirmation pût être admise, il faudrait qu'une baisse prolongée se fAl produite sur le coton américain , sans que le coton d'^ypte eût subi de dépréciation. Or, cette situation ne nous semble pas s'être encore présentée. Ce qui parait hors de doute, c'est qu'en multipliant les emplois spéciaux du coton égyptien, la mercerttalion a accentué la préférence dont jouissait déjà cet article sur tous les marchés et maintenu un écart à peu près invariable entre son cours et celui des produits similaires.

On attribue (paiement, en Egypte, ù un fait accidentel une certaine influence sur la hausse des cours. En 1 8gg , dit^on , la crue n'ayant pas été bonne, la récolte est restée inférieure aux prévisions. Il s'en serait suivi une

recrudescence dans la demande et une majoration des prix. L'année suivante, bien que la récotte eût été meilleure, les exportateurs auraient maintenu leurs prix et la filature en aurait passé par leurs conditions. Cette circonstance aurait prouvé aux exportateurs que le coton égyptien était indispensable et qu'ils étaient maîtres du marché. Le fait peut être exact,' mais la portée en a été, d'après nous, très exagérée, puisque, encore une fois, les statistiques font apparaître, entre les prix moyens du coton d'Amérique et du coton d'Egypte, au lieu d'un écart anormal, une proportion à peu près constante.

Quoi qu'il en soit des causes, comparée à ce qu'elle était en 1898, la situation était, il y a quelques mois encore, complètement renversée. En 1898, les cours étaient en pleine baisse; la consommation ne semblait pas répondre au développement de la production. En 1907, les cours étaient en pleine hausse; les filateurs craignaient que la production fût insulTisante à répondre aux besoins de la consommation, r Pour suivre le développement de la consommation , ta production mondiale actuelle devra s'accroître, en dix ans, d'au moins deux millions de balles, disait le président de la Briliêh Cation Growing Âaociattott, au Congrès international de coton, tenu à Manchester en juin 190 a. On n'a donc pas un moment à perdre pour fournir cet appoint au moyen de nouveaux champs cotonniers "). n Rien ne semblait encore devoir démentir ces prévisions, à la fin de l'été de 1907.

A ce moment, s'est produit un nouveau el brusque revirement. Le souvenir de la crise qui pèse encore sur l'Egypte est trop récent pour qu'il soit nécessaire que nous y insistions. Dans le désarroi qui avait suivi la dépréciation des valeurs considérées comme les plus sûres, l'effondrement des autres, l'extension de la crise à la propriété urbaine, puis à la propriété rurale, le coton apparaissait comme ta suprême ressource, la garantie certaine du salut, ff Le coton paiera tout! n Cet axiome coupait court à tous les doutes et conjurait toutes les craintes. La récolte, annoncée comme admirable, devait dépasser 7.000.000 de kantars et la demande croissante soutenir les cours au taux élevé qu'ils avaient atteint. Les événements en ont, encore une fois , disposé autrement. De 3 1 talaris , auxquels il était traité au

'*' Cité par MM. Arminjon et B. Miehd, Le commerce exliriair de l'Egypte. Li CùUn m ÉgypU. at

mois de septembre; de 17 qu'il atteignait en octobre i^o-j;d% i& oiltil était descendu en janvier 1 go8 , le coton est tombé, en février, à 1 h lalaris. .

Ne faut-il voir dans celte baisse qu'un accident passager? Est-ce, au contraire, la fin de l'Age d'or, le commencement d'une période de vaches maigres, après ta longue période de vacbes grasses dont l'Egypte a été favorisée? Nous avons eu trop souvent l'occasion de voir les prévisions d'autrui démenties, pour risquer, sur ce point, la moindre prédiction. Quoi qu'il en soit, la continuité de celle baisse commence à ébranler la confiance de ceux qui s'obstinaient h n'y voir qu'un fléchissement temporaire. C'est que les prii se rapprochent, en effet, graduellement, de la limite au delà de laquelle la vente ne paye plus les frais de la culture. HAlons-nous de dire que cette limite paraît encore loin d'être atteinte. D'après des personnes compétentes, les cours actuels de i4 et iB talaris laisseraient encore une marge suQisanle pour que le cultivateur réalise un bénéfice net appréciable. 11 est naturel qu'après les magnifiques résultats des dernières années, les bénéfices plus modestes de l'heure actuelle paraissent misérables aux agriculteurs et exportateurs d'Egypte. Mais l'extrême prospérité dont ils ont joui pendant longtemps les avait peut-être rendus un peu trop confiants dans l'avenir et trop exigeants envers la fortune. La récente baisse prouve, et c'est, selon nous, la seule conclusion qu'on en puisse encore tirer, que les cours du Jumel n'ont pas cessé d'être, dans une mesure plus grande que ne le pensent les Egyptiens, solidaires des cours du coton étranger et que les propriétés particulières à leur textile ne lui assurent pas une indépendance et une fixité aussi grandes qu'ils se le sont imaginé.

Cesl après avoir été vendu è un exportateur, aux prix que nous venons d'indiquer, que le coton est soumis à un dernier pressage; une société , dite Société de pressage et de dépMs, se charge de transformer en petites balles pressées à la vapeur, les grosses balles hydrauliques que lui livrent les négociants. Ce colon arrivant de la province est en général déposé, en attendant un acheteur, dans les magasins de cette société. Après la vente, les grosses balles sont ouvertes : on fait prendre l'air au coton en l'ouvrant et on le débarrasse des parcelles de mauvaise (pialité. Puis on l'arrose, on l'entoure d'une toile de sac, nouée en forme de gros paquet, et on le laisse ainsi reposer deux ou trois jours pour que l'eau le pénètre. Le coton est ensuite jeté dans un batteur; cette machine se compose depeigqes en bois,

rappelant par leur forme une bétice, et disposés en systèmes de quatre. Les axes de ces hélices sont parallèles les uns aux autres, mais perpendiculairement (i un plancher mouvant, qui se meut d'arrière en avant et aboutit h un orifîce. Les peignes placés à droite et à gauche de ce plancher, battent le coton en tournant sur eux-mêmes, le jettent sur te plancher mouvant qui le porte jusqu'à son oriBce , où on le recueille dans une toile de sac. Le battage est destiné à bien séparer le colon. On transporte ensuite le coton à la presse à vapeur: cette presse, très puissante, fonctionne moitié par la vapeur, moitié par la force hydraulique; la première poussée est produite par l'eau, la seconde par la vapeur. La poussée est communiquée à trois pistons qui s'élèvent et s'abaissent ensemble. Le maniement de cette presse est identique à celui des presses des usinée. Les balles pressées à la vapeur sont portées à l'entrepôt où on les prend pour les embarquer. Elles pèsent environ 7 kantars et demi, mesurent ao pieds cubes, tandis que les grosses balles pèsent de 8 à 10 kantars et mesurent de ho à 5o pieds cubes. Le pressage du coton est payé s piastres tarif 8 par kan* tar è la Société, soit 5 fr. &o par balle. On peut se demander pourquoi le coton n'est pas pressé, dès l'usine, en petites balles, telles qu'on les embarque sur les navires. C'est parce que la sécurité des ventes exige la plupart du temps qu'on ouvre les balles arrivées de la province et vendues sur le marché d'Alexandrie. L'exportateur préfère pouvoir se rendre compte de la conformité de la marchandise tout entière avec l'échantillon qu'on lui a présenté. En outre, beaucoup de négociants ont coutume de mélanger plusieurs qualités de coton, par exemple, une bonne qualité d'une espèce avec une médiocre pour en obtenir une moyenne. Il arrive pourtant quelquefois qu'un exportateur achète du coton déjà pressé en petites balles, lorsqu'il est depuis longtemps en relation avec la maison qui le lui vend. En général, le colon qui arrive à Alexandrie sous forme de balles à la vapeur a été directement vendu en Europe par celui qui l'a fait égrener.

Les armateurs ne reçoivent que les balles pressées k la vapeur. Quel fret font-ils payer pour le transport de ces balles dans un port d'Europe? Cette question intéresse également le vendeur et l'acheteur, puisque selon les conditions de la vente, le transport peut être à la charge de l'un ou de l'autre. Le fret n'est pas payé de la même manière sî le coton est expédié à destination de Marseille, ou à destination de Liverpoot. Pour Marseille, la

marchandise est prise au poids et ]e prix moyen est de a francs les i do kilos. Pour les porls anglais, le fre( est payé par tonne de mesure de ho pieds cubes, et le prix moyen, dans toute l'année, est d'environ lo schellings la tonne. Une tonne de mesure équivaut à peu près à deux balles pressées à ta vapeur, d'un poids de 1 6 kantars, soit ù àb kilos par kantar, 6^5 kilos, ce qui fait environ i fr. 85 par loo kilos.

La récolte du coton étant tout entière exportée d'Egypte, fait nattre un trafic de plus en plus important. Nous en avons déjà donné une idée dans la partie historique de ce mémoire, parce qu'on ne peut suivre le développement de la production cotoonière de l'Egypte sans se référer à l'exportation qui en est le signe sensible. Mais il nous faut montrer par quelques chiffres quelle est aujourd'hui l'importance relative de ce trafic par rapport à l'exportation totale de l'Egypte; quelle part les diverses nations industrielles prennent h ce commerce, autrement dit, quels sont les débouchés du coton d'Egypte. Tout d'abord , nous devons indiquer la manière dont la récolte annuelle est exportée. L'exportation d'une récolte constitue ce qu'on nomme une campagne cotonnière: la campagne s'étend du i' septembre d'une année au 3i aoAt de l'année suivante; pour fixer le commencement et la (in de la campagne , on s'est fondé sur les phases mêmes de la culture du cotonnier. Cette culture occupe la terre depuis le mois d'août d'une année à la fin du mois de décembre de l'année suivante : d'aoAt à fin janvier, on prépare la terre; en février, on sème; en septembre, on commence à récolter, en décembre , la dernière cueillette est faite. Par exemple , le colon semé en février i ^o6 a été récolté de septembre à décembre i ^o6 , mais la terre était en préparation depuis août 1 906 , en sorte que, depuis aoAl 1905 jusqu'à décembre 1906, une même terre a été consacrée à la culture du coton. Cette récolte s'appellera donc récolte 1905-1906. C'est ce laps qui constitue pour l'agriculteur la campagne cotonnière. Pour établir les statistiques de l'exportation, il a fallu faire choix de dates précises, plus ou moins arbitraires; on s'est fondé naturellement sur le délai normal dans lequel la récolte d'une année est exportée. La campagne cotonnière s'étendra donc du i' septembre 1905 au 3i août 1906. En effet, le coton de la nouvelle récolte, semé en février 1906, commence à arriver h Alexandrie dans les derniers jours de septembre ou dans les premiers jours d'octobre; le stock de coton égyptien restant à Alexandrie, à la fin du mois

de septembre 1906, peut être considéré comme le solde de la récolte 1905-1906. Le coton de la nouvelle récolte est exporté depuis le moment oà il est arrivé, jusqu'au moment où doîl arriver celui de la récolte suivante. C'est à ce délai que s'applique le mot campagne, lorsqu'on l'entend de l'exportation. Certaines statistiques sont établies par campagnes ou saisons, d'autres simplement par années.

Nous savons déjà que c'est par Alexandrie qu'est exporté presque tout le coton récolté en Egypte. Ce port est d'ailleurs auBsi bien pour les autres produits que pour le coton , le plus grand et presque le seul marcbé d'exportation de l'Egypte. Le tableau suivant permet de comparer la valeur des marchandises exportées par chacun de ses ports.

DODUta. 190A. 1905. 19O0.

Alexandrie. .

Pt>rt-S«îd. .

DamieUe et H-Koweir .

ToTiDI

Page 1